L'usage du Missel de
Paul VI par les prêtres célébrant selon le Missel de saint
Pie V
Réponses
officielles de la Congrégation pour le Culte divin et de la
Discipline des Sacrements
Le
« Motu proprio » Ecclesia Dei adflicta, du Pape Jean-Paul II, en date du 2
juillet 1988 (DC 1988, n. 1967, p. 788-789), exprimait
la tristesse de l'Église de voir des fidèles et des prêtres
s'éloigner à cause de l'obstination de Mgr Marcel Lefebvre
qui venait d'ordonner illégitimement quatre évêques, sans
mandat pontificat, le 30 juin à Ecône (Suisse). L'ancien
évêque de Tulle et les nouveaux ordonnés étaient donc
excommuniés Iatae
sententiae. Pour
accueillir les prêtres qui ne souhaitaient pas aller
jusqu'au schisme, le Pape instituait donc la
Commission Ecclesia Dei. La Fraternité Saint-Pierre était
fondée le 18 juillet en Suisse, accueillant les premiers
prêtres issus de la Fraternité Saint-Pie X (cf.
DC 1988, n. 1969, p. 931). Dernièrement,
des difficultés ont troublé la vie de cette fraternité
sacerdotale, en particulier à cause de la possibilité
laissée à ces prêtres de célébrer l'Eucharistie selon les
deux Missels romains de saint Pie V et de Paul VI. La
question semble plus aiguë dans les diocèses où les prêtres
de la Fraternité Saint-Pierre souhaitent concélébrer lors
de la messe chrismale ou présider l'Eucharistie pour une
communauté chrétienne où le Missel de Paul VI est d'usage.
Face aux questions soulevées et qui lui ont été adressées,
la Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des
Sacrement a fait connaître officiellement sa position.
Voici le texte des réponses de la Congrégation
(*):
Après la restauration
liturgique décidée par le Concile Vatican II, certains
groupes de catholiques fortement attachés aux formes
antérieures de la tradition liturgique romaine se sont
manifestés. Ces groupes — nous parlons de ceux qui se
tiennent en pleine communion avec l'Église catholique et
son Magistère — ont exprimé le désir de pouvoir
continuer à utiliser le Missel dit de saint Pie V. Le
Saint-Père Jean-Paul II, poussé par le désir paternel de
répondre à la sensibilité liturgique et religieuse de ces
groupes, leur a concédé de pouvoir, avec l'autorisation de
l'évêque du lieu, utiliser l'édition de 1962 du Missel
Romain. De même, le Saint-Père a demandé aux évêques
d'accueillir avec bienveillance et générosité les fidèles
qui se sentent profondément attachés au rite préconciliaire
et manifestent en même temps une sincère adhésion au
Magistère de l'Église ainsi que leur obéissance aux
Pasteurs légitimes. Le désir du Pontife Romain a été
exprimé dans le « Motu proprio » Ecclesia Dei adflicta
du 2 juillet 1988
(AAS
80, 1988, 1495-98).
A la suite de questions
adressées à cette Congrégation au sujet de la possibilité
ainsi que des inconvénients qu'entraîne l'indult, accordé
par l'Autorité légitime, d'utiliser l'édition de 1962 du
Missel Romain, et après avoir, comme il se devait, consulté
le Conseil pontifical pour l'Interprétation des Textes
législatifs ainsi que la Commission pontificale
Ecclesia
Dei, et en accord
avec eux, nous communiquons ce qui suit sous forme de
réponse à des questions.
1. Première question:
Un prêtre appartenant à un
Institut qui jouit de la faculté de célébrer la Messe selon
le rite en vigueur avant la restauration liturgique du
Concile Vatican II peut-il librement se servir du Missel
promulgué par le Souverain Pontife Paul VI lorsqu'il
célèbre le sacrifice eucharistique pour le bien —
fût-ce occasionnellement — d'une communauté où la
messe est habituellement célébrée selon ce missel?
Réponse: La réponse est affirmative, et voici dans
quel esprit. L'esprit en est que l'usage du missel
préconciliaire étant concédé par indult, il ne supprime pas
le droit liturgique commun au Rite romain, selon lequel le
Missel en vigueur est celui qui a été promulgué par ordre
du Concile Vatican II. Ainsi le prêtre mentionné ci-dessus
doit célébrer avec le Missel postconciliaire si la
célébration a lieu dans une communauté qui suit le rite
romain actuel, afin d'éviter étonnement ou inconvénient
chez les fidèles, et d'être une aide efficace à ses frères
prêtres qui éventuellement lui demandent ce service de
charité pastorale. Dans les communautés habituées au Missel
actuel, l'usage du missel précédent cause certaines
difficultés, par exemple les différences dans le calendrier
liturgique, un autre choix des textes bibliques pour la
liturgie de la Parole, des différences entre les gestes
liturgiques, dans la manière de recevoir la sainte
Communion, le rôle des ministres, etc.
2. Deuxième question:
Les Supérieurs, quel que soit
leur niveau, des Instituts qui jouissent de l'indult leur
permettant d'utiliser pour la célébration du saint
Sacrifice de la messe l'édition de 1962 du Missel romain,
peuvent-ils interdire l'usage du Missel romain
postconciliaire aux prêtres appartenant à de tels Instituts
lorsque ceux-ci célèbrent, fût-ce occasionnellement, pour
rendre service à une communauté dans laquelle est utilisé
le Missel romain actuellement en vigueur?
Réponse: La réponse est négative, parce que
l'usage de l'édition de 1962 du Missel romain consiste en
un indult pour l'utilité des fidèles qui se sentent
attachés au rite romain préconciliaire et que cet usage ne
peut être imposé à des communautés qui célèbrent la sainte
Eucharistie selon le Missel renouvelé par l'ordre du
Concile Vatican II. Du reste, les Supérieurs de ces
Instituts n'ont aucune autorité à l'égard de ces
communautés.
3. Troisième question:
Un prêtre appartenant à un
institut qui jouit de l'indult dont il s'agit peut-il sans
inconvénient concélébrer la Messe selon la forme actuelle
du rite romain?
Réponse: La réponse est affirmative, parce que
l'indult n'enlève pas aux prêtres le droit liturgique
commun de célébrer selon le Missel romain en vigueur. Aussi
il ne peut leur être interdit de concélébrer ni par leur
propre Supérieur ni par l'Ordinaire d'un lieu. Il est en
effet louable que ces prêtres aient la liberté de
concélébrer, en particulier à la messe du Jeudi Saint,
présidée par l'évêque diocésain. Bien que « tout prêtre ait
toujours la faculté de célébrer la messe de façon
individuelle, mais pas en même temps ni dans la même
église, ni le Jeudi Saint» (cf. Constitution
Sacrosanctum
Concilium, 57, §
2, 2), la signification communionnelle de la concélébration
de la messe chrismale est si importante qu'elle ne doit
être omise que pour des raisons graves (Sacrosanctum
Concilium, 57, §
1, 1a).
Au Siège de la Congrégation
pour le Culte divin et de la Discipline des Sacrements, le
3 juillet 1999.
Jorge Arturo cardinal MEDINA
ESTÉVEZ, Préfet
Francesco Pio TAMBURRINO, Secrétaire
(*) Texte
original latin dans la revue Notitiae de juillet-septembre 1999. Traduction et
titre de la
DC.