A propos des Fondations
de Mgr Lefebvre
Sous ce
titre, le bulletin du diocèse de Lausanne, Genève et
Fribourg (Evangile et mission, Semaine catholique
en Romandie, 11
décembre 1975), publie, à la demande de la Conférence des
évêques suisses, un deuxième dossier, que nous reproduisons
intégralement ci-après, sur l'affaire de la Fraternité
sacerdotale Saint-Pie-X et le séminaire d'Ecône, faisant
suite à celui publié au mois de juin dernier
(1):
Lettre de S. E. le
cardinal Villot aux Présidents des Conférences
épiscopales
ROME, LE 27 OCTOBRE 1975.
SECRÉTAIRERIE D'ETAT
N. 290.499/94
A NN. SS. LES PRÉSIDENTS DES CONFÉRENCES
ÉPISCOPALES.
EMINENCE,
EXCELLENCE,
Le 6 mai dernier, Mgr Pierre
Mamie, évêque de Lausanne, Genève et Fribourg, agissant
avec le plein accord du Saint-Siège, retirait l'approbation
canonique à la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X dirigée
par Mgr Marcel Lefebvre, ancien archevêque-évêque de Tulle.
Les fondations de cette Fraternité, et notamment le
séminaire d'Ecône, perdaient du même coup le droit à
l'existence. Ainsi se trouvait tranchée, du point de vue
juridique, une affaire particulièrement complexe et
douloureuse.
Où en est-on à six mois de
distance? Mgr Lefebvre n'a pas encore accepté, dans les
faits, la décision de l'autorité compétente. Ses activités
se poursuivent, ses projets tendent à se concrétiser en
divers pays, ses écrits et ses propos continuent d'abuser
un certain nombre de fidèles désorientés. On prétend, ici
et là, que le Saint-Père s'est laissé entraîner, ou que le
déroulement de la procédure a été entaché de vices de
forme. On invoque la fidélité à l'Eglise d'hier pour se
démarquer de l'Eglise d'aujourd'hui, comme si l'Eglise du
Seigneur pouvait changer de nature ou de forme.
Considérant le dommage causé
au peuple chrétien par la prolongation d'une telle
situation, et seulement après avoir usé de toutes les
ressources de la charité, le Souverain Pontife a donc
disposé que les informations suivantes, qui devraient
contribuer à lever les derniers doutes, soient communiquées
à toutes les Conférences épiscopales.
La Fraternité sacerdotale
Saint-Pie-X fut érigée, le 1er novembre 1970, par Mgr
François Charrière, alors évêque de Lausanne, Genève et
Fribourg. Pieuse Union diocésaine, elle était destinée,
dans l'esprit de Mgr Lefebvre, à se muer par la suite en
une Société de vie commune sans voeux. Jusqu'à sa
reconnaissance comme telle — reconnaissance qui
n'est, d'ailleurs, pas intervenue —, elle demeurait
par conséquent soumise à la juridiction de l'évêque de
Fribourg et à la vigilance des diocèses dans lesquels elle
exerçait ses activités. Ceci conformément au droit.
Il se révéla cependant assez
rapidement que les responsables refusaient tout contrôle
des instances légitimes, restant sourds à leurs monitions,
persévérant envers et contre tout dans la ligne choisie:
l'opposition systématique au Concile Vatican II et à la
réforme postconciliaire. Il n'était pas acceptable que des
candidats au sacerdoce soient formés en réaction contre
l'Eglise vivante, contre le Pape, contre les évêques,
contre les prêtres avec lesquels ils seraient appelés à
collaborer. Il devenait urgent d'aider les vocations qui
avaient été ainsi orientées. Enfin il apparaissait
nécessaire de remédier au trouble croissant dans plusieurs
diocèses de Suisse et d'autres nations.
Vu la gravité de la matière
et dans le souci que l'enquête fût menée indépendamment de
toute passion, le Saint-Père institua donc une Commission
cardinalice composée de trois membres: le cardinal
Gabriel-Marie Garrone, préfet de la Congrégation pour
l'Education catholique, président; le cardinal John Wright,
préfet de la Congrégation pour le Clergé, et le cardinal
Arturo Tabera, préfet de la Congrégation pour les Religieux
et les Instituts séculiers. Cette Commission reçut pour
tâche d'abord de réunir les informations les plus étendues
et de procéder à un examen de tous les aspects du problème;
ensuite de proposer ses conclusions au Souverain Pontife.
La première phase des travaux
dura environ un an. C'est dire que l'on procéda sans aucune
hâte, au contraire de certaines allégations, et que l'on
prit le temps exigé par une réflexion approfondie. De très
nombreux témoignages furent recueillis. Une visite
apostolique de la Fraternité fut effectuée à Ecône (11-13
novembre 1974) par Mgr Albert Descamps, recteur émérite de
l'Université de Louvain et secrétaire de la Commission
pontificale biblique, assisté de Mgr Guillaume Ondin, à
titre de conseiller canonique. Mgr Mamie et Mgr Adam,
évêque de Sion (diocèse d'Ecône), furent entendus à
plusieurs reprises, et Mgr Lefebvre fut convoqué deux fois
à Rome, en février et en mars 1975. Le Pape lui-même était
fréquemment et scrupuleusement tenu au courant du
déroulement de l'enquête et de ses résultats, comme il
devait le confirmer au cours de l'été à Mgr Lefebvre (cf.
les deux Lettres pontificales dont il sera question plus
loin).
La seconde phase aboutit à la
décision que l'on sait, décision rendue publique sur ordre
de Sa Sainteté communiqué à la Commission cardinalice, et
décision sans appel puisque chacun de ses points fut
approuvé in forma
specifica par
l'Autorité suprême.
Je ne m'étendrai pas
davantage sur l'historique des événements. Si vous
l'estimiez utile, vous pourriez, en effet, demander des
précisions au représentant pontifical dans votre pays. Il a
reçu pour instruction de vous les fournir en cas de besoin.
Il est donc clair maintenant que la
Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X a cessé d'exister, que
ceux qui s'en réclament encore ne peuvent prétendre —
à plus forte raison — échapper à la juridiction des
Ordinaires diocésains, enfin que ces mêmes Ordinaires sont
gravement invités à ne pas accorder d'incardination dans
leur diocèse aux jeunes qui déclareraient s'engager au
service de la « Fraternité ».
Il me reste à vous présenter
les documents ci-joints, deux lettres adressées par le
Saint-Père à Mgr Lefebvre, et une réponse de ce dernier.
Leur divulgation eût été déplacée jusqu'ici: l'Evangile
enseigne que la correction fraternelle doit d'abord se
tenter dans la discrétion. C'est aussi la raison pour
laquelle le Saint-Siège s'est abstenu de toute polémique
depuis l'origine de cette affaire et n'a jamais cherché à
réagir aux insinuations, manipulations mensongères des
faits, accusations personnelles abondamment répandues dans
la presse. Mais vient parfois un moment où le silence ne
peut plus être conservé et où il faut que l'Eglise sache
(cf. Mt 18, 1517).
La première lettre, datée du
29 juin 1975, a été portée à Ecône le 8 juillet. Elle n'a
jamais reçu de réponse. Vous y lirez, comme dans la seconde
(8 septembre), la douleur du Père commun et l'espérance qui
l'habite toujours, même si aucun signe de réelle bonne
volonté ne lui a encore été donné. Vous verrez que son
désir le plus cher est d'accueillir son Frère dans
l'Episcopat, lorsqu'il se sera soumis.
La lettre de Mgr Lefebvre
constitue, certes, un témoignage de dévotion personnelle à
l'égard du Pontife, mais rien malheureusement n'autorise à
penser que l'auteur soit résolu à obéir. Elle ne peut donc
pas être considérée à elle seule comme une réponse
satisfaisante.
Eminence, Excellence, si les
circonstances font que le problème vous touche d'une
manière ou d'une autre, vous-même, ou d'autres évêques de
votre pays, vous aurez à coeur, en cette Année sainte, de
travailler pour la paix et la réconciliation. L'heure n'est
pas à la polémique, elle est plutôt à la charité et à
l'examen de conscience. Les excès appellent souvent
d'autres excès. La vigilance en matière doctrinale et
liturgique, la clairvoyance dans le discernement des
réformes à mettre en oeuvre, la patience et le tact dans la
conduite du Peuple de Dieu, le souci des vocations
sacerdotales et d'une préparation exigeante aux tâches du
ministère, tout cela est sans nul doute le témoignage le
plus efficace qu'un Pasteur puisse donner.
Je suis certain que vous
comprendrez cet appel et, avec vous, je souhaite que
l'unité des membres de l'Eglise resplendisse davantage
demain.
Croyez à mes sentiments
fidèlement et cordialement dévoués.
† Jean Card. VILLOT.
(Avec trois annexes.)
Annexe
1
Lettre de S. S. le Pape
Paul VI à Mgr Lefebvre
A NOTRE FRÈRE DANS L'EPISCOPAT, MARCEL
LEFEBVRE, ANCIEN ARCHEVÊQUE DE TULLE.
Cher Frère,
c'est avec peine que nous vous écrivons aujourd'hui. Avec
peine, car nous devinons le déchirement intérieur d'un
homme qui voit l'anéantissement de ses espoirs, la ruine de
l'oeuvre qu'il croit avoir entreprise pour la bonne cause.
Avec peine, car nous pensons au désarroi des jeunes qui
vous ont suivi, pleins d'ardeur, et qui découvrent
maintenant l'impasse. Mais notre peine est plus vive de
constater que la décision de l'autorité compétente —
pourtant formulée très clairement et tout à fait justifiée,
il faut le dire, par votre refus de modifier votre
opposition publique et persistante au Concile oecuménique
Vatican II, aux réformes postconciliaires et aux
orientations qui engagent le Pape lui-même — que
cette décision prête encore à discussion jusqu'à vous
conduire à rechercher une quelconque possibilité juridique
de l'infirmer.
Bien qu'une mise au point ne
soit, à strictement parler, pas nécessaire, nous jugeons
cependant opportun de vous confirmer que nous avons tenu à
être personnellement informé de tout le déroulement de
l'enquête concernant la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X,
et cela depuis le commencement. La Commission cardinalice
que nous avons instituée nous a régulièrement et
scrupuleusement rendu compte de son travail. Enfin, les
conclusions qu'elle nous a proposées, nous les avons faites
nôtres toutes et chacune, et nous avons personnellement
ordonné leur entrée en vigueur immédiate.
Aussi, cher Frère, c'est au
nom de la vénération pour le Successeur de Pierre que vous
professez dans votre lettre du 31 mai, plus que cela, c'est
au nom de l'obéissance au Vicaire du Christ, que nous vous
demandons un acte public de soumission, afin de réparer ce
que vos écrits, vos propos, votre attitude ont d'offensant
à l'égard de l'Eglise et de son Magistère. Un tel acte
implique nécessairement, entre autres, l'acceptation des
mesures prises à l'égard de la Fraternité sacerdotale
Saint-Pie-X, avec toutes leurs conséquences pratiques. Nous
supplions Dieu afin qu'il vous éclaire et vous conduise à
agir ainsi, malgré vos réticences du moment. Et nous
faisons appel à votre sens des responsabilités épiscopales
pour reconnaître le bien qui en résulterait pour l'Eglise.
Certes, des problèmes d'un
tout autre ordre nous préoccupent également. La
superficialité de certaines lectures des documents
conciliaires, des initiatives individuelles ou collectives
relevant parfois davantage du libre arbitre que de
l'adhésion confiante à l'enseignement de l'Ecriture et de
la Tradition, des démarches pour lesquelles la foi sert
arbitrairement de caution, nous les connaissons, nous en
souffrons et nous nous efforçons d'y remédier pour notre
part, à temps comme à contretemps. Mais comment s'en
prévaloir pour s'autoriser à des excès gravement
préjudiciables? Telle n'est pas la bonne voie, puisqu'elle
emprunte en définitive un itinéraire comparable à celui qui
est dénoncé. Que signifie un membre qui veut agir seul,
indépendamment du Corps auquel il appartient?
Vous laissez invoquer en
votre faveur le cas de saint Athanase. Il est vrai que ce
grand évêque demeura pratiquement seul à défendre la vraie
foi, dans les contradictions qui lui venaient de toute
part. Mais, précisément, il s'agissait de la défense de la
foi du récent Concile de Nicée. Le Concile fut la norme qui
inspira sa fidélité, comme du reste chez saint Ambroise.
Comment aujourd'hui quelqu'un pourrait-il se comparer à
saint Athanase, en osant combattre un Concile comme le
deuxième Concile du Vatican, qui ne fait pas moins
autorité, qui est même sous certains aspects plus important
encore que celui de Nicée?
Nous vous exhortons donc à
méditer la monition que nous vous faisons avec fermeté et
en vertu de notre autorité apostolique. Votre aîné dans la
foi, celui qui a reçu mission de confirmer ses frères, vous
l'adresse le coeur empli d'espérance. Il voudrait déjà
pouvoir se réjouir d'être compris, entendu et obéi. Il
attend avec impatience le jour où il aura le bonheur de
vous ouvrir ses bras, pour manifester une communion
retrouvée, lorsque vous aurez répondu aux exigences qu'il
vient de formuler. Il confie à présent cette intention au
Seigneur, qui ne rejette nulle prière.
In veritate et
caritate.
Du Vatican, le 29 juin 1975.
PAULUS PP. VI.
Annexe
2
Lettre manuscrite de S.
S. le Pape Paul VI à Mgr Lefebvre
A NOTRE FRÈRE DANS L'EPISCOPAT, MARCEL
LEFEBVRE, ANCIEN ARCHEVÊQUE-ÉVÊQUE DE TULLE.
La
conscience de la mission que le Seigneur nous a confiée
nous a conduit, le 29 juin dernier, à vous adresser une
exhortation, pressante et fraternelle à la fois. Depuis
cette date, nous attendons chaque jour un signe de votre
part, exprimant votre soumission — mieux que cela:
votre attachement et votre fidélité sans réserve — au
Vicaire du Christ. Rien n'est encore venu. Il semble que
vous n'ayez renoncé à aucune de vos activités et que vous
formiez, même, de nouveaux projets.
Peut-être estimez-vous que
vos intentions sont mal comprises? Peut-être croyez-vous le
Pape mal informé, ou objet de pressions? Cher Frère, votre
attitude est si grave à nos yeux que — nous vous le
répétons — nous l'avons nous-même attentivement
examinée, dans toutes ses composantes, avec le souci
premier du bien de l'Eglise et une particulière attention
aux personnes. La décision que nous vous avons confirmée
par notre précédente lettre, c'est après mûre réflexion et
devant le Seigneur que nous l'avons prise.
Il est temps, désormais, que
vous vous prononciez clairement. Malgré la peine que nous
éprouverions à rendre publiques nos interventions, nous ne
pourrions plus tarder à le faire si vous ne nous déclarez
bientôt votre entière soumission. De grâce, ne nous
contraignez pas à une telle mesure, ni à sanctionner
ensuite un refus d'obéissance.
Priez l'Esprit-Saint, cher
Frère, il vous montrera les renoncements nécessaires et
vous aidera à rentrer dans la voie d'une pleine communion
avec l'Eglise et avec le Successeur de Pierre. Nous-même,
l'invoquons sur vous, en vous redisant notre affection et
notre affliction.
Du Vatican, le 8 septembre
1975.
PAULUS PP. VI.
Annexe
3
Réponse de Mgr Lefebvre
à S. S. le Pape Paul VI
TRES
SAINT-PERE,
Si ma réponse à la lettre de
Votre Sainteté est tardive, c'est qu'il me répugnait de
faire un acte public qui aurait pu faire penser que j'avais
la prétention de traiter d'égal à égal vis-à-vis du
Successeur de Pierre.
Par contre, je m'empresse,
sur les conseils de la Nonciature, d'écrire ces quelques
lignes à Votre Sainteté pour lui exprimer mon attachement
sans réserve au Saint-Siège et au Vicaire du Christ. Je
regrette vivement qu'on ait pu mettre en doute mes
sentiments à cet égard et que certaines de mes expressions
aient été mal interprétées.
C'est à son Vicaire que
Jésus-Christ a confié la charge de confirmer ses frères
dans la foi et qu'il demande de veiller à ce que chaque
évêque garde fidèlement le dépôt, selon les paroles de
saint Paul à Timothée.
C'est cette conviction qui me
guide et m'a toujours guidé dans toute ma vie sacerdotale
et apostolique. C'est cette foi que je m'efforce, avec le
secours de Dieu, d'inoculer à la jeunesse qui se prépare au
sacerdoce.
Cette foi est l'âme du
catholicisme, affirmée par les Evangiles: « Sur cette
pierre, je fonderai mon Eglise. »
Je renouvelle de tout coeur
ma dévotion envers le Successeur de Pierre, « Maître de
vérité » pour toute l'Eglise « columna et firmamentum
Veritatis ».
Et que Dieu...
Ecône, le 24 septembre 1975.
† Marcel LEFEBVRE,
ancien archevêque-évêque de
Tulle.
Postface
Dans une
lettre aux amis et bienfaiteurs de la Fraternité
sacerdotale Saint-Pie-X (n° 9, datée de la fête de saint
Pie X 1975 (*) — lettre largement diffusée —,
Mgr Lefebvre écrit:
« Le moment me semble venu de
porter à votre connaissance les derniers événements
concernant Ecône, et l'attitude qu'en conscience, devant
Dieu, nous croyons devoir prendre en ces graves
circonstances. »
Dans cette même lettre, il
dit ceci:
« C'est parce que nous estimons que
toute notre foi est en danger par les réformes et les
orientations postconciliaires que nous avons le devoir de
désobéir et de garder les traditions. C'est le plus grand
service que nous pouvons rendre à l'Eglise catholique, au
Successeur de Pierre, au salut des âmes et de notre âme,
que de refuser l'Eglise réformée et libérale, car nous
croyons en Notre-Seigneur Jésus-Christ, fils de Dieu fait
homme, ni n'est ni libéral, ni réformable
» (**).
La Télévision suisse, dans
une émission du 6 novembre dernier, a présenté une émission
sur l'intégrisme. Une très large place a été faite aux
initiatives liturgiques placées sous le patronage de messes
célébrées selon le rite de saint Pie V.
Le journal
le
Monde, dans son
numéro du 27 novembre, donne quelques informations sur le
même sujet et publie en particulier la lettre du Supérieur
général de la Congrégation du Saint-Esprit qui désavoue
publiquement les positions de Mgr Lefebvre.
Le journal
la
Croix, dans son
numéro du 27 novembre, sous le titre « Mgr Lefebvre refuse
l'obéissance à Paul VI », informe lui aussi ses lecteurs.
En accord avec la Conférence
des évêques suisses, nous avons tenu, pour notre part,
publier les lettres qui constituent ce nouveau dossier.
Quelques commentaires sont nécessaires.
1. Il est surprenant que Mgr
Lefebvre n'ait pas répondu à la première lettre si claire
et si paternelle du Souverain Pontife.
2. Il a donc été nécessaire
que le Pape écrive de sa main une nouvelle lettre pour que
Mgr Lefebvre reconnaisse l'authenticité de la première.
3. Dans sa réponse, Mgr
Lefebvre exprime son « attachement sans réserve au
Saint-Siège et au Vicaire du Christ ».
4. Cependant, entre cette
affirmation et la poursuite de l'activité du séminaire
d'Ecône, la fondation de nouveaux Instituts, certaines
prises de position contre le IIe Concile du Vatican et la
lettre aux amis et bienfaiteurs que nous venons de citer,
il y a, à mes yeux, contradiction, puisqu'on y invite au «
devoir de désobéir ».
C'est avec une grande
tristesse que nous donnons ces informations. Nous avons
tant espéré que Mgr Lefebvre accepterait les demandes du
Souverain Pontife. Il est plus urgent que jamais
d'intensifier nos prières pour que fidèles, prêtres et
évêques restent attachés par leurs actes au Successeur de
Pierre, car sans attachement et soumission au Pape il n'y a
plus d'Eglise catholique.
Nous rappelons:
a) Ce qu'écrivait S. S. le
Pape Paul VI à Mgr Lefebvre (lettre du 29 juin 1975):
« Certes, des problèmes d'un tout autre
ordre nous préoccupent également. La superficialité de
certaines lectures des documents conciliaires, des
initiatives individuelles ou collectives relevant parfois
davantage du libre arbitre que de l'adhésion confiante à
l'enseignement de l'Ecriture et de la Tradition, des
démarches pour lesquelles la foi sert arbitrairement de
caution, nous les connaissons, nous en souffrons et nous
nous efforçons d'y remédier pour notre part, à temps et à
contretemps. Mais comment s'en prévaloir pour s'autoriser à
des excès gravement préjudiciables? Telle n'est pas la
voie, puisqu'elle emprunte en définitive un itinéraire
comparable à celui qui est dénoncé...
»
b) Ce que nous a écrit S. Em,
le cardinal Jean Villot, secrétaire d'Etat (lettre du 29
juin 1975):
« La vigilance en matière
doctrinale et liturgique, la clairvoyance dans le
discernement des réformes à mettre en oeuvre, la patience
et le tact dans la conduite du Peuple de Dieu, le souci des
vocations sacerdotales et d'une préparation exigeante aux
taches du ministère, tout cela est sans nul doute le
témoignage le plus efficace qu'un Pasteur puisse donner. »
c) Ce que nous avons écrit
(le 7 juin dernier):
« Nous demeurons cependant
tristes (mais confiants), parce que nous avons dû dire
publiquement des dissensions dans la famille des enfants de
Dieu et des fils de l'Eglise. Nous aurions aimé résoudre
nos problèmes entre nous, dans la discrétion et le silence.
Nous n'y sommes pas parvenus. Prions beaucoup, afin que la
paix et la confiance reviennent. »
Que Dieu nous donne de rester
fidèles à la vérité dans une constante charité.
Fribourg, le 6 décembre 1975.
† Pierre MAMIE,
évêque.
(1)
DC
1975, n° 1679, p. 611 et s.
Cf. également n° 1681, p. 739 et s.
(*) En réalité, la lettre aux amis n° 9, a été écrite plus
de trois semaines après la fête de saint Pie X (nouveau
calendrier 21 août; ancien calendrier 3 septembre) puisque
Mgr Lefebvre y mentionne qu'il a reçu une deuxième lettre
du Pape le 10 septembre et qu'il a répondu (24 septembre
1975).
(**) Mgr Lefebvre
a adressé à la
Croix la lettre
ci-après, datée du 6 décembre 1975, que nous reproduisons à
titre de document:
On nous accuse de désobéir au Pape Paul
VI; nous refusons cette accusation. nous obéissons au Pape,
nous obéissons à la hiérarchie de l'Eglise, mais nous ne
voulons pas obéir à la subversion qui règne actuellement
dans l'Eglise ni à ceux qui servent cette subversion.
Or, il est évident qu'à Rome,
des prélats haut placés dans l'Eglise servent cette
subversion dans l'Eglise et s'efforcent de convaincre le
Pape de les suivre en nous calomniant et en dressant le
Pape contre notre oeuvre.
C'est pourquoi nous estimons ne pas devoir obéir tant que
nous ne pouvons pas nous-même expliquer directement au
Saint-Père ce que nous sommes et détruire les calomnies qui
ont été diffusées contre nous.
(La Croix, 16 décembre 1975. —
NDLR.)