Déclaration de Mgr Mamie au sujet des séminaristes d'Ecône


     Le texte ci-après de Mgr Mamie, évêque de Lausanne, Genève et Fribourg, a été distribué au cours de la conférence de presse tenue à Berne le 14 juillet (1).

     L'une des plus grandes préoccupations (ce n'est certes pas la seule), que nous avons portée tout au long de ces dernières années, a eu pour objet la situation des séminaristes qui ont suivi le chemin d'Ecône ou qui désiraient le suivre encore.
     Cette préoccupation a été portée par les évêques suisses, en particulier par Mgr Adam; elle a été portée et est portée par le cardinal Marty, archevêque de Paris, et par plusieurs évêques français que j'ai rencontrés ces derniers jours encore. C'est donc aussi actuellement une de mes toutes premières préoccupations.
     Il faut que ces jeunes hommes, d'où qu'ils viennent, sachent que tant en France qu'en Suisse, ils recevront auprès des évêques résidents un accueil dont ils ne doivent pas douter. Je comprends qu'ils aient besoin de quelques explications, que nous leur disions très clairement tout ce que nous avons fait, tout ce que nous avons cherché, pensé et voulu. On nous a si souvent reproché d'être mal informés que nous ne voudrions pas qu'eux-mêmes soient mal informés. Nous n'avons rien à leur cacher, bien au contraire: qu'il s'agisse de séminaristes actuellement en cours d'études de théologie et de formation sacerdotale, qu'il s'agisse de ceux qui pensent, hélas! que le chemin d'Ecône est encore un bon chemin alors qu'il ne l'est plus.
     Je tiens à leur dire à chacun — et ici je demande ce service aux journalistes, — je tiens à dire à chacun que nous sommes prêts, en particulier le cardinal Marty et moi-même, à les rencontrer, à les accueillir, à leur parler, pour leur demander, premièrement, de rencontrer l'évêque de leur diocèse ou un supérieur religieux qui pourra avec eux chercher à répondre à l'appel de Dieu au sacerdoce. Ce n'est pas une condition, c'est une nécessité. On ne peut pas se préparer au sacerdoce dans l'Eglise, répondre à un appel de Dieu, sans chercher à rencontrer et l'évêque et la communauté ecclésiale pour la mieux connaître, pour savoir où nous serons envoyés, pour connaître quels sont les besoins d'aujourd'hui. En particulier, je tiens à dire que la Faculté de théologie de l'Université de Fribourg peut recevoir pour la formation théologique tous ceux qui désirent être fidèles à l'Eglise et en particulier aux nouvelles exigences que le IIe Concile du Vatican nous a si clairement manifestées pour former les prêtres selon la grande tradition de l'Eglise, et qui répondent aux besoins du monde d'aujourd'hui.
     Je tiens à dire aussi que cela me paraît être un faux problème que d'opposer la formation d'autrefois à celle d'aujourd'hui, comme si celle d'autrefois, celle que nous avons reçue, avait été parfaite. Nous le savons bien nous-mêmes, nous les « anciens », nous aurions pu recevoir plus encore que ce que nous avons reçu. Nous avons dû aussi apprendre et réapprendre, et nous apprenons encore aujourd'hui, à être prêtres. C'est mal poser le problème que d'opposer les séminaires d'autrefois à ceux d'aujourd'hui. Ceux d'autrefois, certes, ont porté des fruits de sainteté, ont aussi eu un rayonnement incontestable. Ceux d'aujourd'hui, il faut le dire, en portent déjà. Ils pourraient certes en porter plus. Cela suppose une union loyale et fréquente avec la congrégation du Clergé, avec la congrégation pour l'Education catholique et les Séminaires, avec la congrégation de la foi et tout spécialement avec le Pape Paul VI.
     En un mot, que ces séminaristes, qui sont comme devenus orphelins, sachent qu'ils ont des pères et des frères qui les attendent, qui sont prêts à les écouter et à reconnaître qu'on ne peut pas préparer des prêtres pour le monde en leur faisant suivre à tous exactement et rigoureusement le même chemin dans les mêmes maisons: le pluralisme dans la formation n'est pas une invention du Concile, il se trouve déjà dans les Actes des apôtres.
     Je redis que je compte sur messieurs les journalistes pour faire connaître ce point extrêmement important, lié à ce difficile et douloureux problème qui pourtant devient maintenant source d'espérance.


(1) Kipa, 14 juillet 1975.
     
Citons, à propos des séminaristes d'Ecône, cet extrait d'un article d'Etienne BORNE, paru dans la Croix du 19 juin 1975, sous te titre « Les nouveaux jansénistes »:
     [...] il y a toujours eu dans les marges ou à la pointe du christianisme un phénomène janséniste, dénonciateur des complaisances et des affadissements, porté par des minorités contestatrices...
     Janséniste par conséquent, le traditionalisme d'Ecône qui donne des leçons de catholicisme à Rome et au Pape, mais janséniste aussi le propos de ces chrétiens révolutionnaires qui veulent faire de la parole évangélique un moyen de contester l'institution ecclésiastique, de renouveler complètement le monde selon la justice...
     Ce sont les mêmes jeunes générosités, raides et entières, qui se laissent séduire ici et là...
     Les excès jansénistes de droite et de gauche sont le prix dont il faut payer les inerties et les carences du plus grand nombre. Tant que les eaux dormantes n'auront pas été agitées par la baguette de l'ange, qu'on se garde de rejeter dans les ténèbres extérieures et les séminaristes d'Ecône et les chrétiens révolutionnaires.