La famille chrétienne est une petite Eglise

Audience générale du 11 août (1)

     Nous pensons encore à ce programme que le Seigneur s'est donné à lui-même: je construirai mon Eglise. Nous avons certainement quelque idée de ce que signifie ce programme: le Christ veut constituer une société d'hommes, appelés de toutes les parties du monde, sans aucune distinction sinon une préférence pour les « pauvres en esprit », afin de l'élever à une forme de vie associée à la sienne, qui est à la fois divine et humaine. Rachetée de la décadence du péché originel, ainsi que du péché personnel et actuel, cette forme de vie est destinée à imprimer à la vie présente un caractère de dignité par le don de l'Esprit qui est l'âme d'excellentes vertus. C'est ainsi qu'est garantie à l'homme, au-delà de la mort, une nouvelle forme de vie qu'il connaîtra un jour, à la résurrection, pour jouir d'une plénitude et d'un bonheur que seule la vision de Dieu pourra lui donner (cf. 1 Jn 3, 2). Il s'agit, comme nous le savons, de l'Eglise, aujourd'hui en pèlerinage dans le monde et dans le temps, que Jésus veut rassembler, en prenant comme fondement et comme ministre Pierre, avec les autres apôtres, mais en faisant de tout citoyen de cette Eglise, de cette cité de Dieu, un collaborateur possible, un ouvrier de sa construction surnaturelle.


Le sacerdoce commun des fidèles

     Cette vocation au chantier de cet édifice mystique qu'est l'Eglise en voie de construction, de composition, d'élaboration, est l'une des idées les plus répandues de notre temps. Elle est très authentique et très importante. Il y a dans l'Eglise un sacerdoce ministériel auquel ont été donnés des pouvoirs particuliers et des fonctions spéciales; c'est le sacerdoce du Christ transmis aux apôtres et à leur ramification hiérarchique. Mais il y a aussi un sacerdoce commun qui est conféré à tout croyant dès le baptême. Il serait bon que chacun de nous se fasse une idée plus précise de cette réalité, souvent purement nominale, dont tout le monde a entendu parler, spécialement après le Concile (cf. Lumen gentium, 10). Tout le Peuple de Dieu, qui bénéficie solidairement des dons de la foi et de la grâce, doit partager et approfondir cette notion. Tous en effet, dans une mesure différente mais toujours efficace, sont responsables de la vitalité spirituelle et de la diffusion de l'Eglise.


L' « Eglise domestique »

     Cette doctrine devient éminemment pratique, spécialement lorsqu'elle parle des époux chrétiens qui constituent l' « Ecclesia domestica », « cette sorte d'Eglise qu'est le foyer » (Lumen gentium, 11, in fine). Nous voudrions attirer l'attention sur ce titre donné à la famille chrétienne. Elle est une Eglise domestique. Par son honnêteté morale qui rassemble les indicibles et inépuisables harmonies de deux vies fondues en une seule; par son origine sacramentelle qui élève l'amour naturel, fragile et instable, au niveau d'un amour surnaturel inviolable et toujours nouveau (cf. Ep 5, 21-33); par sa déontologie, c'est-à-dire les lois qui la gouvernent et qui font de l'union dont elle tire son origine une société exclusive et permanente, une unité merveilleuse portant le reflet de celle qui existe entre le Christ et l'Eglise, la famille chrétienne représente et constitue une petite Eglise, un « élément » de la construction de l'Eglise unique et universelle qui est le Corps mystique du Christ dans son entier. Ce caractère sacré de la famille chrétienne n'enlève rien à l'intégrité et à la nature de la famille ordinaire. Au contraire, il l'éclaire intérieurement en lui donnant un Esprit nouveau d'amour et de bonheur; il la fortifie dans les épreuves et les peines de la vie; il lui fait prendre conscience de sa mission propre; il lui donne le sens, l'amour, la force, la sagesse du véritable art de vivre ensemble la vie mortelle en fonction de la vie immortelle. Ce titre d'Eglise domestique, « Ecclesia domestica », remonte à la toute première aube du christianisme. Qu'il suffise de citer ce qu'écrit saint Paul à propos des époux Aquila et Priscille qui l'ont suivi dans différents voyages et qui ont eu l'honneur de le recevoir avec l'Eglise locale (cf. 1 Co 16, 19 — saint Paul écrivait alors d'Ephèse; cf. Rm 16, 5; cf. BATIFFOL, l'Eglise naissante et le catholicisme, p. 84-85, éd. 1971). C'est ainsi que l'hospitalité familiale et privée fut le premier nid dont sont nées les premières Eglises particulières, mais déjà marquées par le caractère social, exclusif, universel de l'Eglise du Christ et de Dieu.


La prière en famille

     Nous sommes heureux de voir que ce sens ecclésial de la famille chrétienne se réveille et l'imprègne souvent d'une façon exemplaire et édifiante. Fils très chers, et vous spécialement les nouvelles familles chrétiennes, nous vous prions de faire honneur à la prière collective dans votre foyer, sous la forme qui convient et dans une mesure discrète, mais de façon qu'elle soit ouvertement une expression religieuse collective. Dans cette première pédagogie de la religion, la mère a un rôle important et digne, beau et émouvant. Mamans, apprenez-vous à vos petits les prières du chrétien? Les préparez-vous, en collaboration avec les prêtres, aux sacrements du premier âge la confession, la communion, la confirmation? Les habituez-vous, s'ils sont malades, à penser aux souffrances du Christ, à invoquer l'aide de la Sainte Vierge et des saints? Récitez-vous avec eux le Rosaire en famille? Et vous, les pères, savez-vous prier avec vos enfants, avec toute la communauté familiale, au moins quelquefois? Votre exemple, accompagné de la droiture de votre pensée et de vos actes, appuyé par quelques prières communes, vaut bien une leçon de vie. C'est un acte de culte particulièrement méritoire. Vous apportez ainsi la paix entre les murs de votre foyer: « Pax huic domui » (cf. le livret de la prière en famille).
     Ne l'oubliez pas, c'est ainsi que vous construisez l'Eglise.
     Avec notre bénédiction apostolique.


(1) Texte italien dans I'Osservatore Romano du 12 août 1976. Traduction, titre et sous-titres de la DC.