Evangéliser le monde, telle est la raison du Concile


     Le cardinal MARTY, archevêque de Paris, a évoqué en ces termes le cas de Mgr Lefebvre dans l'homélie qu'il a prononcée à Marienthal (Bas-Rhin), le 15 août (1):

     En ces dernières semaines notre fidélité revêt un caractère particulier. Les catholiques sont inquiets, certains troublés devant la désobéissance d'un évêque français. Sans doute Mgr Lefebvre est-il sincère et veut-il servir la foi. Mais il s'aveugle.
     Devant des difficultés réelles et une crise spirituelle profonde, il croit que le remède est de rayer de l'histoire le Concile Vatican II. Plus encore, il condamne les décisions conciliaires qui furent votées à la quasi-unanimité des évêques du monde: nous étions près de 2400! Le Concile oecuménique fut le premier à être totalement universel. Il fut promulgué par le Pape. Personne n'a fait pression sur les débats; il n'y a eu aucun complot, aucune intervention extérieure. J'en fus le témoin.
     C'est attaquer les fondements mêmes de l'Eglise catholique que de rejeter le Concile, que de ne pas se soumettre à l'autorité du Pape, que de s'ériger en juge suprême. Tous nous sommes avec Paul VI; tous nous sommes derrière Paul VI. Il ne sera pas dit que des catholiques de France se laisseront entraîner vers un schisme, malheureux et inutile. Nous ne sommes plus au temps de la chrétienté... Nous sommes au temps de la mission, de l'évangélisation. Et il nous faut vivre ce temps comme Pierre et Paul: avec courage et intrépidité. Il nous faut évangéliser le monde. Telle est la raison du Concile qui fut réuni grâce à la vision prophétique du Pape Jean XXIII. C'est cette passion de l'Evangile qui nourrit l'action pastorale des évêques français.
     Nous poursuivrons... sans nous laisser prendre par un vent de panique. Nous serons fermes dans la foi; nous serons courageux dans l'espérance; nous serons soucieux de la communion dans la charité.
     Le Concile ne fut jamais une remise en cause de la doctrine. « Autre est le dépôt lui-même de la foi, c'est-à-dire les vérités contenues dans notre vénérable doctrine, autre est la forme sous laquelle ces vérités sont énoncées, en leur conservant toutefois le même sens et la même portée ». (Jean XXIII — ouverture du Concile oecuménique Vatican II). Il est grave de laisser croire qu'il existe dans les textes conciliaires des propositions contraires à la foi catholique. Une telle accusation trouble la conscience des fidèles.
     Il est vrai que certains catholiques utilisent le Concile pour exposer leurs propres idées ou servir leur propre cause. Il est vrai aussi que certaines réformes n'ont pas été comprises par tous les fidèles. Il est vrai qu'il y a eu, qu'il y a des excès et des abus. Je veux ici vous assurer que j'en porte personnellement le souci. Et depuis dix ans. Il suffit de relire ce que j'ai écrit.
     Le Concile n'est pas une entreprise de démolition de l'Eglise; c'est une invitation à la conversion. C'est une invitation pour tous les chrétiens à trouver leur sécurité dans le Christ et non pas dans des habitudes et des structures sociales ou politiques. Le
Credo n'a pas changé. Le Credo ne changera pas. Mais nous-mêmes et nos communautés chrétiennes nous devons nous convertir. Aurions-nous oublié que nous sommes des pécheurs? Si la vérité du Christ nous habite, c'est d'abord pour confesser notre péché, recevoir le pardon et reconnaître la grandeur de Dieu... afin que tous les hommes de cette terre soient sauvés et vivent!
     Catholiques, ressaisissez-vous. Convertissez-vous. L'heure est venue de chanter votre foi au Christ mort et ressuscité. Il est né de la Vierge Marie; Il est le fils de Dieu.
     Car voilà bien notre certitude. L'Eglise du Christ vit depuis vingt siècles de l'évidence de Pâques. Jésus est ressuscité. Il est vivant. Et comme Pierre, au jour de la Pentecôte, nous l'affirmons à la face du monde. Avec force. Sans complexe. Celui que vous avez cloué sur le bois de la croix, il est vivant. Dieu l'a fait Seigneur.
     Pour cela, vous comme moi, nous sommes prêts à donner notre vie.
     Frère et soeurs dans le Christ vivant, l'Eglise est vivante. Elle brûle d'un feu brûlant qui est celui de la Vérité et de l'Amour. Elle puise sa vie et sa force, non pas dans des idéologies modernes, mais dans son Dieu. Elle n'est pas en recherche de son Seigneur. Elle sait par une expérience originelle et unique, qu'il est le Christ mort en croix pour les péchés et ressuscité pour la vie éternelle. Elle est l'Eglise assurée et combative. L'événement pascal qui la fonde est un fait d'histoire, un acte que personne ne peut rayer. Nous sommes des hommes et des femmes de la certitude.
     Alors, peuple chrétien, n'aie pas peur devant les bruits de la presse et le scandale d'un évêque. Le Christ t'illumine. Réveille-toi.
     Réveille-toi car, alors que le monde se débat et cherche sa voie, il attend, de toi, le message de toujours, mais dans la langue d'aujourd'hui.
     Amen!


(1) Texte original. Titre de la DC.