Les ordinations d'Ecône


     Sous le titre: « A propos des fondations de Mgr Lefebvre », le bulletin du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg (Evangile et Mission, Semaine catholique en Romandie, 8 juillet 1976) publie un troisième dossier (1) — que nous reproduisons intégralement ci-après en y ajoutant divers autres documents (à partir du communiqué des évêques suisses) — après l'ordination par Mgr Lefebvre en son séminaire d'Ecône (Valais), le 29 juin, de 13 prêtres et de 13 diacres, malgré l'interdiction formelle qui lui avait été notifiée par le Saint-Siège.

     N.-B. — Ce dossier s'arrête à la date du 23 juillet. Nous reviendrons ultérieurement sur la mesure — dite suspense a divinis — prononcée par le Saint-Siège à l'égard de Mgr Lefebvre.

     « Nous n'admettons pas... » (Paul VI, Consistoire du 24 mai 1976.)
          AUX PRÊTRES ET AUX FIDÈLES DU DIOCÈSE,
     Vous lirez ici le communiqué que j'ai publié à la suite des ordinations faites à Ecône le 29 juin dernier.
     Vous lirez ici aussi les lettres que j'ai écrites à Mgr Lefebvre ainsi qu'à M. l'abbé Denis Roch (de Genève).
     Vous devez savoir que tout cela a été fait dans la conviction profonde qu'il n'y avait plus d'autre chemin ouvert devant nous.
     Je me suis appuyé sur vos prières. Il faut poursuivre cette intercession pour que la paix et la communion soit restaurées.
     Mais je m'appuie aussi sur votre volonté d'obéissance. Dans son discours au Consistoire (24 mai 1976, cf. Evangile et Mission, n° 24, 17 juin 1976, en particulier p. 418 et 419) (2), après avoir parlé de Mgr Lefebvre, le Pape a dit avec fermeté qu'il n'admettait pas l'attitude
     
— De ceux qui se croient autorisés à créer leur propre liturgie;
     — De ceux qui minimisent l'enseignement doctrinal dans la catéchèse ou qui dénaturent celle-ci au gré des intérêts, des pressions ou des exigences des hommes;
     — De ceux qui feignent d'ignorer la Tradition vivante de l'Eglise, depuis les Pères jusqu'aux enseignements du Magistère, et qui réinterprètent la doctrine de l'Eglise et l'Evangile lui-même, les réalités spirituelles, la divinité du Christ, sa résurrection ou l'Eucharistie, en les vidant pratiquement de leur contenu;
     — De ceux qui réduisent la fonction spécifique du ministère sacerdotal;
     — De ceux qui transgressent malheureusement les lois de l'Eglise ou les exigences éthiques rappelées par elle;
     — De ceux qui interprètent la vie théologale comme une organisation de la société d'ici-bas, et même qui la réduisent à une action politique, adoptant dans ce but un esprit, des méthodes ou des pratiques contraires à l'Evangile.

     Ce sont là de graves questions qui nous sont posées chacun d'entre nous, prêtre, religieux, religieuse et laïc, nous devons nous interroger. Des expériences, ou des initiatives téméraires, des compromis inacceptables, des publications ou des articles dont le contenu n'est pas conforme à la foi révélée et enseignée, reconnaissons-le, humblement et courageusement, doivent être écartés ou corrigés, chez nous aussi.
     Le Pape Paul VI a dit: « Nous n'admettons pas... » L'obéissance nous est demandée, une fois de plus; il s'agit de la transmission de la foi, dans sa pureté et son intégrité. Ce que nous n'avons pu accepter de Mgr Lefebvre et de ses amis, nous ne pouvons l'accepter de qui que ce soit.
     Chaque jour, à la messe, vous dites: « en union avec le Pape Paul VI, avec notre évêque et son auxiliaire ». Cette prière n'a de sens que si elle s'incarne dans tous les actes de votre vie. C'est la grande leçon que nous donne aujourd'hui le drame d'Ecône.
     L'intégralité de l'enseignement doctrinal et pastoral du Magistère nous est confiée. Il faut y adhérer sans réserve; il faut en vivre et en faire vivre les autres.
     C'est aux prêtres et aux religieux que je m'adresse, mais les fidèles, eux aussi, doivent s'interroger, d'autant plus que leur mission propre d'apôtres et de témoins de l'Evangile a été reconnue, encouragée, soutenue, tant par le dernier Concile que par notre synode diocésain.
     Il faut d'abord que chacun s'interroge afin que nous ne soyons pas contraints, de nouvelles fois, d'agir contre ceux qui, d'un côté comme de l'autre, s'écartent du seul chemin de la vérité et y entraînent ceux qui leurs sont confiés.
     Il faut ensuite poursuivre nos recherches doctrinales et pastorales, avec patience et générosité, avec imagination et fidélité, afin que la parole de Dieu soit mieux connue, aimée et comprise dans la langue des hommes d'aujourd'hui.
     Il faut enfin rendre grâce à Dieu pour tant de grâces reçues, pour tant de grâces que nous avons transmises, puisque Dieu a fait de nous ses ministres.
     La voie est étroite, mais elle est la voie ardue, rencontre de Dieu, dans la lumière.
     Fribourg, le 1er juillet 1976.

     † Pierre MAMIE,
     
évêque de Lausanne, Genève et Fribourg.


Communiqué de l'évêque de Lausanne, Genève et Fribourg
A propos d'Ecône

     Mgr Marcel Lefebvre a donc ordonné treize prêtres et treize diacres, à Ecône, le 29 juin dernier, fête des saints Pierre et Paul.
     L'un des nouveaux prêtres est M. l'abbé Denis Roch, originaire de Genève. Dans son faire-part d'ordination, il a annoncé la célébration d'une « messe solennelle qu'il chantera au Palais des Expositions à Genève, le dimanche 4 juillet 1976, 4e dimanche après la Pentecôte, à 10 heures. L'homélie sera donnée par S. Exc. Rme Marcel Lefebvre, supérieur général de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X ».
     Mgr Lefebvre a reçu, le 17 juin dernier, une lettre du Saint-Siège lui prescrivant, par mandat spécial du Souverain Pontife, de « rigoureusement s'abstenir de conférer les ordres à partir du moment où il aura reçu la présente injonction », Nous avons donc non seulement le droit, mais le devoir d'interdire à Mgr Lefebvre de prêcher sur tout le territoire de notre diocèse et à M. l'abbé Denis Roch de célébrer la sainte messe, d'entendre les confessions (nous lui refusons la juridiction indispensable à la validité du sacrement de pénitence) et d'exercer quelque ministère que ce soit, sacramentel ou non.
     Les catholiques du diocèse, de même que tous ceux qui passeraient chez nous, doivent être avertis: aucun catholique n'est autorisé à participer à la première messe du 4 juillet; personne désormais ne peut suivre de bonne foi Mgr Lefebvre ou demander un service ecclésial ou ministériel à M. l'abbé Denis Roch. Ainsi, les choses sont claires.
     Dès 1971, nous avons écouté Mgr Lefebvre, nous lui avons écrit, nous lui avons parlé « seul à seul » (Mt 18, 15). Il ne nous a pas écouté.
     Dès 1974, nous avons présenté la situation au Saint-Siège qui, après avoir soigneusement étudié les dossiers, a pris les décisions du 6 mai 1975. N'ayant plus l'appui juridique, la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X, ses fondations, et notamment le séminaire d'Ecône, ont perdu le droit à l'existence.
     Comme on a refusé de nous écouter, et surtout d'écouter S. S. le Pape Paul VI, nous sommes contraints, dans la peine, sans abandonner l'espérance — qui demeure la plus forte — et la charité qui demeure, de le dire à toute l'Eglise du diocèse.
     Fribourg, le 30 juin 1976.

     † Pierre MAMIE,
     
évêque de Lausanne, Genève et Fribourg.


Première lettre à Mgr Marcel Lefebvre

1701 Fribourg, le 23 juin 1976.

Son Excellence Monseigneur Marcel Lefebvre
1908 EC0NE

          MONSEIGNEUR,

     Que Dieu me fasse la grâce de vous parler, aujourd'hui, comme le fait le Père commun des fidèles.
     Tout récemment, le 24 mai 1976, S. S. le Pape Paul VI, parlant aux cardinaux à l'occasion du Consistoire, a déclaré, en vous nommant: « C'est donc avec une profonde amertume, mais aussi avec une paternelle espérance, que nous nous adressons une fois de plus à ce confrère, à ses collaborateurs et à ceux qui se sont laissé entraîner par eux. [...] Nous les attendons le coeur grand ouvert, les bras prêts à les étreindre: puissent-ils retrouver, dans l'humilité et l'édification, pour la joie du Peuple de Dieu, la voie de l'unité et de l'amour! »
     Vous savez que la gratitude de beaucoup de fidèles à votre égard serait immense s'ils apprenaient qu'effectivement vous retrouvez cette « voie de l'unité et de l'amour » en répondant enfin à ce nouvel appel du successeur de Pierre.
     Hélas! pour le moment, c'est une mauvaise nouvelle qui nous atteint.
     Je me réfère à la copie de la lettre du 12 juin 1976 de Mgr Giovanni Bunelli, substitut de la Secrétairerie d'Etat, à Mgr Ambrogio Marchioni, nonce apostolique en Suisse — copie transmise aux évêques suisses — et qui vous communique que:
     «
De mandato speciali Summi Pontificis, dans l'état actuel des choses et demeurant fermes les dispositions du canon 2373, 1, du Code de droit canonique, il (Mgr Lefebvre) doit rigoureusement s'abstenir de conférer les ordres à partir du moment où il aura reçu la présente injonction. »
     Vous avez reçu cette communication le 17 juin dernier.
     Si j'en crois aussi les informations qui me parviennent par les « faire-part » et les invitations qu'envoie actuellement à Genève, dans mon diocèse, M. Denis Roch, et par des demandes d'utilisation de lieux de culte qui m'ont été faites pour sa première messe, vous auriez donc décidé d'ordonner prêtre, le 29 juin prochain, cet élève de l'école que vous maintenez à Ecône après la suppression canonique du séminaire.
     Comment auriez-vous pu recevoir des lettres dimissoriales d'un évêque en communion avec le Saint-Père? J'ignore à quel titre légitime ce candidat pourrait être ordonné. De plus, vous auriez accepté de prononcer l'homélie de sa première messe solennelle, le 4 juillet prochain à Genève.
     Ces actes, faut-il vous le dire, qui seraient accomplis alors que vous demeurez — « quelles que soient vos intentions » — en état de désobéissance publique à l'égard du Souverain Pontife, constitueraient de nouvelles désobéissances graves au successeur de Pierre. Je vous en supplie, au nom de notre amour pour le Christ et pour son Eglise, de ne pas les accomplir.
     Je dois aussi vous dire que si vous maintenez ces décisions, je serai obligé de vous interdire de prononcer cette homélie sur le territoire de mon diocèse, comme j'interdirai à celui que vous ordonneriez prêtre de célébrer la messe et d'assurer un ministère sacerdotal sur le territoire de ce même diocèse.
     Je me réfère, d'une part, au texte du
Motu proprio du Pape Paul VI « Pastorale munus », du 30 novembre 1963, concernant le premier des privilèges qui appartiennent aux évêques, à savoir: « 1. Prêcher la parole de Dieu dans le monde entier, sauf interdiction expresse de l'Ordinaire du lieu (3) » (Pastorale munus, II, 1), et, d'autre part, aux prescriptions de S. S. le Pape Paul VI, des Congrégation romaines et des évêques suisses concernant le rite de la messe.
     J'attends dans la confiance votre réponse
avant le 27 juin prochain. Si vous maintenez votre refus d'obéissance au Saint-Père, le Pape Paul VI, le scandale qui serait causé ainsi m'obligerait aussi à rendre publiques mon désaccord et mes interdictions.
     Si vous désirez me rencontrer, vous savez que jamais je n'ai refusé de vous recevoir ou de vous écouter.
     De grâce, Monseigneur et mon frère dans l'épiscopat, pensez d'abord au bien de l'Eglise et des fidèles; le chemin vous a été clairement tracé par le Saint-Père.
     Je vous reste uni dans la prière.

     † Pierre MAMIE,
     
évêque de Lausanne, Genève et Fribourg.


Deuxième lettre à Mgr Marcel Lefebvre

1701 Fribourg, le 30 juin 1976.

Monseigneur Marcel Lefebvre
1908 ECONE

          MONSEIGNEUR,

     Le 23 juin dernier je vous écrivais pour vous dire ce que je pensais de la cérémonie d'ordination sacerdotale annoncée pour le 29 juin 1976 à Ecône et de la première messe de M. l'abbé Denis Roch, qui est prévue au Palais des Expositions à Genève, le 4 juillet prochain, avec la prédication assurée par vous-même.
     Je vous demandais une réponse pour le 27 juin: réponse qui ne m'a pas été donnée.
     J'ai appris hier, 29 juin, que refusant d'obéir au précepte formel de S. S. le Pape Paul VI — précepte qui vous a été notifié le 17 juin dernier —, vous avez ordonné treize prêtres (4).
     L'Eglise de Jésus et la foi authentique ne sont-elles plus pour vous inséparables de la communion avec celui qui est appelé, aujourd'hui, à « confirmer ses frères » dans la foi, le Pape Paul VI?
     Dès lors, comme je vous l'indiquais dans ma lettre du 23 juin 1976, en application du Code de droit canonique et de la lettre apostolique
Pastorale munus du 30 novembre 1963 (II, 1), je vous interdis, dès réception de la présente lettre, toute prédication sur l'ensemble du territoire de mon diocèse.
     Si je suis contraint de prendre une si grave décision, c'est non seulement en application des dispositions canoniques, mais aussi dans un souci pastoral et apostolique, face aux diocésains qui me sont confiés et qui attendent maintenant une parole claire sur votre attitude et sur le vrai chemin qui, par le successeur de Pierre, conduit à l'Eglise voulue par le Seigneur.
     Pour ces mêmes raisons, je suis maintenant obligé de rendre publiques les dernières lettres que je vous ai écrites et les décisions que j'ai dû prendre.
     Je ne puis douter que, par grâce, Dieu nous aidera à retrouver une unité et une communion que vous venez de briser.
     Je vous reste fidèlement uni dans la prière,
cum Maria in Christo lesu.

     † Pierre MAMIE,
     
évêque de Lausanne, Genève et Fribourg.


Première lettre à M. l'abbé Denis Roch

1701 Fribourg, le 26 juin 1976.

Monsieur Denis Roch
1908 ECONE

          MONSIEUR,

     Cette lettre demeure remplie d'espérance et pourtant vous la recevez la veille d'un jour qui devrait être plein de joie si le chemin que vous avez choisi n'était pas une impasse.
     Vous avez envoyé des faire-part qui annoncent que vous allez être ordonné prêtre le 29 juin prochain à Ecône par Mgr Marcel Lefebvre. Je ne vois pas comment un évêque en communion avec le Pape a pu vous donner des lettres dimissoriales ou à quel titre légitime vous pourriez recevoir cette ordination.
     Je regrette profondément que tout cela arrive sans que j'aie eu l'occasion de vous rencontrer, comme je vous en avais exprimé le désir par l'intermédiaire de M. le curé de Troinex. Je suis toujours prêt à vous recevoir, car je garde toujours, malgré tout, une grande espérance.
     De plus, j'apprends que vous voulez célébrer votre première messe solennelle au Palais des Expositions à Genève le 4 juillet prochain. Vous devez savoir que j'ai refusé l'autorisation sollicitée pour la célébration de cette première messe dans une église ou chapelle de Genève. Je ne puis donner mon accord à votre décision. Vous avez encore invité Mgr Lefebvre à prêcher au Palais des Expositions à Genève. Je viens d'écrire à Mgr Lefebvre pour le supplier de ne pas prononcer l'homélie durant cette célébration. Si vous maintenez cette célébration, je serai contrait de l'interdire, non seulement conformément au droit ecclésiastique, mais bien aussi parce que les fidèles doivent savoir où est le vrai chemin qui par le successeur de Pierre conduit à l'Eglise. voulue par le Seigneur.
     Quant à vous, je ne pourrai accepter que vous exerciez un ministère, y compris la célébration eucharistique, dans mon diocèse, si vous persistez dans une attitude qui est un refus de l'autorité de l'Eglise.
     Vous devez penser, cher Monsieur, que j'ai beaucoup réfléchi et prié avant de vous dire tout cela. Je pense qu'il est de mon devoir de pasteur de prendre les mesures nécessaires pour que cesse parmi les fidèles le trouble que fait naître l'attitude incompréhensible et même blessante de Mgr Lefebvre, de ses amis et de ses disciples.
     Je vous attends pour parler avec vous. Je souhaite que l'Esprit-Saint et la Vierge Marie vous éclairent pour que vous retrouviez le chemin de la vérité qui ne peut être que le chemin qui passe par le successeur de Pierre.
     Croyez, Monsieur, à ma très fidèle prière.

     † Pierre MAMIE,
     
évêque de Lausanne, Genève et Fribourg.


Deuxième lettre à M. l'abbé Denis Roch

1701 Fribourg, le 30 juin 1976.

Monsieur l'abbé Denis Roch
1908 ECONE

          MONSIEUR L'ABBÉ,

     Je vous ai écrit le 26 juin dernier pour vous dire mes inquiétudes lorsqu'on m'a annoncé que vous seriez ordonné prêtre à Ecône le 29 juin et que vous célébreriez votre première messe le 4 juillet prochain au Palais des Expositions à Genève.
     Vous avez donc été ordonné prêtre à Ecône, le 29 juin, par Mgr Marcel Lefebvre.
     Ce sont là des actes graves qui blessent et qui brisent l'unité voulue par le Seigneur. Que signifient maintenant pour vous les paroles de la messe «
una cum Papa nostro Paulo »?
     Ainsi, conformément à ma lettre du 26 juin 1976, je me vois aujourd'hui contraint de vous notifier canoniquement l'interdiction de tout ministère sacerdotal ou autre, notamment la célébration de l'Eucharistie et l'administration du sacrement de pénitence en tout lieu de mon diocèse.
     Cette grave décision m'est dictée non seulement par les exigences canoniques, mais aussi par le souci pastoral d'éclairer les fidèles et de prévenir toute confusion.
     Au sujet du sacrement de pénitence, non seulement je vous interdis de l'administrer sur le territoire de mon diocèse, mais je vous refuse le pouvoir de juridiction qui vous est nécessaire pour donner validement l'absolution des péchés (canon 872), pouvoir qui ne peut vous être accordé que par l'Ordinaire du lieu (canon 874).
     Malgré tout le mal causé par les désobéissances, je garde l'espérance. Je vous attends: le jour où vous accepterez une pleine soumission au Seigneur Jésus, à son Eglise et au Souverain Pontife, le Pape Paul VI, nous pourrons chercher pour vous un autre avenir, dans la paix retrouvée.
     Croyez, Monsieur l'Abbé, à ma très fidèle prière.
     Que la Vierge Marie vous éclaire, qu'elle nous donne de n'être jamais séparés de l'Eglise de son Fils.

     † Pierre MAMIE,
     
évêque de Lausanne, Genève et Fribourg.


Réaction romaine aux ordinations d'Ecône

     Le P. Romeo Panciroli, porte-parole de la salle de presse du Saint-Siège, a déclaré le 1er juillet:
     Selon des informations parvenues de Suisse, Mgr Marcel Lefebvre a effectivement procédé à l'ordination d'un certain nombre de prêtres et de diacres. Selon ces mêmes informations, les candidats seraient dépourvus de lettres dimissoriales de leur Ordinaire ou d'un titre canonique valide.
     Dans ce cas, s'appliquent les normes suivantes du Code de droit canonique:

     1. Mgr Lefebvre a encouru automatiquement la suspension pour un an de la collation des ordres, suspension réservée au Siège apostolique. (Il en est de même pour les précédentes ordinations qui auraient pu avoir lieu dans les mêmes conditions, avec la circonstance aggravante, dans ce cas, de l'irrégularité liée à une récidive.) Cette suspension s'ajoute à l'interdiction de conférer les ordres prononcée par le Saint-Père et transgressée par Mgr Lefebvre, mais évidemment toujours valide et active.

     2. Ceux qui ont été ordonnés sont
ipso facto (automatiquement) suspendus de l'ordre reçu et s'ils l'exerçaient seraient dans une situation irrégulière et délictueuse. Les prêtres qui auraient été déjà suspendus pour une précédente promotion irrégulière au diaconat pourraient être punis avec des peines sévères selon les circonstances, en plus du fait de s'être mis dans une situation irrégulière.

     3. Le Saint-Siège examine le cas particulier de la désobéissance formelle de Mgr Lefebvre aux instructions du Saint-Père qui, par des documents des 12 et 25 juin 1976, lui interdisait expressément de procéder aux ordinations. Même des interventions fraternelles ces derniers jours, mises en oeuvre par le Saint-Père pour faire renoncer Mgr Lefebvre à son projet, n'ont pu empêcher que cette interdiction fût violée (5).

     
(Ici se termine le dossier publié par le bulletin du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg. Les documents qui suivent viennent de différentes autres sources.)


Communiqué des évêques suisses

     A l'issue de leur Assemblée plénière, qui s'est tenue à Einsiedeln du 5 au 7 juillet 1976, les évêques suisses ont publié la déclaration suivante (6):

     Conscients de leur responsabilité envers l'unité de l'Eglise, les évêques suisses ont suivi avec une préoccupation croissante les événements d'Ecône.
     Le fondateur d'Ecône, Mgr Marcel Lefebvre, a manifesté, d'une manière toujours plus nette, son opposition ouverte au IIe Concile du Vatican et à l'autorité suprême de l'Eglise. Nous savons que le Pape Paul VI ainsi que plusieurs évêques ont fait de nombreuses démarches en vue d'une conciliation avec Mgr Lefebvre. Malheureusement toutes ces tentatives ont été vaines. En effet, Mgr Lefebvre a transgressé, toujours plus, certaines normes fondamentales de l'Eglise. Les ordinations illicites du 29 juin sont l'expression d'une résistance ouverte contre le Pape et l'Eglise.
     Vu ces faits, les évêques suisses affirment les points suivants:
     — Celui qui, en toute liberté, veut être membre de l'Eglise catholique romaine, ne peut pas se situer sciemment en opposition avec la foi et la discipline de cette Eglise et se soustraire à l'autorité du Concile et du Pape.
     — Comme Mgr Lefebvre refuse manifestement l'obéissance à l'autorité suprême de l'Eglise, il se retranche lui-même de la communion de l'Eglise catholique, aussi longtemps qu'il demeure dans son attitude.
     — Les prêtres, les séminaristes et les laïcs qui continueraient à suivre Mgr Lefebvre doivent être conscients qu'ils se retranchent également de la communauté ecclésiale. Nous leur demandons d'examiner leur attitude et de ne pas rompre avec l'unité de l'Eglise.
     — Les prêtres et les diacres qui ont été ordonnés à Ecône contre la volonté de l'Eglise et qui, de ce fait, n'ont aucun mandat pour exercer un ministère, ont en tout temps la possibilité de prendre contact avec l'autorité compétente en vue de trouver une solution pour leur avenir.
     — Ceux qui, par ailleurs, dans la mise en oeuvre du renouveau nécessaire voulu par le Concile, ne tiennent pas compte des directives de l'Eglise, sèment eux aussi la confusion. Par leurs innovations et leurs expériences hasardeuses, ils courent également le danger de rompre avec l'Eglise.
     Toute division est en opposition à la volonté du Christ. C'est pourquoi nous attendons que l'appel pressant du Pape à l'unité soit entendu et suivi.


Communiqué du cardinal Marty

     L'abbé du Chalard, originaire du diocèse de Chartres, qui avait été ordonné prêtre par Mgr Lefebvre, à Ecône, le 29 juin, a célébré une première messe à Paris, aux arènes de Lutèce, dans la soirée du samedi 3 juillet. Auparavant, le cardinal Marty, archevêque de Paris, avait publié le communiqué suivant (7):

     Des jeunes prêtres ont été ordonnés illicitement à Ecône, le 29 juin dernier. L'un d'entre eux doit célébrer la messe à Paris samedi après-midi. En communion avec le Pape Paul VI et en lien avec Mgr Pierre Mamie, évêque de Lausanne, Genève et Fribourg, j'ai non seulement le droit mais le devoir d'interdire à Mgr Lefebvre de prêcher sur tout le territoire du diocèse de Paris, et aux jeunes prêtres ordonnés le 29 juin de célébrer la sainte messe, d'entendre les confessions (je leur refuse la juridiction indispensable à la validité du sacrement de pénitence) et d'exercer quelque ministère que ce soit, sacramentel ou non.
     Je reste douloureusement surpris devant l'incompréhensible obstination d'un évêque qui déchire l'unité de l'Eglise. J'invite ceux des jeunes prêtres ordonnés à Ecône, qui sont originaires de Paris, à venir me rencontrer.
     Je ne renonce pas au dialogue avec eux, mais la communauté chrétienne de Paris doit savoir qu'ils n'ont reçu aucune mission. Ils sont actuellement suspens (Code de droit canonique, n° 985 et 2374).


Réponse du cardinal Marty à des lettres de protestation

     A la suite de ce communiqué, le cardinal Marty a reçu un certain nombre de lettres de protestation. Nous publions ci-après la réponse du cardinal à ce courrier (8):

Le 10 juillet 1976.

Vous m'avez fait partager votre réaction. Je vous en remercie. Je sais votre souffrance et croyez qu'avec le Saint-Père je souffre moi-même de cette déchirure de la communion. Votre jugement est parfois violent; il respecte mal la vérité des faits et la foi des personnes. En effet, c'est l'annonce provocante de la messe aux Arènes de Lutèce qui m'a amené à redire ma communion avec le Pape Paul VI et à exercer ma responsabilité de gardien de la foi catholique à Paris.
     Toute l'Eglise doit être fidèle à la tradition vivante; mais celle-ci requiert de trouver pour aujourd'hui l'expression nouvelle des exigences uniques de l'Evangile. Le message évangélique confié par Jésus-Christ à ses disciples ne change pas; mais le monde change.
     Ne plus recourir à des usages religieux ou à des méthodes pastorales adaptés aux besoins d'une époque passée, s'efforcer de traduire les mêmes valeurs de la religion chrétienne dans un langage adéquat, ce n'est pas renier les traditions, ce n'est pas être infidèle à la volonté de Dieu; c'est vouloir accomplir la mission telle que le Seigneur Jésus l'a confiée à son Eglise.
     Il y a certes des abus. C'est le fait de quelques prêtres et de certains laïcs. Je peux vous assurer que je veille à rappeler aux uns et aux autres leurs responsabilités personnelles. Il n'est pas juste d'affirmer que les évêques acceptent sans réagir les extravagances de tel ou tel; il n'est pas juste de méconnaître leur fermeté face à l'athéisme marxiste; il n'est pas juste de dénigrer la solidité de la formation théologique et spirituelle des séminaires de France; il n'est pas juste de dire qu'il y a plus de séminaristes à Ecône que dans les séminaires français... Il n'est pas juste, enfin, de ne jamais parler de la grande majorité des prêtres qui trouvent leur joie à mettre en oeuvre le Concile Vatican II, dans le respect des décisions du Pape et des évêques. Ces hommes sont résolument tournés vers une évangélisation nécessaire.
     Enfin, permettez-moi de vous redire qu'il ne s'agit pas dans cette difficulté présente du « latin ou de la soutane ». L'enjeu est trop grave; il touche l'Eglise en son unité; il touche le mystère eucharistique en sa vérité; il touche le respect des personnes, et plus particulièrement de ces jeunes hommes qui, malheureusement, se fourvoient en entrant dans l'institution de Mgr Lefebvre.
     Le refus d'accueillir la réforme liturgique, préparée et voulue par le Concile Vatican II, canoniquement décidée par le Pape Paul VI, signifie pour beaucoup le refus du Concile lui-même, le refus d'une Eglise qui se veut aujourd'hui soumise à son Seigneur, au service du salut des hommes de ce temps.
     Bien plus qu'une question de discipline ecclésiale, c'est la fidélité à Celui qui a dit à Pierre: « Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise. » On ne change pas l'Evangile. Je voudrais vous convaincre de ma sollicitude pastorale envers tous, et particulièrement envers vous-même.
     L'an dernier, publiquement, j'ai proposé le dialogue aux séminaristes d'Ecône; je le propose à nouveau. Ils savent qu'ils peuvent me rencontrer (9).
     En vous demandant de purifier votre regard et de prier pour l'Eglise, je vous assure de mon dévouement dans le Christ-Jésus.

     Cardinal FRANÇOIS MARTY,
     
archevêque de Paris.


Communiqué de Mgr Lallier,
archevêque de Besançon

     Les journaux ont annoncé, la semaine dernière, que les prêtres ordonnés à Ecône de manière illicite ne pourront exercer aucun ministère parce qu'ils n'ont, en vérité, reçu aucune mission de l'Eglise (can. 2374).
     Parmi eux, se trouve malheureusement un jeune de notre diocèse, Patrick Michaud. Celui-ci ne peut donc célébrer la sainte messe, entendre les confessions (je lui refuse la juridiction indispensable à la validité du sacrement de pénitence) et exercer quelque ministère que ce soit, sacramentel ou non.
     Mais je reste prêt à l'accueillir et ne doute pas que beaucoup d'entre nous prieront pour lui, pour les jeunes d'Ecône, pour l'évêque qui les a entraînés dans son « incompréhensible obstination ».

† M. L.

Eglise de Besançon, » 11 juillet 1976.)


Déclaration de Mgr Brunon,
évêque de Tulle

     Mgr Brunon a déclaré, le 4 juillet 1976, à l'occasion du VIIIe centenaire de l'église abbatiale d'Obazine:

     En ce moment, la communion ecclésiale porte en elle des fissures navrantes. L'un des anciens évêques de Tulle, Mgr Lefebvre, en brisant les liens avec l'Eglise de Rome et avec son chef, le Pape Paul VI, vient d'élargir la déchirure et d'amplifier la rupture. Nous n'abandonnons pas l'espérance, et tous, gardons toujours une vraie charité envers notre frère dans l'épiscopat. Mais nous ne pouvons pas nous taire. C'est de notre devoir d'avertir notre diocèse qui est concerné plus que d'autres.

Semaine religieuse du diocèse de Tulle », 9 juillet 1976.)


Lettre de Mgr Lefebvre à Paul VI

     Voici le texte de la lettre adressée le 22 juin dernier à Paul VI par Mgr Lefebvre, avant les ordinations du 29 juin (10):

Ecône, 12 juillet 1976.

          TRÈS SAINT-PÈRE,

     Que Votre Sainteté veuille bien comprendre la douleur qui m'étreint et ma stupéfaction en entendant, d'une part, les appels paternels que Votre Sainteté m'adresse et, d'autre part, la cruauté des coups qui ne cessent de nous frapper, dont le dernier atteint surtout mes chers séminaristes et leurs familles à la veille de leur sacerdoce, auquel ils se sont préparés depuis cinq et six années.
     Votre Sainteté me connaît depuis 1948 et sait parfaitement quelle est la foi que je professe, qui est celle de son « Credo », et connaît également ma profonde soumission au successeur de Pierre, que je renouvelle dans les mains de Votre Sainteté.
     Le trouble et la confusion répandus dans l'Eglise ces dernières années que Votre Sainteté dénonce dans son discours au dernier Consistoire, sont précisément la raison des graves réserves que nous faisons sur une adaptation périlleuse de l'Eglise au monde moderne.
     Mais je suis intimement persuadé être en pleine communion de pensée et de foi avec Votre Sainteté. Je supplie donc Votre Sainteté de nous permettre un dialogue avec des envoyés choisis par elle, parmi les cardinaux qui nous connaissent depuis longtemps, et la grâce de Dieu aidant, il ne fait pas de doute que les difficultés s'aplaniront.
     Espérant que cette suggestion agréera à Votre Sainteté, je l'assure de mon entière disponibilité, de ma respectueuse et filiale affection
in Christo et Maria.

Note préliminaire

     Voici le texte de la note préliminaire qui accompagne cette lettre:

     La lettre qui suit est la troisième du même genre adressée au Saint-Père depuis un an. Elle lui a été remise par l'intermédiaire de la nonciature de Berne à qui elle était envoyée le 22 juin, en réponse à la lettre de S. Exc. Mgr Benelli, que le nonce de Berne me communiquait le 17 juin. Cette lettre du 17 juin m'interdisait de procéder aux ordinations du 29 juin.
     Le dimanche 27 juin, un envoyé spécial de la secrétairerie d'Etat venait me rejoindre à Flavigny-sur-Ozerain en France, alors que je prêchais la retraite aux ordinands. La lettre qu'il me portait de S. Exc. Mgr Benelli se donnait pour une réponse à la lettre ci-jointe.
     Elle confirme l'interdiction des ordinations et les menaces de sanction, elle ne fait aucune allusion à la possibilité d'un dialogue même par personne entremise.
     Ainsi, il apparaît impossible d'aborder le problème de fond qui est l'accord de l'Eglise conciliaire comme l'appelle S. Exc. Mgr Benelli lui-même dans sa dernière lettre, et l'Eglise catholique. Qu'on ne s'y trompe pas, il ne s'agit pas d'un différend entre Mgr Lefebvre et le Pape Paul VI. Il s'agit de l'incompatibilité radicale entre l'Eglise catholique et I'Eglise conciliaire, la messe de Paul VI représentant le symbole et le programme de l'Eglise conciliaire.


Mise au point de « L'Osservatore Romano »

     L'Osservatore Romano (18 juillet 1976, p.2) a publié le texte ci-après, sous le titre: « Une nécessaire mise au point » (11):

     A propos des récents développements de l'affaire d'Ecône, nous avons lu dans la presse que Mgr Marcel Lefebvre risquerait l'excommunication « parce qu'il dit la messe en latin » (sic !). Il s'agit là d'une information tendancieuse et si éloignée de la vérité qu'elle nécessite une mise au point précise.
     Sans vouloir traiter à fond la question — qui va bien plus loin que le problème liturgique, comme l'a dit le Saint-Père dans son allocution au Consistoire, le 24 mai dernier (12) —, il nous faut rappeler que la controverse ne porte nullement sur le latin ni même uniquement sur le rite en lui-même, c'est-à-dire sur l'
Ordo Missae qui, rénové dans son texte latin, conformément aux indications du IIe Concile du Vatican, a été successivement traduit dans les différentes langues. Il s'agit de bien autre chose, et beaucoup plus grave: outre le refus d'adopter cet Ordo, après sa promulgation régulière et après les opportunes prescriptions publiées à ce sujet par la Congrégation romaine compétente, il y a toute une ligne d'orientation et d'action, exprimée dans des convictions et dans des actes, qui représente une opposition constante au Magistère du Concile et une méconnaissance pratique de l'autorité de Paul VI et de son enseignement. Il ne s'agit pas d'opposition à ce qui est nouveau au nom de la saine et authentique Tradition de l'Eglise — non seulement celle-ci conserve toute sa valeur, mais c'est en son nom que le même Pape a demandé à cette occasion « à tous les fils de l'Eglise, à toutes les communautés de l'Eglise, de célébrer avec dignité et ferveur la liturgie rénovée » —, il s'agit d'une opposition au nom d'un mauvais traditionalisme qui est passif, aveuglément fermé — dirait-on — aux ferments, aux besoins, aux aspirations qui, de même qu'elles correspondent mieux au climat de notre siècle, reflètent les pulsions innovatrices de ce corps vivant qu'est l'Eglise catholique.
     Mais il y a plus. Du plan doctrinal, le conflit s'est fatalement étendu au plan disciplinaire. Et ici la désobéissance de l'évêque a entraîné celle de ses disciples, prêtres et fidèles. Cela est d'autant plus triste que sont publiquement connus, du moins en partie, les efforts réitérés du Saint-Siège ainsi que les nombreuses interventions personnelles et paternelles du Souverain Pontife pour que cet évêque et ses disciples renoncent à une attitude obstinée qui s'oppose à la toujours nécessaire communion ecclésiale.
     S'il n'est pas possible ici de retracer toutes les étapes de cette pénible et vieille affaire, nous pensons qu'il est opportun de citer des passages d'une déclaration publique faite par la Conférence épiscopale de Suisse, pays où Mgr Lefebvre a créé ses « fondations » et où il oeuvre toujours. Au terme de leur Assemblée plénière qui s'est tenue à Einsiedeln du 5 au 7 juillet, les évêques suisses écrivent qu'ils « ont suivi avec une préoccupation croissante les événements d'Ecône. Le fondateur d'Ecône, Mgr Marcel Lefebvre, a manifesté, d'une manière toujours plus nette, son opposition ouverte au Ile Concile du Vatican et à l'autorité suprême de l'Eglise ». Ils rappellent que, « malheureusement, toutes les tentatives (de conciliation) ont été vaines. En effet, Mgr Lefebvre a transgressé, toujours plus, certaines normes fondamentales de l'Eglise. Les ordinations illicites du 29 juin sont l'expression d'une résistance ouverte contre le Pape et l'Eglise ».
     Les évêques font ensuite remarquer très justement que « celui qui, en toute liberté, veut être membre de l'Eglise catholique romaine, ne peut pas se situer sciemment en opposition avec la foi et la discipline de cette Eglise et se soustraire à l'autorité du Concile et du Pape ».
     Ils ajoutent qu'en refusant manifestement d'obéir à l'autorité suprême de l'Eglise, on se retranche de soi-même de la communion de l'Eglise (13).
     Ces remarques rapides sont plus que suffisantes, nous semble-t-il, pour faire au moins entrevoir la dimension et la gravité qu'ont pris — certainement pas par la faute de l'autorité — les événements d'Ecône. Elles permettent aussi de réfuter certaines affirmations hâtives et superficielles de journalistes.


(1) Le premier dossier a été publié dans notre numéro du 6 Juillet 1975 (n° 1679), p. 611 et s. (complété dans le numéro du 27 juillet suivant, p. 739 et s.); le second dans notre numéro du 4 janvier 1976, p. 32 et s.

(2)
DC 1976, n° 1700, p. 557. (NDLR.)

(3)
DC 1964, n° 1415, col. 14. (NDLR.)

(4)
Nous lisons dans Kipa, 29 juin:

     [...] Quelque 1500 personnes, dont quelque 80 % de Français, ont assisté à la cérémonie. On notait la présence de quelques voitures allemandes, de quelques voitures suisses et de quelques voitures autrichiennes. Parmi les Suisses, il y avait de 80 à 100 Valaisans, les automobiles à plaques minéralogiques genevoises étant en majorité: rien d'étonnant à cela, l'un des nouveaux prêtres étant de Genève.
     Dans son sermon, Mgr Marcel Lefebvre a exposé sa prise de position. Selon lui, le Pape et l'Eglise actuels n'ont pas le droit d'abolir le rite de la messe de saint Pie V. Lorsque l'Eglise a canonisé saint Pie V, a-t-il affirmé, elle a canonisé la messe qu'il avait promulguée. Depuis le 19 mars, a dit encore l'archevêque français, des émissaires du Pape sont venus sans arrêt pour lui demander sa soumission à Paul VI. J'ai préféré, a-t-il ajouté, la sauvegarde de la foi aux apparences de l'obéissance. Par conséquent, même si j'ai reçu l'interdiction de procéder à des ordinations, je le fais quand même pour sauvegarder la foi. Demain, des peines (suspension) seront prononcées. Malgré cela, j'ordonne, je continue la lutte... (
NDLR).

(5)
Nous lisons dans Kipa, 1er juillet:
     On précise, dans les milieux bien informés, que la dernière intervention pontificale auprès de l'archevêque d'Ecône a eu lieu l'avant-veille de la cérémonie interdite. Elle aurait été notifiée à l'archevêque par le cardinal Hyacinthe Thiandoum, archevêque de Dakar — et donc successeur de Mgr Lefebvre sur ce siège — qui est venu en Suisse et qui a été reçu vendredi matin par Paul VI pour lui rendre compte de l'échec de la troisième intervention qu'il avait effectuée auprès de celui qui lui a conféré l'ordination sacerdotale il y a vingt-huit ans (
NDLR).

(6)
La Liberté, Fribourg, 8 juillet 1976.
     
On lit dans le communique publié à l'issue des travaux de l'Assemblée plénière:
     Conformément à ses statuts, la Conférence des évêques a élu ses nouveaux président et vice-président pour la période de 1977-1979. Mgr Anton HAENGGI (Soleure) a été élu président, Mgr Pierre MAMIE (Fribourg) vice-président.
     Le délégué de la Conférence des évêques suisses au Synode des évêques en 1977 à Rome sera Mgr Otmar MADER (Saint-Gall). Son remplaçant sera Mgr Gabriel BULLET (Fribourg). Le Synode aura pour thème: « La catéchèse dans notre temps. » [...]
     La Conférence des évêques a pris connaissance encore du fait que la revue
Elle (15 juin) a publié plusieurs entretiens de confessions sacramentelles. Les évêques protestent contre cette publication qui constitue un abus de confiance et une atteinte à la vie privée et au sentiment religieux. (La Liberté, Fribourg. 9 juillet 1976.)

(7)
La Croix, 3 juillet 1976.
     Au cours de la messe de l'abbé Emmanuel du Chalard, à laquelle assistaient un millier de personnes (
AFP), a été retransmis le sermon qui avait été prononcé par Mgr Lefebvre à Ecône le 29 juin.
     
La Croix avait publié l'information suivante, le 1er juillet:
     Onze jeunes Français avaient quitté le séminaire d'Ecône en 1974 pour poursuivre leurs études à Rome.
     Dimanche, le cardinal Paul Philippe, préfet de la Congrégation pour les Eglises orientales, a ordonné prêtre l'un de ces jeunes, Bruno Dufour, 25 ans.
     Pour des raisons complexes, l'abbé Dufour — qui, comme ses camarades, porte constamment la soutane — est incardiné au Liban. Il dépend du vicariat latin de Beyrouth qui a accepté de le mettre à la disposition de la Congrégation orientale et de l'archevêque maronite de Beyrouth.
     La cérémonie s'est déroulée dans l'église française de la Trinité-des-Monts.

(8) Texte original.

(9) M. Hervé BOULIC, attaché de presse à l'archevêché de Paris, fait remarquer que cet alinéa se réfère à l'interview accordée par le cardinal Marty à l'
AFP le 17 juin 1975 (DC 1975, n°1679, p. 620) et à une lettre du cardinal Marty publiée dans le Courrier hebdomadaire de Pierre Debray le 9 juillet 1975. (NDLR.)

(10)
AFP, 13 juillet 1976.

(11) Traduction de la
DC d'après le texte Italien.

(12)
DC 1976, n° 1700, p 557 (NDLR).

(13)
Supra, p. 716 (NDLR).