La messe de saint Pie
V
Après
la publication dans notre numéro du 2 février 1975, p. 142,
du texte du cardinal Marty sur la messe célébrée selon le
rite de saint Pie V à la salle Wagram, à Paris, et de sa
lettre à Mgr DUCAUD-BOURGET, ce dernier nous a adressé le
communiqué ci-après que, conformément à la loi, il nous
demandé de reproduire:
La Constitution
Quo primum
tempore, de saint
Pie V, n'a pas été abrogée par la Constitution
Missale
Romanum,
permettant l'usage du N. O. M. (nouvelle messe); non plus
que le privilège-indult perpétuel permettant à tout prêtre
de célébrer avec l'Ordo de saint Pie V tant les messes
basses que les messes chantées (donc avec présence du
peuple) sans avoir à craindre la moindre sanction.
Il est donc faux que la messe
dite de saint Pie V soit interdite.
Les notifications romaines du
14 juin 1971 et du 28 octobre 1974, canoniquement,
légalement, sont des moyens de faire connaître la loi et ne
peuvent la modifier.
De plus, il serait curieux,
et même étrange, qu'une Conférence épiscopale puisse abolir
une Constitution apostolique. Même la S. congrégation pour
le Culte divin ne peut lui donner un tel pouvoir.
La décision de Lourdes et ses
suites actuelles voudraient-elles démontrer que les évêques
français, présidés par le cardinal Marty penseraient et
agiraient autrement que le Pape? Seraient-ils schismatiques
sans l'avouer?
Serait-ce une résurgence
du gallicanisme?
La nouvelle messe est-elle
équivoque? Approuvée non seulement par le Pape, mais aussi
par la confession d'Augsbourg et les frères de Taizé, elle
peut servir aux catholiques comme aux protestants, de leur
propre aveu. Or, ceux-ci n'ont jamais voulu célébrer leur
cène avec la messe de saint Pie V, qui est authentiquement
catholique. Cette messe nouvelle a donc un sens catholique
et un sens protestant: elle est équivoque, selon le sens de
ce mot (cf. Littré). Dire cela n'est pas refuser au Pape le
droit et le pouvoir de modifier, changer, créer une
liturgie; mais à condition qu'elle soit conforme à la
Tradition et à l'Ecriture, ne prête pas à confusion, ne
soit pas interchangeable, hérétique et orthodoxe en même
temps. Déclarer que les prêtres qui ne la célèbrent pas
sont schismatiques équivaut à les amputer de leur
cerveau... ce qui n'est pas charitable! Mais s'ils sont
schismatiques... la Réconciliation leur donnera sans doute
une église pour célébrer leur messe?
Mgr DUCAUD-BOURGET.
Réponse de Mgr
Coffy
Nous
faisons suivre ce communiqué de la réponse ci-après de Mgr
COFFY, président de la Commission épiscopale française de
liturgie et pastorale sacramentelle, publiée dans le Figaro
du 31 janvier 1975 (dans laquelle nous avons omis les
noms):
[...] Personne ne songe à
persécuter des prêtres, mais tous ont le droit de leur
demander s'ils acceptent ou non de célébrer la même messe
que Paul VI et s'ils sont en communion avec le Pape et
l'Eglise catholique. [...]
Venons-en aux documents
romains. Plutôt que de faire parler le Pape, laissons-le
s'exprimer lui-même.
Le Jeudi saint 1969, Paul VI
a promulgué le Nouveau Missel par une Constitution
apostolique Missale Romanum
(1), exactement comme l'avait
fait saint Pie V en 1570. [...] Dans cette Constitution,
Paul VI demande aux catholiques que le nouveau rite soit
pour eux « un signe et un instrument d'unité », de la même
façon, dit-il, que saint Pie V l'a demandé en promulguant
le Missel de 1570.
L'induit perpétuel
prétendument donné aux prêtres et célébré selon le rite de
saint Pie V n'a jamais existé. Le Saint-Siège lui-même
vient de rappeler, le 28 octobre 1974, que tous les évêques
doivent veiller à ce que le nouveau rite de la messe soit
reçu par tous, prêtres et fidèles (2). Une déclaration de
cette importance ne peut être publiée sans avoir reçu au
préalable l'approbation du Pape.
Comme le Saint-Siège l'a
établi, le Missel de Paul VI devient obligatoire dans
toutes ses parties quand les traductions sont achevées,
approuvées par les Conférences épiscopales et confirmées
par Rome. C'est maintenant le cas en France (Ordonnance de
l'Assemblée plénière de l'Episcopat français du 14 novembre
1974) (3).
La langue vivante est devenue
la langue habituelle de la liturgie. Le Pape s'est exprimé
clairement à ce sujet dans le discours qu'il prononça à
l'audience générale du 26 novembre 1969 lorsqu'il parla du
nouveau rite de la messe. « Ce n'est plus le latin mais la
langue courante qui sera la langue principale de la
messe... Nous avons raison d'en éprouver du regret et
presque du désarroi... La compréhension de la prière est
plus précieuse que les vétustes vêtements de soie dont elle
s'est royalement parée. Plus précieuse est la participation
de ce peuple d'aujourd'hui qui veut qu'on lui parle
clairement d'une façon intelligible... Si la noble langue
latine nous coupait des enfants, des jeunes, du monde du
travail et des affaires, si elle était un écran...
ferions-nous un bon calcul... en lui conservant
l'exclusivité dans le langage de la prière? (4). »
Il n'est pas interdit de
célébrer en latin. Cependant, à écouter le Pape, on voit
bien que ce n'est pas souhaitable dans beaucoup de cas. De
toute façon, il ne faut pas confondre messe de saint Pie V,
latin et grégorien. L'abbaye de Solesmes célèbre la messe
de Paul VI en chants grégoriens et c'est aussi ce que l'on
a fait aux funérailles de M. Pompidou.
L'Année sainte est pour nous
une année de réconciliation. Une vraie réconciliation ne
peut se faire que dans la clarté. C'est à quoi nous avons
voulu aider en donnant les éclaircissements que beaucoup
nous ont demandés.
Robbert COFFY,
archevêque
d'Albi.
(1)
DC
1969, n° 1541, p. 515
(NDLR).
(2) DC
1975, n° 1668, p. 58
(NDLR).
(3) DC
1974, n° 1665, p. 1014
(NDLR).
(4) DC
n° 1553, 21 décembre 1969, p.
1102.