Le nouvel Ordo Missae
serait-il hérétique?
Appartenant
à la Congrégation des Pères Maristes, le Père RENIE obtient
son Doctorat en Théologie à Rome au Collegio Angelico.
Professeur d'Ecriture Sainte dans les scolasticats de son
Ordre et auteur d'un ouvrage en 6 volumes dans sa
discipline, il collabora à partir de 1928 à diverses revues
avant de devenir en 1938 Supérieur du Grand Séminaire de
Moulins pour trois années. Nommé ensuite professeur aux
Grands Séminaires de Grenoble et Nevers, il publia un
commentaire des Actes des Apôtres dans la
collection « La Sainte Bible
» dirigée par Monseigneur PIROT. En
1947, le Père RENIE est nommé Consulteur de la Commission
Pontificale Biblique. Depuis 1970, il s'est attaché à
rédiger une série d'articles sur les traductions françaises
du Missel et des Lectionnaires.
J'ai écrit toute une série
d'articles dans « La Pensée Catholique » pour dénoncer les
erreurs de traduction trop fréquentes de notre Missel
français et de nos lectionnaires. J'avais exprimé
l'intention d'examiner les arguments de ceux qui ont le
front de taxer d'hérésie la messe dite de Paul VI (1).
Une question préliminaire se
pose à nous tout d'abord: un Pape avait-il le droit de
modifier à ce point les textes vénérables du Missel de
saint Pie V?
Le Pape
et son bon Droit
Un tel droit lui est dénié
catégoriquement par les opposants. Visiblement intoxiqué
par certaines lectures, un médecin m'écrivait l'an dernier:
« Le Pape a l'infaillibilité
parce que c'est Dieu qui parle par sa bouche. Or l'un des
attributs de Dieu (corollaire de sa perfection) c'est
l'immutabilité. Donc une fois que Dieu a parlé par la
bouche du Pape, ce qu'il dit est définitif et ne peut être
modifié. »
Ce médecin convenait
néanmoins que le Pape ne jouit de l'infaillibilité qu'en
matière religieuse et que, d'autre part, il faut qu'il
formule une définition ex cathedra
ou s'adresse à toute la
chrétienté par une bulle ou une encyclique de caractère
religieux. Je ne connais, quant à moi, aucun théologien,
ancien ou moderne, qui ait regardé comme
infaillibles ex se
les bulles ou encycliques
pontificales. Certes elles doivent être reçues avec le plus
grand respect et réclament notre obéissance (cf. la
Constitution Lumen gentium
de Vatican II, n° 25), mais,
de soi, les directives données par ces documents ne sont
pas irréformables. Les identifier à des définitions
ex
cathedra comme celle
de l'Immaculée Conception par Pie IX et celle de
l'Assomption par Pie Xll, c'est donc se tromper lourdement.
Partant de telles prémisses
fausses, ce
médecin déclarait la
Bulle Quo primum
tempore de saint Pie V
parole de Dieu; donc, à son avis, les rites de la Messe,
que cette Bulle codifie, sont, de ce fait, irréformables «
au moins pour le canon ». Et pourquoi pas pour le reste de
la Messe, pendant qu'on y est?
Je retrouve des positions
analogues, quoique parfois plus nuancées, dans les n° 23 et
24 de la revue du P. Barbara, Forts dans la
Foi, dans un
supplément au n° 151 (mars 1971) d'Itinéraires,
dans différentes brochures:
Belleval, La Nouvelle
Messe (15 pages);
Vinson, La Nouvelle Messe et la
conscience catholique (33 pages); Scortesco,
Obéissez!
(32 pages, supplément
à Lumière,
n° 101, octobre 1972).
Par contre, j'ai reçu une
excellente mise au point de la question provenant de
l'Ordre des chevaliers de Notre-Dame: Note doctrinale sur le
nouvel Ordo Missae (supplément à Défense du
Foyer, n° 111, février
1970; éditions St-Michel, Saint-Céneré, Mayenne: 46 pages).
Cette note doctrinale a obtenu l'approbation de hautes
autorités: les cardinaux Ottaviani, Journet, Daniélou, Mgr
Michon, évêque de Chartres, Mgr Graber, évêque de
Ratisbonne, Mgr Adam, évêque de Sion.
Les
opposants assurent intrépidement qu'en promulguant le
nouvel Ordo
Missae, Paul VI aurait
outrepassé ses droits et que l'obéissance à la foi de
toujours nous commanderait de lui désobéir.
C'est ainsi que le P. Calmel,
O.P. a pu écrire: « De tels ordres, c'est-à-dire
intrinsèquement révolutionnaires, quel que soit l'auteur,
n'obligent qu'à une seule chose: ne pas en tenir compte. Au
reste nous sommes sûrs de nos sentiments et de notre
attitude intérieure à l'égard du Vicaire du Christ: notre
volonté d'obéir, pour n'être pas inconditionnelle, n'en est
pas moins profonde » (Itinéraires,
supplément au n° 151, mars 1971, p. 50).
De son côté, dans sa
brochure Obéissez!,
Scortesco écrit: « La nouvelle Messe de Paul VI, non
seulement contredit l'enseignement de plusieurs papes
durant un temps notable, mais l'enseignement de l'Eglise
depuis son origine jusqu'à nos jours. En effet, la Messe de
saint Pie V concentre en elle toute la Révélation et la
Tradition. Par conséquent cette messe et la Bulle
Quo primum
tempore qui l'a
promulguée ne sauraient être abrogées par Paul VI, ni par
aucun autre Pape. Ou alors l'Eglise se serait trompée
pendant deux mille ans » (p. 25-26) (2).
Deux mille ans! Scortesco
ignorerait-il que les premières messes, appelées fraction
du pain dans les Actes des Apôtres, furent célébrées, avec
un formulaire, sans doute, des plus simples, en araméen et
que le grec resta, à Rome même, la langue liturgique
pendant plusieurs siècles? On n'y célébrait pas alors le
sacrifice eucharistique selon le rit codifié par Pie V en
1568. La Didachè (ch. 9 et 10), saint Justin, au IIe
siècle (Apologie,
ch. 65-67) nous ont donné des
indications sur la liturgie eucharistique primitive (3) qui
ne corroborent aucunement les affirmations ultra-simplistes
d'un Scortesco. Et les liturgies des Eglises orientales
célèbrent le sacrifice eucharistique avec un formulaire qui
n'est aucunement celui de Pie V.
On allègue contre « la nouvelle Messe » la clausule finale
de la Bulle Quo primum
tempore, dans laquelle
saint Pie V déclarait: « Qu'absolument personne ne se
permette de détruire ou d'enfreindre avec une audace
téméraire cette page par laquelle nous supprimons,
abolissons, permettons, révoquons, commandons, prescrivons,
statuons, autorisons, ordonnons, décrétons, relaxons,
exhortons, prohibons, nouons, faisons acte de
volonté. Si quelqu'un avait
l'audace d'y porter atteinte, qu'il sache qu'il encourrait
l'indignation du Dieu Tout-Puissant et de ses bienheureux
apôtres Pierre et Paul. »
Le P. Barbara reconnaît
pourtant que « chaque pape possède une puissance égale
c'est-à-dire des pouvoirs égaux à ceux de ses prédécesseurs
». (Forts
dans la Foi, n° 23, p.
259). Nonobstant, il prétend que ce principe ne jouerait
pas dans le cas présent. La Bulle de saint Pie V «
promulgue une vraie loi et d'autre part elle la promulgue,
en application d'un décret dogmatique du Concile de Trente
porté pour empêcher l'infiltration des hérésies
protestantes dans le culte eucharistique... Dans ces
conditions un Pape ne pourrait abroger cette Bulle... sans
trahir le dépôt de la foi, qu'il a reçu de la Tradition
Apostolique et qu'il a mission de conserver »
(ibid.,
p. 258) (4).
Par la bulle
Quod a
vobis du 7 juin 1568,
saint Pie V avait promulgué un bréviaire romain nouveau et
cette bulle se terminait par la même clausule que la
bulle Quo primum
tempore. Cela
n'empêcha nullement saint Pie X de procéder à une réforme
radicale de la répartition du psautier, qui est du
bréviaire l'élément capital. La bulle Divino afflatu
reprend textuellement les
clausules des Bulles de son prédécesseur: «
Nulli ergo
omnino liceat ». Le
saint Pape ne s'estimait donc aucunement lié par les
décisions de saint Pie V. S'il y avait eu là une faute
grave elle eût été évoquée par « l'avocat du diable » lors
du procès de béatification, qui de ce fait risquait de
tourner court. Bien plus, tandis que saint Pie V autorisait
la célébration de la Messe selon d'autres rites dûment
approuvés, ne serait-ce que par une coutume deux fois
centenaire, tels que les rites lyonnais, ambrosien (Milan),
cartusien, dominicain, Pie X décrétait que ceux qui, à
partir du 1er janvier 1913, n'emploieraient pas le
bréviaire réformé par lui ne satisferaient pas à
l'obligation de réciter l'office divin.
Pas plus que la clausule de
la bulle de saint Pie V n'avait dissuadé saint Pie X de
réformer le bréviaire, la bulle de celui-ci n'a empêché Pie
XII de permettre l'emploi pour la récitation des heures
canoniales d'une nouvelle traduction du psautier sur le
texte hébreu due à l'Institut Pontifical Biblique (5). Et
c'est un nouveau bréviaire qui nous a été donné par Paul
VI, bréviaire dans lequel le psautier est réparti sur
quatre semaines au lieu d'une.
Nous avons dans l'histoire
plus d'un exemple d'un Pape abrogeant ou modifiant les
actes d'un de ses prédécesseurs. Le 21 juin 1773, Clément
XIV prononçait la dissolution de la Compagnie de Jésus par
le bref Dominus ac
Redemptor. Il y
déclarait qu'il voulait que les mesures prises par lui «
soient et demeurent toujours valides, fermes et
efficaces... Qu'à l'avenir elles soient observées d'une
façon inviolable par tous et chacun de ceux qu'elles
concernent et concerneront de quelque manière que ce soit
». Il était difficile d'être plus net. Nonobstant, en 1814,
moins d'un demi-siècle plus tard, la Compagnie de Jésus
était rétablie par Pie VII.
En 1586, Sixte-Quint avait
fixé de façon définitive la constitution du Sacré Collège:
il ne pourra y avoir plus de soixante-dix cardinaux (canon
231). En 1958, Jean XXIII dépassait ce chiffre fatidique en
créant vingt-trois nouveaux cardinaux (Cf.
Allocution
au Consistoire secret du 15 décembre 1958: La Documentation
Catholique, 4 janvier
1959, col. 5). Il estimait donc que c'était son droit et
qu'il en avait le pouvoir.
« Le pouvoir du Pape sur les
sacrements n'est pas sans limite, mais il est étendu. »
(Note doctrinale sur le
Nouvel Ordo, p. 39).
C'est ainsi que Pie XII a décrété que la matière et la
forme du sacrement de l'Ordre consistaient dans la seule
imposition des mains et une phrase déterminée de la préface
consécratoire, alors que de nombreux théologiens (et
j'avoue en avoir été) soutenaient que la porrection du
calice rempli de vin et surmonté de la patène portant une
hostie avec la parole qui accompagnait ce rite faisaient
également partie de la matière et de la forme de ce
sacrement (Cf. La Documentation
Catholique,
25 avril 1948, col. 515-520).
Récemment Paul VI a supprimé
la cérémonie de la première tonsure, l'ostiariat,
l'exorcistat et même le sous-diaconat, considéré jusqu'à
présent comme un ordre sacré. Plus d'un théologien même
regardait ces étapes vers le sacerdoce, à l'exception
toutefois de la première tonsure, comme des parties du
sacrement de l'Ordre (Cf. La Documentation
Catholique,
1er octobre 1972, p.
852-854).
Conformément aux désirs
exprimés par le second Concile du Vatican
(Constitution Sacrosanctum
Concilium, n° 73-75)
le même Paul VI a simplifié le rite du sacrement des
malades (Constitution Apostolique Sacram Unctionem
du 30 novembre 1972) (6).
Parlerai-je de ce que la
force de l'habitude nous fait encore appeler le jeûne
eucharistique? Les élargissements successifs ont
singulièrement modifié, au cours de ces dernières décades,
les prescriptions du Droit canonique (canon 858 § 1) qui
codifiait une législation immémoriale. Je suppose que les
opposants à la « nouvelle » Messe, prêtres ou laïcs, ne se
font aucun scrupule d'user de ces élargissements. Certes je
ne saurais les en blâmer, mais est-ce bien cohérent avec
leurs principes?
Après cette longue digression
il est temps de revenir au Missel. Pie V semblait prohiber
énergiquement tout changement au Missel qu'il promulguait.
Cependant les Missels antérieurs à la réforme liturgique
portaient en introduction, après la Bulle
Quo primum
tempore, le texte de
deux Constitutions apostoliques, l'une de Clément VIII
(1604), l'autre d'Urbain VIII (1634), qui modifiaient le
Misse] de Pie V. La dernière édition de celui-ci contient
en outre une lettre apostolique de Jean XXIII,
Rubricarum
instructum en date du
25 juillet 1960. Nous y apprenons que Pie XII en 1956,
après avoir consulté des évêques, avait décidé une révision
des rubriques. Jean XXIII déclarait qu'à dater du 1er
janvier 1961 les Rubricae
generales et
les Additiones et
variaciones du Missel
de saint Pie V étaient abrogées. Il terminait ainsi:
« Que ce que nous avons décrété et statué par ces lettres
délivrées motu proprio
soit invariable et ferme,
sans que quoi que ce soit, même s'il mérite une mention
très particulière, n'y puisse apporter le moindre obstacle
(7) ». On n'ignore pas que ce même Pontife n'a pas craint
d'introduire dans le vénérable canon romain, resté immuable
depuis saint Grégoire-le-Grand (590-604), le nom de saint
Joseph: «
et beati
Joseph, ejusdem Virginis Sponsi ».
Dès lors, pourquoi Paul VI,
en promulguant un nouvel Ordo
Missae, aurait-il
outrepassé ses pouvoirs? Comme saint Pie V appliquait par
sa Bulle Quo primum tempore un
décret du Concile de Trente, Paul VI par sa Constitution
apostolique Missale Romanum
applique une décision du
second Concile du Vatican (Constitution Sacrosanctum
Concilium, n° 4). Le
fait que ce Concile se soit voulu pastoral ne change rien à
l'affaire. Paul VI engage son autorité lorsque, à la fin de
la Constitution apostolique Missale
Romanum, il déclare: «
Nous voulons (volumus)
que ce que nous avons statué et prescrit soit
(esse et
fore) ferme et
efficace maintenant et à l'avenir, nonobstant, autant qu'il
en serait besoin, les Constitutions et Ordonnances
Apostoliques publiées par nos prédécesseurs et les autres
prescriptions même si elles étaient dignes d'une mention ou
d'une dérogation particulière. » Auparavant, faisant
allusion à la promulgation d'un missel par « Notre
Prédécesseur saint Pie V », il avait comparé à celle de
celui-ci sa propre autorité « Haud secus et
nos »
(Missale
Romanum, p. 16).
Si elle est moins solennelle
que la clausule de la Bulle de saint Pie V, la clausule de
la Constitution Apostolique Missale Romanum
n'en marque pas moins
nettement la volonté de Paul VI de substituer le nouveau
Missel à celui de ses prédécesseurs « non
obstantibus,
écrit-il, quatenus opus sit
Constitutionibus et Ordinationibus Apostolicis a
Decessoribus Nostris editis, etc.). Comme l'avait fait saint Pie V,
Paul VI a accordé des dérogations à la loi qu'il a portée.
Ainsi les prêtres âgés ou infirmes peuvent, pour les messes
sans assistance et avec le consentement de leurs
Ordinaires, employer le Missel Romain publié en 1962, avec
les modifications rubricales légères apportées par des
décrets ultérieurs de la S. Cong. des Rites (8). En
Angleterre et dans le Pays de Galles ce même Missel peut
être utilisé en des occasions
particulières (cf. La Documentation
Catholique, 2 avril
1972, p. 340, 3e col.).
Le Nouvel Ordo Missae et les
Protestants
Dois-je dire, après cela,
combien peu fondée est l'affirmation de Belleval en
conclusion de la brochure à laquelle je faisais allusion au
début de cet article: « le pape saint Pie V en 1570,
s'appuyant sur le Dogme et les rites séculaires de la Messe
catholique, la définit (sic) et la fixe solennellement
« per aeternam
» (resic) » (p. 14). Je ne
puis que le répéter: une Bulle n'est pas une définition
dogmatique. Quant au barbarisme per aeternam
je suppose charitablement que
c'est une coquille ayant échappé à Belleval lors de la
correction des épreuves. Cet auteur assure sans sourciller
que la nouvelle Messe est luthérienne et propre à détruire
la foi. D'après lui « Notre-Seigneur nous a enseigné que
c'est alors au troupeau de se défendre lui-même » (p. 4)
quand le pasteur vient à errer. J'ai enseigné
l'Ecriture-Sainte pendant un quart de siècle, je la lis
depuis plus de soixante ans, je n'ai jamais rencontré un
tel texte dans nos évangiles et j'ai cherché vainement à le
repérer dans une concordance. Belleval l'aurait-il inventé
pour les besoins d'une mauvaise cause? N'aurait-il pas
plutôt attribué au Christ les paroles de dom
Guéranger (L'année liturgique;
Temps de la Septuagésime, 13e édition [Paris-Poitiers, 1905], p.
321)? Pour la fête de saint Cyrille d'Alexandrie (9
février), l'intrépide défenseur contre Nestorius de la
Maternité divine de la Vierge Marie, le docte bénédictin a
écrit en effet: « Quand le pasteur se change en loup, c'est
au troupeau à se défendre tout d'abord ». Dom Guéranger
faisait allusion aux véhémentes protestations qu'avait
soulevées dans l'auditoire du Patriarche de Constantinople
sa négation de la Maternité divine.
Mais Belleval a-t-il jamais
eu entre les mains ce Missale Romanum
qu'il attaque? J'ai tout lieu
de croire qu'il ne le connaît qu'à travers nos pitoyables
traductions françaises (cf. La Pensée
Catholique, n° 144, p.
35-56), sans quoi il n'eût pas écrit: « il n'y a pas de
messe sans assemblée (condamnation des messes « privées »)
» (p. 8). Ignore-t-il donc que le Missale
Romanum, et déjà
l'Ordo
Missae, donne le texte
de l'Ordo Missae sine
populo? A-t-il jamais
lu le n° 4 de l'Institutio Generalis
Missalis Romani, où il
est affirmé que, même sans l'assistance et la participation
des fidèles, « la célébration eucharistique n'en garde pas
moins toujours son efficacité et sa dignité, car elle est
un acte du Christ et de son Eglise » (9).
Il n'est pas plus heureux
lorsqu'il écrit: « Pas de messe imaginable pour les défunts
» (p. 9). Or je compte dans le Missale Romanum
quatorze messes de ce genre
(4 pour les obsèques, 5 pour les anniversaires, 5 pour les
messes quotidiennes), pour ne rien dire des 5 préfaces (le
Missel de saint Pie V n'en avait aucune) (9 bis) et des
très nombreuses oraisons pour des cas spéciaux. Bien mieux,
dorénavant, lorsque le 2 novembre tombera un dimanche, ce
qui arrivera en 1975, la messe de la Commémoraison des
fidèles trépassés ne sera plus renvoyée au lendemain
(Missale Romanum,
rubrique du jour, p. 635)
alors que dans le Missel de Pie V on lisait: « Si le second
jour [de l'Octave de la Toussaint] est un dimanche, la
susdite Commémoraison de tous les fidèles défunts se fait
le jour suivant ». Si le libellé de cette rubrique avait
été simplifié avec la réforme de Pie X, la prescription
était restée inchangée.
Et c'est sur de telles
affirmations, manquant de fondement que Belleval s'appuie
pour démontrer le caractère luthérien de la nouvelle Messe.
Je n'hésite pas à l'écrire: cela manque de sérieux.
Il parle évidemment de
l'approbation donnée aux nouveaux textes par le Fr. Max
Thurian, de Taizé (p. 4). Or, accusant aux chevaliers de
Notre-Dame réception de leur Note doctrinale sur le
nouvel Ordo Missae et
répondant à une question que ceux-ci lui avaient posée, le
Fr. Max Thurian leur écrivait: « Je n'ai aucune difficulté
à affirmer que dans le nouvel Ordo
Missae, rien n'est
changé concernant la doctrine catholique traditionnnelle du
Sacrifice eucharistique » (op.
cit., p. 44, note 1).
Le P. Barbara déclare que,
grâce à la Providence, Paul VI, en promulguant sa
Constitution, n'a point promulgué « une vraie loi, une loi
au sens juridique de ce terme, une loi obligeant tous les
sujets, après avoir supprimé toutes les coutumes contraires
même centenaires ou immémoriales. » (Forts dans la
Foi, n° 23, p. 260).
En note il assure que la clausule non obstantibus
ne figurait pas dans la
première édition. Ajoutée par la suite, elle laisse, de ce
fait, planer un doute sur la validité de tout le document.
Quelle est donc cette première édition? Je lis, en effet,
la clausule non
obstantibus, que j'ai
citée plus haut, tant dans l'editio typica
de l'Ordo Missae
(1969) que dans le
Missale
Romanum, paru peu
après.
Raisonnant sur le mot
permittitur,
qui se lit dans le décret de promulgation (26 mars 1970)
émanant de la S. Cong. des Rites, placé en tête du Missel,
le P. Barbara prétend que nous n'avons là qu'une directive
(10). Il est évident que la loi portée par Pie V ne saurait
être abrogée par une simple permission. Mais le P. Barbara,
qui taxe de mauvaise foi, d'hypocrisie et de fourberie
hérétique ceux qui concluent à l'abrogation de la Messe de
saint Pie V, eût dû avoir l'élémentaire honnêteté de ne pas
isoler de son contexte ce fameux permittitur,
qu'il imprime en capitales.
Voici la traduction de toute cette phrase : «
Quant à ce
qui concerne le nouveau Missel Romain, il est permis
(permittitur) de l'utiliser (in usum assumi possit), dès
que l'édition latine sortira des presses.
» Si je ne m'abuse, cela
signifie que, durant la période de la vacatio
legis, terminée depuis
plusieurs années à l'heure où j'écris, on pouvait utiliser
soit le nouveau soit l'ancien Missel. Le décret placé en
tête de la brochure Ordo
Missae, en date du 6
avril 1969, signé par le Cardinal Gut, préfet de la S.
Cong. des Rites, stipulait que le nouveau texte entrerait
en vigueur le 30 novembre 1969, premier dimanche de
l'Avent. La même stipulation se trouve à l'avant-dernier
paragraphe de la Constitution Apostolique telle qu'on peut
la lire dans l'editio typica
du nouveau Missel. Ce
paragraphe ne figurait pas dans le texte publié auparavant
de l'Ordo
Missae. La traduction
française comme l'italienne communiquées par la Salle de
presse du Saint-Siège le comportaient par contre
(Cf. La Documentation
Catholique, 1er juin
1969, p. 517). Serions-nous en présence d'un faux, comme
n'hésite pas à l'assurer M. l'Abbé Dulac
(Itinéraires,
supplément au n° 151, mars 1971, p. 23) et le P. Barbara
(Forts dans la
Foi, n° 23, p. 261)?
Est-il vraisemblable que la Salle de presse ait lancé une
traduction adultérée sans provoquer de protestations des
autorités compétentes? N'est-il pas plus normal de croire
que l'addition de ce paragraphe fut faite sur l'ordre
exprès du Souverain Pontife? Comme le P. Barbara, le P.
Vinson (op.
cit.) met en doute que
Paul VI ait ordonné de suivre le nouvel Ordo
Missae. Nous sommes en
face des mêmes ergotages.
Le P. Barbara affirme
qu'assister à la nouvelle messe constitue de soi un péché
contre la foi (Forts dans la
Foi, n° 24, p. 338),
ce que faisait aussi le P. Guérard des Lauriers dans la
préface qu'il a donnée à la plaquette du P. Vinson (p. 1),
plaquette que j'examinerai plus loin.
En supplément du numéro 30
de Forts dans la
Foi le P. Barbara a
même édité un tract de huit pages. La nouvelle Messe est
équivoque, ce qui,
dit-il, serait pire qu'une hérésie formelle. Qu'elle soit
en latin ou en vernaculaire, elle se prêterait, selon lui,
à des interprétations différentes et contradictoires; un
catholique pourra y voir une Messe catholique tandis qu'un
luthérien y reconnaîtra la sainte Cène de son culte, ainsi
cette messe « permet de véhiculer l'hérésie sous les
apparences hypocrites et trompeuses de l'orthodoxie ».
Après avoir rappelé les divergences profondes entre
catholiques et luthériens sur le sacrifice de la messe, le
sacerdoce, la présence réelle et la consécration, le P.
Barbara dénonce trois changements dans la nouvelle messe
qui la rendraient équivoque.
***
Premier
changement. Dans la
Messe de saint Pie V, « le prêtre interrompt le récit de la
Cène pour prononcer les paroles de la consécration, qui,
dans le Missel traditionnel, sont imprimées dans une
typographie différente ». Ces paroles le prêtre les
prononce, non pas sur le ton récitatif, mais sur le ton
intimatif. Dans la nouvelle Messe, le prêtre n'interrompt
pas le récit, prononce les paroles de la consécration comme
les précédentes sur le ton récitatif et, dans les nouveaux
missels, les paroles de la consécration sont imprimées dans
la même typographie que ce qui précède.
C'est à se demander si le P.
Barbara a jamais eu entre les mains le Missale Romanum
publié par la polyglotte
vaticane. Je n'ose, en effet, l'accuser de mauvaise foi.
Dans les petits livrets en français à l'usage des fidèles
ce qu'il dit est à peu près exact. Dans «
La Liturgie
de la Messe »
(éditions Tardy, 1969) les paroles de la consécration sont
bien imprimées dans les mêmes caractères que le reste du
texte, le tout sous le titre: récit de l'institution. Il en
était de même jusqu'à l'édition 1974 pour le
Nouveau
Missel des Dimanches,
qui, pour cette édition, a ajouté à « récit de
l'institution » « et consécration », mais cette édition est
postérieure aux critiques du P. Barbara. Le «
Missel des
Fidèles » (éditions
Labergerie, 1970) a bien le titre « récit de l'institution
», mais les paroles de la consécration sont imprimées en
italiques. Quant à notre « Missel Romain », portant
l'imprimatur de Mgr Boudon et officiel dans les pays
francophones, les paroles de la consécration sont en
caractères d'un oeil différent, légèrement plus forts. Et,
après la consécration, on nous dit que le prêtre « montre
l'hostie consacrée
au peuple », ce qui est la
traduction exacte de la rubrique du Missale
Romanum:
Hostiam
consecratam ostendit populo. Sans doute le mot « consacrée» ne se
lit pas dans la brochure de Labergerie. Quant à celle de
Tardy, comme le nouveau missel des dimanches, probablement
parce qu'ils jugeaient que les rubriques ne concernaient
que les seuls prêtres, ils ont supprimé toute rubrique.
Quoi qu'il en soit, il est difficile, me semble-t-il, de
faire cadrer cette rubrique avec la conception luthérienne
d'une présence spirituelle du Christ produite seulement par
la foi des assistants. Lorsque l'hostie est montrée à
rassemblée elle est déjà
consacrée par les paroles du
Christ prononcées par le célébrant. De plus, la rubrique
qui, dans le Missale
Romanum, précède la
consécration, ne laisse place à aucune équivoque, n'en
déplaise au P. Barbara. Elle manifeste clairement la
croyance en la présence réelle opérée par la
transsubstantiation. Le célébrant n'a pas à user alors du
ton récitatif. Il lui est en effet prescrit:
« Dans les formules qui suivent, les paroles du Seigneur
seront prononcées distinctement et clairement ». Pourquoi
notre « Missel (dit) Romain » a-t-il arrêté là sa
traduction? Le Missale Romanum
poursuivait, en effet:
prouti
natura eorumdem verborum requirit (ainsi que le requiert la nature de ces
paroles mêmes).
N'est-ce point assez net? La
même rubrique se lit dans les quatre prières
eucharistiques. Quant aux paroles de la consécration, elles
sont imprimées en capitales dans le Missale
Romanum.
***
Deuxième
changement dénoncé par
le tract du P. Barbara. Dans la messe de saint Pie V
l'élévation était encadrée d'une double génuflexion du
célébrant. Dans la nouvelle messe « comme s'il ne s'était
rien passé, écrit-il, le prêtre, sans adorer, élève
l'hostie, la présente à l'assistance qui reste également
debout ». Peut-on en déduire, comme le fait le P. Barbara,
que « la présence du Christ n'est pas produite par les
paroles du prêtre mais par la foi des fidèles », selon
renseignement de Luther? Ce serait pour cette raison
qu'après avoir prononcé les paroles de la consécration le
prêtre ne génuflecterait pas. Il est à remarquer que la
position de l'assemblée, que le P. Barbara critique fort
justement, est prescrite par le caporalisme néo-clérical
d'un certain clergé déclergifié. La rubrique de
l'Institutio generalis
Missalis Romani (n°
21) demande au contraire que les fidèles « s'agenouillent à
la consécration, à moins que l'exiguïté du lieu ou le grand
nombre des assistants ou d'autres causes raisonnables ne
les en empêchent (11) ». Et, comme je viens de l'écrire,
c'est bien une hostie déjà consacrée par les paroles qu'il
vient de prononcer au nom du Christ que le célébrant montre
à l'assistance. Avant de critiquer le Missale Romanum
il faudrait lire les textes
officiels eux-mêmes. C'est élémentaire honnêteté.
***
Le
troisième
changement, que
dénonce dans son tract le P. Barbara, est le déplacement
des paroles « mysterium fidei
». Elles figuraient dans la
formule de la consécration du calice avec la messe de saint
Pie V, comme une attestation de la transsubstantiation qui
est en train de se produire. La nouvelle messe les place
après l'élévation. Le P. Barbara fait ainsi parler un
protestant: « Le mystère de la foi que nous acclamons c'est
celui des fidèles qui a rendu le Christ présent au milieu
de nous ». Et le tract de conclure:
« Nous ne disons pas que la nouvelle Messe enseigne cette
doctrine luthérienne. Mais le changement introduit par la
nouvelle Messe de Paul VI permet cette interprétation
luthérienne, car, comme dit l'Ecriture, elle est
bilinguis,
elle est à double sens...
Aucune puissance au monde ne peut nous [l']imposer car il
n'est au pouvoir de personne d'imposer aux catholiques une
messe équivoque. » C'est bien la même accusation que M.
l'abbé Dulac porte contre la nouvelle messe
(Itinéraires,
janvier 1971, reproduit au supplément du n° 151, mars
1971): « Jamais nous n'avons dit que la nouvelle messe
était hérétique. Hélas! elle est, pourrait-on dire, pis que
cela: elle est équivoque » (supplément n° 151, p. 40). Il
dit pourtant: « Ce que le latin du nouvel
Ordo
Missae paraissait
maintenir se trouve entièrement altéré, et d'une manière
identique, dans toutes les traductions; nous disons: les
traductions officielles » (p. 44). C'est donc un procès de
tendance qui est fait au texte latin, procès injustifié car
le texte latin maintient les notions essentielles de la
foi, qu'estompent ou altèrent effectivement nos traductions
officielles françaises. Je crois l'avoir suffisamment
démontré dans l'essai de synthèse que j'ai tenté
(La
Pensée Catholique, n°
144, p. 33-56). Lorsque M. l'abbé Dulac écrit « toutes les
traductions officielles », visiblement il exagère. Ce que
j'ai pu constater sur les textes italien, espagnol et
anglais me l'a montré (12).
Un excellent théologien
écrivait très judicieusement à un de mes amis: « Parce que
quelque huluberlu de traducteur ou commentateur a écrit,
dans l'édition française du Missel, qu'il s'agissait «
simplement de faire mémoire »... une tempête s'élève: « Ce
Missel est hérétique »!... Tout beau! Le commentateur en
question l'est peut-être? L'évêque qui a donné
l'approbation (sans lire ou en lisant? Dieu le sait!) l'est
peut-être? [Il n'a jamais été dit qu'un évêque ou même une
conférence épiscopale nationale était infaillible]. Mais
cela ne touche pas à la nature
du Missel, ni à
l'esprit
de l'Eglise, ni au
sens de la
Messe. Il faudrait
quand même distinguer!... C'est une affaire de bon sens
élémentaire ».
La brochure du P. Vinson m'a
paru plus dangereuse que celles que je viens de critiquer.
Bien qu'imprimée, elle se donne comme manuscrit («
valet pro
manuscripto »), ce qui
la dispense d'un imprimatur,
qui lui eût été certainement refusé. On nous dit même le
prix de la plaquette et l'adresse ou se la procurer.
Singulier manuscrit mis ainsi à la disposition de quiconque
veut l'acheter!
Le P. Vinson écrit (p. 6): «
La Constitution Apostolique Missale Romanum
qui prétend l'imposer [le
nouvel Ordo Missae] reconnaît elle-même que la Messe dite
de saint Pie V est inchangée depuis le IVe ou le Ve siècle ». J'ai donc relu la
Constitution de Paul VI. Le résumé qu'en fait le P. Vinson
n'est pas tout à fait exact. Le Pape déclare d'abord que le
Missel de saint Pie V a été tenu pendant quatre siècles
pour la règle par les prêtres de rit latin et largement
diffusé par les missionnaires. Il reconnaît par la suite
que la plus grande partie des prières remontait à saint
Grégoire-le-Grand (590-604). Seul le canon romain est resté
immuable depuis le IVe ou le Ve siècle. Bien que Paul VI n'en parle
pas, je ferai remarquer que le rit de l'élévation de
l'hostie remonte seulement au XIe siècle. C'était une protestation contre
l'enseignement plusieurs fois condamné de Bérenger de
Tours, qui niait la présence réelle (13). L'élévation du
calice s'introduisit seulement au XIVe siècle. Nous sommes bien loin de cette
immutabilité depuis le Ve siècle, que le P. Vinson proclame avec
une assurance impavide.
Le nouveau missel nous a
dotés de trois nouvelles prières eucharistiques, inspirées
de textes anciens ou des liturgies orientales. En quoi cet
enrichissement serait-il contraire à la foi? L'essence
du sacrifice eucharistique est la consécration des saintes
espèces. C'est là l'enseignement quasi-unanime des
théologiens. Pour me borner aux plus récents, je
mentionnerai le Cardinal Billot, Mgr Lamiroy, les PP. Hugon
et de la Taille. Or les paroles de la consécration sont
identiques dans les quatre prières eucharistiques.
J'examinerai plus loin les critiques qui ont été formulées
au sujet de quelques modifications de détail que la messe
de Paul VI a apportées au texte du Missel de saint Pie V
sur ce point précis. Ces modifications sont sans importance
réelle.
Peut-on vraiment chicaner sur
les changements apportés à certains gestes: les signes de
croix, les génuflexions, les baisements de l'autel sont
moins nombreux dans le nouveau rite. Cela tire-t-il
vraiment à conséquence? Il reste suffisamment de ces gestes
pour signifier l'adoration (14).
Le cas de conscience du P.
Vinson
On retrouve
dans la brochure du P. Vinson les accusations portées par
M. l'abbé Dulac et le P. Barbara. Le nouvel
Ordo
Missae multiplierait
les expressions ambiguës, répudierait implicitement le
dogme de la présence réelle (?), fausserait le rôle des
fidèles et du prêtre dans la célébration de la messe,
émousserait la foi en la valeur propitiatoire et
rédemptrice du sacrifice, insistant indûment et exagérément
sur l'aspect repas (p. 8-9).
Certaines de ces accusations
(mes articles l'ont, je crois, suffisamment établi) peuvent
viser notre « Missel Romain »; on ne peut les tenir pour
valables lorsqu'il s'agit du Missale
Romanum.
Fausser le rôle des fidèles
et du prêtre dans la célébration de la Messe! Si les
fidèles peuvent réciter certaines prières avec le
célébrant, attester leur foi après l'élévation et après
l'embolisme qui suit le Pater,
lire les textes scripturaires à l'exception de l'évangile,
réservé à un prêtre ou à un diacre (Institutio generalis
Missalis Romani, n°
34), ils n'en doivent pas moins laisser au célébrant la
place principale, et même, quand il s'agit des prières et
surtout du canon, exclusive. Là où on leur permet, a
fortiori où on leur prescrit, de dire le canon ou seulement
sa conclusion « Par Lui, avec Lui et en Lui, etc. » avec le
prêtre, on viole les directives formelles de
l'Institutio
generalis (n° 10) que
la troisième instruction pour l'application exacte de la
Constitution conciliaire sur la liturgie, émanant de la S.
Cong. pour le Culte divin, en date du 5 septembre 1970 a
rappelées (Cf. La Documentation
Catholique, 15
novembre 1970, p. 1013). Attribuer cet abus au
nouvel Ordo Missae
constitue donc une injustice
flagrante.
Ayant conclu, avec quelque
légèreté, que « le nouvel Ordo Missae favorise l'hérésie »
(p. 10), le P. Vinson pose un cas de conscience: « un
catholique, conscient de la nocivité du nouvel Ordo Missae,
a-t-il le droit d'assister à une Messe célébrée selon ce
nouvel Ordo? S'il y assiste ne commet-il pas une faute? »
(p. 11). Et de répondre par l'affirmative. A son avis,
assister à une messe célébrée selon cet Ordo, ou la
célébrer, constituerait objectivement une faute parce que
c'est coopérer à un culte qui favorise l'hérésie. La faute
sera plus ou moins grave selon la conscience que l'on en
aura. Quant à lui, vu les ambiguïtés qu'il croit découvrir
dans ce nouvel Ordo, il pense que « le refus de la messe,
pour un motif de foi, de
pureté de foi est licite et louable, même le dimanche. Il
est même un devoir car aucune loi ne peut obliger quelqu'un
à commettre un acte mauvais. La foi passe avant toute autre
vertu, et le précepte de fidélité à la foi passe avant tout
autre précepte » (p. 14). Les principes théologiques
qu'invoque le P. Vinson sont exacts: aucune loi ne peut
obliger à commettre un acte mauvais, la foi passe avant
toute autre vertu; toutefois l'application qu'il fait de
ces principes au cas particulier de la messe est
insoutenable. Elle suppose comme acquis que la messe selon
le nouvel Ordo, même valide, même célébrée dignement
par un prêtre dont la foi est hors de doute, est suspecte
et qu'en promulguant le nouvel Ordo le Pape favorise
l'hérésie. Se placer ainsi au-dessus du Pape c'est tout
simplement pratiquer le libre examen, reproché aux
protestants!
Comment,
lorsqu'il prétend répondre aux objections, le P. Vinson
peut-il écrire, reprenant, dit-il, un texte du Cardinal
Ottaviani: « Telles qu'elles figurent dans le nouvel
Ordo
Missae, les paroles de
la Consécration peuvent être valides en vertu de
l'intention du prêtre, mais elles peuvent aussi ne pas
l'être; elles ne le sont plus par la force même des
paroles, ou plus précisément elles ne le sont plus en vertu
de leur signification propre qu'elles ont dans le Canon
Romain du Missel de saint Pie V » (p. 10). Il serait
surprenant que le vénéré Cardinal Ottaviani ait pu écrire
cela, car, nous allons le voir bientôt, les changements
apportés aux paroles de la consécration dans le nouveau «
Missale Romanum » ne changent en rien le sens du rite (15).
Le Cardinal a déploré qu'on
ait publié une lettre qu'il avait adressée au Pape et qui
n'était point destinée à la publicité. Il s'était déclaré
satisfait par les précisions doctrinales apportées par le
Souverain Pontife dans ses discours aux audiences publiques
des 19 et 26 novembre 1969 (16). Il est vraiment étrange
que ces discours de Paul VI, qui ont donné au Cardinal les
apaisements désirables, aient suscité des critiques de la
part de M. l'Abbé Dulac (cf. Itinéraires,
supplément au n° 151, p. 41,
note 2), et
du P. Guérard des Lauriers, O.P. (cf. Itinéraires,
supplément au n° 151, p. 25-29). N'auraient-ils eu
connaissance des allocutions du Saint-Père qu'à travers le
texte mutilé livré à notre presse française par l'A.F.P. M.
l'abbé Luc J. Lefèvre avait protesté énergiquement contre
de telles mutilations dans La Pensée
Catholique (n° 123, p.
10-12).
Mais revenons à la brochure
du P. Vinson. Je note, en passant, que, même en utilisant
le Missel de saint Pie V, les paroles de la consécration
seraient invalides au cas où le célébrant n'aurait pas
l'intention de faire ce que fait l'Eglise.
J'ai déjà dit que les paroles
de la consécration sont identiques dans les quatre prières
eucharistiques, mais, comme d'autres, le P. Vinson juge
inadmissibles les changements qu'elles ont apportés à ce
texte vénérable entre tous tel qu'on le lisait dans le
Missel de saint Pie V. Un examen objectif et sérieux montre
pourtant à tout esprit libre de préjugés que ces
changements sont vraiment insignifiants
et qu'ils ne sauraient
changer le sens du rite pas plus que rendre la consécration
invalide.
Dans la consécration de
l'hostie, la suppression d'enim
est le fait du Missel de Mgr
Boudon. Cette conjonction se lit, en effet, dans le texte
latin du nouveau Missale
Romanum. Mais ne
donnons pas à sa suppression dans le texte français du «
Missel Romain » une importance qu'elle n'a aucunement. La
conjonction enim
ne se lit dans aucun des
quatre récits par lesquels nous ont été transmises les
paroles du Christ (Mt. 26, 26-28; Mc, 14, 22-24; Lc, 22,
17-20; I Cor., 11, 23-25). L'addition
quod pro
vobis tradetur « livré
pour vous » s'inspire de saint Luc (22, 19) (17) et, à
suivre le texte grec, de saint Paul, qui exprime la même
idée de façon elliptique: to huper humôn
(latin: pro
vobis)
(I Cor., 11, 24), la Vulgate ayant
quasi-uniformisé les deux textes (18).
Dans la consécration du
calice, les mots mysterium fidei, qui ne
figurent dans aucun des quatre textes
néotestamentaires, ont
été rejetés après l'élévation du calice. On désirerait que
le P. Vinson nous démontre en quoi cette transposition peut
affecter la validité d'une consécration (18 bis).
Hoc
facite in meam commemorationem a remplacé la formule du missel de saint
Pie V; Haec quotiescumque
feceritis in mei memoriam facietis. Celle-ci s'inspirait largement du texte
paulinien pour la consécration du calice (19); celle-là
suit les paroles du Christ telles qu'elles sont rapportées
par saint Luc (v. 19). Il est, d'ailleurs, à noter que ces
mêmes paroles se lisent en saint Paul après chacune des
consécrations (v. 24).
Vraiment je ne parviens pas à
saisir la portée des critiques du P. Vinson. Je leur
appliquerai ce que le théologien, cité plus haut, écrivait
à mon ami: « A mon humble avis, c'est moins que « la
tempête dans un dé à coudre », si les éléments du problème
sont posés clairement », comme je pense l'avoir fait.
Il est peut-être utile de
réfuter d'autres critiques lancées contre le nouvel
Ordo
Missae.
Comment un théologien aussi
avisé que M. l'abbé Dulac a-t-il pu écrire: « Tant que les
prières d'offertoire du Missel de saint Pie V n'auront pas
été rétablies, dans leurs termes séculaires, nous
continueront fermement: à suspecter le nouvel
Ordo
Missae. A le refuser.
Nous le refusons, aujourd'hui comme hier »?
(Itinéraires,
supplément au n° 151, p. 45). A part Scot et Gabriel Biel
personne n'a regardé l'offertoire comme faisant partie de
l'essence du sacrifice eucharistique. Alors à quoi rime
cette belle indignation?
Ainsi que le souligne
la Note doctrinale sur le
nouvel Ordo Missae (p.
17-27), il y a entre les prières de l'offertoire du
nouvel Ordo Missae
et les anciennes un
parallélisme frappant. Seule la dernière prière de
l'offertoire dans la Messe de saint Pie V,
Suscipe
Sancta Trinitas, n'a
point d'équivalent dans la nouvelle. Ne faisait-elle pas
doublet avec le Suscipe Sancte
Pater récité avec
l'oblation de l'hostie? Il y avait, du reste, déjà une
prière pour l'offrande du calice Offerimus
tibi. Dans certaines
églises, il est vrai, le calice, remplacé parfois,
contrairement aux prescriptions de l'Institutio
Generalis (n° 290),
par un vulgaire pichet en céramique, est toujours,
contrairement à la rubrique (cf. Ordo Missae cum
populo, n° 20), garni
d'avance. Aucune prière n'est récitée alors que la
rubrique, à laquelle je viens de me référer, prescrit au
prêtre, ou au diacre qui l'assisterait, de dire
secreto,
en versant le vin et quelques gouttes d'eau symboliques,
une prière, fort mal traduite dans notre « Missel Romain »
(cf. La Pensée
Catholique, n° 131, p.
20-21). Cette prière est un fragment de celle qui se
trouvait dans le Missel de saint Pie V.
Comme le P. Barbara, le P.
Vinson met en doute que le Pape ait prescrit de suivre le
nouvel Ordo. C'est là une contrevérité. Il suffit,
en effet, de lire la Constitution apostolique
Missale
Romanum pour se
convaincre du contraire. Ce qui est affirmé gratuitement
peut être nié gratuitement. Quod gratis affirmatur,
gratis negatur. « La
loi de saint Pie V, vieille de quatre siècles, écrit le P.
Vinson, ne peut être supprimée par de tortueuses
manoeuvres, tendant de l'étouffer, mais uniquement par un
décret de Paul VI. Tant que ce décret ne sera pas promulgué
par le Pape (daté et signé) la Messe dite de saint Pie V
restera en vigueur » (p. 19). La Constitution
apostolique Missale
Romanum, datée du 3
avril 1969 et signée par le Pape serait-elle donc
insuffisante?
Mais cela n'a, aux yeux du P.
Vinson, qu'une importance fort relative puisque, même si le
Pape signait un tel décret, il serait, selon le P. Vinson,
sans valeur juridique! « Il n'est pas possible qu'il (le
Pape) veuille imposer un rite qui a pour effet de
protestantiser les fidèles. Il n'en a, en tout cas, pas le
droit » (p. 20). Comme Gribouille se jetait à l'eau pour
n'être pas mouillé par la pluie, le P. Vinson nous
conseille pour n'être pas protestantisés d'agir en
protestants! Et de revenir encore sur le danger pour la foi
que serait le nouvel Ordo
Missae!
Traduttore -
Traditore
J'ai étudié
d'assez près le Missale Romanum
— mes articles dans
« La
Pensée Catholique (20)
» en témoignent, je pense, suffisamment — et je n'y
ai rien relevé qui favorisât tant soit peu l'hérésie. Le P.
Vinson a dû se contenter de notre édition française qui
abusivement s'appelle « Missel Romain ». Et d'affirmer, une
fois de plus: « La Messe de saint Pie V, même célébrée par
un prêtre pécheur, sera une bonne messe. La messe de Paul
VI, même célébrée par un bon prêtre, sera une messe
mauvaise » (p. 24).
Notre auteur va encore plus
loin: même si le célébrant corrigeait « les déficiences du
nouvel Ordo », sa messe resterait mauvaise et « même encore
plus mauvaise. Aux ambiguïtés du rite, il ajoute ses
propres ambiguïtés » (p. 27). Ce célébrant « s'arroge un
droit qu'il n'a d'aucune manière: celui de modifier à son
gré une prière liturgique » (p. 27). Et le P. Vinson parle
de « la messe de l'abbé Durand (qui utilise une traduction
personnelle du Canon) » (p. 27). Que veut-il dire par là?
Si cet abbé Durand se fabrique un canon personnel, ce qui
se fait hélas! je suis pleinement d'accord avec le P.
Vinson pour condamner une telle manière d'agir. Mais
serait-il interdit à l'abbé Durand de corriger les
inexactitudes flagrantes de notre traduction française
officielle? Celle-ci eût dû, pour se conformer aux
consignes du Consilium
institué afin d'appliquer les
décisions du Concile touchant la liturgie, traduire les
textes eucologiques, tels que préfaces et prières
eucharistiques, integre et
fideliter (21). Quelle
faute commet l'abbé Durand s'il dit: « arrache-nous à la
damnation éternelle » dans le Hanc igitur
du Canon romain? Il ne fait
que restituer au texte l'adjectif « éternel » qui figure
dans la prière eucharistique I du Missale Romanum
promulgué par Paul VI:
ab aeterna
damnatione nos eripi,
et que notre traduction française a osé éliminer (22). Où
est donc la faute? Je la vois chez nos traducteurs et non
chez le pauvre abbé Durand. Cet abbé Durand ne peut-il pas
utiliser la première traduction qui nous avait été donnée
de l'orate
fratres? Elle était
conforme et au texte de la messe de saint Pie V et à celui
de ce que le P. Vinson dédaigneusement appelle la nouvelle
messe; elle avait reçu l'approbation de la Commission
épiscopale francophone. La nouvelle « traduction » de notre
« Missel Romain » n'en est pas une: elle fait disparaître
la distinction entre le sacerdoce ministériel et le
sacerdoce commun des fidèles (cf. La Pensée
Catholique, n° 131, p.
21-22).
Qui empêche l'abbé Durand de
dire en latin les prières qui doivent être dites
secreto,
à voix basse, et de se
conformer ainsi entièrement au Missale
Romanum. Du reste,
ce Missale Romanum
l'abbé Durand pourrait
l'utiliser, seules les lectures doivent être lues en la
langue « vernaculaire » dans les messes avec assistance
(23).
Les ambiguïtés que dénonce le
P. Vinson n'est-ce pas lui-même qui les a forgées en
confondant, de bonne foi, je le crois, le texte latin
du Missale
Romanum, publié par
ordre de Paul VI, et le « Missel Romain » portant
l'imprimatur de Mgr Boudon, président de la conférence
épiscopale francophone de liturgie, mais qui, lui, n'est
couvert par aucune Constitution Apostolique? C'est une «
traduction » et trop souvent — je l'ai amplement
démontré — une mauvaise traduction.
Le P. Vinson, pour terminer,
taxe d'illogisme les fidèles qui, se proclamant « fidèles à
la vraie foi catholique », acceptent néanmoins « une messe
qui s'en écarte de manière impressionnante » (p. 30). Il
eût fallu auparavant démontrer d'une façon irréfutable que
la messe de Paul VI s'écarte de la foi, donc qu'elle est
formellement hérétique, alors qu'on s'est contenté de dire,
faussement d'ailleurs, qu'elle favorisait l'hérésie. Que le
P. Vinson me pardonne; répéter indéfiniment c'est rabâcher,
ce n'est point prouver.
J'en reviens au P. Barbara.
Il estime que la nouvelle messe outrage Dieu par « les
silences calculés » (Forts dans la
foi, n° 24, p. 367).
Il donne un exemple (ibid.,
note 4): « La perpétuité de la Virginité de la Mère de Dieu
est passée sous silence grâce à l'expression « La Vierge
Marie » au lieu de [Marie toujours vierge] ». C'est vrai
pour la traduction française du Confiteor
(cf. La Pensée
Catholique, n° 131, p.
20), mais je lis dans le texte latin: Ideo precor beatam
Mariam semper Virginem. La traduction espagnole est un décalque
fidèle du latin: « Por eso ruego a Santa
Maria, siempre Virgen », de même l'italienne: «
E supplice
la beata sempre vergine Maria ». Qu'on ne reproche donc pas à la
nouvelle messe ce qui est le fait de nos « traducteurs »
français.
Le P. Barbara n'est pas plus
heureux lorsqu'il écrit: « Faire dire après la
consécration: « donec
venias, jusqu'à ce que
tu viennes » comme s'il n'était pas là, sur l'autel,
prédispose excellemment le célébrant à changer l'intention
de l'Eglise » (Forts dans la
Foi, n° 24, p. 392).
Je note tout d'abord que c'est. l'assemblée, et non le
célébrant, qui prononce ces paroles. Celles-ci
nieraient-elles la présence réelle du Christ sur l'autel
après la consécration? Le texte latin: Mortem tuam
annuntiamus, Domine, et tuam resurrectionem contitemur,
donec venias, pas plus
que la traduction française assez large: « Nous proclamons
ta mort, Seigneur Jésus, nous célébrons ta résurrection,
nous attendons ta venue dans la gloire » ne présentent
aucune ambiguïté. La traduction française précise même que
cette venue n'est point celle qui a lieu sur l'autel, qui
n'est pas une « venue dans la gloire », mais celle qui se
produira à la fin des temps, celle dont parlait saint Paul
aux Corinthiens: « Chaque fois, en effet, que vous mangez
ce pain et que vous buvez cette coupe, vous annoncez la
mort du Seigneur, jusqu'à ce qu'il vienne
» (I Cor. 11, 26).
Rejoignant les positions
protestantes du P. Vinson que j'ai critiquées plus haut
(cf. supra,
p. 6), le P. Barbara ose bien écrire: « Les actes du Pape:
ses écrits, ses paroles, ses démarches, ses omissions,
peuvent toujours et quelquefois doivent être jugés au sens
psychologique du terme par quiconque en a connaissance et
les estime en concordance ou en désaccord avec l'Evangile
qu'il a reçu, c'est-à-dire avec un enseignement certain de
la Foi » (n° 24, p. 380).
J'emprunterai ma conclusion à
cette lettre qu'un théologien écrivait à un de mes amis et
que j'ai déjà citée plusieurs fois au cours du présent
article:
« Il me paraît plus que temps
de cesser des querelles « rabbiniques » — c'est le
moins que l'on puisse dire — et, dans la foi
catholique, de considérer la situation: un Pape, mettant en
application une décision d'un Concile oecuménique, donne à
l'Eglise universelle le formulaire nouveau de la
célébration du sacrifice eucharistique. Il le fait en tant
que Pasteur et Docteur de l'Eglise universelle, il engage
son autorité de Pasteur suprême, et il garantit de son
autorité suprême de Docteur infaillible le caractère
authentique de cette liturgie de l'Eucharistie. Que faut-il
de plus pour que sa décision « soit tenue
» par tous les fidèles de
l'Eglise catholique? ».
J'ai déjà exprimé quelques
regrets mineurs en face de la réforme liturgique
(cf. La Pensée
Catholique, n° 131, p.
10-11). Ils portaient sur la raréfaction du
Credo,
sur la suppression de certains saints au calendrier. Je
suis surpris que les successeurs immédiats de saint Pierre,
saint Lin et saint Clet aient vu leur mémoire supprimée
alors qu'ils restent dans le Communicantes
si on le récite en entier;
surpris et peiné de constater que des Papes comme Grégoire
VII (25 mai) et Pie V (30 avril, autrefois 5 mai), qui
jouèrent un rôle si important pour la réforme de l'Eglise
en leur temps, soient réduits à une mémoire facultative,
plus facultative encore, si l'on peut dire, pour Grégoire
VII, qui se trouve être dans le nouveau calendrier en
occurrence avec saint Bède le Vénérable et sainte
Marie-Madeleine de Pazzi. Que dire de saint Joseph artisan
le 1er mai: sa fête, inscrite par Pie XII au calendrier
sous le rit de première classe, se voit réduite à la
portion congrue en passant au rang de mémoire facultative.
Pour quel motif? Celui qu'indique le Calendarium
Romanum, p. 121, ne
paraît guère convaincant, « dans plusieurs nations cette
fête du travail se célèbre à un autre moment de l'année ».
P. S. — J'achevais ma
rédaction quand un vieil ami, sachant que je m'intéressais
à la question de la nouvelle messe, me remit un numéro déjà
ancien du « Courrier de Rome
» (n° 123 du 15 octobre
1973): douze pages ronéotypées de grand format, contenant
deux articles: Les deux Messes
et A propos de l'intention
et de la validité. L'auteur du premier signe Fidelis, ce qui
ne me renseigne point sur son identité. Celui du second
signe G. de Romanis. S'abrite-t-il, lui aussi, sous un
pseudonyme? Est-il identique au premier? Je ne sais.
LA POSITION DE FIDELIS
Fidelis envisage la question
sous un double aspect: juridique et théologique.
A l'entendre les choses sont
tellement confuses sur le plan juridique qu'il est
pratiquement impossible de savoir si la Messe de saint Pie
V est actuellement permise, tolérée ou interdite. Certes
Paul VI n'a point condamné la messe en usage avant la
Constitution Apostolique Missale
Romanum, il l'a
pourtant abrogée, sauf en certains cas. Je renvoie le
lecteur à ce que j'ai écrit (cf. Chevaliers,
n° 24-25, p. 12-13). Dès lors, je ne vois pas qu'on puisse
dire que les évêques ou les conférences épiscopales ont
outrepassé leurs droits en interdisant la messe de saint
Pie V « à ceux des Prêtres du ministère, qui souhaitaient
en conserver le libre usage » (Courrier,
p. 2).
Comment Fidelis peut-il
s'appuyer sur la Bulle Quo primum
tempore pour déclarer
qu' « abroger expressément une telle Messe (celle de saint
Pie V) semblerait un véritable reniement vis-à-vis
d'une tradition
quasi-apostolique, sur un sujet essentiel dans
l'Eglise » (p. 3)? Il
met en doute la valeur d'une telle abrogation. Une fois
encore j'ai relu la Bulle de saint Pie V et je dois avouer
n'avoir pu repérer les citations qui en sont faites par
Fidelis. Elles lui permettent de dire que « ce qui est
accordé à perpétuité par un Pape (ne) peut être retiré par
un autre sans quelque raison particulièrement grave,
précise et proportionnelle à l'importance de ce qui est en
jeu, raison qui devrait par
ailleurs être clairement indiquée » (p. 3). Encore une fois Paul VI a
fermement marqué sa volonté (volumus),
malgré « les Constitutions et Ordonnances Apostoliques
publiées par (ses) prédécesseurs », de substituer
son Ordo Missae
au précédent. Que faut-il de
plus?
L'aspect théologique du
problème serait, nous dit Fidelis, « redoutable et inquiétant ». Le
nouvel Ordo Missae
aurait démantelé « le rempart
inexpugnable contre toutes les hérésies que saint Pie V
nous donnait avec son admirable Messe ». Est-il juste
d'attribuer à la nouvelle Messe le chaos « où se
manifestent impunément les plus audacieuses fantaisies et
jusqu'aux pires excentricités » (p. 3)? La « créativité »
en liturgie (un confrère m'écrivait que le mot «
tripatouillage » eût été plus exact), que j'ai dénoncée
plusieurs fois dans « La Pensée
Catholique » (n° 141,
p. 8-14; n° 143, p. 33-46; n° 147, p. 34-49), le «
tripatouillage » liturgique ne saurait être imputé
honnêtement au nouvel Ordo
Missae. Ce serait le
sophisme bien connu: post hoc ergo propter
hoc.
Fidelis nous assure que « la
présentation du Nouveau Rite n'est pas expressément
hérétique [c'est lui
qui souligne], mais elle favorise incontestablement sur
deux points essentiels l'interprétation protestante, qui,
elle, est formellement hérétique » (p. 4).
Il s'agit, le lecteur l'a
déjà compris, du fameux article 7 de l'Institutio Generalis
Missalis Romani.
Fidelis en trouve la seconde rédaction ambiguë sur deux
points essentiels: le caractère du véritable Sacrifice de
la Messe n'est pas nié, « il est passé sous silence »; la
présence réelle sous les espèces sacramentelles n'est pas
assez nettement soulignée. Ne nous parle-t-on pas, en
effet, d'une présence réelle du Christ dans rassemblée
réunie en son nom; dans le prêtre qui préside cette
assemblée et dans la parole de l'Ecriture?
On permettra à l'exégète
chevronné que je suis de juger tendancieuse l'exégèse faite
par Fidelis de l'article 7 tel qu'il a été corrigé
dans l'editio typica
du Missale
Romanum.
En effet, peut-on dire que le
caractère de véritable Sacrifice de la Messe est passé sous
silence, lorsque l'article 7 déclare: In Missae enim
celebratione, in qua sacrificium Crucis
perpetuatur? Dès la
première phrase de cet article 7, on disait que le mémorial
du Seigneur était identique au sacrifice eucharistique:
« Memoriale Domini seu
sacrificium eucharisticum ». Cette précision de la nouvelle
rédaction aurait-elle échappé à l'oeil vigilant de Fidelis?
Fidelis nous assure que la
nouvelle rédaction « n'entraîna d'ailleurs pas la moindre
modification des textes liturgiques eux-mêmes ». Or ça, de
qui se moque-t-on? Si notre « Missel Romain » traduit trop
fréquemment par eucharistie le sacrificium
du texte latin, on ne peut
reprocher sans injustice au Missel de Paul VI d'avoir passé
sous silence le caractère sacrificiel de la Messe. Qu'il me
soit permis de renvoyer le lecteur à un précédent article
de « La Pensée
Catholique » (n° 144,
p. 43-44).
Il n'est pas juste non plus
de dire que la notion de présence réelle sous les espèces
eucharistiques n'est pas assez fortement soulignée. Que le
Christ soit présent réellement dans une assemblée réunie en
son nom ne l'a-t-il pas dit lui-même (Mt., 18,20)? Qu'il
soit présent réellement dans la personne du célébrant,
n'est-ce pas évident? Celui-ci agit au nom du Christ à la
consécration: « Ceci est mon corps livré pour vous », « Ceci est la
coupe de mon sang ». Que les paroles de l'Ecriture
soient aussi réellement paroles du Seigneur lui-même
n'est-ce pas la foi de l'Eglise, définie au premier Concile
du Vatican (cf. Denzinger, 12e édition, n° 1809), dont le
texte a été repris par le second Concile du Vatican (24)?
Mais lorsqu'il s'agit de la présence réelle du Christ dans
le sacrement de l'autel, l'article 7 la distingue
formellement des autres modes de présence réelle «
et quidem
substantialiser et continenter sub speciebus
eucharisticis
». Présence réelle,
substantielle, continuelle. Présence substantielle,
n'est-ce pas une référence indéniable au dogme de la
transsubstantiation? Présence continuelle, ce n'est pas le
cas de rassemblée: quand elle se sépare, la présence cesse.
La nouvelle formulation «
favorise(rait) incontestablement... l'interprétation
protestante ». Je ne puis que renvoyer sur ce point à la
déclaration du Fr. Max Thurian que j'ai citée (Cf.
Chevaliers,
n° 24-25, p. 13).
Fidelis en vient maintenant aux conséquences pratiques.
Lui, du moins, admet que « normalement, la
célébration selon le Nouveau Rite est valide
». Il souligne même cette
déclaration. Il reconnaît que Paul VI n'a point renié le
caractère sacrificiel de la Messe, ni contesté
l'authentique Consécration - Transsubstantiation. C'est le
moins qu'on puisse dire lorsqu'on se rappelle
l'encyclique Mysterium Fidei
et l'admirable profession de
foi du Souverain Pontife. On me permettra de retranscrire
les termes de cette profession de foi en ce qui concerne le
sacrement de nos autels.
Nous
croyons que la messe célébrée par le prêtre représentant la
personne du Christ en vertu du pouvoir reçu par le
sacrement de l'Ordre, et offerte par lui au nom du Christ
et des membres de son Corps mystique, est
le sacrifice du Calvaire
rendu sacramentellement présent sur nos autels.
Nous croyons que, comme
le pain et le vin consacrés par le Seigneur à la Sainte
Cène ont été changés en son corps et en son sang qui
allaient être offerte pour nous sur la croix,
de même le pain et le vin
consacrés par le prêtre sont changés au corps et au sang du
Christ glorieux siégeant au ciel, et Nous croyons que la mystérieuse
présence du Seigneur, sous ce qui continue d'apparaître à
nos sens de la même façon qu'auparavant, est
une présence vraie, réelle et
substantielle.
Le Christ ne peut être ainsi
présent en ce sacrement autrement que par le changement en
son corps de la réalité du pain et par le changement en son
sang de la réalité elle-même du vin, seules demeurant
inchangées les propriétés du pain et du vin que nos sens
perçoivent. Ce changement mystérieux, l'Eglise l'appelle
d'une manière très appropriée transsubstantiation.
Toute explication
théologique, cherchant quelque intelligence de ce mystère,
doit, pour être en accord avec la foi catholique, maintenir
que, dans la
réalité elle-même, indépendante de notre esprit, le pain et
le vin ont cessé d'exister après la Consécration, en sorte
que c'est le corps et le sang adorables du Seigneur Jésus
qui dès lors sont réellement devant nous sous les espèces
sacramentelles du pain et du vin, comme le Seigneur l'a voulu pour se
donner à nous en nourriture et pour nous associer à l'unité
de son Corps mystique.
Fidelis a raison de dire,
contrairement aux allégations des auteurs que je viens de
critiquer, que « les Prêtres qui l'ont adopté (le
Nouvel Ordo
Missae) dans
l'obéissance n'entendaient nullement rompre avec les
définitions formelles du Concile de Trente » (p. 5).
Définition, puis-je ajouter, qui inspirent tout le passage
de la profession de foi de Paul VI, citée à l'instant.
N'est-ce point une
exagération que de parler ensuite, comme le fait Fidelis,
de l'imprécision, du vague des textes de la nouvelle Messe
conduisant insensiblement et inconsciemment ceux qui les
utilisent à voir s'altérer en eux la pureté de la foi si
exactement définie par le Concile de Trente pour adhérer
purement et simplement à l'interprétation luthérienne de la
Cène, d'autant que des luthériens authentiques ont reconnu
(cf. Chevaliers,
n° 24-25, p. 13) que le
nouvel Ordo Missae
restait fidèle à la doctrine
catholique du sacrifice eucharistique.
Fidelis envisage deux
cas:
a) Le
célébrant ne croit plus à la transsubstantiation,
c'est-à-dire au changement des espèces sacramentelles en le
Corps et le Sang du Christ. La messe est invalide et
sacrilège. C'est indubitable, mais ce serait exactement la
même chose si ce célébrant prenait le Missel de saint Pie V
au lieu de celui de Paul VI.
b) Le
célébrant ne regarde pas la messe comme un véritable
sacrifice, sa messe serait hérétique et sacrilège, elle ne
serait pas invalide, puisque ce prêtre croit que par les
paroles de la consécration le corps et le sang du Seigneur
se substituent au vin. Quant à moi, je serais plus réservé
sur la validité d'une telle messe.
Et Fidelis d'insister à
nouveau sur « l'ambiguïté [...] de ses textes liturgiques
(de la nouvelle Messe), eux-mêmes beaucoup plus proches de
la notion protestante de la Cène que de la Doctrine
traditionnelle catholique de la Messe » (p. 7). Ne
connaîtrait-il ces textes qu'à travers nos lamentables
traductions françaises? La foi des fidèles est en péril. «
A défaut de pouvoir prendre part à des Messes de saint Pie
V, infiniment plus sûres, mais devenant par force de plus
en plus rares, il ne leur reste plus d'autre ressource que
de demeurer vigilants à
l'extrême » (p. 8).
Fidelis, on le voit, ne prône nullement l'abstention
totale, comme le faisaient Scortesco, Belleval, les PP.
Barbara et Vinson, mais la vigilance. Les fidèles devront
observer les attitudes choquantes, les commentaires
douteux, les homélies inquiétantes et réagir positivement
en se retirant, en avisant l'autorité supérieure. Ils ne
fréquenteront plus cette église ou cette chapelle tant que
les choses n'y changeront pas.
LE SENTIMENT DE G. de
ROMANIS
L'attitude de G. de Romanis
me paraît plus raide, si bien que, finalement, il me semble
difficile de l'identifier avec Fidelis. Il accorde à la
bulle Quo primum
tempore de saint Pie V
un caractère d'infaillibilité qu'elle n'a point. Il ajoute
toutefois: « S'il n'est pas exclu cependant de voir un
souverain pontife établir un nouvel Ordo qui soit
catholique, il est hors de doute que l'Ordo, dit de saint
Pie V, ne peut être supprimé. Et, si le Pape régnant
voulait en interdire l'usage, il faudrait qu'il le fasse
explicitement, de façon motivée
et en l'annonçant
solennellement; ce qui est impensable car il consacrerait
une rupture dans la tradition de l'Eglise catholique et
dans son enseignement dogmatique » (p, 9).
On dénonce les « ambiguïtés »
de la nouvelle Messe, ambiguïtés dans les traductions, je
le répète, mais non dans le texte latin, le seul qui ait
été publié par ordre du Saint-Père, et le texte que je
viens de citer nous place en pleine ambiguïté. Après avoir
paru concéder que le Pape peut établir un nouvel
Ordo
Missae, on s'empresse
d'y mettre une condition « qui soit catholique ». C'est
supposer que le Pape peut être infidèle à sa Mission de
garder le dépôt de la foi. Et qui jugera donc que le nouvel
Ordo est catholique? De Romanis, vous ou moi? N'est-ce pas
agir en protestant? On pose en principe qu' « il est hors
de doute que l'Ordo, dit de S. Pie V, ne peut être supprimé
», ce qui suppose, contrairement à ce que je crois avoir
établi (Cf. Chevaliers,
n° 24-25, p. 12-13), qu'un Pape ne peut changer ce qui a
été fait par l'un de ses prédécesseurs. Et pourtant de
Romanis semble accorder que Paul VI pouvait interdire cette
messe de saint Pie V, il y met des conditions: il devait le
faire explicitement (ne l'aurait-il donc pas fait?
cf. Chevaliers,
n° 24-25, p. 12-13),
de façon
motivée (de Romanis)
le souligne (aurions-nous à juger de la recevabilité des
motifs? attitude protestante), en l'annonçant
solennellement (la Constitution apostolique
Missale
Romanum ne serait-elle
pas un acte solennel du magistère?). Et puis, retirant ce
qu'il avait paru concéder, de Romanis nous assure qu'un tel
acte est « impensable » et il semble en donner la raison
comme si affirmer était prouver. J'avoue être vraiment
myope car je ne découvre pas dans le Missale Romanum
cette « rupture dans la
tradition de l'Eglise catholique et dans son enseignement
dogmatique ». Le nouvel Ordo maintient dans ses textes tous
les dogmes enseignés par l'Eglise et la permission d'user,
dans la prière liturgique, des langues vernaculaires, est
une rupture avec des traditions vénérables, non avec la
Tradition, qui véhicule la Révélation.
Mais nouveau pas en arrière,
ce nouvel Ordo, qui rompt avec renseignement dogmatique, «
ne contient pas d'erreurs formelles ». Alors que de Romanis
veuille bien nous expliquer comment, sans contenir
d'erreurs formelles, la nouvelle messe peut rompre avec
renseignement dogmatique? Je me perds vraiment dans le
dédale de telles subtilités.
Les équivoques, de Romanis
croit les déceler dans la nouvelle rédaction de l'article 7
de l'Institutio
Generalis. Je renvoie
encore à ce que j'ai écrit plus haut (p. 8). N'est-ce point
ergoter que de dire « La « messe » dans ce texte, signifie
« cène du Seigneur »? La messe, enseigne la théologie
catholique, est liée à la dernière Cène, durant laquelle le
Christ institua le sacrement de l'Eucharistie, et à la
Croix. « La Messe, dit le P. Hugon, se rapporte, non
seulement à la Cène, mais à la fois à la Cène, dont elle
est l'image, et au sacrifice de la Croix, comme le rappelle
le Concile de Trente, particulièrement au chap. 2 (25) ».
« Le « sacrifice
eucharistique », poursuit de Romanis, a, pour les
rédacteurs, équivalemment, le sens de « mémorial du
Seigneur »; terme ambigu qui, chez les « réformés »,
signifie « mémorial de la Cène ». Or le Seigneur lui-même
n'a-t-il pas dit à ses Apôtres, après la Cène, «
Hoc tacite
in meam commemorationem (vous ferez cela en mémoire de Moi) »
(Lc, 22,19; I Cor., 11, 24). Dans l'antienne bien
connue de l'Office du Saint-Sacrement, saint Thomas d'Aquin
nous fait dire: O sacrum convivium,
inquo Christus sermitur, recolitur memoria passionis
ejus. De ce que le
Docteur Angélique souligne ici l'aspect repas de
l'Eucharistie, allons-nous en déduire qu'il nie le
caractère sacrificiel de ce repas? Lui aussi parle d'un
mémorial qui est celui de la Passion. Je trouve la même
mention dans la prière du Canon Romain, qui suit
l'élévation: Unde et memores
« faisant mémoire de la
passion bienheureuse de ton Fils... de sa résurrection du
séjour des morts et de sa glorieuse ascension dans le ciel,
etc. ». Prétendre que, dans l'article 7, le mémorial du
Seigneur serait uniquement celui de la Cène comme chez les
protestants, me paraît fort exagéré.
Parce que l'article 7 nous
dit que, « dans la célébration de la messe [...] se
perpétue le Sacrifice de la Croix », de Romanis objecte que
la formule « et se renouvelle » a été tendancieusement
éliminée, il me semble que le sacrifice de la Croix se
perpétue à la Messe précisément parce qu'il se renouvelle
sans cesse, ou plus exactement, pour employer les termes
mêmes du Concile de Trente (Denzinger, 12e édition, n°
938), il est re-présente, c'est-à-dire présenté à nouveau,
rendu présent à nouveau.
The
last not the least, de
Romanis ose bien écrire: « Enfin, d'après les rédacteurs du
nouvel article 7, la présence du Christ n'est pas
réellement dans sa substance même sous les apparences des
espèces eucharistiques, mais de « façon substantielle » (p.
10). On peut trouver byzantine la distinction entre
substantiellement et « de façon substantielle », mais le
plus fort c'est que le texte latin emploie l'adverbe:
Christus proesens
adest... et quidem substantialiter et continenter sub
speciebus eucharisticis. Au lieu de se fier à une traduction, de
Romanis eût mieux fait d'aller à la source, au texte latin.
Je passe sur le reproche
concernant le changement des prières de l'Offertoire. Je
renvoie à ce que j'ai écrit plus haut (cf. p. 6).
Le reproche d'avoir ravalé le
prêtre à un rôle de président d'assemblée comme un pasteur
protestant, n'est pas davantage fondé. La nouvelle
rédaction de l'article 7 ajoute à « sacerdote
praeside », «
personamque
Christi gerente », qui
lève toute équivoque. Le prêtre n'est pas simplement le
délégué de l'assemblée, mais encore et surtout il tient la
place du Christ et cela fait évidemment allusion au
caractère sacerdotal qu'il tient de son ordination.
Il n'est pas exact non plus
d'écrire que « l'acclamation du mystère de la Foi par les
fidèles après la consécration, tende à souligner que c'est
l'acte de Foi qui amène la présence de Notre-Seigneur ».
J'ai déjà réfuté cette affirmation (Cf. Chevaliers,
n° 24-25, p. 14).
Immanquablement de Romanis se
devait de mettre en avant le fameux texte du
Nouveau
Missel des Dimanches 1973: « Il ne s'agit pas d'ajouter l'une à
l'autre des messes, extérieurement et intérieurement si
bien célébrées, qu'elles obtiennent de Dieu sa grâce. Il
s'agit simplement de faire mémoire de l'unique sacrifice
déjà accompli, du sacrifice parfait dans lequel le Christ
s'est offert lui-même, et de nous y associer »
(Nouveau
Missel, p. 383). Ce
texte n'est pas un texte liturgique; il n'est nullement
extrait du Missale
Romanum, il n'engage
que la responsabilité de son auteur. Dès lors l'utiliser
pour critiquer la Messe de Paul VI est une injustice, pour
ne pas dire une infamie. Il y a pourtant une part de vérité
dans le texte du Nouveau Missel des
Dimanches: nos Messes
tirent leur valeur de ce qu'elles présentent à nouveau à la
Très Sainte Trinité « le Sacrifice pur et saint, le
sacrifice parfait », comme nous le disons à la fin
du Unde et memores
du Canon Romain, ce sacrifice
qui n'est autre que celui offert sur la croix par Jésus,
notre Grand Prêtre,
Il est temps de m'arrêter. Je
suis. d'accord avec de Romanis pour déclarer invalide la
messe d'un prêtre qui ne croirait pas à la
transsubstantiation ou au caractère sacrificiel de la
messe, points définis par le Concile de Trente. Mais,
grâces à Dieu, les prêtres, qui célèbrent sous le nouveau
rite, ont gardé dans l'ensemble la foi de l'Eglise.
Que le bienveillant lecteur
ait la bonté de m'excuser d'avoir été si long.
(1) La Pensée
Catholique, n° 144, p.
33, note 1 bis.
(2) Scortesco fait écho au P. Barbara qui écrivait: « Un
acte du Magistère ordinaire d'un Pape qui contredirait
l'enseignement traditionnel de plusieurs Papes, durant un
temps notable, ne devrait pas être accepté »
(Forts dans la
Foi, n° 23, p. 293).
(3) Cf. Mgr Batiffol, L'Eucharistie,
5e édition (Paris, 1913), p.
6-32 (S. Justin), p. 57-73 (La Didachè);
Dictionnaire
de Théologie catholique: Mgr Ruch, La Messe d'après les
Pères, t.
X,
col. 864-907.
(4) Le P. Barbara a modifié depuis ses positions dans un
supplément au n° 30 de sa revue, il assure ne pas désobéir
en refusant une messe « équivoque ». Vertu morale,
l'obéissance doit être régie par la prudence surnaturelle.
Pour obéir il faut que celui qui commande ait le droit de
commander. Or nul n'a le droit de commander une chose
mauvaise. C'est parfaitement exact. Reste à prouver que le
nouvel « Ordo Missae
» est chose mauvaise.
Affirmer avec insistance n'a jamais passé pour être une
preuve.
(5) Cf. Acta Apostolicae
Sedis, 1945, p. 65-67;
traduction française dans La Documentation
Catholique, 27 mai
1945, col. 385-386 et dans le même numéro ma notule:
Une
nouvelle traduction des Psaumes, col. 392-394. Cf. aussi Renié,
Manuel
d'Ecriture Sainte, t. II, 5e édition (Lyon, 1951) p. 435, note 2.
(6) On en trouvera la traduction dans La Documentation
Catholique, 4 février
1973, p. 101-102 ou dans Esprit et
vie, 8 mars 1973, (p.
146-149), suivie dans la première d'un commentaire de Mgr
Martimort (p. 103-104) et dans l'autre d'un commentaire de
dom Oury (p. 146-149). Il n'est peut-être pas inutile de
signaler qu'une petite brochure, publiée par notre CNPL et
portant l'imprimatur de Mgr Boudon en date du 24 avril
1971, donc plus de deux ans avant la Constitution
Apostolique: Rencontrer le Seigneur
Jésus, était déjà
conforme aux dispositions édictées par cette Constitution.
C'était, je pense, le fruit d'expérimentations permises par
l'autorité romaine.
(7)
Quae per
Nostras has litteras, motu proprio datas, decrevimus ac
statuimus, rata atque firma sunto, contrariis quibuslibet
minime obstantibus, peculiarissima quoque et individua
mentione dignis.
(8) Cf. Esprit et Vie,
15 juillet 1971, p. 431-432.
(9) Dans son Encyclique Mysterium Fidei
du 3 septembre 1965, Paul VI,
déplorant certaines erreurs, déclarait: « Il n'est pas
permis de prôner la messe dite « communautaire » de telle
sorte qu'on déprécie la messe privée » (La Documentation
Catholique, 3 octobre
1965, col. 1635 [n° 11]). Dans une lettre au Ministre
Général des Chartreux, se référant au décret du second
Concile du Vatican, Presbyterorum
Ordinis, 13, Paul VI
affirmait nettement, une fois encore, la valeur des messes
sans assistance (Cf. La Documentation
Catholique, 20 juin
1971, p. 559).
(9 bis) Celle qui se lisait dans nos Missels y avait été
introduite par Benoît XV. Elle figurait pourtant dans le
propre de la plupart des diocèses de France.
(10) Scortesco, lui aussi, s'appuie sur ce
permittitur
pour déclarer que « les
évêques ont abusé de leur pouvoir en l'imposant (la
nouvelle messe) et en interdisant la véritable messe » (p.
27). Et se référant à des déclarations du Cardinal Renard,
que j'ai reproduites dans un de mes articles
(La
Pensée Catholique, n°
143, p. 33-34), il ose Imprimer: « Le Cardinal Renard et la
majorité de nos évêques actuels qui interdisent la Messe de
toujours, ne font plus partie de l'Eglise de Notre-Seigneur
». Faut-il éclater de rire ou pleurer devant de telles
insanités?
(11)
Genuflectant vero, nisi
ob angustiam loci vel frequentiorem numerum adstantium
aliasve rationabiles causas impendiantur, ad
consecrationem.
(12) J'ai critiqué dans La Pensée
Catholique (n° 145, p.
56), la traduction qui nous a été donnée de Rom.
XII, 1-2. Or, en juillet dernier,
j'assistais au mariage d'une petite-nièce, qui épousait un
Italien. Le texte de la première lecture était Rom.
XII, 1-2, 9-18. La traduction italienne du
v. 1 évitait les trois contresens que je signalais. Je la
retranscris: Vi esorto dunque,
fratelli, per la misericordia di Dio, ad offrire i vostri
corpi come sacrificio vivente, santo e gradito a
Dio. J'ai souligné
dans ce texte les divergences avec notre traduction
française; divergences qui sont des convergences avec le
texte grec comme avec la traduction latine de notre
Vulgate.
(13) Cf. le serment qui lui imposé, sous le pontificat de
Grégoire VII (1079) pour rétracter son hérésie:
Denzinger, 12e édition, n° 355.
(14) Je cite presque textuellement la Note doctrinale sur le
nouvel Ordo Missae des
chevaliers de Notre-Dame. Le texte poursuit: « Nous
noterons toutefois que les réformateurs liturgiques ne
semblent pas avoir assez d'estime pour les gestes du corps.
C'est là une grave erreur, car ces gestes conditionnent
pour une part l'attitude spirituelle en même temps qu'ils
l'expriment » (p. 31).
(15) On trouvera le texte de la lettre des Cardinaux
Ottaviani et Bacci dans La Documentation
Catholique, 1er mars
1970, en note des pp. 215-216. Cf. aussi
La
Documentation Catholique, 3 avril 1970, p. 342, note. Belleval
(op.
cit., p. 13-14)
regarde, lui aussi, comme exemplaire l'attitude du Cardinal
Ottaviani.
(16) Cf. La Documentation
Catholique, 7 décembre
1969, p. 1055-1056; 21 décembre 1969, p. 1102-1104.
(17) Pour être complet, je dois signaler une question de
critique textuelle: les mots to huper humôn
didomenon (latin
: quod pro vobis
datur) manquent dans
le Codex Bezae
et dans sept manuscrits de
l'ancienne version latine, ainsi, du reste, que les paroles
de la consécration du calice. En bonne règle un texte, qui
a pour lui la quasi-unanimité des manuscrits, doit être
tenu pour authentique. Cf. Renié, Manuel d'Ecriture
Sainte, t.
IV, 5e édition (Lyon [1956]), p. 631-632
(n° 499); de Bacciochi, L'Eucharistie
(Paris [1961]), p. 9-10. Au
lieu de datur,
la Vulgate, dans son addition au texte paulinien,
porte tradetur.
(18) Il n'est pas sans intérêt de faire observer que la
formule de la consécration du calice est restée, sauf
le mysterium fidei,
celle du Missel de saint Pie
V: calix sanguinis mei,
novi et aeterni testamenti. Or si l'adjectif novum
(nouveau) se lit dans les
quatre textes de la Vulgate, il ne se trouve pas dans le
texte grec de Mt. ni de Mc. Quant à aeterni
(éternel), il ne se lit dans
aucun des quatre textes. Cette addition n'en est pas moins
fort heureuse. « Le mystère de notre salut, dans cette
alliance nouvelle, était celui d'une nouveauté définitive,
absolue, qui ne passerait jamais, à la différence de
l'alliance ancienne qui devait disparaître » (Mgr
Guimet, L'éternité du Dieu
Vivant dans
La France
Catholique, 21
septembre 1973, p. 15).
(18 bis) Il est étrange de voir alléguer une lettre
d'Innocent III à un évêque de Lyon (Denzinger, 12e édition,
n° 414-415) pour assurer que les mots mysterium fidei
appartiendraient à une
tradition remontant aux apôtres. Ainsi nos
ultra-traditionnalistes s'appuient sur une lettre qui est,
me semble-t-il, un document privé et contestent l'autorité
de la Constitution apostolique de Paul VI
Missale
Romanum. Attitude peu
cohérente: deux poids et deux mesures.
(19) Je retranscris: hoc tacite
quotiescumque bibetis in meam commemorationem
(I Cor., 11, 25).
(20) N°- 131, p. 10-36; 134, p. 25-45; 135, p. 51-58; 136,
p. 57-73; 138, p. 49-60; 139, p. 37-66; 144. p. 33-56; 145,
p. 52-69; 146, p. 25-40; 148, p. 44-65.
(21) Instruction du
Consilium sur la traduction des textes liturgiques pour la
célébration avec le peuple en date du 25 janvier 1969. Cf. la
traduction française de La Documentation
Catholique, 20 avril
1969, p. 370 (n° 33),
(22) Dans son tract, en supplément du n° 30 de
Forts dans
la Foi (p. 6). le P.
Barbara écrit: « Pour satisfaire les Progressistes,
néo-Modernistes, qui nient ce dogme [de la damnation
éternelle] la nouvelle Messe l'a purement et simplement
supprimé de sa prière ». Je suppose que, s'il connaissait
le texte latin, il n'écrirait point cela.
(23) Cf. Constitution conciliaire Sacrosanctum
Concilium n° 54 et
aussi l'Instruction pour
l'exécution de la Constitution sur la Liturgie
de la S. Cong. des Rites en
date du 26 septembre 1964, n° 57-59 (La Documentation
Catholique, 1er
novembre 1964, col. 1369).
(24) Cf. la Constitution Dei Verbum,
n° 11 — Cf. aussi
Renié, Manuel d'Ecriture
Sainte, t. 1er, 6e
édition (Lyon, 1949), p. 22-30.
(25) Hugon, Tractatus
Dogmatici, t.
IV
(Parte, [1920]):
Tractatuts
de Eucharistia, p.
353-354. Cf. Concile de Trente, 22e session, ch. 1 et 2
(Denzinger, 12e édition, n° 938-940).