Pour mieux comprendre les textes liturgiques du Missel romain


« Les traductions liturgiques sont devenues la voix de l'Eglise ».

(Paul VI, Discours aux traducteurs, 10 nov. 1965)


     La publication du nouveau Missel romain, précédée depuis un an par celle de la Constitution Missale Romanum du 3 avril 1969, met un terme à une longue période d'attente inaugurée par le concile Vatican II. Elle ouvre en même temps une étape nouvelle qui, dans l'instauration de la réforme liturgique, exigera des traducteurs un travail nécessaire, urgent et difficile, pour exprimer la prière de l'Eglise dans les diverses langues modernes.
     Déjà, l'Instruction publiée par le «
Consilium » le 25 janvier 1969 sur les traductions des textes liturgiques (Voir Notitiae, n. 44, pp. 312) donnait quelques principes importants en les illustrant de plusieurs exemples pour aider la tâche des traducteurs, soit dans la préparation de nouvelles traductions, soit dans la révision des textes approuvés provisoirement. Notre dessein est ici, après avoir rappelé et complété ces normes pratiques, d'en faire l'application à la traduction de certaines expressions du Missel romain pouvant faire difficulté, notamment dans les nouvelles oraisons et préfaces qui enrichissent désormais le trésor eucologique latin.


RAPPEL DE QUELQUES PRINCIPES

     Pour aboutir à un texte à la fois exact, élégant et digne de sa fonction, qui est d'exprimer le mystère du peuple de Dieu parlant à son Seigneur, on devra d'abord appliquer les règles propres à toute traduction et à tout moyen de communication orale: connaissance approfondie du latin chrétien et de la langue de traduction, critique textuelle préalable, considération du message à communiquer et de ses destinataires, étude de son genre littéraire.
     L'élément le plus important pour obtenir une adaptation équilibrée reste sans aucun doute l'étude du contexte:
     
a) d'abord contextes littéral et littéraire, dans lesquels le mot ou l'expression doit toujours être remis en place, l'unité sémantique possédant seule un sens véritable et complet.
     Il faut ici observer que maintes critiques des traductions liturgiques approuvées par l'autorité proviennent d'esprits insuffisamment formés, qui croient nécessaire à une bonne traduction de rendre chaque mot d'une langue dans une autre. Cet abus analytique a le grave défaut, sous prétexte de fidélité matérielle, non seulement de gauchir le sens de la phrase, mais souvent de le contredire en donnant à chaque élément un relief qu'il n'a pas dans l'original. De ce point de vue, on constate une différence essentielle entre le latin postclassique ou l'italien, qui accumulent les termes équivalents pour intensifier l'expression, et le français, l'allemand ou l'anglais, où la phrase trouve sa force dans la sobriété. En conséquence, il est souhaitable que certains esprits scrupuleux n'entreprennent pas la traduction « exacte » du Missel romain, en se bornant aux règles de la grammaire latine apprise en classe de 6e.
     
b) Ensuite contextes historique, social et rituel, à défaut desquels serait impossible ce qui fait toute la valeur d'une traduction: la transposition parfaite du message dans un autre contexte, sa délicate adaptation à des circonstances historiques, sociales et rituelles totalement différentes. Qu'il suffise ici de renvoyer aux cas donnés en exemple par l'Instruction citée plus haut: devotio (n. 11), grex (n. 11), ieiunium (n. 13), mereri (n. 17), mysterium (n. 18), refrigerium (nn. 11 et 23).
     Ajoutons que le contexte liturgique a aussi son importance pour préciser le sens de tel ou tel terme. Ainsi, le premier mot de l'oraison bien connue:
Actiones nostras ... désigne l'activité quotidienne au début de la journée, dans la liturgie des Heures (prière conclusive des Laudes matinales, le lundi de la 1re semaine per annum), tandis qu'il exprime tout l'effort du Carême dans le Missel (jeudi après les Cendres ). (1)




     Le contexte liturgique n'apporte pas seulement aux mots son éclairage propre; il oriente le sens des mystères célébrés eux-mêmes. Par exemple, la Transfiguration au 2e dimanche de Carême, en fonction de la Passion, n'a pas exactement le même sens que ce mystère célébré pour lui-même le 6 août; d'où l'opportunité de deux préfaces propres. De même, la solennité du
Corpus Christi n'est pas un doublet de la Cena Domini du jeudi saint.
     La connaissance du latin chrétien et de « l'environnement » du texte original seraient évidemment peu de chose sans une connaissance équivalente de la langue moderne de traduction et du contexte humain correspondant. Un linguiste, si qualifié qu'il fût, serait un piètre traducteur s'il vivait coupé de son milieu humain, sans contact avec les destinataires de sa traduction. C'est pourquoi une commission de traducteurs est normalement constituée de spécialistes nombreux: latinistes, écrivains, exégètes, musiciens, sociologues, orateurs, pasteurs, poètes, etc., sans compter les consulteurs aux compétences diverses et complémentaires.
     Il convient d'ajouter que certaines difficultés, propres à l'ancien Missel comme à tout texte ancien, ne se rencontreront plus — du moins nous l'espérons — dans le nouveau Missel. Les réviseurs de celui-ci, en effet, ont fait porter leur effort sur l'adaptation fondamentale des textes à la mentalité contemporaine, suivant en cela la règle d'or de la réforme liturgique, promulguée par la Constitution
Sacrosanctum Concilium, nn. 36-40.
     Il reste cependant que, dans le choix des moyens d'expression, la tâche des réviseurs était de maintenir l'unité de style du Missel en fonction des meilleurs textes anciens, qui sont toujours respectés et même restaurés. Il faut donc s'attendre à ce que le fruit de ce labeur ardu continue d'imposer au travail des traducteurs des difficultés qu'ils connaissent bien et qu'ils s'efforcent depuis longtemps de résoudre pour aboutir à un texte formule dans une langue moderne à la fois usuelle et adaptée, accessible mais non vulgaire, dans tous les cas littérairement irréprochable, et supposant évidemment une catéchèse suffisante pour permettre une participation active et éclairée à la liturgie, selon le voeu de Vatican II.
     La nécessité de cette catéchèse élémentaire est un besoin évident pour la plupart des fidèles, en particulier pour les jeunes, et donc un devoir urgent de la part des pasteurs. On a le droit de s'étonner en voyant nos contemporains, même non spécialistes, très versés dans le vocabulaire technique de l'automobile, de la télévision, de l'électronique ou de l'astronautique, et négligeant de s'initier à un minimum de vocabulaire religieux.
     C'est pourquoi la langue liturgique, notamment, est l'objet de critiques violentes visant à évacuer tous les termes jugés hors de l'usage courant ou incompatibles avec l'esprit moderne: « Seigneur » serait trop monarchique, « Père » trop paternaliste, « serviteurs » trop servile; « puissance, honneur et gloire » évoquent la cour du roi-soleil, etc. La recherche d'une langue sacrée, digne de la prière de l'Eglise, doit ignorer de telles exagérations, nées du parti-pris et de l'ignorance. Par contre, la liturgie de nos frères protestants, dont le culte s'exprime dans un langage à la fois si clair et si digne, nous offre un bel exemple à suivre.
     Ayant le double et périlleux honneur d'être au nombre des réviseurs du Missel romain et des traducteurs de la commission francophone, il nous paraît utile de relever ici quelques cas intéressants et de les éclairer au moyen des règles élémentaires rappelées ci-dessus.


LE VOCABULAIRE EUCHARISTIQUE

     Il est naturel que dans le Missel romain, « livre de messe » par excellence, le vocabulaire concernant l'eucharistie tienne une place majeure et forme un complexe abondant et nuancé: mysterium, sacramentum, sacrificium, signum, hostia, munera, veulent tous exprimer les richesses de ce mystère sous son double aspect de sacrifice et de sacrement. Le contexte littéral et le contexte liturgique permettent habituellement de préciser le sens exact de chaque expression. Par exemple: (2)
     
Munera humilitatis nostrae = les pauvres dons que nous offrons (S); munera tuae pietatis = les dons reçus de ton amour (P).
     On notera que le singulier
munus tuum signifie habituellement le secours de Dieu, sa grâce, son appui: tuo munere = par ta grâce (C lundi 3e semaine Carême). Mais il peut aussi désigner le don de Dieu qu'est l'eucharistie: caeleste munus diligere quod frequentant = aimer le don du ciel auquel ils participent (SP 3).
     
Sacrificium a le sens obvie de « sacrifice »: sacrificium singulare = l'unique sacrifice (S 20 décembre). Au pluriel, le mot sacrificia désigne les dons portés à l'autel en vue du sacrifice.
     
Hostia n'a jamais le sens classique de « victime ». Il désigné souvent les dons préparés en vue de l'eucharistie (S jeudi après les cendres), et parfois l'eucharistie elle-même: hostia salutaris (S mardi 3e semaine Carême); huius hostiae commemoratio = le mémorial célébré par ce sacrifice (S jeudi saint, in Cena Dornini; S vot. Eucharistie, 3 B).
     Le pluriel
hostias ne saurait être traduit par le terme moderne « hosties ». En français, « nos eucharisties » paraît étrange, alors que « nos offrandes » est un équivalent simple et exact.
     
Sacramentum, dans le contexte eucharistique, garde son sens de « sacrement », même au pluriel: tui communio sacramenti (P lundi 3e semaine Carême); in imagine sacramenti = sous le signe du sacrement (P 11 juin). Cependant, dans les prières après la communion, sacramenta peut désigner les dons consacrés, devenus sacrement: sacramenta quae sumpsimus.
     On notera, pour ce mot, le sens tout différent de « mystère », assez facile à identifier d'après le contexte. Voir ici-dessous.
     
Mysterium, surtout au pluriel, est un mot chargé de sens, et donc de difficultés pour les traducteurs. Comme toujours, il ne trouve son vrai sens que dans le contexte. En français, le terme équivalent de « mystère » est généralement adéquat, sauf si le contexte eucharistique impose celui de « sacrement »: huius participatio sancta mysterii (P mardi 3e semaine Carême); et mysteriis et moribus = dans les sacrements et dans la vie (P jeudi 3e semaine Carême); paschalibus initiata mysteriis = ce qui est inauguré par les sacrements de cette nuit pascale (S vig. pasc.); mysteriis quibus renati runt permanentes = fidèles aux sacrements qui les ont fait renaître (SP 18); Corporis et Sanguinis tui sacra mysteria = le sacrement de ton Corps et de ton Sang (C Saint-Sacrement).
     En dehors des prières eucharistiques, c'est dans les prières sur les offrandes et après la communion qu'on rencontre les mots cités ci-dessus. Certaines formules, d'une densité remarquable, accumulent les éléments de ce vocabulaire. Par exemple:
salutis nostrae memoriale celebranter ... ut hoc sacramentum fiat nobis signum (S votive Eucharistie, 3 A; S unité B); sacrificium salutare ... sacramentorum signis oblatum = le sacrifice de notre salut, offert sous les signes sacramentels (S pour la paix et la justice, div. 22).
     
Memoriale, terme très rare dans l'ancien Missel (cf. P 28 avril: immensae caritatis tuae memoriale perpetuum), est devenu plus fréquent dans le nouveau. On doit le distinguer soigneusement du groupe verbal: memoria, commemoratio, recolere, etc., qui connote seulement l'idée de souvenir: baptismatis memoria = en souvenir de notre baptême (vig. pascale, bénédiction de l'eau ordinaire). Memoriale est un terme propre qui s'applique à l'eucharistie, dans le sens d'une réalité (monument, oeuvre scientifique ou littéraire) consacrée à un personnage ou à un événement célèbre, dont on veut perpétuer la mémoire. Ce mot, intraduisible sinon dans une transcription rigoureuse, est de ceux qui supposent, à la base de la langue liturgique, une catéchèse fondamentale. Sinon, comment traduire exactement: Filii tui caritatis memoriale celebrantes (C pour l'Eglise, C et E); salutis nostrae memoriale (S 28 août); memoriale participantes redemptionis (S confirmation A)?
     On aura remarqué que, d'une manière générale, la prière sur les offrandes est le lieu habituel de ces difficultés d'ordre eucharistique. Celles-ci seront plus facilement résolues si l'on se rappelle que cette prière, conclusion du rite de la présentation des dons, ne doit jamais empiéter sur l'offrande du sacrifice, qui sera faite pendant la prière eucharistique. Ici, on demande à Dieu de regarder favorablement les dons réservés au sacrifice, mais nullement d'agréer un sacrifice qui n'est pas encore offert.
     Les réviseurs du Missel ont évité les expressions qui pourraient prêter à une telle ambiguïté. Cependant, certaines tournures traditionnelles devront être minimisées dans la traduction, à la lumière de ce que nous venons de rappeler sur la véritable nature de cette ouverture de la liturgie eucharistique: apport des dons à l'autel et leur présentation par le célébrant, conclue par la prière sur les offrandes. Dans cette perspective, les mots
hostiam quam immolamus, susceptibles d'un sens très fort, se traduiront au minimum par: « les dons que nous présentons », et au maximum par: « le sacrifice que nous allons offrir » (S mercredi des Cendres, S 3 juillet, S 24 août, S votive S. Joseph 10, S pour un défunt, div. commemor. 3 A).


LES FAUX AMIS

     En latin chrétien, comme dans toute autre langue, le traducteur doit avant tout se méfier des mots aux ressemblances trompeuses qui sont pour lui un piège dangereux, car il croit les reconnaître au premier coup d'oeil. Ces « faux amis » ont fait trébucher de nombreux auteurs, (3) et nous devons citer quelques-uns de ces pièges.
     
Commendare ne signifie pas toujours « recommander », mais « remettre, livrer ». Ainsi, à la Cène, le Christ a-t-il livré à ses disciples le mystère eucharistique (C jeudi saint).
     
Consolatio a subi, dans les langues modernes, la même évolution sentimentale que le mot devotio (cf. ci-dessous). Sauf dans certains textes récents, il désigne « la force, l'appui, le réconfort » donnés à la faiblesse de l'homme soit directement par Dieu, en particulier par l'Incarnation (C 24 déc. matin; P 31 déc.) ou par l'Esprit Saint (C Saint-Esprit, votive 7), soit par l'intermédiaire de la création, qui fournit les secours nécessaires à la vie humaine: temporali consolatione non deseras (SP 1), transeuntium necessaria rerum consolatione fovente = en nous accordant le secours indispensable des choses qui passent (P samedi temps de Noël).
     Par contre, au sens moderne de « consolation »:
ut amoris tui consolationibus subleventur (C funérailles d'un enfant baptisé), à rapprocher de: Deus, piissime consolator (C 2 funérailles d'un enfant non baptisé).
     
Devotio a rarement le sens moderne de « dévotion ». Il est à rapprocher des termes vota, vovere, qui expriment une promesse, une consécration, un engagement religieux. Il détermine souvent les substantifs désignant les dons offerts pour l'eucharistie: devotionis nostrae hostia = le sacrifice que nous allons offrir en signe de notre appartenance (S 3e dimanche Avent).
     
Dignanter est un adverbe qui se rattache à dignatio = « geste favorable, condescendance », et non à dignitas. Il marque donc une instance dans la supplication. Mieux que par le verbe « daigner », qui rappelle un style épistolaire vieilli, cette instance s'exprimera par l'accent déprécatif de toute la phrase. Preces nostras dignanter exaudi (C 22 nov.); suscipe dignanter (S 8 déc.).
     
Eruditio est un terme très fréquent pour désigner la « culture » du chrétien, sa formation spirituelle, son instruction: formation qui s'accroît par l'enseignement des vérités de la foi, comme aussi par leur mise en oeuvre dans toute la vie: eruditio sapientiae caelestis = les leçons reçues de la sagesse divine (C 2e dimanche Avent); per quadragesimalem observantiam eruditi = formés par l'observance du Carême (C mercredi Y semaine Carême); bonis operibus eruditos (C jeudi 4 semaine Carême); fidei christianae eruditionibus imbuisti = tu les as pénétrés des enseignements de la foi chrétienne (S 5e dimanche Carême); intellegentiae competentis eruditione = par la connaissance d'une intelligence ouverte au mystère (C 27 déc.); evangelio salutis erudiat = qu'il nous instruise par l'Evangile du salut (SP 20).
     A la base de cette
eruditio sont les rudimenta fidei, qui ne sont pas les « rudiments », mais les principes essentiels de la foi, le contenu du message annoncé aux catéchumènes et que l'Eglise a d'abord reçu des Apôtres et des Evangélistes: superni muneris rudimenta donasti (C vigile 29 juin). Il est clair que, dans chaque cas, on devra harmoniser selon le contexte. Ainsi, l'initium divinae cognitionis reçu des Apôtres par l'Eglise (C 18 octobre) désigne moins, au sens strict, « la connaissance de Dieu » que la prédication de l'Evangile, fondement de la foi chrétienne. On notera aussi que si l'eruditio de S. Marc (C 25 avril) désigne l'enseignement de l'Evangile, celle de S. Bède (C 25 mai) est à prendre au sens restreint de l'érudition du « savant bénédictin ».
     
Frequentare n'a pas nécessairement le sens itératif de « célébrer souvent, pratiquer habituellement, participer fréquemment ». Mysteria frequentare = participer au sacrement (P 28 avril); frequentare Nativitatem = célébrer la Nativité (P nuit de Noël); frequentata mysteria (P 1 dimanche Avent).
     On retrouve ce sens simple dans la rubrique qui suit la messe du dimanche de Pentecôte:
Missam frequentare.
     
Immutari ne signifie pas « ne pas changer, être immobile », mais tout le contraire: « être transformé, devenir ». Souvent ce préfixe, loin d'être négatif, marque l'intériorité ou l'intensité: inhabitare = habiter; investigabiles Christi divitias = les richesses insondables du Christ (Eph. 3, 8; P 19 août; P commun des missionnaires, past. 12). Noter que le sens contraire et positif: « capable d'être sondé », s'exprime par le même mot, ce qui confirme notre remarque initiale.
     
Meritum est un de ces « faux amis » que l'on serait toujours tenté de traduire par « mérite », mais qui signifie très souvent le contraire: « faute, culpabilité ». Le Missel contient de nombreux exemples de ces deux acceptions opposées: eorum coronando merita = en couronnant leurs mérites (PF 1 des Saints); suffragia meritorum = l'appui de nos mérites (S 2e dimanche Avent); fidei suae meritis (or. univ. 2 vendredi saint); non meis meritis (Exsultet vig. pascale); unde sit meriitum (S 8 dimanche per annum); de nostro merito formidantes (S vig. 29 juin); nostri est meriti quod perimus = c'est par notre faute que nous mourons (PF 5 défunts). Voir le verbe mereni ci-dessous.
     Le mot
meritum peut aussi avoir le sens de « charge, fonction »: pontificale donasti meritum = tu lui as donné la charge épiscopale (P un évêque défunt, div. 2 B).
     
Praeiudicium est à prendre au sens étymologique de « jugement antérieur, condamnation première », et non pas de « préjudice, préjugé ». Ce mot désigne le châtiment du péché supporté par la race humaine, en opposition à la rédemption accomplie par le Sauveur (C 1 mardi temps de Noël); ad nostra evacuanda praeiudicia = pour abolir notre condamnation originelle (S lundi semaine sainte).
     
Probabilis, appliqué aux anges, ne signifie évidemment pas qu'ils soient des créatures « probables ». Par ce terme, la préface des anges évoque les purs esprits qui, selon la croyance traditionnelle, ont subi victorieusement « l'épreuve » (probatio) de leur fidélité à Dieu.
     
Sensus a peu de rapports avec les sens ou le sentiment. Il équivaut aux termes mens, anima, dispositio, et désigne le plus souvent l'intelligence d'un coeur qui s'ouvre aux réalités du mystère de Dieu, qui les comprend au sens pascalien du mot: dignis sensibus capiamus (P commun des femmes martyres); largire sensibus nostris (P mercredi semaine sainte); purgatis sensibus = avec une intelligence purifiée (S samedi Y semaine Carême).
     
Sustinere, que l'on rencontre surtout dans la liturgie de l'Avent, a le sens d'« attendre, espérer »: praesentiam sustinemus (C mercredi 2e semaine Avent), adventum sustinemus (C vendredi semaine Avent) nous attendons sa venue; Virgo Mater ineffabile sustinuit ne signifie pas qu'elle « portait » le Verbe incarné, mais qu'elle l'attendait avec un amour immense (PF 2 Avent).
     Ce mot peut cependant avoir le sens moral de « supporter »:
moenoris amaritudinem sustinemus (S pour tout besoin, div. 38 B).
     
Virtus, au singulier, a toujours le sens de « force, puissance », qu'il soit appliqué à Dieu ou aux sacrements: Per huius mysterii virtutem (P). Dans le sanctoral, ce mot se nuance de « courage »: apostolicae virtutis exemplo (P commun des missionnaires, pasteurs 12). Dans ce même contexte, il est employé au pluriel avec le sens assez rare de « vertus »: eius virtutes aemulantes = stimulés par l'exemple de ses vertus (C commun des vierges 2).


QUELQUES MOTS DIFFICILES

     Etant supposé résolu le cas des « faux amis » qui se cachent dans les textes du Missel et dont nous avons décelé les plus typiques, la sagacité des traducteurs sera aux prises avec maintes autres difficultés venant d'expressions dont le sens classique est très clair, mais que l'évolution de la langue latine en période post-classique et chrétienne a chargé d'un sens nouveau, exigé par une religion et une théologie nouvelles.
     Qu'il nous soit d'abord permis, avant d'examiner une trentaine de ces cas par ordre alphabétique, de renvoyer le spécialiste francophone au « Dictionnaire latin-français des auteurs chrétiens » du Professeur A. BLAISE (Editions BREPOLS, Turnhout 1954; supplément édité en 1962). Quant aux débutants, ils auront profit à s'initier au latin liturgique par l'étude du « Vocabulaire latin des principaux thèmes liturgiques » par le même auteur, chez le même éditeur (1966).
     
Animus est un mot rare en latin chrétien, et donc dans l'ancien Missel (cf. S 29 janvier PAL: mitissimum beati Francisci animum), au sens d'esprit plutôt que d'âme. Sous l'influence des récents documents conciliaires, animus se rencontre assez souvent dans le nouveau Missel, surtout dans les compositions modernes des messes ad diversa et rituelles. Il garde son sens classique, nuancé parfois de « courage, coeur »: animorum communione = par l'union des coeurs (C mariage, 25 anniv.); communionem obtineant animorum (S pour les déportés, div. 29); Filio tuo ... sincero animo adhaesit (C votive d'un apôtre 14).
     Dans le sanctoral, on trouve également:
mansuetudinis animo = en esprit de douceur (S 24 janvier); magno animo vitam profundere (C 29 déc.); animi fortitudinem (P commun martyrs 6).
     
Augmentum se rencontre fréquemment pour désigner le progrès du chrétien en marche, et il s'applique souvent, dans les prières après la communion, aux « fruits » de l'eucharistie. Il est clair que l'expression augmentum redemptionis (P dimanche de Pentecôte) désigne une croissance des effets de la rédemption définitivement acquise par le Sauveur, mais reçus diversement selon les dispositions du croyant.
     Dans le cas particulier de la prière
Pro nostrae servitutis augmento, composée par S. Grégoire le Grand pour l'anniversaire de son ordination épiscopale, le contexte historique suffit à préciser le sens: pour le célébrant, le temps du service s'est accru d'une année (Cf. le mot servitus, ci-dessous). Mais cette prière, utilisée par l'ancien Missel comme « secrète » du 23e dimanche après la Pentecôte, demeurait peu intelligible hors de son contexte. Certains la comprenaient comme une prière pour le recrutement sacerdotal; d'autres croyaient découvrir sous l'augmentum un pain offert pour l'eucharistie (peut-être le gâteau d'anniversaire?). On voit que l'imagination des traducteurs surpasse parfois leur science. Pour restituer au texte sa vérité, nous l'avons replacé dans son contexte rituel: prière pour le célébrant au jour anniversaire de son ordination (ad diversa 7 C).
     
Benedictio est assez souvent utilisé dans les prières après la communion pour désigner non pas le rite final de la messe, mais l'ensemble des bienfaits dont Dieu nous gratifie: caelestis benedictio (P jeudi après les cendres); sacramentorum tuorum benedictione (P lundi 5e semaine Carême); benedictionem conferat salutarem (S 21e dimanche per annum); benedictionis tuae fructus et gaudium (P dédicace d'une église A).
     Ce même mot, comme
sanctificatio (S mardi 2 semaine Carême), peut désigner le mystère eucharistique, et plus précisément la consécration des dons, qui deviendront Corps et Sang du Christ.
     
Commercia désigne tout échange opéré entre Dieu et l'homme: soit par l'Incarnation: gloriosa commercia (S 29 déc.), commercium nostrae reparationis (PF 3 Nativité); soit par l'eucharistie: sacrosancta commercia (P jeudi Pâques), veneranda commercia (S 5e dimanche Pâques). Les langues modernes ne manquent pas de mots pour exprimer ce dialogue actif, cette ouverture mutuelle, cette communication intime entre Dieu et l'homme, tout en évitant le terme un peu mercantile qui démarque de trop près le mot latin.
     
Confessio a, le plus souvent, le sens de « proclamation, profession de foi, louange publique »: in unius fidei confessione (PF dimanche Pentecôte), confessio deitatis (PF Trinité), confessio tuae laudis (C 2. 3e dimanche Carême), in confessione tui nominis (or. univ. 1 vendredi saint), in apostolicae confessionis petra (C 22 févr.), ad confitendum te Deum vivum ... (Petrum) docuisti (S votive S. Pierre, 12).
     Dans un contexte pénitentiel, le mot retrouve évidemment son sens de « reconnaissance des péchés, aveu des fautes »:
humilitatis nostrae confessionem (C 1. 3e dimanche Carême), reatus nostri confessio (C mercredi 4e semaine Carême).
     
Disciplina, au singulier comme au pluriel, désigne l'instruction que reçoit le disciple, la formation chrétienne (cf. eruditio, ci-dessus) assurée par l'enseignement et les exemples du Christ, comme aussi les leçons communiquées par l'Eglise lorsqu'elle transmet le message évangélique par la liturgie de la Parole, ou qu'elle instruit les fidèles par l'ensemble des rites liturgiques. Dans le contexte du Carême, le mot désigne plus spécialement la « discipline » de ce temps pénitentiel ou l'instruction reçue par les catéchumènes: disciplinis caelestibus (C lundi 1re semaine Carême, C vendredi 3e semaine Carême).
     
Doctrina est le terme réciproque du précédent. Il désigne les leçons, la doctrine que la maître donne au disciple au moyen de documenta, ou argumenta. Ces derniers mots désignent les « exemples » donnés par le Christ, l'Eglise et les Saints: patientiae documenta (C dimanche de la Passion), Filii tui secutus est patientiae documentum (C pour un défunt, mort après une longue maladie, div. 9), evangelicae perfectionis documenta (C pour un abbé, commun des religieux, 7), novissima dilectionis tuae argumenta = de nouvelles preuves de ton amour (C commun des Saints et Saintes, 1).
     
Famulari est à rapprocher des mots familia, servitus et désigne l'acte de rendre le culte dû à Dieu en le servant: service qui s'apparente plus à l'intimité des fils à l'égard de leur Père qu'à la soumission des esclaves envers leur Maître. Ce « service » est rendu à Dieu à travers toute la liturgie, prière publique de l'Eglise, et spécialement par la célébration de l'eucharistie: nobis indita est plenitudo cultus = là est contenue pour nous la plénitude du culte (S 23 déc.). D'où la demande d'être purifiés par les sacrements quibus tibi famulemur (S 22 déc., S 9e et 29e dimanches per annum).
     
Forma, comme substantia, ne doit pas charger la prière d'une technicité philosophique hors de propos. Sa traduction par le mot « nature » paraît habituellement suffisante (S nuit de Noël), sauf évidemment si le contexte impose le sens de « modèle, type, exemple »: formam (ieiunii) dedicavit (PF 1er dimanche Carême), novi hominis formam portare (P commun des religieux, 7), formam sacrificii ... instituens (PF 1 de l'Eucharistie).
     
Instituta présente un sens fort complexe: il désigne le fondement d'une réalité, ses origines ou son but, ce sur quoi ou ce pour quoi elle est établie. On pressent que le contexte seul permet de préciser le sens et qu'une traduction un peu glosée est parfois la seule possibilité d'exprimer le contenu d'un terme tantôt si vague et tantôt si dense: peragat instituta mysterii = notre célébration accomplit l'intention de celui qui a institué ce sacrement, elle répond au but de son institution (S 3 dimanche Avent).
     Ce mot peut aussi avoir le sens d'enseignement ou désigner l'ensemble des réalités (ou des rites?) inspirées par Dieu et établies par l'Eglise:
imbuisti institutis (P samedi 1re semaine Carême), aeternis proficiat institutis (C lundi 4e semaine Carême), quod paschalibus exsequitur institutis (C lundi 6e semaine Pâques), instituta providentiae tuae = ce que ta Providence a établi (P mariage A).
     
Mereri, verbe correspondant au substantif meritum (voir ci-dessus), a le sens de « mériter » en bien ou en mal: Obeata nox, quae sola meruit scire = Nuit bienheureuse qui, seule, fus digne de connaître ... (vig. pascale, Exsultet).
     Mais habituellement son sens est si faible que ce verbe n'est plus qu'un simple auxiliaire, analogue au français « pouvoir », sans aucune nuance de mérite ou de démérite:
(per Mariam) meruimus ... Auctorem vitae suscipere = par Marie, nous avons pu recevoir Celui qui nous donne la vie (C 1er janvier).
     
Mysterium, en dehors du contexte sacramentel (voir ci-dessus), garde son sens de « mystère »: mysterium nativitatis (P. 4e dimanche Avent), Unigeniti tui mysteria recolere (S 7 octobre).
     Mais en parlant du plan divin, il a le sens de « dessein mystérieux »:
ut homines mirabili mysterio renascerentur = pour que, selon ton dessein admirable, les hommes naissent de nouveau (P 26 juillet). Il s'agit là du grand « secret » de Dieu.
     
N., lettre qui indique, dans certaines prières du Missel et du Rituel l'insertion d'un nomen approprié, offre à tout célébrant l'occasion de faire une traduction personnelle intelligente, qui ne soit pas littérale et maladroite. Dans ce cas, de même que dans tout autre, on doit observer l'usage de la langue moderne en se gardant de suivre servilement les habitudes héritées du latin, qui se bornait au seul prénom. Qui oserait parler du pape en disant seulement: « Paul », ou s'adresser à son évêque en l'appelant: « Alexandre »?
     Les principes d'une bonne traduction s'appliquent aussi à cette lettre isolée, ou plutôt à la rubrique dont elle tient la place et qu'on suivra avec aisance en observant l'usage courant de parler et d'écrire: « le pape Paul VI, notre évêque Monseigneur Untel (prénom suivi du nom de famille), notre archevêque le Cardinal Untel » (prénom suivi du nom de famille).
     De même, l'usage n'est pas dans les paroisses, sauf le cas de plus grande familiarité avec les jeunes, d'appeler les fidèles par leur seul prénom. Dans la liturgie des sacrements (mariage, etc.) comme dans celle des défunts, il sera donc plus respectueux et plus naturel de désigner les personnes par leur nom complet, sous lequel elles sont connues de tous.
     
Officium est « le devoir religieux, l'hommage respectueux » que l'homme doit à son Seigneur. Souvent employé au pluriel, officia désigne l'ensemble des prières et des rites par lesquels nous lui rendons ce devoir, c'est-à-dire l'activité liturgique, le culte public, et spécialement l'eucharistie: piae devotionis officia (S 7e dimanche Pâques). Officia pietatis = les devoirs de notre piété filiale, peut prendre un autre sens quand il s'agit de la liturgie des défunts (= les devoirs de notre amour fraternel).
     A ce propos, il est intéressant de noter que le contexte liturgique peut colorer de manière différente une même oraison. Ainsi, dans le cas de la prière:
Quaesumus ... per haec piae placationis officia, utilisée par l'ancien Missel comme « secrète » de la messe Sacerdotes tui du commun des « confesseurs pontifes », l'usage primitif de ce texte était réservé à la mémoire du pape Silvestre et s'apparentait à la liturgie des défunts (4). Comme dans le cas de la prière Pro nostrae servitutis augmento (voir ci-dessus), nous avons rétabli le texte dans sa vérité en le situant dans son contexte rituel original: le groupe des prières pour un pape défunt (div. pour les défunts, 1 A).
     
Par (mundo venerabile) est un hapax qui pourrait faire difficulté, mais que son contexte éclaire sans ambiguïté. Appliqué aux deux apôtres Pierre et Paul, ce substantif neutre se trouve dans leur préface propre (28-29 juin) et signifie simplement « couple ». D'où la traduction: « Ces deux apôtres, honorés dans le monde entier ».
     
Placatus, p. p. de placare, se dit de Dieu « apaisé » par nos prières et notre sacrifice (S 12 déc.). Il est bon de ne pas forcer le sens de ce mot et de le transcrire en termes chrétiens de « réconciliation » (placatio, S 23 déc.), plutôt que de colère. On rencontre souvent dans les prières sur les offrandes l'expression: hostias placationis = le sacrifice qui nous réconcilie avec toi, plutôt que: la victime qui t'apaise.
     Ne pas confondre avec
placitus, p. p. de placere, assez courant pour désigner ce qui plaît à Dieu, ce qui obtient sa faveur.
     
Quadragesimalis observantia est fréquent pendant le Carême (or. 1 bénédiction des Cendres, C vendredi après les Cendres) où il est employé parallèlement à: exercitatio (or. 2 bénédiction des Cendres, S jeudi 2e semaine Carême), opera, etc., pour désigner l'activité pénitente et l'effort religieux de la conversion chez le chrétien qui se dispose à mieux vivre le mystère pascal, et d'abord chez le catéchumène qui se prépare au baptême.
     Les termes pénitentiels rencontrés dans ce même contexte quadragésimal:
continentia (S vendredi après les Cendres), moderatio (C mardi 1re semaine Carême), temperari (C mercredi 1re semaine Carême), castigatio, ieiunium (terme habituellement réservé aux vendredis de Carême) doivent être rendus par des expressions assez générales, adaptées à la mentalité contemporaine, de manière à recouvrir tout l'exercice d'une pénitence nécessaire, mais réellement possible. Tel est maintenant l'esprit réaliste de la langue liturgique, lorsqu'elle parle de l'opus quadragesimale (C lundi 1re semaine Carême).
     
Quaesumus, qui revient dans la plupart des oraisons, est une incise habituelle à la prière latine, qui n'a d'autre but que de donner une allure déprécative à la phrase. Le plus souvent, ce mot n'a pas à être traduit. Il est suffisamment exprimé par le style d'une prière respectueuse.
     Si, par contre,
quaesumus est le verbe de la principale, il peut être traduit par son équivalent ordinaire: « prier », sans nuance de supplication.
     
Respirare, au sens premier de « respirer, reprendre haleine », exprime le réconfort et la sécurité qu'éprouve le chrétien soutenu par la force de Dieu. Au sens fort, dans la liturgie des défunts, il va jusqu'à signifier « reprendre vie, avoir une vie nouvelle »: ut inter sanctos ... respiret = qu'il vive à nouveau parmi les Saints (C pour un défunt, 3 B)
     
Sacramentum, hors du contexte sacramentel et particulièrement eucharistique, peut avoir le sens de « mystère ». Repris de la littérature patristique, il est souvent appliqué au mystère pascal ou au Carême qui le prépare, et même le célèbre: paschale sacramentum (C vendredi Pâques, C vig. Pentecôte, PF dimanche de Pentecôte); annua sacramenti exercitatio quadragesimalis (C 1er dimanche Carême).
     On notera d'ailleurs que ce
sacramentum paschale peut désigner l'eucharistie, sacrement qui nous fait participer au « mystère pascal »: pro quo paschale celebravimus sacramentum (P funérailles au T. P., C); cuius (Christi) misericordiae consecutus est sacramentam (P pour un défunt, 3 B); in hac luce ... tuum consecuti sunt sacramentum = ici-bas, ils ont reçu ton sacrement (P pour plusieurs défunts, 3 E). Ces textes sont à rapprocher de l'expression: paschalibus mysteriis mundatus (P funérailles au T. P., D; anniversaire au T. P., B).
     Ailleurs, dans le sens général de « mystère »:
admirabile sacramentum (Trinitatis) (C Trinité); verae fidei sacramenta confirma (P 25 mars; P commun B. V. M. au T. P., 6); (5) fidei sacramenta ... in Transfiguratione roborasti (C 6 août); Christi et Ecclesiae sacramentum (C mariage A), ce dernier texte étant à rapprocher de l'expression: Christi et Ecclesiae nuptiale mysterium (prière sur les époux, mariage B).
     
Sacramentum Ecclesiae est une tournure rare dans les textes du temporal: totius Ecclesiae sacramentum (vig. pascale, or. 1 après 7e lecture). Mais on la rencontre assez souvent dans les messes nouvelles et ad diversa, dont les textes sont généralement des compositions inspirées des actes de Vatican II. L'Eglise y est considérée comme « signe » de la présence de Dieu parmi les hommes, signe de salut qui communique au monde les fruits de la rédemption. Dans ce sens, on peut appliquer à l'Eglise le terme de « sacrement »: ut Ecclesia tua universale fiat salutis sacramentum (C 24 août); ut universalis sit salutis sacramentum (C pour l'Eglise, div. 1 A); tuae sanctitatis et unitatis sacramentum mundo manifestet (C pour l'Eglise, div. 1 C); Ecclesia, sacramentum salutis cunctis gentibus (C pour l'évangélisation des peuples B); ut Ecclesiae aedificet in mundo sacramentum (C pour un évêque B).
     
Sacrare peut avoir le sens de « consacrer par Dieu » ou « consacrer à Dieu ». L'expression munera sacranda (S Baptême du Christ) ou dicanda (S mercredi 1re semaine Carême, S 34e semaine per annum), ne peut, en l'absence de tibi, trouver son vrai sens qu'en fonction du contexte, quelquefois très clair: munera quae sacramus (S vendredi 3e semaine Carême).
     
Servitus se rencontre fréquemment dans les prières sur les offrandes, dans le même contexte que le mot devotio (cf. ci-dessus), mais avec un sens plus fort que ce dernier. Il indique le « service » du sacerdoce ministériel, la consécration des prêtres et des ministres au service de Dieu et de son peuple, spécialement dans leur ministère liturgique et, dans ce cas, eucharistique: munera servitutis nostrae = les dons que nous, tes serviteurs, te présentons.
     Voir, dans un sens plus large, les mots
familia, famulus, famulari (ci-dessus).
     
Substantia est un terme philosophique qui, dans la prière, ne doit pas être pris au sens strict. Le plus souvent, en particulier dans le contexte de l'Incarnation, il est assez bien rendu par « nature » (S nuit de Noël). Voir le mot voisin: forma (ci-dessus).
     
Substantia nostrae carnis (C 2 mardi temps de Noël), nostra substantia (P Ascension) = notre nature humaine: substantia nostrae mortalitatis = notre nature mortelle ou, plus largement, le genre humain (PF Epiphanie).
     
Suffragium, depuis son sens premier de « vote favorable », a pris le sens plus large de « secours, appui, intercession »: suffragium salutis = un secours salutaire (P mercredi 2e semaine Carême).
     
Tractare (mysteria, sacramenta) a le sens très concret de « palper, opérer, accomplir »: ut sancta tua tractemus = pour célébrer l'eucharistie (P samedi 3e semaine Carême); divina tractantes (S 25 janvier; S votive S. Paul, 13); quod tractabat imitari = se conformer à ce qu'il célébrait (27 septembre).
     Selon sa place dans la liturgie de la messe, ce mot peut recouvrir tous les actes rituels de l'assemblée: présentation des dons, offrande du sacrifice, communion au sacrement, participation communautaire. Il désigne tout ce que « fait » l'assemblée, chacun selon sa fonction propre.
     
Vetustas-novitas est une antithèse héritée de saint Paul et des Pères. Ce couple n'offre pas de difficulté pour sa compréhension, mais plutôt pour sa transposition exacte. Les formules: « le vieil homme, notre vieille nature », doivent être complétées par l'idée de péché pour être bien comprises: contagiis vetustatis = les souillures qui nous vieillissent (C mardi 1re semaine Avent); vetusta servitute = asservis au péché depuis toujours (C 18 déc.); vetustatem nostram = notre péché invétéré (S messe chrismale); vetustate deposita = ayant dépouillé le vieil homme pécheur (P samedi matin 7e semaine Pâques).
     Quant aux expressions
nova luce (C aurore 25 déc., C 1 mercredi temps de Noël), nova nativitas (C 18 déc., C 30 déc.), le temps de Noël les éclaire suffisamment. On notera que nova nativitas n'est pas une nouvelle célébration liturgique de la Nativité, mais la naissance humaine du Verbe incarné, seconde par rapport à sa génération éternelle ex Patre (cf. S. Léon: Sermo XXII, de Nativ. 2, 2).
     
Virginitas, comme tous les mots abstraits, peut être entendu au sens individuel et concret; il désigne alors, selon un usage fréquent chez les Pères, la Vierge Marie. En effet, l'abstrait, appliqué à un sujet particulier, indique l'intensité (humilitas nostra = notre extrême petitesse devant Dieu; tua maiestas = ta souveraine grandeur) ou la perfection (perpetua virginitas = celle qui est toujours vierge, C 17 déc.). Du même type sont les expressions suivantes: respice ad electionem tuam = regarde ceux que tu as choisis, les catéchumènes (C samedi 5e semaine Carême); humana mortalitas = les hommes mortels (C mardi 2e semaine Carême); sociat sanctitati = elle les unit aux Saints (vig. pascale, Exsultet). Le terme deitas pour désigner Dieu (PF Trinité, PF dimanche de Pentecôte) appartient à la langue des anciens sacramentaires.
     
Vota recouvre en général prières et sacrifice promis et dus à Dieu: supplici voto (C jeudi 4e semaine Carême). Ce terme est à rapprocher de devotio (ci-dessus).
     
Votiva, dans le même sens que le précédent, qualifie l'hommage dû à Dieu ou l'exercice du culte rendu aux Saints: munera votiva deferimus (S commun des vierges 4).
     Pour être complet, il faudrait encore signaler certaines difficultés provenant de citations bibliques implicites dans les textes du Missel. Par exemple:
     
edere de ligno vitae = manger du fruit de l'arbre de la vie (C commun des martyrs au T. P., 10) est une allusion à Gen. 2, 9 (cf. PF Se Croix) et à Ap 2, 7 (ant, communion même commun).
     
Christi bonus odor (P messe chrismale) est une citation de 2 Cor 2, 15. Dans les régions où l'usage des parfums serait un luxe inconnu, il est préférable de donner un sens équivalent, peut-être en termes de lumière: « le rayonnement du Christ », surtout si le chrême est inodore.
     S'il faut conclure cet examen rapide de quelques cas de traduction difficile, ce sera pour rappeler les termes dans lesquels Paul VI, à l'audience générale du 26 novembre 1969, saluait l'avènement des langues vivantes dans le Missel comme la plus grande nouveauté de la liturgie post-conciliaire: « Ce n'est plus le latin, déclarait-il, mais la langue courante qui sera la langue principale de la messe ... car la compréhension de la prière est plus précieuse que les antiques vêtements de soie dont elle s'est royalement parée ... Si la noble langue latine nous coupait des enfants, des jeunes, du monde du travail et des affaires, si elle était un écran opaque au lieu d'un cristal transparent, ferions-nous un bon calcul ... en lui conservant l'exclusivité dans la langue de la prière et de la religion? » (6)
     En attendant le passage à la créativité souhaitée par beaucoup et pour préparer efficacement la phase de large adaptation sur les thèmes offerts par le Missel, c'est aux traducteurs que revient maintenant la tâche magnifique d'exprimer la prière du peuple de Dieu dans une langue qui ne soit plus, comme le latin oublié ou ignoré, un écran opaque, mais un cristal transparent, capable de faire entendre, dans toute sa pureté et sa beauté, la voix de l'Eglise d'aujourd'hui.

     Rome, 30 avril 1970.

     ANTOINE DUMAS, O.S.B.


(1) On notera d'ailleurs que le texte restauré ne comporte plus les mots: oratio et, addition maladroite d'un scribe pieux.

(2) Les références renvoient au nouveau
Missale Romanum, édition typique de 1970. Les sigles signifient: C = collecte; S = prière sur les offrandes; P = prière après la communion; PF = préface; SP = prière sur le peuple. Toutes les sources du Missel feront l'objet d'une publication ultérieure en cours de préparation.

(3) Dans une anthologie française de textes liturgiques luxueusement éditée, on trouve
Alme Prosator traduit par « Souverain Prosateur ». Une bévue récente et déjà célèbre a fait imprimer la traduction de: Annue, Domine, precibus nostris sous une forme signifiant: « Seigneur, tu nous donnes chaque année de te prier ... ».

(4) Demande de la
beata retributio. Le nom de ce pape constantinien figurait seulement, en effet, dans la Depositio episcoporum (nécrologe des papes), et non dans la Depositio martyrum (martyrologe). Lorsqu'on eut confondu la nature de ces deux documents, Silvestre fut promu saint avec plusieurs autres papes, puis son oraison passa de la messe propre au commun des « confesseurs ». Voir l'article de notre confrère Dom Jacques DUBOIS: Les Saints du nouveau calendrier, dans La Maison-Dieu, n. 100, pp. 157-178; sur S. Silvestre, p. 172.

(5) Cette pseudo-secrète de l'ancien Missel a repris, dans le nouveau, sa vraie place de prière après la communion. On remarquera plusieurs cas analogues de restauration.

(6) Texte italien dans l'
Osservatore Romano du 27 décembre 1969; traduction française de la Documentation Catholique du 21 décembre 1969, p. 1103.