La « messe de toujours »


     Le Mémorial du Seigneur, qui est le sacrement de la Passion, est aussi un sacrifice, et précisément un sacrifice sacramentel. Sacrifice a ici le sens exclusif de chose sacrifiée. La consécration du pain et du vin rend présents séparément sur l'autel le Corps et le Sang du Christ. Or, en vertu de l'oblation faite une fois pour toutes sur la Croix par le Christ (Hebr IX, 28), son Corps et son Sang séparés sont un sacrifice. C'est pourquoi la consécration séparée à la Messe du Corps et du Sang du Christ à partir du pain et du vin est la consécration du Sacrifice, « sanctificatio sacrificii ». Là où il y a consécration, il y a Sacrifice, et parce que le prêtre qui consacre agit dans la personne du Christ, c'est le Christ lui-même qui rend présents sur l'autel son Corps et son Sang comme Sacrifice. Parce que le prêtre agit au nom du Christ total (Encycl. Mediator Dei) c'est-à-dire au nom du Christ et de l'Eglise, par le fait même que le prêtre consacre, l'Eglise offre à Dieu le Sacrifice du Corps et du Sang du Christ. Il est impossible donc qu'il y ait une consécration eucharistique sans qu'il y ait offrande du Saint Sacrifice par l'Eglise. Même si les prières eucharistiques ne mentionnaient pas plusieurs fois cette offrande de l'Eglise, « Offerimus », elle serait toujours aussi manifeste de par l'action du prêtre qui consacre. C'est pourquoi les anciennes prières de l'Offertoire étaient des doublets; la réforme qui les a supprimées écarte les risques d'erreurs qui tendent à placer ailleurs que dans la consécration l'offrande du Sacrifice de l'Eglise. Ces risques ne sont pas chimériques: les violentes critiques qui ont accueilli la suppression de l'Offertoire en sont la preuve. Elles ne se basent pas sur la doctrine de l'Eglise, mais sur les multiples théories personnelles des théologiens qui ont proliféré depuis le Concile de Trente, obscurcissant l'enseignement classique de S. Augustin et de S. Thomas d'Aquin (IIIa, Q. 73, a. 4) canonisé par le Concile de Trente. Il faut être très reconnaissant à la nouvelle réforme qui débarrasse de cette végétation théologique la pure et simple foi de l'Eglise dans le sacrement du Corps et du Sang du Christ, sacrifice sacramentel institué à la dernière Cène comme mémorial de l'unique offrande du Christ en croix.

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     Aussi bien peut-on résumer le sens profond de cette réforme liturgique, dont nous n'avons fait qu'esquisser quelques traits doctrinaux, dans cette formule: une union eucharistique plus intime du Christ et des membres de son Corps Mystique. Il semble qu'à une époque où l'autorité du Pape et de l'Eglise est de plus en plus privée de son efficacité sanctifiante par l'ampleur grandissante de contestations orgueilleuses, le Christ veuille agir de plus en plus dans les âmes par l'Eucharistie.

(extrait d'un article paru en juin 1970 dans « La France catholique » de Philippe Jobert, O.S.B., traitant des principes doctrinaux à la base de la réforme liturgique pour le nouvel Ordo Missae)