A propos de l'ouverture d'un lieu de culte traditionaliste à Grenoble

Déclaration de NN. SS. Matagrin et Mondésert (1)



     Un lieu de culte vient d'être ouvert à Grenoble dans un ancien garage sous le titre «chapelle Saint-Michel et Notre-Dame ». Des messes y ont été célébrées. Des initiatives sont prise spécialement en ce qui concerne le catéchisme.
     Nous avons le regret de dire avec fermeté que cette chapelle n'appartient pas à l'Eglise catholique. Il lui manque le lien nécessaire avec l'évêque de Grenoble, gardien de l'authenticité catholique de l'Eglise locale, en communion avec le Pape Paul VI qui lui a confié cette charge. C'est la tradition constante de l'Eglise attestée dès le début du IIe siècle par saint lgnace d'Antioche: « Que personne ne fasse rien de ce qui concerne l'Eglise en dehors de l'évêque. Que cette Eucharistie seule soit regardée comme légitime qui est célébrée sous la présidence de l'évêque ou de celui qu'il en a chargé. » Les prêtres qui ont célébré dans cette chapelle n'ont reçu aucune charge de l'évêque du diocèse. Parmi eux, certains ont été ordonnés par Mgr Lefebvre dans des conditions illégitimes, en opposition avec la Tradition constante de l'Eglise et en désobéissance formelle avec le Pape. D'autres n'ont reçu aucune mission, ni aucun pouvoir de l'évêque de Grenoble.
     Nous avons le devoir de rappeler que, selon le droit de l'Eglise, il est interdit à un prêtre de célébrer les sacrements et d'accomplir quelque ministère que ce soit sans en avoir reçu mission de l'évêque de l'Eglise diocésaine. Si les sacrements de pénitence et de mariage étaient célébrés dans cette chapelle, ils seraient invalides, faute de juridiction.
     Quant à l'Eucharistie, nous rappelons qu'elle ne peut être célébrée en dehors de la communion avec le Pape et de l'évêque chargé par lui du diocèse. En ce qui concerne l'utilisation du Missel de la messe, Paul VI a bien précisé que l'adoption du nouveau Missel n'est pas du tout laissée à la libre initiative des prêtres et des fidèles et qu'un nouveau Missel a été substitué à l'ancien après une mûre réflexion et à la suite des instances du Concile de Vatican II. En vérité, il ne s'agit pas du tout du Missel de saint Pie V qui demeure autorisé pour des prêtres âgés. Il ne s'agit pas non plus de l'utilisation du latin. Les catholiques grenoblois savent que tous les dimanches est célébrée à Saint-Louis de Grenoble, à neuf heures trente, une messe en latin avec chants grégoriens selon le Missel de Paul VI accepté comme signe de communion avec le Pape. Il s'agit de la part des prêtres et des fidèles qui suivent Mgr Lefebvre d'un refus obstiné de l'autorité du Pape et du Concile. On jette un discrédit sur l'autorité de l'Eglise au nom d'une tradition pour laquelle on ne manifeste qu'un respect formel. On éloigne les fidèles de la communion aux pasteurs légitimes de l'Eglise. On refuse l'autorité d'aujourd'hui au nom de celle d'hier. En vérité, il s'agit d'une rupture de la communion ecclésiale et de l'essai de constitution d'une autre Eglise.
     Cette rupture de l'unité de l'Eglise nous attriste profondément. Sans vouloir majorer ces faits nous avons estimé nécessaire d'intervenir afin que tout soit clair. Nous regrettons ces divisions entre catholiques alors que tant d'appels invitent l'Eglise à conserver son unité et plus encore à la retrouver par un oecuménisme authentique, en réponse à la demande instante du Christ: « Qu'ils soient un, afin que le monde croie! »
     A Grenoble, le 15 octobre 1977.

     † Gabriel MATAGRIN,
     
évêque de Grenoble.

     † Michel MONDESERT
     
év. aux. de Grenoble.


(1) Eglise de Grenoble, 19 octobre 1977.