Construire l'Eglise par
l'amour
Audience générale du 21 juillet
(1)
Construire
l'Eglise, avons-nous déjà dit, tel est notre grand devoir à
nous chrétiens de notre temps; chrétiens de ce temps où,
nous l'espérons tous, s'apaisera ce qui subsiste encore des
conséquences conflictuelles et psychologiques des terribles
conflagrations qui, en ce siècle, ont ensanglanté la terre
et exacerbé ses peuples. Et en même temps, nous espérons
que l'on trouvera de nouvelles formules de rapports justes
et pacifiques permettant d'apporter une solution aux
dissensions sociales qui agitent la société. C'est dans ce
monde temporel, que nous espérons réconcilié, qu'il s'agit
de construire l'Eglise, c'est-à-dire donner une consistance
et une efficacité spirituelle et bienfaisante au plan
humain et divin de salut et de fraternité. Ce plan a été
conçu par le Christ, qui le poursuit continuellement à
travers les vicissitudes changeantes de l'histoire, tout au
long des siècles jusqu'à aujourd'hui, en notre siècle dont
certains pensent qu'il présente les signes d'une fatale
décadence religieuse, tandis que, par ailleurs, il
manifeste encore mieux les vertus prophétiques du
christianisme devant la civilisation moderne. Pour nous,
l'héritage du récent Concile nous encourage à espérer et
nous oblige à agir.
Construire l'Eglise, cela
peut vouloir dire deux choses: d'une part, reconstruire
cette Eglise dont nous avons reçu un héritage très riche,
mais qui a tant besoin d'être purifié dans l'esprit de
l'Evangile (combien d'encouragements nous viennent, en ce
sens, de l'expérience morale de la pensée contemporaine!),
et d'être restauré, spécialement pour ce qui est des
valeurs religieuses, que le monde d'aujourd'hui ne sait
plus apprécier et estimer, alors qu'il en a tant besoin!
Construire l'Eglise, cela veut dire, d'autre part, en
regardant plus vers l'avenir que vers le passé, continuer
l'ancienne construction et aussi la rénover, avec une
fidélité traditionnelle, lui donner des développements
nouveaux qui correspondent à ses exigences historiques et
constitutionnelles.
Qu'est-ce que
l'Eglise?
C'est alors
qu'une immense question se pose à tous: l'Eglise, qu'est-ce
que c'est? Ce nom peut, en effet, signifier beaucoup de
choses très différentes, étant donné l'expérience
historique, culturelle et sociale dont ce « royaume de Dieu
», annoncé par le Christ dans l'Evangile, fut à la fois
cause et effet, obligeant la conscience des hommes de notre
temps à rénover, sur le plan de la pensée et de l'action,
la notion, la vraie notion, essentielle et vitale, de cette
Eglise que nous disons vouloir construire, reconstruire et
exprimer en un édifice nouveau et cohérent.
Qu'est-ce que l'Eglise? Cette
question se fait pressante, également pour les multiples
opinions, dont beaucoup sont aberrantes, qui nous donnent
de l'Eglise des descriptions incertaines et arbitraires. La
Providence a heureusement voulu que cette question
(Qu'est-ce que l'Eglise?) soit au centre de la doctrine du
récent Concile, lequel a permis à l'Eglise de voir son
visage dans un miroir limpide, en même temps qu'il
permettait au monde profane de le voir dans une perspective
certainement noble et intéressante, quelle que soit la
façon dont on la considère. L'ecclésiologie est le chapitre
d'actualité de la théologie.
Nous en avons une preuve
également dans un document d'une grande valeur, publié
récemment par l'épiscopat lombard (novembre 1975), qui
exprime le besoin de bien voir le profil théologique de
l'Eglise. Les évêques de Lombardie disent: « Le IIe Concile
du Vatican nous a longuement expliqué ce qu'est l'Eglise et
nous renvoyons à son admirable doctrine. Il nous semble
toutefois utile d'en rappeler certaines lignes
essentielles. L'Eglise — selon l'enseignement du
Concile — est le mystère de communion des hommes avec
Dieu le Père et entre eux, par l'action du Christ, dans
l'Esprit-Saint. Autrement dit, elle est le Peuple de Dieu
que le Père éternel rassemble de toute race humaine, de
tout endroit de la terre et de tout siècle de l'histoire;
que le Seigneur Jésus rachète par sa mort et sa
résurrection; que l'Esprit-Saint éclaire par sa lumière
intérieure, sanctifie par la grâce, unifie par la foi,
l'espérance et la charité, et guide par le ministère
visible de ceux qui ont été chargés de paître le troupeau
des hommes réconciliés par le sang de l'Agneau (cf. Ac 20,
28) » (2).
Comment la
construit-on?
Nous ne
ferons pas ici un exposé doctrinal. Qu'il nous suffise de
réaffirmer l'idée, l'intention qui guide nos paroles:
construire l'Eglise. D'où une seconde question
fondamentale: comment peut-on construire l'Eglise?
demandions-nous à l'audience générale de la semaine
dernière. On peut, on doit construire sur la foi, comme le
Christ lui-même l'a enseigné en donnant à l'apôtre le nom
de Pierre et en faisant en même temps l'éloge de sa foi. Et
nous demanderons encore: avec quelle force pouvons-nous la
construire? Nous répondrons avec la force de l'amour. Seul
celui qui aime l'Eglise peut la construire, c'est-à-dire
l'édifier, la vivifier. Et sous cet aspect, le Christ
lui-même est notre exemple: « Le Christ a aimé l'Eglise,
dit saint Paul, et il s'est sacrifié pour elle. » (Ep 5,
25.) L'expression et la mesure la plus haute de l'amour,
c'est le sacrifice. « Nul n'a d'amour plus grand que celui
qui se dessaisit de sa vie pour ceux qu'il aime », a dit
Jésus (Jn 15, 13).
N'est-ce pas l'amour qui
soutient les pasteurs (cf. Jn 10, 11; 21, 15 et s.)?
N'est-ce pas l'amour, le don de soi, qui est à la racine
des vocations? N'est-ce pas l'amour qui pousse les
missionnaires vers les terres inhospitalières et lointaines
(2 Co 5, 14)? N'est-ce pas l'amour qui rassemble les
communautés ecclésiales et les pousse à agir (cf. Jn 13,
34)?
Construire l'Eglise par
amour, dans l'amour, voilà notre force. Avec notre
bénédiction apostolique.
(1) Texte
italien dans l'Osservatore Romano
du 22 juillet 1976.
Traduction et sous-titres de la DC.
Cette audience générale a eu
lieu, comme les suivantes, dans la salle d'audiences du
Vatican. Paul VI était revenu spécialement de Castel
Gandolfo, où il réside depuis le 15 juillet.
(2) DC
1976, n° 1689, p. 39.
(NDLR.)