Pour mieux comprendre
les textes liturgiques du Missel romain
« Les traductions liturgiques sont
devenues la voix de l'Eglise ».
(Paul VI, Discours aux traducteurs, 10 nov. 1965)
La
publication du nouveau Missel romain, précédée depuis un an
par celle de la Constitution Missale Romanum
du 3 avril 1969, met un terme
à une longue période d'attente inaugurée par le concile
Vatican II. Elle ouvre en même temps une étape nouvelle
qui, dans l'instauration de la réforme liturgique, exigera
des traducteurs un travail nécessaire, urgent et difficile,
pour exprimer la prière de l'Eglise dans les diverses
langues modernes.
Déjà, l'Instruction publiée
par le « Consilium » le 25 janvier 1969 sur les traductions
des textes liturgiques (Voir Notitiae, n. 44, pp. 312) donnait quelques
principes importants en les illustrant de plusieurs
exemples pour aider la tâche des traducteurs, soit dans la
préparation de nouvelles traductions, soit dans la révision
des textes approuvés provisoirement. Notre dessein est ici,
après avoir rappelé et complété ces normes pratiques, d'en
faire l'application à la traduction de certaines
expressions du Missel romain pouvant faire difficulté,
notamment dans les nouvelles oraisons et préfaces qui
enrichissent désormais le trésor eucologique latin.
RAPPEL DE QUELQUES PRINCIPES
Pour
aboutir à un texte à la fois exact, élégant et digne de sa
fonction, qui est d'exprimer le mystère du peuple de Dieu
parlant à son Seigneur, on devra d'abord appliquer les
règles propres à toute traduction et à tout moyen de
communication orale: connaissance approfondie du latin
chrétien et de la langue de traduction, critique textuelle
préalable, considération du message à communiquer et de ses
destinataires, étude de son genre littéraire.
L'élément le plus important
pour obtenir une adaptation équilibrée reste sans aucun
doute l'étude du contexte:
a) d'abord contextes littéral et littéraire,
dans lesquels le mot ou l'expression doit toujours être
remis en place, l'unité sémantique possédant seule un sens
véritable et complet.
Il faut ici observer que
maintes critiques des traductions liturgiques approuvées
par l'autorité proviennent d'esprits insuffisamment formés,
qui croient nécessaire à une bonne traduction de rendre
chaque mot d'une langue dans une autre. Cet abus analytique
a le grave défaut, sous prétexte de fidélité matérielle,
non seulement de gauchir le sens de la phrase, mais souvent
de le contredire en donnant à chaque élément un relief
qu'il n'a pas dans l'original. De ce point de vue, on
constate une différence essentielle entre le latin
postclassique ou l'italien, qui accumulent les termes
équivalents pour intensifier l'expression, et le français,
l'allemand ou l'anglais, où la phrase trouve sa force dans
la sobriété. En conséquence, il est souhaitable que
certains esprits scrupuleux n'entreprennent pas la
traduction « exacte » du Missel romain, en se bornant aux
règles de la grammaire latine apprise en classe de 6e.
b) Ensuite contextes historique, social et
rituel, à défaut desquels serait impossible ce qui fait
toute la valeur d'une traduction: la transposition parfaite
du message dans un autre contexte, sa délicate adaptation à
des circonstances historiques, sociales et rituelles
totalement différentes. Qu'il suffise ici de renvoyer aux
cas donnés en exemple par l'Instruction citée plus
haut: devotio (n. 11), grex (n. 11), ieiunium (n. 13), mereri (n. 17), mysterium (n. 18), refrigerium (nn. 11 et 23).
Ajoutons que le contexte
liturgique a aussi son importance pour préciser le sens de
tel ou tel terme. Ainsi, le premier mot de l'oraison bien
connue: Actiones
nostras ...
désigne l'activité quotidienne au début de la journée, dans
la liturgie des Heures (prière conclusive des Laudes
matinales, le lundi de la 1re semaine per annum), tandis qu'il exprime tout l'effort du
Carême dans le Missel (jeudi après les Cendres ). (1)
Le contexte liturgique
n'apporte pas seulement aux mots son éclairage propre; il
oriente le sens des mystères célébrés eux-mêmes. Par
exemple, la Transfiguration au 2e dimanche de Carême, en
fonction de la Passion, n'a pas exactement le même sens que
ce mystère célébré pour lui-même le 6 août; d'où
l'opportunité de deux préfaces propres. De même, la
solennité du Corpus Christi
n'est pas un doublet de
la Cena
Domini du jeudi
saint.
La connaissance du latin
chrétien et de « l'environnement » du texte original
seraient évidemment peu de chose sans une connaissance
équivalente de la langue moderne de traduction et du
contexte humain correspondant. Un linguiste, si qualifié
qu'il fût, serait un piètre traducteur s'il vivait coupé de
son milieu humain, sans contact avec les destinataires de
sa traduction. C'est pourquoi une commission de traducteurs
est normalement constituée de spécialistes nombreux:
latinistes, écrivains, exégètes, musiciens, sociologues,
orateurs, pasteurs, poètes, etc., sans compter les
consulteurs aux compétences diverses et complémentaires.
Il convient d'ajouter que
certaines difficultés, propres à l'ancien Missel comme à
tout texte ancien, ne se rencontreront plus — du
moins nous l'espérons — dans le nouveau Missel. Les
réviseurs de celui-ci, en effet, ont fait porter leur
effort sur l'adaptation fondamentale des textes à la
mentalité contemporaine, suivant en cela la règle d'or de
la réforme liturgique, promulguée par la
Constitution Sacrosanctum
Concilium, nn.
36-40.
Il reste cependant que, dans
le choix des moyens d'expression, la tâche des réviseurs
était de maintenir l'unité de style du Missel en fonction
des meilleurs textes anciens, qui sont toujours respectés
et même restaurés. Il faut donc s'attendre à ce que le
fruit de ce labeur ardu continue d'imposer au travail des
traducteurs des difficultés qu'ils connaissent bien et
qu'ils s'efforcent depuis longtemps de résoudre pour
aboutir à un texte formule dans une langue moderne à la
fois usuelle et adaptée, accessible mais non vulgaire, dans
tous les cas littérairement irréprochable, et supposant
évidemment une catéchèse suffisante pour permettre une
participation active et éclairée à la liturgie, selon le
voeu de Vatican II.
La nécessité de cette
catéchèse élémentaire est un besoin évident pour la plupart
des fidèles, en particulier pour les jeunes, et donc un
devoir urgent de la part des pasteurs. On a le droit de
s'étonner en voyant nos contemporains, même non
spécialistes, très versés dans le vocabulaire technique de
l'automobile, de la télévision, de l'électronique ou de
l'astronautique, et négligeant de s'initier à un minimum de
vocabulaire religieux.
C'est pourquoi la langue
liturgique, notamment, est l'objet de critiques violentes
visant à évacuer tous les termes jugés hors de l'usage
courant ou incompatibles avec l'esprit moderne: « Seigneur
» serait trop monarchique, « Père » trop paternaliste, «
serviteurs » trop servile; « puissance, honneur et gloire »
évoquent la cour du roi-soleil, etc. La recherche d'une
langue sacrée, digne de la prière de l'Eglise, doit ignorer
de telles exagérations, nées du parti-pris et de
l'ignorance. Par contre, la liturgie de nos frères
protestants, dont le culte s'exprime dans un langage à la
fois si clair et si digne, nous offre un bel exemple à
suivre.
Ayant le double et périlleux
honneur d'être au nombre des réviseurs du Missel romain et
des traducteurs de la commission francophone, il nous
paraît utile de relever ici quelques cas intéressants et de
les éclairer au moyen des règles élémentaires rappelées
ci-dessus.
LE VOCABULAIRE EUCHARISTIQUE
Il est
naturel que dans le Missel romain, « livre de messe » par
excellence, le vocabulaire concernant l'eucharistie tienne
une place majeure et forme un complexe abondant et
nuancé: mysterium,
sacramentum, sacrificium, signum, hostia,
munera, veulent
tous exprimer les richesses de ce mystère sous son double
aspect de sacrifice et de sacrement. Le contexte littéral
et le contexte liturgique permettent habituellement de
préciser le sens exact de chaque expression. Par exemple:
(2)
Munera
humilitatis
nostrae = les
pauvres dons que nous offrons (S); munera tuae pietatis
= les dons reçus de ton amour
(P).
On notera que le
singulier munus
tuum signifie
habituellement le secours de Dieu, sa grâce, son
appui: tuo
munere = par ta
grâce (C lundi 3e semaine Carême). Mais il peut aussi
désigner le don de Dieu qu'est l'eucharistie:
caeleste munus diligere
quod frequentant = aimer le don du ciel auquel ils
participent (SP 3).
Sacrificium
a le sens obvie de «
sacrifice »: sacrificium singulare
= l'unique sacrifice (S 20
décembre). Au pluriel, le mot sacrificia désigne les dons portés à l'autel en vue
du sacrifice.
Hostia
n'a jamais le sens classique
de « victime ». Il désigné souvent les dons préparés en vue
de l'eucharistie (S jeudi après les cendres), et parfois
l'eucharistie elle-même: hostia salutaris
(S mardi 3e semaine
Carême); huius
hostiae commemoratio = le mémorial célébré par ce sacrifice (S
jeudi saint, in Cena Dornini; S vot. Eucharistie, 3 B).
Le pluriel
hostias
ne saurait être traduit par
le terme moderne « hosties ». En français, « nos
eucharisties » paraît étrange, alors que « nos offrandes »
est un équivalent simple et exact.
Sacramentum,
dans le contexte eucharistique, garde son sens de «
sacrement », même au pluriel: tui communio sacramenti
(P lundi 3e semaine
Carême); in
imagine sacramenti = sous le signe du sacrement (P 11 juin).
Cependant, dans les prières après la communion,
sacramenta
peut désigner les dons
consacrés, devenus sacrement: sacramenta quae
sumpsimus.
On notera, pour ce mot, le
sens tout différent de « mystère », assez facile à
identifier d'après le contexte. Voir ici-dessous.
Mysterium,
surtout au pluriel, est un mot chargé de sens, et donc de
difficultés pour les traducteurs. Comme toujours, il ne
trouve son vrai sens que dans le contexte. En français, le
terme équivalent de « mystère » est généralement adéquat,
sauf si le contexte eucharistique impose celui de «
sacrement »: huius
participatio sancta mysterii (P mardi 3e semaine Carême);
et mysteriis et
moribus = dans
les sacrements et dans la vie (P jeudi 3e semaine
Carême); paschalibus initiata
mysteriis = ce
qui est inauguré par les sacrements de cette nuit pascale
(S vig. pasc.); mysteriis quibus renati runt
permanentes =
fidèles aux sacrements qui les ont fait renaître (SP
18); Corporis et
Sanguinis tui sacra mysteria = le sacrement de ton Corps et de ton
Sang (C Saint-Sacrement).
En dehors des prières
eucharistiques, c'est dans les prières sur les offrandes et
après la communion qu'on rencontre les mots cités
ci-dessus. Certaines formules, d'une densité remarquable,
accumulent les éléments de ce vocabulaire. Par
exemple: salutis
nostrae memoriale celebranter ... ut hoc sacramentum fiat
nobis signum (S
votive Eucharistie, 3 A; S unité B); sacrificium salutare ...
sacramentorum signis oblatum = le sacrifice de notre salut, offert
sous les signes sacramentels (S pour la paix et la justice,
div. 22).
Memoriale,
terme très rare dans l'ancien Missel (cf. P 28
avril: immensae
caritatis tuae memoriale perpetuum), est devenu plus fréquent dans le
nouveau. On doit le distinguer soigneusement du groupe
verbal: memoria,
commemoratio, recolere, etc., qui connote seulement l'idée de
souvenir: baptismatis memoria
= en souvenir de notre
baptême (vig. pascale, bénédiction de l'eau
ordinaire). Memoriale est un terme propre qui s'applique à
l'eucharistie, dans le sens d'une réalité (monument, oeuvre
scientifique ou littéraire) consacrée à un personnage ou à
un événement célèbre, dont on veut perpétuer la mémoire. Ce
mot, intraduisible sinon dans une transcription rigoureuse,
est de ceux qui supposent, à la base de la langue
liturgique, une catéchèse fondamentale. Sinon, comment
traduire exactement: Filii tui caritatis memoriale
celebrantes (C
pour l'Eglise, C et E); salutis nostrae memoriale
(S 28 août);
memoriale participantes
redemptionis (S
confirmation A)?
On aura remarqué que, d'une
manière générale, la prière sur les offrandes est le lieu
habituel de ces difficultés d'ordre eucharistique.
Celles-ci seront plus facilement résolues si l'on se
rappelle que cette prière, conclusion du rite de la
présentation des dons, ne doit jamais empiéter sur
l'offrande du sacrifice, qui sera faite pendant la prière
eucharistique. Ici, on demande à Dieu de regarder
favorablement les dons réservés au sacrifice, mais
nullement d'agréer un sacrifice qui n'est pas encore
offert.
Les réviseurs du Missel ont
évité les expressions qui pourraient prêter à une telle
ambiguïté. Cependant, certaines tournures traditionnelles
devront être minimisées dans la traduction, à la lumière de
ce que nous venons de rappeler sur la véritable nature de
cette ouverture de la liturgie eucharistique: apport des
dons à l'autel et leur présentation par le célébrant,
conclue par la prière sur les offrandes. Dans cette
perspective, les mots hostiam quam
immolamus,
susceptibles d'un sens très fort, se traduiront au minimum
par: « les dons que nous présentons », et au maximum par: «
le sacrifice que nous allons offrir » (S mercredi des
Cendres, S 3 juillet, S 24 août, S votive S. Joseph 10, S
pour un défunt, div. commemor. 3 A).
LES FAUX AMIS
En latin
chrétien, comme dans toute autre langue, le traducteur doit
avant tout se méfier des mots aux ressemblances trompeuses
qui sont pour lui un piège dangereux, car il croit les
reconnaître au premier coup d'oeil. Ces « faux amis » ont
fait trébucher de nombreux auteurs, (3) et nous devons
citer quelques-uns de ces pièges.
Commendare
ne signifie pas toujours «
recommander », mais « remettre, livrer ». Ainsi, à la Cène,
le Christ a-t-il livré à ses disciples le mystère
eucharistique (C jeudi saint).
Consolatio
a subi, dans les langues
modernes, la même évolution sentimentale que le mot
devotio
(cf. ci-dessous). Sauf dans
certains textes récents, il désigne « la force, l'appui, le
réconfort » donnés à la faiblesse de l'homme soit
directement par Dieu, en particulier par l'Incarnation (C
24 déc. matin; P 31 déc.) ou par l'Esprit Saint (C
Saint-Esprit, votive 7), soit par l'intermédiaire de la
création, qui fournit les secours nécessaires à la vie
humaine: temporali
consolatione non deseras (SP 1), transeuntium necessaria rerum
consolatione fovente = en nous accordant le secours
indispensable des choses qui passent (P samedi temps de
Noël).
Par contre, au sens moderne
de « consolation »: ut amoris tui consolationibus
subleventur (C
funérailles d'un enfant baptisé), à rapprocher de:
Deus, piissime
consolator (C 2
funérailles d'un enfant non baptisé).
Devotio
a rarement le sens moderne de
« dévotion ». Il est à rapprocher des termes
vota,
vovere, qui
expriment une promesse, une consécration, un engagement
religieux. Il détermine souvent les substantifs désignant
les dons offerts pour l'eucharistie: devotionis nostrae hostia
= le sacrifice que nous
allons offrir en signe de notre appartenance (S 3e dimanche
Avent).
Dignanter
est un adverbe qui se
rattache à dignatio = « geste favorable, condescendance », et
non à dignitas. Il marque donc une instance dans la
supplication. Mieux que par le verbe « daigner », qui
rappelle un style épistolaire vieilli, cette instance
s'exprimera par l'accent déprécatif de toute la
phrase. Preces
nostras dignanter exaudi (C 22 nov.); suscipe dignanter
(S 8 déc.).
Eruditio
est un terme très fréquent
pour désigner la « culture » du chrétien, sa formation
spirituelle, son instruction: formation qui s'accroît par
l'enseignement des vérités de la foi, comme aussi par leur
mise en oeuvre dans toute la vie: eruditio sapientiae
caelestis = les
leçons reçues de la sagesse divine (C 2e dimanche
Avent); per
quadragesimalem observantiam eruditi
= formés par l'observance du
Carême (C mercredi Y semaine Carême); bonis operibus eruditos
(C jeudi 4 semaine
Carême); fidei
christianae eruditionibus imbuisti = tu les as pénétrés des enseignements de
la foi chrétienne (S 5e dimanche Carême);
intellegentiae
competentis eruditione = par la connaissance d'une intelligence
ouverte au mystère (C 27 déc.); evangelio salutis erudiat
= qu'il nous instruise par
l'Evangile du salut (SP 20).
A la base de cette
eruditio
sont les rudimenta
fidei, qui ne
sont pas les « rudiments », mais les principes essentiels
de la foi, le contenu du message annoncé aux catéchumènes
et que l'Eglise a d'abord reçu des Apôtres et des
Evangélistes: superni muneris rudimenta
donasti (C vigile
29 juin). Il est clair que, dans chaque cas, on devra
harmoniser selon le contexte. Ainsi, l'initium divinae
cognitionis reçu
des Apôtres par l'Eglise (C 18 octobre) désigne moins, au
sens strict, « la connaissance de Dieu » que la prédication
de l'Evangile, fondement de la foi chrétienne. On notera
aussi que si l'eruditio de S. Marc (C 25 avril) désigne
l'enseignement de l'Evangile, celle de S. Bède (C 25 mai)
est à prendre au sens restreint de l'érudition du « savant
bénédictin ».
Frequentare
n'a pas nécessairement le
sens itératif de « célébrer souvent, pratiquer
habituellement, participer fréquemment ».
Mysteria
frequentare =
participer au sacrement (P 28 avril); frequentare Nativitatem
= célébrer la Nativité (P
nuit de Noël); frequentata mysteria
(P 1 dimanche Avent).
On retrouve ce sens simple
dans la rubrique qui suit la messe du dimanche de
Pentecôte: Missam
frequentare.
Immutari
ne signifie pas « ne pas
changer, être immobile », mais tout le contraire: « être
transformé, devenir ». Souvent ce préfixe, loin d'être
négatif, marque l'intériorité ou l'intensité:
inhabitare
= habiter;
investigabiles Christi
divitias = les
richesses insondables du Christ (Eph. 3, 8; P 19 août; P
commun des missionnaires, past. 12). Noter que le sens
contraire et positif: « capable d'être sondé », s'exprime
par le même mot, ce qui confirme notre remarque initiale.
Meritum
est un de ces « faux amis »
que l'on serait toujours tenté de traduire par « mérite »,
mais qui signifie très souvent le contraire: « faute,
culpabilité ». Le Missel contient de nombreux exemples de
ces deux acceptions opposées: eorum coronando merita
= en couronnant leurs mérites
(PF 1 des Saints); suffragia meritorum
= l'appui de nos mérites (S
2e dimanche Avent); fidei suae meritis
(or. univ. 2 vendredi
saint); non meis
meritis (Exsultet
vig. pascale); unde sit meriitum
(S 8 dimanche per
annum); de nostro
merito formidantes (S vig. 29 juin); nostri est meriti quod
perimus = c'est
par notre faute que nous mourons (PF 5 défunts). Voir le
verbe mereni ci-dessous.
Le mot meritum peut aussi avoir le sens de « charge,
fonction »: pontificale donasti
meritum = tu lui
as donné la charge épiscopale (P un évêque défunt, div. 2
B).
Praeiudicium
est à prendre au sens
étymologique de « jugement antérieur, condamnation première
», et non pas de « préjudice, préjugé ». Ce mot désigne le
châtiment du péché supporté par la race humaine, en
opposition à la rédemption accomplie par le Sauveur (C 1
mardi temps de Noël); ad nostra evacuanda
praeiudicia =
pour abolir notre condamnation originelle (S lundi semaine
sainte).
Probabilis,
appliqué aux anges, ne signifie évidemment pas qu'ils
soient des créatures « probables ». Par ce terme, la
préface des anges évoque les purs esprits qui, selon la
croyance traditionnelle, ont subi victorieusement «
l'épreuve » (probatio) de leur fidélité à Dieu.
Sensus
a peu de rapports avec les
sens ou le sentiment. Il équivaut aux termes
mens, anima,
dispositio, et
désigne le plus souvent l'intelligence d'un coeur qui
s'ouvre aux réalités du mystère de Dieu, qui les comprend
au sens pascalien du mot: dignis sensibus capiamus
(P commun des femmes
martyres); largire
sensibus nostris (P mercredi semaine sainte);
purgatis
sensibus = avec
une intelligence purifiée (S samedi Y semaine Carême).
Sustinere,
que l'on rencontre surtout dans la liturgie de l'Avent, a
le sens d'« attendre, espérer »: praesentiam sustinemus
(C mercredi 2e semaine
Avent), adventum
sustinemus (C
vendredi semaine Avent) nous attendons sa venue;
Virgo Mater ineffabile
sustinuit ne
signifie pas qu'elle « portait » le Verbe incarné, mais
qu'elle l'attendait avec un amour immense (PF 2 Avent).
Ce mot peut cependant avoir
le sens moral de « supporter »: moenoris amaritudinem
sustinemus (S
pour tout besoin, div. 38 B).
Virtus,
au singulier, a toujours le sens de « force, puissance »,
qu'il soit appliqué à Dieu ou aux sacrements:
Per huius mysterii
virtutem (P).
Dans le sanctoral, ce mot se nuance de « courage »:
apostolicae virtutis
exemplo (P commun
des missionnaires, pasteurs 12). Dans ce même contexte, il
est employé au pluriel avec le sens assez rare de « vertus
»: eius virtutes
aemulantes =
stimulés par l'exemple de ses vertus (C commun des vierges
2).
QUELQUES MOTS DIFFICILES
Etant
supposé résolu le cas des « faux amis » qui se cachent dans
les textes du Missel et dont nous avons décelé les plus
typiques, la sagacité des traducteurs sera aux prises avec
maintes autres difficultés venant d'expressions dont le
sens classique est très clair, mais que l'évolution de la
langue latine en période post-classique et chrétienne a
chargé d'un sens nouveau, exigé par une religion et une
théologie nouvelles.
Qu'il nous soit d'abord
permis, avant d'examiner une trentaine de ces cas par ordre
alphabétique, de renvoyer le spécialiste francophone au «
Dictionnaire latin-français des auteurs chrétiens » du
Professeur A. BLAISE (Editions BREPOLS, Turnhout 1954;
supplément édité en 1962). Quant aux débutants, ils auront
profit à s'initier au latin liturgique par l'étude du «
Vocabulaire latin des principaux thèmes liturgiques » par
le même auteur, chez le même éditeur (1966).
Animus
est un mot rare en latin
chrétien, et donc dans l'ancien Missel (cf. S 29 janvier
PAL: mitissimum
beati Francisci animum), au sens d'esprit plutôt que d'âme.
Sous l'influence des récents documents conciliaires,
animus
se rencontre assez souvent
dans le nouveau Missel, surtout dans les compositions
modernes des messes ad diversa et rituelles. Il garde son sens
classique, nuancé parfois de « courage, coeur »:
animorum
communione = par
l'union des coeurs (C mariage, 25 anniv.);
communionem obtineant
animorum (S pour
les déportés, div. 29); Filio tuo ... sincero animo
adhaesit (C
votive d'un apôtre 14).
Dans le sanctoral, on trouve
également: mansuetudinis animo
= en esprit de douceur (S 24
janvier); magno
animo vitam profundere (C 29 déc.); animi fortitudinem
(P commun martyrs 6).
Augmentum
se rencontre fréquemment pour
désigner le progrès du chrétien en marche, et il s'applique
souvent, dans les prières après la communion, aux « fruits
» de l'eucharistie. Il est clair que l'expression
augmentum
redemptionis (P
dimanche de Pentecôte) désigne une croissance des effets de
la rédemption définitivement acquise par le Sauveur, mais
reçus diversement selon les dispositions du croyant.
Dans le cas particulier de la
prière Pro nostrae
servitutis augmento, composée par S. Grégoire le Grand pour
l'anniversaire de son ordination épiscopale, le contexte
historique suffit à préciser le sens: pour le célébrant, le
temps du service s'est accru d'une année (Cf. le mot
servitus, ci-dessous). Mais cette prière,
utilisée par l'ancien Missel comme « secrète » du 23e
dimanche après la Pentecôte, demeurait peu intelligible
hors de son contexte. Certains la comprenaient comme une
prière pour le recrutement sacerdotal; d'autres croyaient
découvrir sous l'augmentum un pain offert pour l'eucharistie
(peut-être le gâteau d'anniversaire?). On voit que
l'imagination des traducteurs surpasse parfois leur
science. Pour restituer au texte sa vérité, nous l'avons
replacé dans son contexte rituel: prière pour le célébrant
au jour anniversaire de son ordination (ad diversa 7 C).
Benedictio
est assez souvent utilisé
dans les prières après la communion pour désigner non pas
le rite final de la messe, mais l'ensemble des bienfaits
dont Dieu nous gratifie: caelestis benedictio
(P jeudi après les
cendres); sacramentorum tuorum
benedictione (P
lundi 5e semaine Carême); benedictionem conferat
salutarem (S 21e
dimanche per annum); benedictionis tuae fructus et
gaudium (P
dédicace d'une église A).
Ce même mot, comme
sanctificatio
(S mardi 2 semaine Carême),
peut désigner le mystère eucharistique, et plus précisément
la consécration des dons, qui deviendront Corps et Sang du
Christ.
Commercia
désigne tout échange opéré
entre Dieu et l'homme: soit par l'Incarnation:
gloriosa
commercia (S 29
déc.), commercium
nostrae reparationis (PF 3 Nativité); soit par
l'eucharistie: sacrosancta commercia
(P jeudi Pâques),
veneranda
commercia (S 5e
dimanche Pâques). Les langues modernes ne manquent pas de
mots pour exprimer ce dialogue actif, cette ouverture
mutuelle, cette communication intime entre Dieu et l'homme,
tout en évitant le terme un peu mercantile qui démarque de
trop près le mot latin.
Confessio
a, le plus souvent, le sens
de « proclamation, profession de foi, louange publique
»: in unius fidei
confessione (PF
dimanche Pentecôte), confessio deitatis
(PF Trinité),
confessio tuae
laudis (C 2. 3e
dimanche Carême), in confessione tui
nominis (or.
univ. 1 vendredi saint), in apostolicae confessionis
petra (C 22
févr.), ad
confitendum te Deum vivum ... (Petrum) docuisti
(S votive S. Pierre, 12).
Dans un contexte pénitentiel,
le mot retrouve évidemment son sens de « reconnaissance des
péchés, aveu des fautes »: humilitatis nostrae
confessionem (C
1. 3e dimanche Carême), reatus nostri confessio
(C mercredi 4e semaine
Carême).
Disciplina, au singulier comme au pluriel, désigne
l'instruction que reçoit le disciple, la formation
chrétienne (cf. eruditio, ci-dessus) assurée par l'enseignement
et les exemples du Christ, comme aussi les leçons
communiquées par l'Eglise lorsqu'elle transmet le message
évangélique par la liturgie de la Parole, ou qu'elle
instruit les fidèles par l'ensemble des rites liturgiques.
Dans le contexte du Carême, le mot désigne plus
spécialement la « discipline » de ce temps pénitentiel ou
l'instruction reçue par les catéchumènes:
disciplinis
caelestibus (C
lundi 1re semaine Carême, C vendredi 3e semaine Carême).
Doctrina
est le terme réciproque du
précédent. Il désigne les leçons, la doctrine que la maître
donne au disciple au moyen de documenta, ou argumenta. Ces derniers mots désignent les «
exemples » donnés par le Christ, l'Eglise et les
Saints: patientiae
documenta (C
dimanche de la Passion), Filii tui secutus est patientiae
documentum (C
pour un défunt, mort après une longue maladie, div.
9), evangelicae
perfectionis documenta (C pour un abbé, commun des religieux,
7), novissima
dilectionis tuae argumenta = de nouvelles preuves de ton amour (C
commun des Saints et Saintes, 1).
Famulari
est à rapprocher des
mots familia,
servitus et
désigne l'acte de rendre le culte dû à Dieu en le servant:
service qui s'apparente plus à l'intimité des fils à
l'égard de leur Père qu'à la soumission des esclaves envers
leur Maître. Ce « service » est rendu à Dieu à travers
toute la liturgie, prière publique de l'Eglise, et
spécialement par la célébration de l'eucharistie:
nobis indita est
plenitudo cultus = là est contenue pour nous la plénitude
du culte (S 23 déc.). D'où la demande d'être purifiés par
les sacrements quibus tibi famulemur
(S 22 déc., S 9e et 29e
dimanches per annum).
Forma,
comme substantia, ne doit pas charger la prière d'une
technicité philosophique hors de propos. Sa traduction par
le mot « nature » paraît habituellement suffisante (S nuit
de Noël), sauf évidemment si le contexte impose le sens de
« modèle, type, exemple »: formam (ieiunii)
dedicavit (PF 1er
dimanche Carême), novi hominis formam
portare (P commun
des religieux, 7), formam sacrificii ...
instituens (PF 1
de l'Eucharistie).
Instituta
présente un sens fort
complexe: il désigne le fondement d'une réalité, ses
origines ou son but, ce sur quoi ou ce pour quoi elle est
établie. On pressent que le contexte seul permet de
préciser le sens et qu'une traduction un peu glosée est
parfois la seule possibilité d'exprimer le contenu d'un
terme tantôt si vague et tantôt si dense:
peragat instituta
mysterii = notre
célébration accomplit l'intention de celui qui a institué
ce sacrement, elle répond au but de son institution (S 3
dimanche Avent).
Ce mot peut aussi avoir le
sens d'enseignement ou désigner l'ensemble des réalités (ou
des rites?) inspirées par Dieu et établies par
l'Eglise: imbuisti
institutis (P
samedi 1re semaine Carême), aeternis proficiat
institutis (C
lundi 4e semaine Carême), quod paschalibus exsequitur
institutis (C
lundi 6e semaine Pâques), instituta providentiae
tuae = ce que ta
Providence a établi (P mariage A).
Mereri,
verbe correspondant au substantif meritum (voir ci-dessus), a le sens de « mériter
» en bien ou en mal: Obeata nox, quae sola meruit
scire = Nuit
bienheureuse qui, seule, fus digne de connaître ... (vig.
pascale, Exsultet).
Mais habituellement son sens
est si faible que ce verbe n'est plus qu'un simple
auxiliaire, analogue au français « pouvoir », sans aucune
nuance de mérite ou de démérite: (per Mariam) meruimus ... Auctorem
vitae suscipere =
par Marie, nous avons pu recevoir Celui qui nous donne la
vie (C 1er janvier).
Mysterium,
en dehors du contexte sacramentel (voir ci-dessus), garde
son sens de « mystère »: mysterium nativitatis
(P. 4e dimanche
Avent), Unigeniti
tui mysteria recolere (S 7 octobre).
Mais en parlant du plan
divin, il a le sens de « dessein mystérieux »:
ut homines mirabili
mysterio renascerentur = pour que, selon ton dessein admirable,
les hommes naissent de nouveau (P 26 juillet). Il s'agit là
du grand « secret » de Dieu.
N., lettre qui indique, dans certaines
prières du Missel et du Rituel l'insertion d'un
nomen
approprié, offre à tout
célébrant l'occasion de faire une traduction personnelle
intelligente, qui ne soit pas littérale et maladroite. Dans
ce cas, de même que dans tout autre, on doit observer
l'usage de la langue moderne en se gardant de suivre
servilement les habitudes héritées du latin, qui se bornait
au seul prénom. Qui oserait parler du pape en disant
seulement: « Paul », ou s'adresser à son évêque en
l'appelant: « Alexandre »?
Les principes d'une bonne
traduction s'appliquent aussi à cette lettre isolée, ou
plutôt à la rubrique dont elle tient la place et qu'on
suivra avec aisance en observant l'usage courant de parler
et d'écrire: « le pape Paul VI, notre évêque Monseigneur
Untel (prénom suivi du nom de famille), notre archevêque le
Cardinal Untel » (prénom suivi du nom de famille).
De même, l'usage n'est pas
dans les paroisses, sauf le cas de plus grande familiarité
avec les jeunes, d'appeler les fidèles par leur seul
prénom. Dans la liturgie des sacrements (mariage, etc.)
comme dans celle des défunts, il sera donc plus respectueux
et plus naturel de désigner les personnes par leur nom
complet, sous lequel elles sont connues de tous.
Officium
est « le devoir religieux,
l'hommage respectueux » que l'homme doit à son Seigneur.
Souvent employé au pluriel, officia désigne l'ensemble des prières et des
rites par lesquels nous lui rendons ce devoir, c'est-à-dire
l'activité liturgique, le culte public, et spécialement
l'eucharistie: piae devotionis officia
(S 7e dimanche
Pâques). Officia
pietatis = les
devoirs de notre piété filiale, peut prendre un autre sens
quand il s'agit de la liturgie des défunts (= les devoirs
de notre amour fraternel).
A ce propos, il est
intéressant de noter que le contexte liturgique peut
colorer de manière différente une même oraison. Ainsi, dans
le cas de la prière: Quaesumus ... per haec piae
placationis officia, utilisée par l'ancien Missel comme «
secrète » de la messe Sacerdotes tui
du commun des « confesseurs
pontifes », l'usage primitif de ce texte était réservé à la
mémoire du pape Silvestre et s'apparentait à la liturgie
des défunts (4). Comme dans le cas de la prière
Pro nostrae servitutis
augmento (voir
ci-dessus), nous avons rétabli le texte dans sa vérité en
le situant dans son contexte rituel original: le groupe des
prières pour un pape défunt (div. pour les défunts, 1 A).
Par (mundo
venerabile) est
un hapax qui pourrait faire difficulté, mais que
son contexte éclaire sans ambiguïté. Appliqué aux deux
apôtres Pierre et Paul, ce substantif neutre se trouve dans
leur préface propre (28-29 juin) et signifie simplement «
couple ». D'où la traduction: « Ces deux apôtres, honorés
dans le monde entier ».
Placatus,
p. p. de placare, se dit de Dieu « apaisé » par nos
prières et notre sacrifice (S 12 déc.). Il est bon de ne
pas forcer le sens de ce mot et de le transcrire en termes
chrétiens de « réconciliation » (placatio, S 23 déc.), plutôt que de colère. On
rencontre souvent dans les prières sur les offrandes
l'expression: hostias placationis
= le sacrifice qui nous
réconcilie avec toi, plutôt que: la victime qui t'apaise.
Ne pas confondre avec
placitus, p. p. de placere, assez courant pour désigner ce qui
plaît à Dieu, ce qui obtient sa faveur.
Quadragesimalis
observantia est
fréquent pendant le Carême (or. 1 bénédiction des Cendres,
C vendredi après les Cendres) où il est employé
parallèlement à: exercitatio (or. 2 bénédiction des Cendres, S jeudi
2e semaine Carême), opera, etc., pour désigner l'activité
pénitente et l'effort religieux de la conversion chez le
chrétien qui se dispose à mieux vivre le mystère pascal, et
d'abord chez le catéchumène qui se prépare au baptême.
Les termes pénitentiels
rencontrés dans ce même contexte quadragésimal:
continentia
(S vendredi après les
Cendres), moderatio (C mardi 1re semaine Carême),
temperari
(C mercredi 1re semaine
Carême), castigatio, ieiunium
(terme habituellement réservé
aux vendredis de Carême) doivent être rendus par des
expressions assez générales, adaptées à la mentalité
contemporaine, de manière à recouvrir tout l'exercice d'une
pénitence nécessaire, mais réellement possible. Tel est
maintenant l'esprit réaliste de la langue liturgique,
lorsqu'elle parle de l'opus quadragesimale (C lundi 1re
semaine Carême).
Quaesumus,
qui revient dans la plupart des oraisons, est une incise
habituelle à la prière latine, qui n'a d'autre but que de
donner une allure déprécative à la phrase. Le plus souvent,
ce mot n'a pas à être traduit. Il est suffisamment exprimé
par le style d'une prière respectueuse.
Si, par contre,
quaesumus
est le verbe de la
principale, il peut être traduit par son équivalent
ordinaire: « prier », sans nuance de supplication.
Respirare,
au sens premier de « respirer, reprendre haleine », exprime
le réconfort et la sécurité qu'éprouve le chrétien soutenu
par la force de Dieu. Au sens fort, dans la liturgie des
défunts, il va jusqu'à signifier « reprendre vie, avoir une
vie nouvelle »: ut
inter sanctos ... respiret = qu'il vive à nouveau parmi les Saints
(C pour un défunt, 3 B)
Sacramentum,
hors du contexte sacramentel et particulièrement
eucharistique, peut avoir le sens de « mystère ». Repris de
la littérature patristique, il est souvent appliqué au
mystère pascal ou au Carême qui le prépare, et même le
célèbre: paschale
sacramentum (C
vendredi Pâques, C vig. Pentecôte, PF dimanche de
Pentecôte); annua
sacramenti exercitatio quadragesimalis
(C 1er dimanche Carême).
On notera d'ailleurs que
ce sacramentum
paschale peut
désigner l'eucharistie, sacrement qui nous fait participer
au « mystère pascal »: pro quo paschale celebravimus
sacramentum (P
funérailles au T. P., C); cuius (Christi) misericordiae
consecutus est sacramentam (P pour un défunt, 3 B);
in hac luce ... tuum
consecuti sunt sacramentum = ici-bas, ils ont reçu ton sacrement (P
pour plusieurs défunts, 3 E). Ces textes sont à rapprocher
de l'expression: paschalibus mysteriis
mundatus (P
funérailles au T. P., D; anniversaire au T. P., B).
Ailleurs, dans le sens
général de « mystère »: admirabile sacramentum
(Trinitatis) (C
Trinité); verae
fidei sacramenta confirma (P 25 mars; P commun B. V. M. au T. P.,
6); (5) fidei
sacramenta ... in Transfiguratione
roborasti (C 6
août); Christi et
Ecclesiae sacramentum (C mariage A), ce dernier texte étant à
rapprocher de l'expression: Christi et Ecclesiae nuptiale
mysterium (prière
sur les époux, mariage B).
Sacramentum Ecclesiae
est une tournure rare dans
les textes du temporal: totius Ecclesiae
sacramentum (vig.
pascale, or. 1 après 7e lecture). Mais on la rencontre
assez souvent dans les messes nouvelles et
ad
diversa, dont les
textes sont généralement des compositions inspirées des
actes de Vatican II. L'Eglise y est considérée comme «
signe » de la présence de Dieu parmi les hommes, signe de
salut qui communique au monde les fruits de la rédemption.
Dans ce sens, on peut appliquer à l'Eglise le terme de «
sacrement »: ut
Ecclesia tua universale fiat salutis
sacramentum (C 24
août); ut
universalis sit salutis sacramentum
(C pour l'Eglise, div. 1 A);
tuae sanctitatis
et unitatis sacramentum mundo manifestet
(C pour l'Eglise, div. 1
C); Ecclesia,
sacramentum salutis cunctis gentibus
(C pour l'évangélisation des
peuples B); ut
Ecclesiae aedificet in mundo sacramentum
(C pour un évêque B).
Sacrare
peut avoir le sens de «
consacrer par Dieu » ou « consacrer à Dieu ».
L'expression munera sacranda
(S Baptême du Christ)
ou dicanda (S mercredi 1re semaine Carême, S 34e
semaine per annum), ne peut, en l'absence de
tibi, trouver son vrai sens qu'en fonction du
contexte, quelquefois très clair: munera quae
sacramus (S
vendredi 3e semaine Carême).
Servitus
se rencontre fréquemment dans
les prières sur les offrandes, dans le même contexte que le
mot devotio (cf. ci-dessus), mais avec un sens plus
fort que ce dernier. Il indique le « service » du sacerdoce
ministériel, la consécration des prêtres et des ministres
au service de Dieu et de son peuple, spécialement dans leur
ministère liturgique et, dans ce cas, eucharistique:
munera servitutis
nostrae = les
dons que nous, tes serviteurs, te présentons.
Voir, dans un sens plus
large, les mots familia, famulus,
famulari (ci-dessus).
Substantia
est un terme philosophique
qui, dans la prière, ne doit pas être pris au sens strict.
Le plus souvent, en particulier dans le contexte de
l'Incarnation, il est assez bien rendu par « nature » (S
nuit de Noël). Voir le mot voisin: forma (ci-dessus).
Substantia nostrae carnis
(C 2 mardi temps de
Noël), nostra
substantia (P
Ascension) = notre nature humaine: substantia nostrae
mortalitatis =
notre nature mortelle ou, plus largement, le genre humain
(PF Epiphanie).
Suffragium,
depuis son sens premier de « vote favorable », a pris le
sens plus large de « secours, appui, intercession »:
suffragium
salutis = un
secours salutaire (P mercredi 2e semaine Carême).
Tractare
(mysteria, sacramenta) a le
sens très concret de « palper, opérer, accomplir »:
ut sancta tua
tractemus = pour
célébrer l'eucharistie (P samedi 3e semaine Carême);
divina
tractantes (S 25
janvier; S votive S. Paul, 13); quod tractabat imitari
= se conformer à ce qu'il
célébrait (27 septembre).
Selon sa place dans la
liturgie de la messe, ce mot peut recouvrir tous les actes
rituels de l'assemblée: présentation des dons, offrande du
sacrifice, communion au sacrement, participation
communautaire. Il désigne tout ce que « fait » l'assemblée,
chacun selon sa fonction propre.
Vetustas-novitas
est une antithèse héritée de
saint Paul et des Pères. Ce couple n'offre pas de
difficulté pour sa compréhension, mais plutôt pour sa
transposition exacte. Les formules: « le vieil homme, notre
vieille nature », doivent être complétées par l'idée de
péché pour être bien comprises: contagiis vetustatis
= les souillures qui nous
vieillissent (C mardi 1re semaine Avent);
vetusta
servitute =
asservis au péché depuis toujours (C 18 déc.);
vetustatem
nostram = notre
péché invétéré (S messe chrismale); vetustate deposita
= ayant dépouillé le vieil
homme pécheur (P samedi matin 7e semaine Pâques).
Quant aux expressions
nova luce
(C aurore 25 déc., C 1
mercredi temps de Noël), nova nativitas
(C 18 déc., C 30 déc.), le
temps de Noël les éclaire suffisamment. On notera
que nova
nativitas n'est
pas une nouvelle célébration liturgique de la Nativité,
mais la naissance humaine du Verbe incarné, seconde par
rapport à sa génération éternelle ex Patre (cf. S. Léon: Sermo XXII, de Nativ. 2,
2).
Virginitas,
comme tous les mots abstraits, peut être entendu au sens
individuel et concret; il désigne alors, selon un usage
fréquent chez les Pères, la Vierge Marie. En effet,
l'abstrait, appliqué à un sujet particulier, indique
l'intensité (humilitas nostra
= notre extrême petitesse
devant Dieu; tua
maiestas = ta
souveraine grandeur) ou la perfection (perpetua virginitas
= celle qui est toujours
vierge, C 17 déc.). Du même type sont les expressions
suivantes: respice
ad electionem tuam = regarde ceux que tu as choisis, les
catéchumènes (C samedi 5e semaine Carême);
humana
mortalitas = les
hommes mortels (C mardi 2e semaine Carême);
sociat
sanctitati = elle
les unit aux Saints (vig. pascale, Exsultet). Le
terme deitas pour désigner Dieu (PF Trinité, PF
dimanche de Pentecôte) appartient à la langue des anciens
sacramentaires.
Vota
recouvre en général prières
et sacrifice promis et dus à Dieu: supplici voto
(C jeudi 4e semaine Carême).
Ce terme est à rapprocher de devotio (ci-dessus).
Votiva,
dans le même sens que le précédent, qualifie l'hommage dû à
Dieu ou l'exercice du culte rendu aux Saints:
munera votiva
deferimus (S
commun des vierges 4).
Pour être complet, il
faudrait encore signaler certaines difficultés provenant de
citations bibliques implicites dans les textes du Missel.
Par exemple:
edere de ligno vitae
= manger du fruit de l'arbre
de la vie (C commun des martyrs au T. P., 10) est une
allusion à Gen. 2, 9 (cf. PF Se Croix) et à Ap 2, 7 (ant,
communion même commun).
Christi bonus odor
(P messe chrismale) est une
citation de 2 Cor 2, 15. Dans les régions où l'usage des
parfums serait un luxe inconnu, il est préférable de donner
un sens équivalent, peut-être en termes de lumière: « le
rayonnement du Christ », surtout si le chrême est inodore.
S'il faut conclure cet examen
rapide de quelques cas de traduction difficile, ce sera
pour rappeler les termes dans lesquels Paul VI, à
l'audience générale du 26 novembre 1969, saluait
l'avènement des langues vivantes dans le Missel comme la
plus grande nouveauté de la liturgie post-conciliaire: « Ce
n'est plus le latin, déclarait-il, mais la langue courante
qui sera la langue principale de la messe ... car la
compréhension de la prière est plus précieuse que les
antiques vêtements de soie dont elle s'est royalement parée
... Si la noble langue latine nous coupait des enfants, des
jeunes, du monde du travail et des affaires, si elle était
un écran opaque au lieu d'un cristal transparent,
ferions-nous un bon calcul ... en lui conservant
l'exclusivité dans la langue de la prière et de la
religion? » (6)
En attendant le passage à la
créativité souhaitée par beaucoup et pour préparer
efficacement la phase de large adaptation sur les thèmes
offerts par le Missel, c'est aux traducteurs que revient
maintenant la tâche magnifique d'exprimer la prière du
peuple de Dieu dans une langue qui ne soit plus, comme le
latin oublié ou ignoré, un écran opaque, mais un cristal
transparent, capable de faire entendre, dans toute sa
pureté et sa beauté, la voix de l'Eglise d'aujourd'hui.
Rome, 30 avril 1970.
ANTOINE DUMAS, O.S.B.
(1) On notera
d'ailleurs que le texte restauré ne comporte plus les
mots: oratio
et, addition
maladroite d'un scribe pieux.
(2) Les références renvoient au nouveau Missale
Romanum, édition
typique de 1970. Les sigles signifient: C = collecte; S =
prière sur les offrandes; P = prière après la communion; PF
= préface; SP = prière sur le peuple. Toutes les sources du
Missel feront l'objet d'une publication ultérieure en cours
de préparation.
(3) Dans une anthologie française de textes liturgiques
luxueusement éditée, on trouve Alme Prosator
traduit par « Souverain
Prosateur ». Une bévue récente et déjà célèbre a fait
imprimer la traduction de: Annue, Domine, precibus
nostris sous une
forme signifiant: « Seigneur, tu nous donnes chaque année
de te prier ... ».
(4) Demande de la beata
retributio. Le
nom de ce pape constantinien figurait seulement, en effet,
dans la Depositio
episcoporum (nécrologe des papes), et non dans
la Depositio
martyrum (martyrologe). Lorsqu'on eut confondu la
nature de ces deux documents, Silvestre fut promu saint
avec plusieurs autres papes, puis son oraison passa de la
messe propre au commun des « confesseurs ». Voir l'article
de notre confrère Dom Jacques DUBOIS: Les Saints du nouveau
calendrier,
dans La
Maison-Dieu, n.
100, pp. 157-178; sur S. Silvestre, p. 172.
(5) Cette pseudo-secrète de l'ancien Missel a repris, dans
le nouveau, sa vraie place de prière après la communion. On
remarquera plusieurs cas analogues de restauration.
(6) Texte italien dans l'Osservatore Romano
du 27 décembre 1969;
traduction française de la Documentation Catholique
du 21 décembre 1969, p.
1103.