Lettre ouverte de Mgr
Riobe à Mgr Lefebvre
Avant
la venue de Mgr Lefebvre à Orléans le 30 avril, Mgr RIOBE,
évêque du diocèse, lui avait adressé la lettre ouverte
ci-après:
Voici près de vingt ans, vous
m'accueilliez à Dakar, votre diocèse. Ensemble, nous
vivions fraternellement les deux retraites que vous m'aviez
demandé de prêcher à vos prêtres.
II y a dix-sept ans que je
suis évêque et je n'ai jamais fermé ma porte à personne.
L'évêché d'Orléans est votre maison.
L'un et l'autre nous sommes
évêques de Jésus-Christ, conscients de nos graves
responsabilités dans l'annonce de l'Evangile, conscients
aussi de nos misères et de notre péché.
Ni vous ni moi ne sommes
propriétaires de l'Eglise et de ses sacrements.
Ni vous ni moi ne pouvons
prétendre, sans orgueil, voire sans aberration, détenir à
nous seuls la vérité et être les seuls « gardiens de la
liturgie catholique, de la Bible et du catéchisme
catholiques ».
Nous n'avons de raison d'être
que pour servir le peuple de Dieu, en fidélité à
Jésus-Christ, et en lien étroit avec nos frères, les
évêques de l'Eglise universelle, dont le Pape Paul VI
assure l'unité et la communion dans la foi.
A grand renfort d'affiches et
d'invitations « strictement personnelles », vous allez
demain, à Orléans, célébrer solennellement l'Eucharistie.
Ayez pitié de nos frères
catholiques dont vous troublez la foi.
Les uns viendront vous voir
dimanche par pure curiosité, parce qu'on a fait de vous une
vedette politique.
D'autres vous suivent, égarés
dans des chemins que ni vous ni moi n'avons su redresser.
Ils ont soif de vérité. Ils sont en quête de Jésus-Christ.
Mais combien de catholiques
sont lassés de nos divisions, pensant que sur les chantiers
du monde, il y a d'autres combats a mener, et l'Evangile à
annoncer!
Ayez pitié des petits enfants
que vous allez confirmer sans y être autorisé ni par le
Pape ni par l'évêque du diocèse, posant ainsi un acte de
désobéissance grave que rien ne peut légitimer. Quand je
pense que vous allez oser reconfirmer des enfants!
Je sais que l'Association
Saint-Pie-V a de l'argent, beaucoup d'argent. Est-ce bien
là un signe de l'Evangile et d'une authentique efficacité
du service épiscopal?
Je sais qu'à Ecône, il y a
des jeunes, mais de toute la France et de l'Europe entière.
Sont-ils donc en nombre si important? Et combien restent à
Ecône?
Pardonnez-moi. Monseigneur,
mon frère, ce cri du coeur...
Je ne peux que vous aimer.
Que Jésus-Christ nous garde
dans la paix.
(La Croix, 29 avril 1978.)