Le nouvel Ordo Missae serait-il hérétique?


     Appartenant à la Congrégation des Pères Maristes, le Père RENIE obtient son Doctorat en Théologie à Rome au Collegio Angelico. Professeur d'Ecriture Sainte dans les scolasticats de son Ordre et auteur d'un ouvrage en 6 volumes dans sa discipline, il collabora à partir de 1928 à diverses revues avant de devenir en 1938 Supérieur du Grand Séminaire de Moulins pour trois années. Nommé ensuite professeur aux Grands Séminaires de Grenoble et Nevers, il publia un commentaire des Actes des Apôtres dans la collection « La Sainte Bible » dirigée par Monseigneur PIROT. En 1947, le Père RENIE est nommé Consulteur de la Commission Pontificale Biblique. Depuis 1970, il s'est attaché à rédiger une série d'articles sur les traductions françaises du Missel et des Lectionnaires.


     J'ai écrit toute une série d'articles dans « La Pensée Catholique » pour dénoncer les erreurs de traduction trop fréquentes de notre Missel français et de nos lectionnaires. J'avais exprimé l'intention d'examiner les arguments de ceux qui ont le front de taxer d'hérésie la messe dite de Paul VI (1).
     Une question préliminaire se pose à nous tout d'abord: un Pape avait-il le droit de modifier à ce point les textes vénérables du Missel de saint Pie V?


Le Pape et son bon Droit

     Un tel droit lui est dénié catégoriquement par les opposants. Visiblement intoxiqué par certaines lectures, un médecin m'écrivait l'an dernier:
     « Le Pape a l'infaillibilité parce que c'est Dieu qui parle par sa bouche. Or l'un des attributs de Dieu (corollaire de sa perfection) c'est l'immutabilité. Donc une fois que Dieu a parlé par la bouche du Pape, ce qu'il dit est définitif et ne peut être modifié. »
     Ce médecin convenait néanmoins que le Pape ne jouit de l'infaillibilité qu'en matière religieuse et que, d'autre part, il faut qu'il formule une définition
ex cathedra ou s'adresse à toute la chrétienté par une bulle ou une encyclique de caractère religieux. Je ne connais, quant à moi, aucun théologien, ancien ou moderne, qui ait regardé comme infaillibles ex se les bulles ou encycliques pontificales. Certes elles doivent être reçues avec le plus grand respect et réclament notre obéissance (cf. la Constitution Lumen gentium de Vatican II, n° 25), mais, de soi, les directives données par ces documents ne sont pas irréformables. Les identifier à des définitions ex cathedra comme celle de l'Immaculée Conception par Pie IX et celle de l'Assomption par Pie Xll, c'est donc se tromper lourdement.
     Partant de telles prémisses fausses,
ce médecin déclarait la Bulle Quo primum tempore de saint Pie V parole de Dieu; donc, à son avis, les rites de la Messe, que cette Bulle codifie, sont, de ce fait, irréformables « au moins pour le canon ». Et pourquoi pas pour le reste de la Messe, pendant qu'on y est?
     Je retrouve des positions analogues, quoique parfois plus nuancées, dans les n° 23 et 24 de la revue du P. Barbara,
Forts dans la Foi, dans un supplément au n° 151 (mars 1971) d'Itinéraires, dans différentes brochures: Belleval, La Nouvelle Messe (15 pages); Vinson, La Nouvelle Messe et la conscience catholique (33 pages); Scortesco, Obéissez! (32 pages, supplément à Lumière, n° 101, octobre 1972).
     Par contre, j'ai reçu une excellente mise au point de la question provenant de l'Ordre des chevaliers de Notre-Dame:
Note doctrinale sur le nouvel Ordo Missae (supplément à Défense du Foyer, n° 111, février 1970; éditions St-Michel, Saint-Céneré, Mayenne: 46 pages). Cette note doctrinale a obtenu l'approbation de hautes autorités: les cardinaux Ottaviani, Journet, Daniélou, Mgr Michon, évêque de Chartres, Mgr Graber, évêque de Ratisbonne, Mgr Adam, évêque de Sion.
     Les opposants assurent intrépidement qu'en promulguant le nouvel Ordo Missae, Paul VI aurait outrepassé ses droits et que l'obéissance à la foi de toujours nous commanderait de lui désobéir.
     C'est ainsi que le P. Calmel, O.P. a pu écrire: « De tels ordres, c'est-à-dire intrinsèquement révolutionnaires, quel que soit l'auteur, n'obligent qu'à une seule chose: ne pas en tenir compte. Au reste nous sommes sûrs de nos sentiments et de notre attitude intérieure à l'égard du Vicaire du Christ: notre volonté d'obéir, pour n'être pas inconditionnelle, n'en est pas moins profonde » (
Itinéraires, supplément au n° 151, mars 1971, p. 50).
     De son côté, dans sa brochure
Obéissez!, Scortesco écrit: « La nouvelle Messe de Paul VI, non seulement contredit l'enseignement de plusieurs papes durant un temps notable, mais l'enseignement de l'Eglise depuis son origine jusqu'à nos jours. En effet, la Messe de saint Pie V concentre en elle toute la Révélation et la Tradition. Par conséquent cette messe et la Bulle Quo primum tempore qui l'a promulguée ne sauraient être abrogées par Paul VI, ni par aucun autre Pape. Ou alors l'Eglise se serait trompée pendant deux mille ans » (p. 25-26) (2).
     Deux mille ans! Scortesco ignorerait-il que les premières messes, appelées fraction du pain dans les Actes des Apôtres, furent célébrées, avec un formulaire, sans doute, des plus simples, en araméen et que le grec resta, à Rome même, la langue liturgique pendant plusieurs siècles? On n'y célébrait pas alors le sacrifice eucharistique selon le rit codifié par Pie V en 1568. La Didachè (ch. 9 et 10), saint Justin, au IIe siècle
(Apologie, ch. 65-67) nous ont donné des indications sur la liturgie eucharistique primitive (3) qui ne corroborent aucunement les affirmations ultra-simplistes d'un Scortesco. Et les liturgies des Eglises orientales célèbrent le sacrifice eucharistique avec un formulaire qui n'est aucunement celui de Pie V.
On allègue contre « la nouvelle Messe » la clausule finale de la Bulle
Quo primum tempore, dans laquelle saint Pie V déclarait: « Qu'absolument personne ne se permette de détruire ou d'enfreindre avec une audace téméraire cette page par laquelle nous supprimons, abolissons, permettons, révoquons, commandons, prescrivons, statuons, autorisons, ordonnons, décrétons, relaxons, exhortons, prohibons, nouons, faisons acte de volonté. Si quelqu'un avait l'audace d'y porter atteinte, qu'il sache qu'il encourrait l'indignation du Dieu Tout-Puissant et de ses bienheureux apôtres Pierre et Paul. »
     Le P. Barbara reconnaît pourtant que « chaque pape possède une puissance égale c'est-à-dire des pouvoirs égaux à ceux de ses prédécesseurs ».
(Forts dans la Foi, n° 23, p. 259). Nonobstant, il prétend que ce principe ne jouerait pas dans le cas présent. La Bulle de saint Pie V « promulgue une vraie loi et d'autre part elle la promulgue, en application d'un décret dogmatique du Concile de Trente porté pour empêcher l'infiltration des hérésies protestantes dans le culte eucharistique... Dans ces conditions un Pape ne pourrait abroger cette Bulle... sans trahir le dépôt de la foi, qu'il a reçu de la Tradition Apostolique et qu'il a mission de conserver » (ibid., p. 258) (4).
     Par la bulle
Quod a vobis du 7 juin 1568, saint Pie V avait promulgué un bréviaire romain nouveau et cette bulle se terminait par la même clausule que la bulle Quo primum tempore. Cela n'empêcha nullement saint Pie X de procéder à une réforme radicale de la répartition du psautier, qui est du bréviaire l'élément capital. La bulle Divino afflatu reprend textuellement les clausules des Bulles de son prédécesseur: « Nulli ergo omnino liceat ». Le saint Pape ne s'estimait donc aucunement lié par les décisions de saint Pie V. S'il y avait eu là une faute grave elle eût été évoquée par « l'avocat du diable » lors du procès de béatification, qui de ce fait risquait de tourner court. Bien plus, tandis que saint Pie V autorisait la célébration de la Messe selon d'autres rites dûment approuvés, ne serait-ce que par une coutume deux fois centenaire, tels que les rites lyonnais, ambrosien (Milan), cartusien, dominicain, Pie X décrétait que ceux qui, à partir du 1er janvier 1913, n'emploieraient pas le bréviaire réformé par lui ne satisferaient pas à l'obligation de réciter l'office divin.
     Pas plus que la clausule de la bulle de saint Pie V n'avait dissuadé saint Pie X de réformer le bréviaire, la bulle de celui-ci n'a empêché Pie XII de permettre l'emploi pour la récitation des heures canoniales d'une nouvelle traduction du psautier sur le texte hébreu due à l'Institut Pontifical Biblique (5). Et c'est un nouveau bréviaire qui nous a été donné par Paul VI, bréviaire dans lequel le psautier est réparti sur quatre semaines au lieu d'une.
     Nous avons dans l'histoire plus d'un exemple d'un Pape abrogeant ou modifiant les actes d'un de ses prédécesseurs. Le 21 juin 1773, Clément XIV prononçait la dissolution de la Compagnie de Jésus par le bref
Dominus ac Redemptor. Il y déclarait qu'il voulait que les mesures prises par lui « soient et demeurent toujours valides, fermes et efficaces... Qu'à l'avenir elles soient observées d'une façon inviolable par tous et chacun de ceux qu'elles concernent et concerneront de quelque manière que ce soit ». Il était difficile d'être plus net. Nonobstant, en 1814, moins d'un demi-siècle plus tard, la Compagnie de Jésus était rétablie par Pie VII.
     En 1586, Sixte-Quint avait fixé de façon définitive la constitution du Sacré Collège: il ne pourra y avoir plus de soixante-dix cardinaux (canon 231). En 1958, Jean XXIII dépassait ce chiffre fatidique en créant vingt-trois nouveaux cardinaux (Cf.
Allocution au Consistoire secret du 15 décembre 1958: La Documentation Catholique, 4 janvier 1959, col. 5). Il estimait donc que c'était son droit et qu'il en avait le pouvoir.
     « Le pouvoir du Pape sur les sacrements n'est pas sans limite, mais il est étendu. » (
Note doctrinale sur le Nouvel Ordo, p. 39). C'est ainsi que Pie XII a décrété que la matière et la forme du sacrement de l'Ordre consistaient dans la seule imposition des mains et une phrase déterminée de la préface consécratoire, alors que de nombreux théologiens (et j'avoue en avoir été) soutenaient que la porrection du calice rempli de vin et surmonté de la patène portant une hostie avec la parole qui accompagnait ce rite faisaient également partie de la matière et de la forme de ce sacrement (Cf. La Documentation Catholique, 25 avril 1948, col. 515-520).
     Récemment Paul VI a supprimé la cérémonie de la première tonsure, l'ostiariat, l'exorcistat et même le sous-diaconat, considéré jusqu'à présent comme un ordre sacré. Plus d'un théologien même regardait ces étapes vers le sacerdoce, à l'exception toutefois de la première tonsure, comme des parties du sacrement de l'Ordre (Cf.
La Documentation Catholique, 1er octobre 1972, p. 852-854).
     Conformément aux désirs exprimés par le second Concile du Vatican (Constitution
Sacrosanctum Concilium, n° 73-75) le même Paul VI a simplifié le rite du sacrement des malades (Constitution Apostolique Sacram Unctionem du 30 novembre 1972) (6).
     Parlerai-je de ce que la force de l'habitude nous fait encore appeler le jeûne eucharistique? Les élargissements successifs ont singulièrement modifié, au cours de ces dernières décades, les prescriptions du Droit canonique (canon 858 § 1) qui codifiait une législation immémoriale. Je suppose que les opposants à la « nouvelle » Messe, prêtres ou laïcs, ne se font aucun scrupule d'user de ces élargissements. Certes je ne saurais les en blâmer, mais est-ce bien cohérent avec leurs principes?
     Après cette longue digression il est temps de revenir au Missel. Pie V semblait prohiber énergiquement tout changement au Missel qu'il promulguait. Cependant les Missels antérieurs à la réforme liturgique portaient en introduction, après la Bulle
Quo primum tempore, le texte de deux Constitutions apostoliques, l'une de Clément VIII (1604), l'autre d'Urbain VIII (1634), qui modifiaient le Misse] de Pie V. La dernière édition de celui-ci contient en outre une lettre apostolique de Jean XXIII, Rubricarum instructum en date du 25 juillet 1960. Nous y apprenons que Pie XII en 1956, après avoir consulté des évêques, avait décidé une révision des rubriques. Jean XXIII déclarait qu'à dater du 1er janvier 1961 les Rubricae generales et les Additiones et variaciones du Missel de saint Pie V étaient abrogées. Il terminait ainsi:
« Que ce que nous avons décrété et statué par ces lettres délivrées
motu proprio soit invariable et ferme, sans que quoi que ce soit, même s'il mérite une mention très particulière, n'y puisse apporter le moindre obstacle (7) ». On n'ignore pas que ce même Pontife n'a pas craint d'introduire dans le vénérable canon romain, resté immuable depuis saint Grégoire-le-Grand (590-604), le nom de saint Joseph: « et beati Joseph, ejusdem Virginis Sponsi ».
     Dès lors, pourquoi Paul VI, en promulguant un nouvel
Ordo Missae, aurait-il outrepassé ses pouvoirs? Comme saint Pie V appliquait par sa Bulle Quo primum tempore un décret du Concile de Trente, Paul VI par sa Constitution apostolique Missale Romanum applique une décision du second Concile du Vatican (Constitution Sacrosanctum Concilium, n° 4). Le fait que ce Concile se soit voulu pastoral ne change rien à l'affaire. Paul VI engage son autorité lorsque, à la fin de la Constitution apostolique Missale Romanum, il déclare: « Nous voulons (volumus) que ce que nous avons statué et prescrit soit (esse et fore) ferme et efficace maintenant et à l'avenir, nonobstant, autant qu'il en serait besoin, les Constitutions et Ordonnances Apostoliques publiées par nos prédécesseurs et les autres prescriptions même si elles étaient dignes d'une mention ou d'une dérogation particulière. » Auparavant, faisant allusion à la promulgation d'un missel par « Notre Prédécesseur saint Pie V », il avait comparé à celle de celui-ci sa propre autorité « Haud secus et nos » (Missale Romanum, p. 16).
     Si elle est moins solennelle que la clausule de la Bulle de saint Pie V, la clausule de la Constitution Apostolique
Missale Romanum n'en marque pas moins nettement la volonté de Paul VI de substituer le nouveau Missel à celui de ses prédécesseurs « non obstantibus, écrit-il, quatenus opus sit Constitutionibus et Ordinationibus Apostolicis a Decessoribus Nostris editis, etc.). Comme l'avait fait saint Pie V, Paul VI a accordé des dérogations à la loi qu'il a portée. Ainsi les prêtres âgés ou infirmes peuvent, pour les messes sans assistance et avec le consentement de leurs Ordinaires, employer le Missel Romain publié en 1962, avec les modifications rubricales légères apportées par des décrets ultérieurs de la S. Cong. des Rites (8). En Angleterre et dans le Pays de Galles ce même Missel peut être utilisé en des occasions particulières (cf. La Documentation Catholique, 2 avril 1972, p. 340, 3e col.).


Le Nouvel Ordo Missae et les Protestants

     Dois-je dire, après cela, combien peu fondée est l'affirmation de Belleval en conclusion de la brochure à laquelle je faisais allusion au début de cet article: « le pape saint Pie V en 1570, s'appuyant sur le Dogme et les rites séculaires de la Messe catholique, la définit (sic) et la fixe solennellement «
per aeternam » (resic) » (p. 14). Je ne puis que le répéter: une Bulle n'est pas une définition dogmatique. Quant au barbarisme per aeternam je suppose charitablement que c'est une coquille ayant échappé à Belleval lors de la correction des épreuves. Cet auteur assure sans sourciller que la nouvelle Messe est luthérienne et propre à détruire la foi. D'après lui « Notre-Seigneur nous a enseigné que c'est alors au troupeau de se défendre lui-même » (p. 4) quand le pasteur vient à errer. J'ai enseigné l'Ecriture-Sainte pendant un quart de siècle, je la lis depuis plus de soixante ans, je n'ai jamais rencontré un tel texte dans nos évangiles et j'ai cherché vainement à le repérer dans une concordance. Belleval l'aurait-il inventé pour les besoins d'une mauvaise cause? N'aurait-il pas plutôt attribué au Christ les paroles de dom Guéranger (L'année liturgique; Temps de la Septuagésime, 13e édition [Paris-Poitiers, 1905], p. 321)? Pour la fête de saint Cyrille d'Alexandrie (9 février), l'intrépide défenseur contre Nestorius de la Maternité divine de la Vierge Marie, le docte bénédictin a écrit en effet: « Quand le pasteur se change en loup, c'est au troupeau à se défendre tout d'abord ». Dom Guéranger faisait allusion aux véhémentes protestations qu'avait soulevées dans l'auditoire du Patriarche de Constantinople sa négation de la Maternité divine.
     Mais Belleval a-t-il jamais eu entre les mains ce
Missale Romanum qu'il attaque? J'ai tout lieu de croire qu'il ne le connaît qu'à travers nos pitoyables traductions françaises (cf. La Pensée Catholique, n° 144, p. 35-56), sans quoi il n'eût pas écrit: « il n'y a pas de messe sans assemblée (condamnation des messes « privées ») » (p. 8). Ignore-t-il donc que le Missale Romanum, et déjà l'Ordo Missae, donne le texte de l'Ordo Missae sine populo? A-t-il jamais lu le n° 4 de l'Institutio Generalis Missalis Romani, où il est affirmé que, même sans l'assistance et la participation des fidèles, « la célébration eucharistique n'en garde pas moins toujours son efficacité et sa dignité, car elle est un acte du Christ et de son Eglise » (9).
     Il n'est pas plus heureux lorsqu'il écrit: « Pas de messe imaginable pour les défunts » (p. 9). Or je compte dans le
Missale Romanum quatorze messes de ce genre (4 pour les obsèques, 5 pour les anniversaires, 5 pour les messes quotidiennes), pour ne rien dire des 5 préfaces (le Missel de saint Pie V n'en avait aucune) (9 bis) et des très nombreuses oraisons pour des cas spéciaux. Bien mieux, dorénavant, lorsque le 2 novembre tombera un dimanche, ce qui arrivera en 1975, la messe de la Commémoraison des fidèles trépassés ne sera plus renvoyée au lendemain (Missale Romanum, rubrique du jour, p. 635) alors que dans le Missel de Pie V on lisait: « Si le second jour [de l'Octave de la Toussaint] est un dimanche, la susdite Commémoraison de tous les fidèles défunts se fait le jour suivant ». Si le libellé de cette rubrique avait été simplifié avec la réforme de Pie X, la prescription était restée inchangée.
     Et c'est sur de telles affirmations, manquant de fondement que Belleval s'appuie pour démontrer le caractère luthérien de la nouvelle Messe. Je n'hésite pas à l'écrire: cela manque de sérieux.
     Il parle évidemment de l'approbation donnée aux nouveaux textes par le Fr. Max Thurian, de Taizé (p. 4). Or, accusant aux chevaliers de Notre-Dame réception de leur
Note doctrinale sur le nouvel Ordo Missae et répondant à une question que ceux-ci lui avaient posée, le Fr. Max Thurian leur écrivait: « Je n'ai aucune difficulté à affirmer que dans le nouvel Ordo Missae, rien n'est changé concernant la doctrine catholique traditionnnelle du Sacrifice eucharistique » (op. cit., p. 44, note 1).
     Le P. Barbara déclare que, grâce à la Providence, Paul VI, en promulguant sa Constitution, n'a point promulgué « une vraie loi, une loi au sens juridique de ce terme, une loi obligeant tous les sujets, après avoir supprimé toutes les coutumes contraires même centenaires ou immémoriales. » (
Forts dans la Foi, n° 23, p. 260). En note il assure que la clausule non obstantibus ne figurait pas dans la première édition. Ajoutée par la suite, elle laisse, de ce fait, planer un doute sur la validité de tout le document. Quelle est donc cette première édition? Je lis, en effet, la clausule non obstantibus, que j'ai citée plus haut, tant dans l'editio typica de l'Ordo Missae (1969) que dans le Missale Romanum, paru peu après.
     Raisonnant sur le mot
permittitur, qui se lit dans le décret de promulgation (26 mars 1970) émanant de la S. Cong. des Rites, placé en tête du Missel, le P. Barbara prétend que nous n'avons là qu'une directive (10). Il est évident que la loi portée par Pie V ne saurait être abrogée par une simple permission. Mais le P. Barbara, qui taxe de mauvaise foi, d'hypocrisie et de fourberie hérétique ceux qui concluent à l'abrogation de la Messe de saint Pie V, eût dû avoir l'élémentaire honnêteté de ne pas isoler de son contexte ce fameux permittitur, qu'il imprime en capitales. Voici la traduction de toute cette phrase : « Quant à ce qui concerne le nouveau Missel Romain, il est permis (permittitur) de l'utiliser (in usum assumi possit), dès que l'édition latine sortira des presses. » Si je ne m'abuse, cela signifie que, durant la période de la vacatio legis, terminée depuis plusieurs années à l'heure où j'écris, on pouvait utiliser soit le nouveau soit l'ancien Missel. Le décret placé en tête de la brochure Ordo Missae, en date du 6 avril 1969, signé par le Cardinal Gut, préfet de la S. Cong. des Rites, stipulait que le nouveau texte entrerait en vigueur le 30 novembre 1969, premier dimanche de l'Avent. La même stipulation se trouve à l'avant-dernier paragraphe de la Constitution Apostolique telle qu'on peut la lire dans l'editio typica du nouveau Missel. Ce paragraphe ne figurait pas dans le texte publié auparavant de l'Ordo Missae. La traduction française comme l'italienne communiquées par la Salle de presse du Saint-Siège le comportaient par contre (Cf. La Documentation Catholique, 1er juin 1969, p. 517). Serions-nous en présence d'un faux, comme n'hésite pas à l'assurer M. l'Abbé Dulac (Itinéraires, supplément au n° 151, mars 1971, p. 23) et le P. Barbara (Forts dans la Foi, n° 23, p. 261)? Est-il vraisemblable que la Salle de presse ait lancé une traduction adultérée sans provoquer de protestations des autorités compétentes? N'est-il pas plus normal de croire que l'addition de ce paragraphe fut faite sur l'ordre exprès du Souverain Pontife? Comme le P. Barbara, le P. Vinson (op. cit.) met en doute que Paul VI ait ordonné de suivre le nouvel Ordo Missae. Nous sommes en face des mêmes ergotages.
     Le P. Barbara affirme qu'assister à la nouvelle messe constitue de soi un péché contre la foi (
Forts dans la Foi, n° 24, p. 338), ce que faisait aussi le P. Guérard des Lauriers dans la préface qu'il a donnée à la plaquette du P. Vinson (p. 1), plaquette que j'examinerai plus loin.
     En supplément du numéro 30 de
Forts dans la Foi le P. Barbara a même édité un tract de huit pages. La nouvelle Messe est équivoque, ce qui, dit-il, serait pire qu'une hérésie formelle. Qu'elle soit en latin ou en vernaculaire, elle se prêterait, selon lui, à des interprétations différentes et contradictoires; un catholique pourra y voir une Messe catholique tandis qu'un luthérien y reconnaîtra la sainte Cène de son culte, ainsi cette messe « permet de véhiculer l'hérésie sous les apparences hypocrites et trompeuses de l'orthodoxie ». Après avoir rappelé les divergences profondes entre catholiques et luthériens sur le sacrifice de la messe, le sacerdoce, la présence réelle et la consécration, le P. Barbara dénonce trois changements dans la nouvelle messe qui la rendraient équivoque.

***

     Premier changement. Dans la Messe de saint Pie V, « le prêtre interrompt le récit de la Cène pour prononcer les paroles de la consécration, qui, dans le Missel traditionnel, sont imprimées dans une typographie différente ». Ces paroles le prêtre les prononce, non pas sur le ton récitatif, mais sur le ton intimatif. Dans la nouvelle Messe, le prêtre n'interrompt pas le récit, prononce les paroles de la consécration comme les précédentes sur le ton récitatif et, dans les nouveaux missels, les paroles de la consécration sont imprimées dans la même typographie que ce qui précède.
     C'est à se demander si le P. Barbara a jamais eu entre les mains le
Missale Romanum publié par la polyglotte vaticane. Je n'ose, en effet, l'accuser de mauvaise foi. Dans les petits livrets en français à l'usage des fidèles ce qu'il dit est à peu près exact. Dans « La Liturgie de la Messe » (éditions Tardy, 1969) les paroles de la consécration sont bien imprimées dans les mêmes caractères que le reste du texte, le tout sous le titre: récit de l'institution. Il en était de même jusqu'à l'édition 1974 pour le Nouveau Missel des Dimanches, qui, pour cette édition, a ajouté à « récit de l'institution » « et consécration », mais cette édition est postérieure aux critiques du P. Barbara. Le « Missel des Fidèles » (éditions Labergerie, 1970) a bien le titre « récit de l'institution », mais les paroles de la consécration sont imprimées en italiques. Quant à notre « Missel Romain », portant l'imprimatur de Mgr Boudon et officiel dans les pays francophones, les paroles de la consécration sont en caractères d'un oeil différent, légèrement plus forts. Et, après la consécration, on nous dit que le prêtre « montre l'hostie consacrée au peuple », ce qui est la traduction exacte de la rubrique du Missale Romanum: Hostiam consecratam ostendit populo. Sans doute le mot « consacrée» ne se lit pas dans la brochure de Labergerie. Quant à celle de Tardy, comme le nouveau missel des dimanches, probablement parce qu'ils jugeaient que les rubriques ne concernaient que les seuls prêtres, ils ont supprimé toute rubrique. Quoi qu'il en soit, il est difficile, me semble-t-il, de faire cadrer cette rubrique avec la conception luthérienne d'une présence spirituelle du Christ produite seulement par la foi des assistants. Lorsque l'hostie est montrée à rassemblée elle est déjà consacrée par les paroles du Christ prononcées par le célébrant. De plus, la rubrique qui, dans le Missale Romanum, précède la consécration, ne laisse place à aucune équivoque, n'en déplaise au P. Barbara. Elle manifeste clairement la croyance en la présence réelle opérée par la transsubstantiation. Le célébrant n'a pas à user alors du ton récitatif. Il lui est en effet prescrit:
« Dans les formules qui suivent, les paroles du Seigneur seront prononcées distinctement et clairement ». Pourquoi notre « Missel (dit) Romain » a-t-il arrêté là sa traduction? Le
Missale Romanum poursuivait, en effet: prouti natura eorumdem verborum requirit (ainsi que le requiert la nature de ces paroles mêmes).
     N'est-ce point assez net? La même rubrique se lit dans les quatre prières eucharistiques. Quant aux paroles de la consécration, elles sont imprimées en capitales dans le
Missale Romanum.

***

     Deuxième changement dénoncé par le tract du P. Barbara. Dans la messe de saint Pie V l'élévation était encadrée d'une double génuflexion du célébrant. Dans la nouvelle messe « comme s'il ne s'était rien passé, écrit-il, le prêtre, sans adorer, élève l'hostie, la présente à l'assistance qui reste également debout ». Peut-on en déduire, comme le fait le P. Barbara, que « la présence du Christ n'est pas produite par les paroles du prêtre mais par la foi des fidèles », selon renseignement de Luther? Ce serait pour cette raison qu'après avoir prononcé les paroles de la consécration le prêtre ne génuflecterait pas. Il est à remarquer que la position de l'assemblée, que le P. Barbara critique fort justement, est prescrite par le caporalisme néo-clérical d'un certain clergé déclergifié. La rubrique de l'Institutio generalis Missalis Romani (n° 21) demande au contraire que les fidèles « s'agenouillent à la consécration, à moins que l'exiguïté du lieu ou le grand nombre des assistants ou d'autres causes raisonnables ne les en empêchent (11) ». Et, comme je viens de l'écrire, c'est bien une hostie déjà consacrée par les paroles qu'il vient de prononcer au nom du Christ que le célébrant montre à l'assistance. Avant de critiquer le Missale Romanum il faudrait lire les textes officiels eux-mêmes. C'est élémentaire honnêteté.

***

     Le troisième changement, que dénonce dans son tract le P. Barbara, est le déplacement des paroles « mysterium fidei ». Elles figuraient dans la formule de la consécration du calice avec la messe de saint Pie V, comme une attestation de la transsubstantiation qui est en train de se produire. La nouvelle messe les place après l'élévation. Le P. Barbara fait ainsi parler un protestant: « Le mystère de la foi que nous acclamons c'est celui des fidèles qui a rendu le Christ présent au milieu de nous ». Et le tract de conclure:
« Nous ne disons pas que la nouvelle Messe enseigne cette doctrine luthérienne. Mais le changement introduit par la nouvelle Messe de Paul VI permet cette interprétation luthérienne, car, comme dit l'Ecriture, elle est
bilinguis, elle est à double sens... Aucune puissance au monde ne peut nous [l']imposer car il n'est au pouvoir de personne d'imposer aux catholiques une messe équivoque. » C'est bien la même accusation que M. l'abbé Dulac porte contre la nouvelle messe (Itinéraires, janvier 1971, reproduit au supplément du n° 151, mars 1971): « Jamais nous n'avons dit que la nouvelle messe était hérétique. Hélas! elle est, pourrait-on dire, pis que cela: elle est équivoque » (supplément n° 151, p. 40). Il dit pourtant: « Ce que le latin du nouvel Ordo Missae paraissait maintenir se trouve entièrement altéré, et d'une manière identique, dans toutes les traductions; nous disons: les traductions officielles » (p. 44). C'est donc un procès de tendance qui est fait au texte latin, procès injustifié car le texte latin maintient les notions essentielles de la foi, qu'estompent ou altèrent effectivement nos traductions officielles françaises. Je crois l'avoir suffisamment démontré dans l'essai de synthèse que j'ai tenté (La Pensée Catholique, n° 144, p. 33-56). Lorsque M. l'abbé Dulac écrit « toutes les traductions officielles », visiblement il exagère. Ce que j'ai pu constater sur les textes italien, espagnol et anglais me l'a montré (12).
     Un excellent théologien écrivait très judicieusement à un de mes amis: « Parce que quelque huluberlu de traducteur ou commentateur a écrit, dans l'édition française du Missel, qu'il s'agissait « simplement de faire mémoire »... une tempête s'élève: « Ce Missel est hérétique »!... Tout beau! Le commentateur en question l'est peut-être? L'évêque qui a donné l'approbation (sans lire ou en lisant? Dieu le sait!) l'est peut-être? [Il n'a jamais été dit qu'un évêque ou même une conférence épiscopale nationale était infaillible]. Mais cela ne touche pas à la
nature du Missel, ni à l'esprit de l'Eglise, ni au sens de la Messe. Il faudrait quand même distinguer!... C'est une affaire de bon sens élémentaire ».
     La brochure du P. Vinson m'a paru plus dangereuse que celles que je viens de critiquer. Bien qu'imprimée, elle se donne comme manuscrit («
valet pro manuscripto »), ce qui la dispense d'un imprimatur, qui lui eût été certainement refusé. On nous dit même le prix de la plaquette et l'adresse ou se la procurer. Singulier manuscrit mis ainsi à la disposition de quiconque veut l'acheter!
     Le P. Vinson écrit (p. 6): « La Constitution Apostolique
Missale Romanum qui prétend l'imposer [le nouvel Ordo Missae] reconnaît elle-même que la Messe dite de saint Pie V est inchangée depuis le IVe ou le Ve siècle ». J'ai donc relu la Constitution de Paul VI. Le résumé qu'en fait le P. Vinson n'est pas tout à fait exact. Le Pape déclare d'abord que le Missel de saint Pie V a été tenu pendant quatre siècles pour la règle par les prêtres de rit latin et largement diffusé par les missionnaires. Il reconnaît par la suite que la plus grande partie des prières remontait à saint Grégoire-le-Grand (590-604). Seul le canon romain est resté immuable depuis le IVe ou le Ve siècle. Bien que Paul VI n'en parle pas, je ferai remarquer que le rit de l'élévation de l'hostie remonte seulement au XIe siècle. C'était une protestation contre l'enseignement plusieurs fois condamné de Bérenger de Tours, qui niait la présence réelle (13). L'élévation du calice s'introduisit seulement au XIVe siècle. Nous sommes bien loin de cette immutabilité depuis le Ve siècle, que le P. Vinson proclame avec une assurance impavide.
     Le nouveau missel nous a dotés de trois nouvelles prières eucharistiques, inspirées de textes anciens ou des liturgies orientales. En quoi cet enrichissement
serait-il contraire à la foi? L'essence du sacrifice eucharistique est la consécration des saintes espèces. C'est là l'enseignement quasi-unanime des théologiens. Pour me borner aux plus récents, je mentionnerai le Cardinal Billot, Mgr Lamiroy, les PP. Hugon et de la Taille. Or les paroles de la consécration sont identiques dans les quatre prières eucharistiques. J'examinerai plus loin les critiques qui ont été formulées au sujet de quelques modifications de détail que la messe de Paul VI a apportées au texte du Missel de saint Pie V sur ce point précis. Ces modifications sont sans importance réelle.
     Peut-on vraiment chicaner sur les changements apportés à certains gestes: les signes de croix, les génuflexions, les baisements de l'autel sont moins nombreux dans le nouveau rite. Cela tire-t-il vraiment à conséquence? Il reste suffisamment de ces gestes pour signifier l'adoration (14).


Le cas de conscience du P. Vinson

     On retrouve dans la brochure du P. Vinson les accusations portées par M. l'abbé Dulac et le P. Barbara. Le nouvel Ordo Missae multiplierait les expressions ambiguës, répudierait implicitement le dogme de la présence réelle (?), fausserait le rôle des fidèles et du prêtre dans la célébration de la messe, émousserait la foi en la valeur propitiatoire et rédemptrice du sacrifice, insistant indûment et exagérément sur l'aspect repas (p. 8-9).
     Certaines de ces accusations (mes articles l'ont, je crois, suffisamment établi) peuvent viser notre « Missel Romain »; on ne peut les tenir pour valables lorsqu'il s'agit du
Missale Romanum.
     Fausser le rôle des fidèles et du prêtre dans la célébration de la Messe! Si les fidèles peuvent réciter certaines prières avec le célébrant, attester leur foi après l'élévation et après l'embolisme qui suit le
Pater, lire les textes scripturaires à l'exception de l'évangile, réservé à un prêtre ou à un diacre (Institutio generalis Missalis Romani, n° 34), ils n'en doivent pas moins laisser au célébrant la place principale, et même, quand il s'agit des prières et surtout du canon, exclusive. Là où on leur permet, a fortiori où on leur prescrit, de dire le canon ou seulement sa conclusion « Par Lui, avec Lui et en Lui, etc. » avec le prêtre, on viole les directives formelles de l'Institutio generalis (n° 10) que la troisième instruction pour l'application exacte de la Constitution conciliaire sur la liturgie, émanant de la S. Cong. pour le Culte divin, en date du 5 septembre 1970 a rappelées (Cf. La Documentation Catholique, 15 novembre 1970, p. 1013). Attribuer cet abus au nouvel Ordo Missae constitue donc une injustice flagrante.
     Ayant conclu, avec quelque légèreté, que « le nouvel Ordo Missae favorise l'hérésie » (p. 10), le P. Vinson pose un cas de conscience: « un catholique, conscient de la nocivité du nouvel Ordo Missae, a-t-il le droit d'assister à une Messe célébrée selon ce nouvel Ordo? S'il y assiste ne commet-il pas une faute? » (p. 11). Et de répondre par l'affirmative. A son avis, assister à une messe célébrée selon cet Ordo, ou la célébrer, constituerait objectivement une faute parce que c'est coopérer à un culte qui favorise l'hérésie. La faute sera plus ou moins grave selon la conscience que l'on en aura. Quant à lui, vu les ambiguïtés qu'il croit découvrir dans ce nouvel Ordo, il pense que « le refus de la messe, pour un motif de foi, de
pureté de foi est licite et louable, même le dimanche. Il est même un devoir car aucune loi ne peut obliger quelqu'un à commettre un acte mauvais. La foi passe avant toute autre vertu, et le précepte de fidélité à la foi passe avant tout autre précepte » (p. 14). Les principes théologiques qu'invoque le P. Vinson sont exacts: aucune loi ne peut obliger à commettre un acte mauvais, la foi passe avant toute autre vertu; toutefois l'application qu'il fait de ces principes au cas particulier de la messe est insoutenable. Elle suppose comme acquis que la messe selon le nouvel
Ordo, même valide, même célébrée dignement par un prêtre dont la foi est hors de doute, est suspecte et qu'en promulguant le nouvel Ordo le Pape favorise l'hérésie. Se placer ainsi au-dessus du Pape c'est tout simplement pratiquer le libre examen, reproché aux protestants!
     Comment, lorsqu'il prétend répondre aux objections, le P. Vinson peut-il écrire, reprenant, dit-il, un texte du Cardinal Ottaviani: « Telles qu'elles figurent dans le nouvel Ordo Missae, les paroles de la Consécration peuvent être valides en vertu de l'intention du prêtre, mais elles peuvent aussi ne pas l'être; elles ne le sont plus par la force même des paroles, ou plus précisément elles ne le sont plus en vertu de leur signification propre qu'elles ont dans le Canon Romain du Missel de saint Pie V » (p. 10). Il serait surprenant que le vénéré Cardinal Ottaviani ait pu écrire cela, car, nous allons le voir bientôt, les changements apportés aux paroles de la consécration dans le nouveau « Missale Romanum » ne changent en rien le sens du rite (15).
     Le Cardinal a déploré qu'on ait publié une lettre qu'il avait adressée au Pape et qui n'était point destinée à la publicité. Il s'était déclaré satisfait par les précisions doctrinales apportées par le Souverain Pontife dans ses discours aux audiences publiques des 19 et 26 novembre 1969 (16). Il est vraiment étrange que ces discours de Paul VI, qui ont donné au Cardinal les apaisements désirables, aient suscité des critiques de la part de M. l'Abbé Dulac (cf.
Itinéraires, supplément au n° 151, p. 41, note 2), et
du P. Guérard des Lauriers, O.P. (cf.
Itinéraires, supplément au n° 151, p. 25-29). N'auraient-ils eu connaissance des allocutions du Saint-Père qu'à travers le texte mutilé livré à notre presse française par l'A.F.P. M. l'abbé Luc J. Lefèvre avait protesté énergiquement contre de telles mutilations dans La Pensée Catholique (n° 123, p. 10-12).
     Mais revenons à la brochure du P. Vinson. Je note, en passant, que, même en utilisant le Missel de saint Pie V, les paroles de la consécration seraient invalides au cas où le célébrant n'aurait pas l'intention de faire ce que fait l'Eglise.
     J'ai déjà dit que les paroles de la consécration sont identiques dans les quatre prières eucharistiques, mais, comme d'autres, le P. Vinson juge inadmissibles les changements qu'elles ont apportés à ce texte vénérable entre tous tel qu'on le lisait dans le Missel de saint Pie V. Un examen objectif et sérieux montre pourtant à tout esprit libre de préjugés que ces changements sont vraiment
insignifiants et qu'ils ne sauraient changer le sens du rite pas plus que rendre la consécration invalide.
     Dans la consécration de l'hostie, la suppression
d'enim est le fait du Missel de Mgr Boudon. Cette conjonction se lit, en effet, dans le texte latin du nouveau Missale Romanum. Mais ne donnons pas à sa suppression dans le texte français du « Missel Romain » une importance qu'elle n'a aucunement. La conjonction enim ne se lit dans aucun des quatre récits par lesquels nous ont été transmises les paroles du Christ (Mt. 26, 26-28; Mc, 14, 22-24; Lc, 22, 17-20; I Cor., 11, 23-25). L'addition quod pro vobis tradetur « livré pour vous » s'inspire de saint Luc (22, 19) (17) et, à suivre le texte grec, de saint Paul, qui exprime la même idée de façon elliptique: to huper humôn (latin: pro vobis) (I Cor., 11, 24), la Vulgate ayant quasi-uniformisé les deux textes (18).
     Dans la consécration du calice, les mots
mysterium fidei, qui ne figurent dans aucun des quatre textes néotestamentaires, ont été rejetés après l'élévation du calice. On désirerait que le P. Vinson nous démontre en quoi cette transposition peut affecter la validité d'une consécration (18 bis).
     Hoc facite in meam commemorationem a remplacé la formule du missel de saint Pie V; Haec quotiescumque feceritis in mei memoriam facietis. Celle-ci s'inspirait largement du texte paulinien pour la consécration du calice (19); celle-là suit les paroles du Christ telles qu'elles sont rapportées par saint Luc (v. 19). Il est, d'ailleurs, à noter que ces mêmes paroles se lisent en saint Paul après chacune des consécrations (v. 24).
     Vraiment je ne parviens pas à saisir la portée des critiques du P. Vinson. Je leur appliquerai ce que le théologien, cité plus haut, écrivait à mon ami: « A mon humble avis, c'est moins que « la tempête dans un dé à coudre », si les éléments du problème sont posés clairement », comme je pense l'avoir fait.
     Il est peut-être utile de réfuter d'autres critiques lancées contre le nouvel
Ordo Missae.
     Comment un théologien aussi avisé que M. l'abbé Dulac a-t-il pu écrire: « Tant que les prières d'offertoire du Missel de saint Pie V n'auront pas été rétablies, dans leurs termes séculaires, nous continueront fermement: à suspecter le nouvel
Ordo Missae. A le refuser. Nous le refusons, aujourd'hui comme hier »? (Itinéraires, supplément au n° 151, p. 45). A part Scot et Gabriel Biel personne n'a regardé l'offertoire comme faisant partie de l'essence du sacrifice eucharistique. Alors à quoi rime cette belle indignation?
     Ainsi que le souligne la
Note doctrinale sur le nouvel Ordo Missae (p. 17-27), il y a entre les prières de l'offertoire du nouvel Ordo Missae et les anciennes un parallélisme frappant. Seule la dernière prière de l'offertoire dans la Messe de saint Pie V, Suscipe Sancta Trinitas, n'a point d'équivalent dans la nouvelle. Ne faisait-elle pas doublet avec le Suscipe Sancte Pater récité avec l'oblation de l'hostie? Il y avait, du reste, déjà une prière pour l'offrande du calice Offerimus tibi. Dans certaines églises, il est vrai, le calice, remplacé parfois, contrairement aux prescriptions de l'Institutio Generalis (n° 290), par un vulgaire pichet en céramique, est toujours, contrairement à la rubrique (cf. Ordo Missae cum populo, n° 20), garni d'avance. Aucune prière n'est récitée alors que la rubrique, à laquelle je viens de me référer, prescrit au prêtre, ou au diacre qui l'assisterait, de dire secreto, en versant le vin et quelques gouttes d'eau symboliques, une prière, fort mal traduite dans notre « Missel Romain » (cf. La Pensée Catholique, n° 131, p. 20-21). Cette prière est un fragment de celle qui se trouvait dans le Missel de saint Pie V.
     Comme le P. Barbara, le P. Vinson met en doute que le Pape ait prescrit de suivre le nouvel
Ordo. C'est là une contrevérité. Il suffit, en effet, de lire la Constitution apostolique Missale Romanum pour se convaincre du contraire. Ce qui est affirmé gratuitement peut être nié gratuitement. Quod gratis affirmatur, gratis negatur. « La loi de saint Pie V, vieille de quatre siècles, écrit le P. Vinson, ne peut être supprimée par de tortueuses manoeuvres, tendant de l'étouffer, mais uniquement par un décret de Paul VI. Tant que ce décret ne sera pas promulgué par le Pape (daté et signé) la Messe dite de saint Pie V restera en vigueur » (p. 19). La Constitution apostolique Missale Romanum, datée du 3 avril 1969 et signée par le Pape serait-elle donc insuffisante?
     Mais cela n'a, aux yeux du P. Vinson, qu'une importance fort relative puisque, même si le Pape signait un tel décret, il serait, selon le P. Vinson, sans valeur juridique! « Il n'est pas possible qu'il (le Pape) veuille imposer un rite qui a pour effet de protestantiser les fidèles. Il n'en a, en tout cas, pas le droit » (p. 20). Comme Gribouille se jetait à l'eau pour n'être pas mouillé par la pluie, le P. Vinson nous conseille pour n'être pas protestantisés d'agir en protestants! Et de revenir encore sur le danger pour la foi que serait le nouvel
Ordo Missae!


Traduttore - Traditore

     J'ai étudié d'assez près le Missale Romanum — mes articles dans « La Pensée Catholique (20) » en témoignent, je pense, suffisamment — et je n'y ai rien relevé qui favorisât tant soit peu l'hérésie. Le P. Vinson a dû se contenter de notre édition française qui abusivement s'appelle « Missel Romain ». Et d'affirmer, une fois de plus: « La Messe de saint Pie V, même célébrée par un prêtre pécheur, sera une bonne messe. La messe de Paul VI, même célébrée par un bon prêtre, sera une messe mauvaise » (p. 24).
     Notre auteur va encore plus loin: même si le célébrant corrigeait « les déficiences du nouvel Ordo », sa messe resterait mauvaise et « même encore plus mauvaise. Aux ambiguïtés du rite, il ajoute ses propres ambiguïtés » (p. 27). Ce célébrant « s'arroge un droit qu'il n'a d'aucune manière: celui de modifier à son gré une prière liturgique » (p. 27). Et le P. Vinson parle de « la messe de l'abbé Durand (qui utilise une traduction personnelle du Canon) » (p. 27). Que veut-il dire par là? Si cet abbé Durand se fabrique un canon personnel, ce qui se fait hélas! je suis pleinement d'accord avec le P. Vinson pour condamner une telle manière d'agir. Mais serait-il interdit à l'abbé Durand de corriger les inexactitudes flagrantes de notre traduction française officielle? Celle-ci eût dû, pour se conformer aux consignes du
Consilium institué afin d'appliquer les décisions du Concile touchant la liturgie, traduire les textes eucologiques, tels que préfaces et prières eucharistiques, integre et fideliter (21). Quelle faute commet l'abbé Durand s'il dit: « arrache-nous à la damnation éternelle » dans le Hanc igitur du Canon romain? Il ne fait que restituer au texte l'adjectif « éternel » qui figure dans la prière eucharistique I du Missale Romanum promulgué par Paul VI: ab aeterna damnatione nos eripi, et que notre traduction française a osé éliminer (22). Où est donc la faute? Je la vois chez nos traducteurs et non chez le pauvre abbé Durand. Cet abbé Durand ne peut-il pas utiliser la première traduction qui nous avait été donnée de l'orate fratres? Elle était conforme et au texte de la messe de saint Pie V et à celui de ce que le P. Vinson dédaigneusement appelle la nouvelle messe; elle avait reçu l'approbation de la Commission épiscopale francophone. La nouvelle « traduction » de notre « Missel Romain » n'en est pas une: elle fait disparaître la distinction entre le sacerdoce ministériel et le sacerdoce commun des fidèles (cf. La Pensée Catholique, n° 131, p. 21-22).
     Qui empêche l'abbé Durand de dire en latin les prières qui doivent être dites
secreto, à voix basse, et de se conformer ainsi entièrement au Missale Romanum. Du reste, ce Missale Romanum l'abbé Durand pourrait l'utiliser, seules les lectures doivent être lues en la langue « vernaculaire » dans les messes avec assistance (23).
     Les ambiguïtés que dénonce le P. Vinson n'est-ce pas lui-même qui les a forgées en confondant, de bonne foi, je le crois, le texte latin du
Missale Romanum, publié par ordre de Paul VI, et le « Missel Romain » portant l'imprimatur de Mgr Boudon, président de la conférence épiscopale francophone de liturgie, mais qui, lui, n'est couvert par aucune Constitution Apostolique? C'est une « traduction » et trop souvent — je l'ai amplement démontré — une mauvaise traduction.
     Le P. Vinson, pour terminer, taxe d'illogisme les fidèles qui, se proclamant « fidèles à la vraie foi catholique », acceptent néanmoins « une messe qui s'en écarte de manière impressionnante » (p. 30). Il eût fallu auparavant démontrer d'une façon irréfutable que la messe de Paul VI s'écarte de la foi, donc qu'elle est formellement hérétique, alors qu'on s'est contenté de dire, faussement d'ailleurs, qu'elle favorisait l'hérésie. Que le P. Vinson me pardonne; répéter indéfiniment c'est rabâcher, ce n'est point prouver.
     J'en reviens au P. Barbara. Il estime que la nouvelle messe outrage Dieu par « les silences calculés » (
Forts dans la foi, n° 24, p. 367). Il donne un exemple (ibid., note 4): « La perpétuité de la Virginité de la Mère de Dieu est passée sous silence grâce à l'expression « La Vierge Marie » au lieu de [Marie toujours vierge] ». C'est vrai pour la traduction française du Confiteor (cf. La Pensée Catholique, n° 131, p. 20), mais je lis dans le texte latin: Ideo precor beatam Mariam semper Virginem. La traduction espagnole est un décalque fidèle du latin: « Por eso ruego a Santa Maria, siempre Virgen », de même l'italienne: « E supplice la beata sempre vergine Maria ». Qu'on ne reproche donc pas à la nouvelle messe ce qui est le fait de nos « traducteurs » français.
     Le P. Barbara n'est pas plus heureux lorsqu'il écrit: « Faire dire après la consécration: «
donec venias, jusqu'à ce que tu viennes » comme s'il n'était pas là, sur l'autel, prédispose excellemment le célébrant à changer l'intention de l'Eglise » (Forts dans la Foi, n° 24, p. 392). Je note tout d'abord que c'est. l'assemblée, et non le célébrant, qui prononce ces paroles. Celles-ci nieraient-elles la présence réelle du Christ sur l'autel après la consécration? Le texte latin: Mortem tuam annuntiamus, Domine, et tuam resurrectionem contitemur, donec venias, pas plus que la traduction française assez large: « Nous proclamons ta mort, Seigneur Jésus, nous célébrons ta résurrection, nous attendons ta venue dans la gloire » ne présentent aucune ambiguïté. La traduction française précise même que cette venue n'est point celle qui a lieu sur l'autel, qui n'est pas une « venue dans la gloire », mais celle qui se produira à la fin des temps, celle dont parlait saint Paul aux Corinthiens: « Chaque fois, en effet, que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur, jusqu'à ce qu'il vienne » (I Cor. 11, 26).
     Rejoignant les positions protestantes du P. Vinson que j'ai critiquées plus haut (cf.
supra, p. 6), le P. Barbara ose bien écrire: « Les actes du Pape: ses écrits, ses paroles, ses démarches, ses omissions, peuvent toujours et quelquefois doivent être jugés au sens psychologique du terme par quiconque en a connaissance et les estime en concordance ou en désaccord avec l'Evangile qu'il a reçu, c'est-à-dire avec un enseignement certain de la Foi » (n° 24, p. 380).
     J'emprunterai ma conclusion à cette lettre qu'un théologien écrivait à un de mes amis et que j'ai déjà citée plusieurs fois au cours du présent article:
     « Il me paraît plus que temps de cesser des querelles « rabbiniques » — c'est le moins que l'on puisse dire — et, dans la foi catholique, de considérer la situation: un Pape, mettant en application une décision d'un Concile oecuménique, donne à l'Eglise universelle le formulaire nouveau de la célébration du sacrifice eucharistique. Il le fait en tant que Pasteur et Docteur de l'Eglise universelle, il engage son autorité de Pasteur suprême, et il garantit de son autorité suprême de Docteur infaillible le caractère authentique de cette liturgie de l'Eucharistie. Que faut-il de plus pour que sa décision «
soit tenue » par tous les fidèles de l'Eglise catholique? ».
     J'ai déjà exprimé quelques regrets mineurs en face de la réforme liturgique (cf.
La Pensée Catholique, n° 131, p. 10-11). Ils portaient sur la raréfaction du Credo, sur la suppression de certains saints au calendrier. Je suis surpris que les successeurs immédiats de saint Pierre, saint Lin et saint Clet aient vu leur mémoire supprimée alors qu'ils restent dans le Communicantes si on le récite en entier; surpris et peiné de constater que des Papes comme Grégoire VII (25 mai) et Pie V (30 avril, autrefois 5 mai), qui jouèrent un rôle si important pour la réforme de l'Eglise en leur temps, soient réduits à une mémoire facultative, plus facultative encore, si l'on peut dire, pour Grégoire VII, qui se trouve être dans le nouveau calendrier en occurrence avec saint Bède le Vénérable et sainte Marie-Madeleine de Pazzi. Que dire de saint Joseph artisan le 1er mai: sa fête, inscrite par Pie XII au calendrier sous le rit de première classe, se voit réduite à la portion congrue en passant au rang de mémoire facultative. Pour quel motif? Celui qu'indique le Calendarium Romanum, p. 121, ne paraît guère convaincant, « dans plusieurs nations cette fête du travail se célèbre à un autre moment de l'année ».
     P. S. — J'achevais ma rédaction quand un vieil ami, sachant que je m'intéressais à la question de la nouvelle messe, me remit un numéro déjà ancien du «
Courrier de Rome » (n° 123 du 15 octobre 1973): douze pages ronéotypées de grand format, contenant deux articles: Les deux Messes et A propos de l'intention et de la validité. L'auteur du premier signe Fidelis, ce qui ne me renseigne point sur son identité. Celui du second signe G. de Romanis. S'abrite-t-il, lui aussi, sous un pseudonyme? Est-il identique au premier? Je ne sais.


LA POSITION DE FIDELIS

     Fidelis envisage la question sous un double aspect: juridique et théologique.
     A l'entendre les choses sont tellement confuses sur le plan juridique qu'il est pratiquement impossible de savoir si la Messe de saint Pie V est actuellement permise, tolérée ou interdite. Certes Paul VI n'a point condamné la messe en usage avant la Constitution Apostolique
Missale Romanum, il l'a pourtant abrogée, sauf en certains cas. Je renvoie le lecteur à ce que j'ai écrit (cf. Chevaliers, n° 24-25, p. 12-13). Dès lors, je ne vois pas qu'on puisse dire que les évêques ou les conférences épiscopales ont outrepassé leurs droits en interdisant la messe de saint Pie V « à ceux des Prêtres du ministère, qui souhaitaient en conserver le libre usage » (Courrier, p. 2).
     Comment Fidelis peut-il s'appuyer sur la Bulle
Quo primum tempore pour déclarer qu' « abroger expressément une telle Messe (celle de saint Pie V) semblerait un véritable reniement vis-à-vis d'une tradition quasi-apostolique, sur un sujet essentiel dans l'Eglise » (p. 3)? Il met en doute la valeur d'une telle abrogation. Une fois encore j'ai relu la Bulle de saint Pie V et je dois avouer n'avoir pu repérer les citations qui en sont faites par Fidelis. Elles lui permettent de dire que « ce qui est accordé à perpétuité par un Pape (ne) peut être retiré par un autre sans quelque raison particulièrement grave, précise et proportionnelle à l'importance de ce qui est en jeu, raison qui devrait par ailleurs être clairement indiquée » (p. 3). Encore une fois Paul VI a fermement marqué sa volonté (volumus), malgré « les Constitutions et Ordonnances Apostoliques publiées par (ses) prédécesseurs », de substituer son Ordo Missae au précédent. Que faut-il de plus?
     L'aspect théologique du problème serait, nous dit Fidelis,
« redoutable et inquiétant ». Le nouvel Ordo Missae aurait démantelé « le rempart inexpugnable contre toutes les hérésies que saint Pie V nous donnait avec son admirable Messe ». Est-il juste d'attribuer à la nouvelle Messe le chaos « où se manifestent impunément les plus audacieuses fantaisies et jusqu'aux pires excentricités » (p. 3)? La « créativité » en liturgie (un confrère m'écrivait que le mot « tripatouillage » eût été plus exact), que j'ai dénoncée plusieurs fois dans « La Pensée Catholique » (n° 141, p. 8-14; n° 143, p. 33-46; n° 147, p. 34-49), le « tripatouillage » liturgique ne saurait être imputé honnêtement au nouvel Ordo Missae. Ce serait le sophisme bien connu: post hoc ergo propter hoc.
     Fidelis nous assure que « la présentation du Nouveau Rite n'est pas
expressément hérétique [c'est lui qui souligne], mais elle favorise incontestablement sur deux points essentiels l'interprétation protestante, qui, elle, est formellement hérétique » (p. 4).
     Il s'agit, le lecteur l'a déjà compris, du fameux article 7 de l'
Institutio Generalis Missalis Romani. Fidelis en trouve la seconde rédaction ambiguë sur deux points essentiels: le caractère du véritable Sacrifice de la Messe n'est pas nié, « il est passé sous silence »; la présence réelle sous les espèces sacramentelles n'est pas assez nettement soulignée. Ne nous parle-t-on pas, en effet, d'une présence réelle du Christ dans rassemblée réunie en son nom; dans le prêtre qui préside cette assemblée et dans la parole de l'Ecriture?
     On permettra à l'exégète chevronné que je suis de juger tendancieuse l'exégèse faite par Fidelis de l'article 7 tel qu'il a été corrigé dans
l'editio typica du Missale Romanum.
     En effet, peut-on dire que le caractère de véritable Sacrifice de la Messe est passé sous silence, lorsque l'article 7 déclare:
In Missae enim celebratione, in qua sacrificium Crucis perpetuatur? Dès la première phrase de cet article 7, on disait que le mémorial du Seigneur était identique au sacrifice eucharistique: « Memoriale Domini seu sacrificium eucharisticum ». Cette précision de la nouvelle rédaction aurait-elle échappé à l'oeil vigilant de Fidelis?
     Fidelis nous assure que la nouvelle rédaction « n'entraîna d'ailleurs pas la moindre modification des textes liturgiques eux-mêmes ». Or ça, de qui se moque-t-on? Si notre « Missel Romain » traduit trop fréquemment par eucharistie le
sacrificium du texte latin, on ne peut reprocher sans injustice au Missel de Paul VI d'avoir passé sous silence le caractère sacrificiel de la Messe. Qu'il me soit permis de renvoyer le lecteur à un précédent article de « La Pensée Catholique » (n° 144, p. 43-44).
     Il n'est pas juste non plus de dire que la notion de présence réelle sous les espèces eucharistiques n'est pas assez fortement soulignée. Que le Christ soit présent réellement dans une assemblée réunie en son nom ne l'a-t-il pas dit lui-même (Mt., 18,20)? Qu'il soit présent réellement dans la personne du célébrant, n'est-ce pas évident? Celui-ci agit au nom du Christ à la consécration: « Ceci est
mon corps livré pour vous », « Ceci est la coupe de mon sang ». Que les paroles de l'Ecriture soient aussi réellement paroles du Seigneur lui-même n'est-ce pas la foi de l'Eglise, définie au premier Concile du Vatican (cf. Denzinger, 12e édition, n° 1809), dont le texte a été repris par le second Concile du Vatican (24)? Mais lorsqu'il s'agit de la présence réelle du Christ dans le sacrement de l'autel, l'article 7 la distingue formellement des autres modes de présence réelle « et quidem substantialiser et continenter sub speciebus eucharisticis ». Présence réelle, substantielle, continuelle. Présence substantielle, n'est-ce pas une référence indéniable au dogme de la transsubstantiation? Présence continuelle, ce n'est pas le cas de rassemblée: quand elle se sépare, la présence cesse.
     La nouvelle formulation « favorise(rait) incontestablement... l'interprétation protestante ». Je ne puis que renvoyer sur ce point à la déclaration du Fr. Max Thurian que j'ai citée (Cf.
Chevaliers, n° 24-25, p. 13).
Fidelis en vient maintenant aux conséquences pratiques. Lui, du moins, admet que «
normalement, la célébration selon le Nouveau Rite est valide ». Il souligne même cette déclaration. Il reconnaît que Paul VI n'a point renié le caractère sacrificiel de la Messe, ni contesté l'authentique Consécration - Transsubstantiation. C'est le moins qu'on puisse dire lorsqu'on se rappelle l'encyclique Mysterium Fidei et l'admirable profession de foi du Souverain Pontife. On me permettra de retranscrire les termes de cette profession de foi en ce qui concerne le sacrement de nos autels.

     Nous croyons que la messe célébrée par le prêtre représentant la personne du Christ en vertu du pouvoir reçu par le sacrement de l'Ordre, et offerte par lui au nom du Christ et des membres de son Corps mystique, est le sacrifice du Calvaire rendu sacramentellement présent sur nos autels. Nous croyons que, comme le pain et le vin consacrés par le Seigneur à la Sainte Cène ont été changés en son corps et en son sang qui allaient être offerte pour nous sur la croix, de même le pain et le vin consacrés par le prêtre sont changés au corps et au sang du Christ glorieux siégeant au ciel, et Nous croyons que la mystérieuse présence du Seigneur, sous ce qui continue d'apparaître à nos sens de la même façon qu'auparavant, est une présence vraie, réelle et substantielle.
     Le Christ ne peut être ainsi présent en ce sacrement autrement que par le changement en son corps de la réalité du pain et par le changement en son sang de la réalité elle-même du vin, seules demeurant inchangées les propriétés du pain et du vin que nos sens perçoivent. Ce
changement mystérieux, l'Eglise l'appelle d'une manière très appropriée transsubstantiation. Toute explication théologique, cherchant quelque intelligence de ce mystère, doit, pour être en accord avec la foi catholique, maintenir que, dans la réalité elle-même, indépendante de notre esprit, le pain et le vin ont cessé d'exister après la Consécration, en sorte que c'est le corps et le sang adorables du Seigneur Jésus qui dès lors sont réellement devant nous sous les espèces sacramentelles du pain et du vin, comme le Seigneur l'a voulu pour se donner à nous en nourriture et pour nous associer à l'unité de son Corps mystique.

     Fidelis a raison de dire, contrairement aux allégations des auteurs que je viens de critiquer, que « les Prêtres qui l'ont adopté (le Nouvel
Ordo Missae) dans l'obéissance n'entendaient nullement rompre avec les définitions formelles du Concile de Trente » (p. 5). Définition, puis-je ajouter, qui inspirent tout le passage de la profession de foi de Paul VI, citée à l'instant.
     N'est-ce point une exagération que de parler ensuite, comme le fait Fidelis, de l'imprécision, du vague des textes de la nouvelle Messe conduisant insensiblement et inconsciemment ceux qui les utilisent à voir s'altérer en eux la pureté de la foi si exactement définie par le Concile de Trente pour adhérer purement et simplement à l'interprétation luthérienne de la Cène, d'autant que des luthériens authentiques ont reconnu (cf.
Chevaliers, n° 24-25, p. 13) que le nouvel Ordo Missae restait fidèle à la doctrine catholique du sacrifice eucharistique.
     Fidelis envisage deux cas:

     a) Le célébrant ne croit plus à la transsubstantiation, c'est-à-dire au changement des espèces sacramentelles en le Corps et le Sang du Christ. La messe est invalide et sacrilège. C'est indubitable, mais ce serait exactement la même chose si ce célébrant prenait le Missel de saint Pie V au lieu de celui de Paul VI.
     b) Le célébrant ne regarde pas la messe comme un véritable sacrifice, sa messe serait hérétique et sacrilège, elle ne serait pas invalide, puisque ce prêtre croit que par les paroles de la consécration le corps et le sang du Seigneur se substituent au vin. Quant à moi, je serais plus réservé sur la validité d'une telle messe.
     Et Fidelis d'insister à nouveau sur « l'ambiguïté [...] de ses textes liturgiques (de la nouvelle Messe), eux-mêmes beaucoup plus proches de la notion protestante de la Cène que de la Doctrine traditionnelle catholique de la Messe » (p. 7). Ne connaîtrait-il ces textes qu'à travers nos lamentables traductions françaises? La foi des fidèles est en péril. « A défaut de pouvoir prendre part à des Messes de saint Pie V, infiniment plus sûres, mais devenant par force de plus en plus rares, il ne leur reste plus d'autre ressource que de
demeurer vigilants à l'extrême » (p. 8). Fidelis, on le voit, ne prône nullement l'abstention totale, comme le faisaient Scortesco, Belleval, les PP. Barbara et Vinson, mais la vigilance. Les fidèles devront observer les attitudes choquantes, les commentaires douteux, les homélies inquiétantes et réagir positivement en se retirant, en avisant l'autorité supérieure. Ils ne fréquenteront plus cette église ou cette chapelle tant que les choses n'y changeront pas.


LE SENTIMENT DE G. de ROMANIS

     L'attitude de G. de Romanis me paraît plus raide, si bien que, finalement, il me semble difficile de l'identifier avec Fidelis. Il accorde à la bulle
Quo primum tempore de saint Pie V un caractère d'infaillibilité qu'elle n'a point. Il ajoute toutefois: « S'il n'est pas exclu cependant de voir un souverain pontife établir un nouvel Ordo qui soit catholique, il est hors de doute que l'Ordo, dit de saint Pie V, ne peut être supprimé. Et, si le Pape régnant voulait en interdire l'usage, il faudrait qu'il le fasse explicitement, de façon motivée et en l'annonçant solennellement; ce qui est impensable car il consacrerait une rupture dans la tradition de l'Eglise catholique et dans son enseignement dogmatique » (p, 9).
     On dénonce les « ambiguïtés » de la nouvelle Messe, ambiguïtés dans les traductions, je le répète, mais non dans le texte latin, le seul qui ait été publié par ordre du Saint-Père, et le texte que je viens de citer nous place en pleine ambiguïté. Après avoir paru concéder que le Pape peut établir un nouvel
Ordo Missae, on s'empresse d'y mettre une condition « qui soit catholique ». C'est supposer que le Pape peut être infidèle à sa Mission de garder le dépôt de la foi. Et qui jugera donc que le nouvel Ordo est catholique? De Romanis, vous ou moi? N'est-ce pas agir en protestant? On pose en principe qu' « il est hors de doute que l'Ordo, dit de S. Pie V, ne peut être supprimé », ce qui suppose, contrairement à ce que je crois avoir établi (Cf. Chevaliers, n° 24-25, p. 12-13), qu'un Pape ne peut changer ce qui a été fait par l'un de ses prédécesseurs. Et pourtant de Romanis semble accorder que Paul VI pouvait interdire cette messe de saint Pie V, il y met des conditions: il devait le faire explicitement (ne l'aurait-il donc pas fait? cf. Chevaliers, n° 24-25, p. 12-13), de façon motivée (de Romanis) le souligne (aurions-nous à juger de la recevabilité des motifs? attitude protestante), en l'annonçant solennellement (la Constitution apostolique Missale Romanum ne serait-elle pas un acte solennel du magistère?). Et puis, retirant ce qu'il avait paru concéder, de Romanis nous assure qu'un tel acte est « impensable » et il semble en donner la raison comme si affirmer était prouver. J'avoue être vraiment myope car je ne découvre pas dans le Missale Romanum cette « rupture dans la tradition de l'Eglise catholique et dans son enseignement dogmatique ». Le nouvel Ordo maintient dans ses textes tous les dogmes enseignés par l'Eglise et la permission d'user, dans la prière liturgique, des langues vernaculaires, est une rupture avec des traditions vénérables, non avec la Tradition, qui véhicule la Révélation.
     Mais nouveau pas en arrière, ce nouvel Ordo, qui rompt avec renseignement dogmatique, « ne contient pas d'erreurs formelles ». Alors que de Romanis veuille bien nous expliquer comment, sans contenir d'erreurs formelles, la nouvelle messe peut rompre avec renseignement dogmatique? Je me perds vraiment dans le dédale de telles subtilités.
     Les équivoques, de Romanis croit les déceler dans la nouvelle rédaction de l'article 7 de l'
Institutio Generalis. Je renvoie encore à ce que j'ai écrit plus haut (p. 8). N'est-ce point ergoter que de dire « La « messe » dans ce texte, signifie « cène du Seigneur »? La messe, enseigne la théologie catholique, est liée à la dernière Cène, durant laquelle le Christ institua le sacrement de l'Eucharistie, et à la Croix. « La Messe, dit le P. Hugon, se rapporte, non seulement à la Cène, mais à la fois à la Cène, dont elle est l'image, et au sacrifice de la Croix, comme le rappelle le Concile de Trente, particulièrement au chap. 2 (25) ».
     « Le « sacrifice eucharistique », poursuit de Romanis, a, pour les rédacteurs, équivalemment, le sens de « mémorial du Seigneur »; terme ambigu qui, chez les « réformés », signifie « mémorial de la Cène ». Or le Seigneur lui-même n'a-t-il pas dit à ses Apôtres, après la Cène, «
Hoc tacite in meam commemorationem (vous ferez cela en mémoire de Moi) » (Lc, 22,19; I Cor., 11, 24). Dans l'antienne bien connue de l'Office du Saint-Sacrement, saint Thomas d'Aquin nous fait dire: O sacrum convivium, inquo Christus sermitur, recolitur memoria passionis ejus. De ce que le Docteur Angélique souligne ici l'aspect repas de l'Eucharistie, allons-nous en déduire qu'il nie le caractère sacrificiel de ce repas? Lui aussi parle d'un mémorial qui est celui de la Passion. Je trouve la même mention dans la prière du Canon Romain, qui suit l'élévation: Unde et memores « faisant mémoire de la passion bienheureuse de ton Fils... de sa résurrection du séjour des morts et de sa glorieuse ascension dans le ciel, etc. ». Prétendre que, dans l'article 7, le mémorial du Seigneur serait uniquement celui de la Cène comme chez les protestants, me paraît fort exagéré.
     Parce que l'article 7 nous dit que, « dans la célébration de la messe [...] se perpétue le Sacrifice de la Croix », de Romanis objecte que la formule « et se renouvelle » a été tendancieusement éliminée, il me semble que le sacrifice de la Croix se perpétue à la Messe précisément parce qu'il se renouvelle sans cesse, ou plus exactement, pour employer les termes mêmes du Concile de Trente (Denzinger, 12e édition, n° 938), il est re-présente, c'est-à-dire présenté à nouveau, rendu présent à nouveau.
     The last not the least, de Romanis ose bien écrire: « Enfin, d'après les rédacteurs du nouvel article 7, la présence du Christ n'est pas réellement dans sa substance même sous les apparences des espèces eucharistiques, mais de « façon substantielle » (p. 10). On peut trouver byzantine la distinction entre substantiellement et « de façon substantielle », mais le plus fort c'est que le texte latin emploie l'adverbe:
Christus proesens adest... et quidem substantialiter et continenter sub speciebus eucharisticis. Au lieu de se fier à une traduction, de Romanis eût mieux fait d'aller à la source, au texte latin.
     Je passe sur le reproche concernant le changement des prières de l'Offertoire. Je renvoie à ce que j'ai écrit plus haut (cf. p. 6).
     Le reproche d'avoir ravalé le prêtre à un rôle de président d'assemblée comme un pasteur protestant, n'est pas davantage fondé. La nouvelle rédaction de l'article 7 ajoute à «
sacerdote praeside », « personamque Christi gerente », qui lève toute équivoque. Le prêtre n'est pas simplement le délégué de l'assemblée, mais encore et surtout il tient la place du Christ et cela fait évidemment allusion au caractère sacerdotal qu'il tient de son ordination.
     Il n'est pas exact non plus d'écrire que « l'acclamation du mystère de la Foi par les fidèles après la consécration, tende à souligner que c'est l'acte de Foi qui amène la présence de Notre-Seigneur ». J'ai déjà réfuté cette affirmation (Cf.
Chevaliers, n° 24-25, p. 14).
     Immanquablement de Romanis se devait de mettre en avant le fameux texte du
Nouveau Missel des Dimanches 1973: « Il ne s'agit pas d'ajouter l'une à l'autre des messes, extérieurement et intérieurement si bien célébrées, qu'elles obtiennent de Dieu sa grâce. Il s'agit simplement de faire mémoire de l'unique sacrifice déjà accompli, du sacrifice parfait dans lequel le Christ s'est offert lui-même, et de nous y associer » (Nouveau Missel, p. 383). Ce texte n'est pas un texte liturgique; il n'est nullement extrait du Missale Romanum, il n'engage que la responsabilité de son auteur. Dès lors l'utiliser pour critiquer la Messe de Paul VI est une injustice, pour ne pas dire une infamie. Il y a pourtant une part de vérité dans le texte du Nouveau Missel des Dimanches: nos Messes tirent leur valeur de ce qu'elles présentent à nouveau à la Très Sainte Trinité « le Sacrifice pur et saint, le sacrifice parfait », comme nous le disons à la fin du Unde et memores du Canon Romain, ce sacrifice qui n'est autre que celui offert sur la croix par Jésus, notre Grand Prêtre,
     Il est temps de m'arrêter. Je suis. d'accord avec de Romanis pour déclarer invalide la messe d'un prêtre qui ne croirait pas à la transsubstantiation ou au caractère sacrificiel de la messe, points définis par le Concile de Trente. Mais, grâces à Dieu, les prêtres, qui célèbrent sous le nouveau rite, ont gardé dans l'ensemble la foi de l'Eglise.
     Que le bienveillant lecteur ait la bonté de m'excuser d'avoir été si long.



(1) La Pensée Catholique, n° 144, p. 33, note 1 bis.

(2) Scortesco fait écho au P. Barbara qui écrivait: « Un acte du Magistère ordinaire d'un Pape qui contredirait l'enseignement traditionnel de plusieurs Papes, durant un temps notable, ne devrait pas être accepté »
(Forts dans la Foi, n° 23, p. 293).

(3) Cf. Mgr Batiffol,
L'Eucharistie, 5e édition (Paris, 1913), p. 6-32 (S. Justin), p. 57-73 (La Didachè); Dictionnaire de Théologie catholique: Mgr Ruch, La Messe d'après les Pères, t. X, col. 864-907.

(4) Le P. Barbara a modifié depuis ses positions dans un supplément au n° 30 de sa revue, il assure ne pas désobéir en refusant une messe « équivoque ». Vertu morale, l'obéissance doit être régie par la prudence surnaturelle. Pour obéir il faut que celui qui commande ait le droit de commander. Or nul n'a le droit de commander une chose mauvaise. C'est parfaitement exact. Reste à prouver que le nouvel «
Ordo Missae » est chose mauvaise. Affirmer avec insistance n'a jamais passé pour être une preuve.

(5) Cf.
Acta Apostolicae Sedis, 1945, p. 65-67; traduction française dans La Documentation Catholique, 27 mai 1945, col. 385-386 et dans le même numéro ma notule: Une nouvelle traduction des Psaumes, col. 392-394. Cf. aussi Renié, Manuel d'Ecriture Sainte, t. II, 5e édition (Lyon, 1951) p. 435, note 2.

(6) On en trouvera la traduction dans
La Documentation Catholique, 4 février 1973, p. 101-102 ou dans Esprit et vie, 8 mars 1973, (p. 146-149), suivie dans la première d'un commentaire de Mgr Martimort (p. 103-104) et dans l'autre d'un commentaire de dom Oury (p. 146-149). Il n'est peut-être pas inutile de signaler qu'une petite brochure, publiée par notre CNPL et portant l'imprimatur de Mgr Boudon en date du 24 avril 1971, donc plus de deux ans avant la Constitution Apostolique: Rencontrer le Seigneur Jésus, était déjà conforme aux dispositions édictées par cette Constitution. C'était, je pense, le fruit d'expérimentations permises par l'autorité romaine.

(7) Quae per Nostras has litteras, motu proprio datas, decrevimus ac statuimus, rata atque firma sunto, contrariis quibuslibet minime obstantibus, peculiarissima quoque et individua mentione dignis.

(8) Cf.
Esprit et Vie, 15 juillet 1971, p. 431-432.

(9) Dans son Encyclique
Mysterium Fidei du 3 septembre 1965, Paul VI, déplorant certaines erreurs, déclarait: « Il n'est pas permis de prôner la messe dite « communautaire » de telle sorte qu'on déprécie la messe privée » (La Documentation Catholique, 3 octobre 1965, col. 1635 [n° 11]). Dans une lettre au Ministre Général des Chartreux, se référant au décret du second Concile du Vatican, Presbyterorum Ordinis, 13, Paul VI affirmait nettement, une fois encore, la valeur des messes sans assistance (Cf. La Documentation Catholique, 20 juin 1971, p. 559).

(9 bis) Celle qui se lisait dans nos Missels y avait été introduite par Benoît XV. Elle figurait pourtant dans le propre de la plupart des diocèses de France.

(10) Scortesco, lui aussi, s'appuie sur ce
permittitur pour déclarer que « les évêques ont abusé de leur pouvoir en l'imposant (la nouvelle messe) et en interdisant la véritable messe » (p. 27). Et se référant à des déclarations du Cardinal Renard, que j'ai reproduites dans un de mes articles (La Pensée Catholique, n° 143, p. 33-34), il ose Imprimer: « Le Cardinal Renard et la majorité de nos évêques actuels qui interdisent la Messe de toujours, ne font plus partie de l'Eglise de Notre-Seigneur ». Faut-il éclater de rire ou pleurer devant de telles insanités?

(11) Genuflectant vero, nisi ob angustiam loci vel frequentiorem numerum adstantium aliasve rationabiles causas impendiantur, ad consecrationem.

(12) J'ai critiqué dans
La Pensée Catholique (n° 145, p. 56), la traduction qui nous a été donnée de Rom. XII, 1-2. Or, en juillet dernier, j'assistais au mariage d'une petite-nièce, qui épousait un Italien. Le texte de la première lecture était Rom. XII, 1-2, 9-18. La traduction italienne du v. 1 évitait les trois contresens que je signalais. Je la retranscris: Vi esorto dunque, fratelli, per la misericordia di Dio, ad offrire i vostri corpi come sacrificio vivente, santo e gradito a Dio. J'ai souligné dans ce texte les divergences avec notre traduction française; divergences qui sont des convergences avec le texte grec comme avec la traduction latine de notre Vulgate.

(13) Cf. le serment qui lui imposé, sous le pontificat de Grégoire
VII (1079) pour rétracter son hérésie: Denzinger, 12e édition, n° 355.

(14) Je cite presque textuellement la
Note doctrinale sur le nouvel Ordo Missae des chevaliers de Notre-Dame. Le texte poursuit: « Nous noterons toutefois que les réformateurs liturgiques ne semblent pas avoir assez d'estime pour les gestes du corps. C'est là une grave erreur, car ces gestes conditionnent pour une part l'attitude spirituelle en même temps qu'ils l'expriment » (p. 31).

(15) On trouvera le texte de la lettre des Cardinaux Ottaviani et Bacci dans
La Documentation Catholique, 1er mars 1970, en note des pp. 215-216. Cf. aussi La Documentation Catholique, 3 avril 1970, p. 342, note. Belleval (op. cit., p. 13-14) regarde, lui aussi, comme exemplaire l'attitude du Cardinal Ottaviani.

(16) Cf.
La Documentation Catholique, 7 décembre 1969, p. 1055-1056; 21 décembre 1969, p. 1102-1104.

(17) Pour être complet, je dois signaler une question de critique textuelle: les mots
to huper humôn didomenon (latin : quod pro vobis datur) manquent dans le Codex Bezae et dans sept manuscrits de l'ancienne version latine, ainsi, du reste, que les paroles de la consécration du calice. En bonne règle un texte, qui a pour lui la quasi-unanimité des manuscrits, doit être tenu pour authentique. Cf. Renié, Manuel d'Ecriture Sainte, t. IV, 5e édition (Lyon [1956]), p. 631-632 (n° 499); de Bacciochi, L'Eucharistie (Paris [1961]), p. 9-10. Au lieu de datur, la Vulgate, dans son addition au texte paulinien, porte tradetur.

(18) Il n'est pas sans intérêt de faire observer que la formule de la consécration du calice est restée, sauf le
mysterium fidei, celle du Missel de saint Pie V: calix sanguinis mei, novi et aeterni testamenti. Or si l'adjectif novum (nouveau) se lit dans les quatre textes de la Vulgate, il ne se trouve pas dans le texte grec de Mt. ni de Mc. Quant à aeterni (éternel), il ne se lit dans aucun des quatre textes. Cette addition n'en est pas moins fort heureuse. « Le mystère de notre salut, dans cette alliance nouvelle, était celui d'une nouveauté définitive, absolue, qui ne passerait jamais, à la différence de l'alliance ancienne qui devait disparaître » (Mgr Guimet, L'éternité du Dieu Vivant dans La France Catholique, 21 septembre 1973, p. 15).

(18 bis) Il est étrange de voir alléguer une lettre d'Innocent III à un évêque de Lyon (Denzinger, 12e édition, n° 414-415) pour assurer que les mots
mysterium fidei appartiendraient à une tradition remontant aux apôtres. Ainsi nos ultra-traditionnalistes s'appuient sur une lettre qui est, me semble-t-il, un document privé et contestent l'autorité de la Constitution apostolique de Paul VI Missale Romanum. Attitude peu cohérente: deux poids et deux mesures.

(19) Je retranscris:
hoc tacite quotiescumque bibetis in meam commemorationem (I Cor., 11, 25).

(20) N°- 131, p. 10-36; 134, p. 25-45; 135, p. 51-58; 136, p. 57-73; 138, p. 49-60; 139, p. 37-66; 144. p. 33-56; 145, p. 52-69; 146, p. 25-40; 148, p. 44-65.

(21)
Instruction du Consilium sur la traduction des textes liturgiques pour la célébration avec le peuple en date du 25 janvier 1969. Cf. la traduction française de La Documentation Catholique, 20 avril 1969, p. 370 (n° 33),

(22) Dans son tract, en supplément du n° 30 de
Forts dans la Foi (p. 6). le P. Barbara écrit: « Pour satisfaire les Progressistes, néo-Modernistes, qui nient ce dogme [de la damnation éternelle] la nouvelle Messe l'a purement et simplement supprimé de sa prière ». Je suppose que, s'il connaissait le texte latin, il n'écrirait point cela.

(23) Cf. Constitution conciliaire
Sacrosanctum Concilium n° 54 et aussi l'Instruction pour l'exécution de la Constitution sur la Liturgie de la S. Cong. des Rites en date du 26 septembre 1964, n° 57-59 (La Documentation Catholique, 1er novembre 1964, col. 1369).

(24) Cf. la Constitution
Dei Verbum, n° 11 — Cf. aussi Renié, Manuel d'Ecriture Sainte, t. 1er, 6e édition (Lyon, 1949), p. 22-30.

(25) Hugon,
Tractatus Dogmatici, t. IV (Parte, [1920]): Tractatuts de Eucharistia, p. 353-354. Cf. Concile de Trente, 22e session, ch. 1 et 2 (Denzinger, 12e édition, n° 938-940).