Message du cardinal Marty aux paroissiens de Saint-Nicolas (*)


     11 mars 1977.

          CHERS PAROISSIENS DE ST-NICOLAS-ST-SÉVERIN,

     L'épreuve inattendue à laquelle vous êtes soumis se fait longue.
     Mardi dernier, je suis venu passer la soirée au presbytère avec l'équipe sacerdotale et j'ai constaté avec joie combien tous, malgré la fatigue d'une pression psychologique incessante, étaient unanimement attentifs à ne pas trahir l'Esprit du Christ.
     Beaucoup d'entre vous m'ont écrit. Vous êtes plus de 1200 à avoir signé une lettre collective (**). Vous dites ne pouvoir tolérer que les assemblées dominicales, le catéchisme des enfants et tous les rassemblements liturgiques de la communauté soient contraints de se dérouler en dehors de votre église. Vous avez raison.
     Je tiens à vous assurer que je fais tout ce qui est en mon pouvoir pour que les paroissiens de Saint-Nicolas puissent retrouver, le plus rapidement possible, leur lieu de culte.
     Aujourd'hui je veux, par ces quelques lignes, me rendre solidaire de ce que vous vivez et supportez pour que ne soit pas étouffée la lumière de l'Evangile, car, finalement, c'est bien de cela qu'il s'agit.
     En vous disant que je suis avec vous de tout coeur, je vous rappelle la belle formule de saint lgnace d'Antioche: « Là où est l'Evêque, là est l'Eglise. »

     † Fr. card. MARTY.


(*) Ce texte est diffusé par les paroisses Saint-Séverin-Saint-Nicolas dans un tract qui ajoute ces précisions et ces remarques sur l'occupation de l'église:
     Après occupation brutale — soutenue par la récitation du
Je vous salue Marie — de la sacristie et du couloir d'accès au presbytère réalisée le jeudi 3 mars, les salles de réunion, contiguës à l'église, ont été envahies à leur tour le lundi matin 7 mars...
     Ce nouveau coup de force vient accroître le nombre des activités paroissiales qui se trouvent bloquées...
     Déjà depuis le premier jour de l'occupation de l'église il était devenu impossible de célébrer les actes du culte: messes quotidiennes et dominicales, baptêmes, mariages, enterrements...
     Aujourd'hui, en plus, se trouvent interdites les réunions multiples qui trouvaient place dans ces salles: catéchisme des enfants, étudiants ETP, Vie Montante, Accueil et Liaison et autres activités sociales de la paroisse.
     Un groupe de « Rangers » (scouts de 12-14 ans) qui avait là un local, ne peut même plus récupérer le matériel nécessaire pour ses sorties.
     Signalons aussi que le personnel de l'église est soumis à un contrôle et n'a plus libre accès aux appartements de fonctions..., que les organistes titulaires ne peuvent plus exercer leur travail.
     Ces procédés inacceptables provoquent en retour, chez le amis de Saint-Séverin-Saint-Nicolas, de multiples manifestations de sympathie pour la paroisse, son esprit, son clergé.
     Le tract « Saint-Nicolas occupée », tiré à 20000 exemplaires, est épuisé et doit être réédité à la demande des paroisses de Paris qui organisent sa diffusion.
     Chaque courrier apporte de nouvelles réactions de sympathie pour les « expulsés » et d'indignation contre les procédés et les positions des « occupants ».

(**)
Voici le texte de cette lettre, qui avait recueilli 2 000 signatures à la date du 24 mai:

          Père,

     Depuis dimanche dernier, nous sommes dépossédés de notre église paroissiale de Saint-Nicoias-du-Chardonnet; une occupation violente par des individus extérieurs à la paroisse nous en a retiré tout usage.
     Chrétiens du quartier, nous sommes vivement émus de voir nos prêtres exclus de notre église et notre curé molesté et contraint au silence.
     Nous ne pouvons pas tolérer que les Assemblées dominicales, le catéchisme de nos enfants et tous les rassemblements liturgiques de notre communauté soient contraints de se dérouler en dehors de notre église.
     Nous attendons de votre autorité pastorale les mesures qui nous permettront un service régulier des besoins de notre communauté.
     Avec nos sentiments filiaux.

     
(Texte original.)