La réforme liturgique: Un effort à continuer et à purifier

Allocution au Conseil de la Congrégation pour le Culte divin


     Jean-Paul II a reçu le 2 décembre les membres de la « Consulta » de la Congrégation pour le Culte divin, conduits par le cardinal Eduardo Martinez Somalo. Il a prononcé devant eux le discours suivant (*).

     1. Je suis heureux de vous rencontrer, supérieurs, officiers, consulteurs et experts de la Congrégation pour le Culte divin, réunis pour cette « Consulta ».
     Je salue tous ceux qui sont ici présents, et en particulier le cardinal Eduardo Martinez Somalo, que je remercie pour les paroles qu'il vient de m'adresser. Je lui renouvelle mes souhaits cordiaux de bon travail dans cette fonction de préfet de votre dicastère que je lui ai récemment confiée.
     Cette rencontre se déroule à l'occasion du 25e anniversaire de la publication de la Constitution
Sacrosanctum Concilium, qui eut lieu exactement le 4 décembre 1963. Ce document a marqué une pierre milliaire dans l'histoire de l'Église, faisant redécouvrir la profonde tradition chrétienne dans le domaine liturgique. Il est vrai qu'i y a eu des interprétations abusives, mais il est indéniable que son rayonnement bénéfique a encouragé un nouvel élan dans la prière communautaire. Nombreux sont les fruits que la Constitution a donnés à l'Église. Ce n'est pas ici le lieu de les énumérer; je le ferai, si Dieu veut, dans un prochain document commémoratif.
     2. Les vingt-cinq ans qui nous séparent de ce jour nous font percevoir que la situation dans l'Église, comme dans la société, a subi des changements. De nouvelles générations sont arrivées et assument maintenant leurs responsabilités, également dans le domaine de la pastorale liturgique. Cela impose la nécessité d'évaluer encore plus profondément la liturgie de l'Église, et surtout de la vivre et de la faire vivre, selon l'esprit et la lettre de l'important document conciliaire interprétés authentiquement.
     Le travail qui vous occupe actuellement est de traduire dans les faits les profondes affirmations de ce document quand il affirme que la liturgie est la manifestation la plus importante de la vie de l'Eglise (cf. SC 2, 26, 41). Et si celle-ci est, comme le rappelle la Constitution Lumen gentium (n. 4),
« de unitate Patris et Filii et Spiritus sancti plebs adunata » (1), la liturgie devra exprimer elle aussi intensément cette dynamique trinitaire.
     La liturgie vit en puisant à cette source en effet, c'est par elle que l'on célèbre le mystère pascal du Christ, toujours présent et agissant au centre de toutes les actions liturgiques; la liturgie célèbre la louange et l'action de grâces pour « l'amour de source » (
Ad gentes, 2) du Père; par elle, encore, l'Église invoque l'Esprit-Saint, parce qu'elle veut exprimer sa conscience de ne pas agir selon les capacités humaines mais de faire ce que seule la grâce de Dieu est capable de faire.
     3. Pour atteindre toute la profondeur spirituelle de la célébration liturgique, il faut une initiation « théologique, historique, spirituelle, pastorale et juridique », dont parle
Sacrosanctum Concilium en son article 16. C'est le but que s'est fixé la Constitution Pastor bonus en réunissant en une seule Congrégation toute l'activité propre au « munus sanctificandi ». « La Congrégation, y est-il dit, s'occupe de tout ce qui, étant sauve la compétence de la Congrégation pour la Doctrine de la foi, appartient au Siège apostolique quant à la réglementation et à la promotion de la sainte liturgie, et en premier lieu des sacrements » (PB, art. 62) et elle « favorise et assure leur discipline » (PB, art. 63) (2). Il ne s'agit donc pas de deux choses différentes: la liturgie d'une part, et les sacrements d'autre part, mais d'une seule réalité, la liturgie de l'Église, à l'intérieur de laquelle la place des sacrements — et parmi eux celui de l'Eucharistie — est primordiale. C'est en effet dans les sacrements que I' « opus redemptionis » est surtout perpétué et que tous les membres du Corps mystique y participent, pour la gloire de Dieu et le salut du monde.
     Ainsi, à la Curie romaine et à toutes les Églises particulières, s'ouvre une perspective plus organique du
« munus sanctificandi ». L'Église devra veiller attentivement à accomplir un effort de création dans toutes les dimensions que je viens de souligner, pour faire en sorte que la volonté manifestée dans la Constitution Pastor bonus soit mise en oeuvre d'une manière efficace. Comme l'avait déjà affirmé Sacrosanctum Concilium et comme l'a redit le Synode extraordinaire des évêques de 1985, « pour obtenir cette pleine efficacité (de la liturgie), il est nécessaire que les fidèles y accèdent avec les dispositions d'une âme droite, qu'ils harmonisent leur âme avec leur voix et qu'ils coopèrent à la grâce d'en haut pour ne pas recevoir celle-ci en vain. C'est pourquoi les pasteurs doivent être attentifs à ce que, dans l'action liturgique, non seulement on observe les lois d'une célébration valide et licite, mais aussi à ce que les fidèles y participent d'une façon consciente, active et fructueuse » (SC n. 11).
     4. L'allusion que fait ce texte conciliaire aux pasteurs introduit un aspect particulièrement important, celui de l'aide apportée aux évêques diocésains pour conduire leurs fidèles à une participation toujours plus active et plus spirituelle à la sainte liturgie (cf.
PB. art. 64, 1). Ce fut là une des grandes affirmations de Sacrosanctum Concilium: rendre à l'autorité de l'évêque le pouvoir et la fonction de réglementer la liturgie dans sa propre Église particulière (cf. SC n. 22, 1; 41). La Congrégation, comme organe du ministère de Pierre, a pour mission de servir la communion ecclésiale entre l'Église de Rome et les Églises locales dans le monde entier. En cela aussi, il faudra veiller à étudier avec attention les modes de collaboration personnelle et de recherche des besoins spirituels et pastoraux qui se manifestent dans toute l'Église.
     La réforme liturgique a suscité partout un grand et généreux effort. Cela doit continuer, être soutenu et, quand c'est nécessaire, purifié. Pour cela également, la présence de cette Congrégation s'avérera utile, comme instance de liaison et d'aide, qui ne supprime pas la physionomie originale de chacun des organismes mais la met davantage en relief.
     A vous qui avez dans cette mission une place de premier plan, je souhaite un travail fécond.
     Pour ma part, je vous accompagne de ma bienveillance et de ma prière constante. Que vous réconforte la bénédiction apostolique que je vous accorde maintenant à tous, de tout coeur.


(*) Texte italien dans l'Osservatore Romano du 3 décembre. Traduction, titre et notes de la DC.

(1) « Un peuple qui tire son unité de l'unité du Père et du Fils et de l'Esprit-Saint. »

(2)
DC 1988, n° 1969, p. 909.