La communion dans
l'Eglise
Audience générale du 28 juillet (1)
Nous
reprenons le thème dont nous avons déjà parlé précédemment:
« Construire l'Eglise ». Il faut que tous ceux qui suivent
le Christ dans la foi et la charité fassent leur ce
programme qu'il a donné à Pierre: « Je construirai mon
Eglise. » (Mt 16, 18).
Le mot « Eglise » dans
L'Ecriture
En cet
entretien élémentaire avec vous, très chers visiteurs, il
nous suffira, à propos de ce thème si vaste et si
important, de souligner la nécessité de rétablir bien
clairement le sens de ce mot fondamental dont on a fait un
usage polyvalent Que signifie le mot « Eglise » dans la
pensée du Christ? Il convient de faire remarquer que le mot
e Eglise a, déjà utilisé çà et là dans l'Ancien Testament
(cf. Dt 9, 10, etc.), se trouve trois fois dans les
évangiles (Mt 16, 18; 18, 17; 18, 17 bis). Mais les exégètes du Nouveau Testament
le retrouvent vingt-trois fois dans les Actes des Apôtres,
soixante-quatre fois dans les lettres de saint Paul. On le
trouve aussi dans d'autres textes apostoliques et dans de
nombreux écrits de la première Tradition (cf. saint Ignace
d'Antioche, Ad
Smyrnaeos, VIII,
où apparaît pour la première fois l'expression
catholica
ecclesia). Eglise
signifie assemblée, réunion, rassemblement en vue d'un acte
religieux; et elle revêt le sens de communauté, souvent
utilise pour désigner la communauté locale (cf. I Co 1, 2;
Rm 16, 1; Ap 1, 4), ou la collectivité réunie dans une
maison (Rm 16, 5; Col 4, 15, etc.). L'Eglise est
l'expression sociale du « Royaume de Dieu », du « Corps
mystique » du Christ dont il est la tête (Ep 1, 22-23; Col
1, 17; 2, 17). Elle est plénitude du Christ (Ep 1, 23),
épouse du Christ (Ep 5, 25), etc. Le Concile énumère
diverses images qui permettent de saisir la signification
multiple du mot « Eglise » (cf. Lumen gentium, 6). Nous retiendrons ici le symbole
choisi par le Christ et dont nous avons parlé plus haut: l'
« édifice » de Dieu construit par lui-même. « J'édifiai mon
Eglise. »
« Vous êtes l'édifice de Dieu
», dit saint Paul (cf. 1; Co 3, 9). Cette expression, qui
fait écho à la pensée du Seigneur, renferme certaines
notions constitutionnelles de l'Eglise l'origine divine de
l'édifice mystique; son développement, lui aussi divin; sa
composition humaine et sociale; son adhésion intime et
structurelle (cf. L. CERFAUX: la Théologie de l'Eglise suivant
saint Paul, Paris
1948).
L'Eglise, communion de
foi et de charité
Un mot,
souvent utilisé, aujourd'hui, semble résumer et exprimer
cet aspect de l'Eglise: le mot « communion », dans sa
double référence à Dieu et aux chrétiens.
Le Concile l'emploie souvent:
l'Eglise est une communion de foi et de charité (cf.
Lumen
gentium, 4, 9
spécialement, 13, 23, 49, etc.). C'est un mot très beau qui
s'applique bien à l'édifice que nous sommes appelés à
construire avec le Christ et sa main active: la communion,
cause et effet de sa consistance, de sa solidité, et aussi
de sa vitalité, puisqu'il s'agit d'un corps social, d'un
édifice vivant. Dans notre étude, communion veut dire grâce
lorsqu'elle exprime le rapport qui nous unit à Dieu; elle
veut dire amour fraternel dans la participation à la même
foi, la même espérance et la même charité lorsqu'elle
s'applique à nos rapports avec nos frères. Elle est comme
la circulation du sang dans un homme vivant et sain. Elle
est un facteur d'unité spirituelle et sociale dans un
organisme composite. Saint Paul scelle la notion et le
précepte de la communion chrétienne dans cette magnifique
recommandation: « Appliquez-vous à garder l'unité de
l'esprit par le lien de la paix. » (Ep 4, 3.)
La communion est donc le
ciment qui unit et rassemble les différentes parties de «
l'édifice Eglise », qu'il s'agisse de sa composition
mystique, la communion des saints, ou de son expression
communautaire, la communion catholique c'est-à-dire
l'insertion organique et catholique dans le corps visible
de l'Eglise.
L'oecuménisme
Nous devons
reconnaître que ce caractère unitaire de l'Eglise est
devenu aujourd'hui plus évident et mieux ressenti. Qu'il
interprète la pensée authentique et suprême du Christ,
personne ne le contestera (cf. Jn 17). L'oecuménisme en a
réveillé l'exigence pour tous; il a donné plus de joie et
d'humilité aux chrétiens qui déjà en connaissent les
inestimables bienfaits; il a aussi suscité un tourment plus
conscient et un désir plus généreux chez ceux qui aspirent
encore à la communion parfaite.
Le pluralisme mal
compris
Mais la
communion qui est propre à L'Eglise catholique est un bien
tel qu'elle mérite d'être développée et défendue, même en
son sein, devant certains phénomènes négatifs qui
aujourd'hui, hélas! sont passablement répandus. Par exemple
l'équivoque sur le pluralisme, pas toujours évalué selon
son contenu positif, à savoir l'efflorescence printanière
des branches d'un même arbre, la recherche toujours
nouvelle, l'expression originale et multiple de la vérité
divine contenue dans le « dépôt » sacré de la foi (cf. 1,
Tm 4, 67; 6, 20; 2 Tm 1, 12-14, etc.). On voit au contraire
dans le pluralisme un légitime « libre examen » de la
Parole de Dieu et du magistère de l'Eglise, fait d'une
façon subjective.
La critique
systématique et la dissension corrosive
La même
chose peut être dite de la critique systématique de la
discipline de l'Eglise qui se répand dans certains groupes,
de la dissension corrosive qui lèse la concorde et la
collaboration fraternelle. Ce n'est pas en réagissant ainsi
à certaines limites et à certains défauts qui peuvent
exister dans le catholicisme que l'on peut construire
l'Eglise. Ce n'est pas son style; ou plutôt ce n'est pas
l'attitude qui élève et embellit l'Eglise du Christ.
Ce qui construit l'Eglise
vivante, nouvelle et authentique de notre temps, c'est bien
plutôt la bonté, l'amitié, la concorde, la collaboration,
la solidarité (Ga 6, 13), et cet esprit d'association entre
frères dans la foi et la charité qui s'est malheureusement
atténué aujourd'hui, mais qui est en train de renaître.
Avec notre bénédiction
apostolique.
(1) Texte
italien dans l'Osservatore Romano
du 29 Juillet 1976.
Traduction et sous-titres de la DC.