« Spiritus principalis » (formule de l'ordination épiscopale)


     L'expression « spiritus principalis », employée dans la formule de l'Ordination épiscopale, soulève quelques difficultés et donne lieu à des traductions diverses dans les projets de version en langues modernes. La question peut être résolue à condition d'employer une saine méthode.
     Il y a en effet deux problèmes qu'il ne faut pas confondre. Le premier, c'est celui du sens de l'expression dans le texte original du Psaume 50. C'est l'affaire des exégètes et des hébraïsants. Le second, c'est celui du sens de l'expression dans la prière du sacre, qui n'est pas nécessairement lié au premier. Supposer que les mots n'ont pas changé de sens après douze siècles est une erreur de méthode. Elle est d'autant plus grave ici que l'expression est isolée de son contexte psalmique. Rien n'indique que l'auteur de la prière ait songé à rapprocher la situation de l'évêque de celle de David. L'expression a, pour un chrétien du IIIe siècle, un sens théologique qui n'a rien de commun avec ce que pouvait penser un roi de Juda douze siècles plus tôt. Supposons même que
principalis soit un contresens, cela n'a aucune importance ici. Le seul problème qui se pose est de savoir quel sens l'auteur de la prière a donné à l'expression.
     La solution doit être cherchée dans deux directions: le contexte de la prière et l'usage de
hègemonicos dans la langue chrétienne du IIIe siècle. Il est évident que l'Esprit désigne la Personne de l'Esprit-Saint. Tout le contexte l'indique: tout le monde garde le silence à cause de la descente de l'Esprit. La vraie question est celle-ci: pourquoi, parmi les épithètes qui pouvaient convenir, a-t-on choisi principalis? Il faut ici élargir un peu la recherche.
     Les trois ordres comportent un don de l'Esprit, mais il n'est pas le même pour tous. Pour l'évêque, c'est le
spiritus principalis; pour les prêtres, qui sont le conseil de l'évêque, c'est le spiritus consilii; pour le diacre, qui est le bras droit de l'évêque, c'est le spiritus zeli et sollicitudinis. Il est évident que ces distinctions sont faites selon les fonctions de chaque ministre. Il est donc clair que principalis doit être mis en relation avec les fonctions spécifiques de l'évêque. Il suffit de relire la prière pour s'en convaincre.
     L'auteur part de la typologie de l'Ancien Testament: Dieu n'a jamais laissé son peuple sans chef, ni son sanctuaire sans ministre; il en est de même pour le nouvel Israël, l'Eglise. L'évêque est à la fois le chef qui doit gouverner le nouveau peuple, et le grand-prêtre du nouveau sanctuaire qui est établi en tout lieu. L'évêque est le chef de l'Eglise. Dès lors, le choix du terme
hègemonicos se comprend: c'est le don de l'Esprit qui convient à un chef. La meilleure traduction française serait peut-être: l'Esprit d'autorité. Mais, quelle que soit la traduction adoptée, le sens paraît certain. Cela avait été excellemment démontré par un article du Père J. LÉCUYER: Episcopat et presbytérat dans les écrits d'Hippolyte de Rome, Rech. sciences relig. 41 (1953) 30-50.

     B. BOTTE, O.S.B.