Les positions extrêmes
qui compromettent le renouveau pastoral
Mgr
MAMIE, évêque de Lausanne, Genève et Fribourg, et Mgr
BULLET, son évêque auxiliaire, ont publié la déclaration
ci-après, sous le titre: « A propos de quelques problèmes
diocésains », dans le bulletin du diocèse
(Evangile et
mission, 25
janvier 1973, p.46):
CHERS
DIOCÉSAINS,
Devant le nécessaire
renouveau pastoral voulu par le deuxième Concile du
Vatican, vos évêques estiment de leur devoir d'attirer
votre attention sur des positions extrêmes qui risquent de
compromettre, sans que nous nous en rendions suffisamment
compte, ce renouveau suscité par l'Esprit-Saint.
En présence des
transformations qui affectent la vie de l'Eglise:
changements liturgiques, coresponsabilité mise en oeuvre
dans les Synodes diocésains, modifications de plusieurs
lois de l'Eglise, prises de positions avancées de
mouvements ou de prêtres, certains prennent peur,
s'inquiètent et risquent de se durcir dans le refus de
toute évolution.
Les séminaires qui
n'assurent pas une préparation adaptée aux exigences du
Concile
C'est ainsi
que les uns n'arrivent pas à comprendre la nécessité d'une
adaptation de la formation des futurs prêtres, adaptation
réclamée pourtant par le Concile. Les responsables de cette
formation avaient trouvé, hier, les moyens adaptés de cette
préparation. Aujourd'hui, il faut trouver ceux qui
répondent aux besoins et au contexte d'aujourd'hui. Ce
n'est pas en restaurant les moyens d'autrefois que l'on
préparera les prêtres de demain. Cette adaptation et cette
recherche doivent se faire avec prudence et courage, dans
la fidélité aux valeurs permanentes du sacerdoce et de sa
préparation. Nous tenons à dire clairement que nous ne
pourrons pas charger d'un ministère dans notre diocèse des
prêtres qui auront été formés dans des séminaires qui
n'assureraient pas une préparation adaptée aux exigences du
deuxième Concile du Vatican (*)
Méfiance et suspicion
devant les changements
D'autres,
inquiets des changements qui affectent la vie de l'Eglise,
répandent la méfiance et la suspicion. Ils refusent, par
exemple, malgré la déclaration des évêques suisses et
l'accord du Saint-Siège, de reconnaître légitime, pour ceux
qui le désirent, la communion dans la main. La communion
donnée par des laïques mandaté(e)s leur apparaît comme
inacceptable. Le réforme liturgique et le renouveau
catéchétique sont combattus. Il est regrettable que
certains bulletins et certains journaux de chez nous de
langue française et langue allemande qui se veulent
pourtant au service de l'Eglise s'appliquent à répandre et
à entretenir ces idées qui ne peuvent que nuire au bien
véritable de l'Eglise et engendrer la division. Il en est
de même de toute une littérature qui nous vient de
l'étranger et dont certains spécimens sont particulièrement
pernicieux, comme par exemple la brochure
ES
1025.
L'attrait des
manifestations extraordinaires
L'évolution
des institutions de l'Eglise, le brassage des idées, les
changements rapides enregistrés depuis le Concile, tout
cela entraîne parfois un sentiment d'insécurité. Pour y
échapper, quelques-uns risquent de s'appuyer sur des
manifestations extraordinaires, apparitions et révélations
dont certaines ont déjà fait l'objet de mises en garde de
la part des évêques. Ces mises en garde sont encore
aujourd'hui pleinement valables (1). Nous devons chercher
notre sécurité dans une purification et un
approfondissement de notre foi, dans la communion avec ceux
qui, dans l'Eglise, en union avec le Successeur de Pierre,
ont charge de garder et de transmettre l'enseignement du
Seigneur.
La remise en question
des fondements de la foi et de la morale
Nous ne
pouvons pas non plus approuver ceux qui, sans doute dans un
souci de répondre aux problèmes d'aujourd'hui, remettent en
question les fondements même de la foi et de la morale ou
qui se réclament du prophétisme dans l'Eglise pour
critiquer systématiquement l'institution ecclésiale. Nous
pourrions citer ici plusieurs ouvrages. Nous nous
contentons de signaler un livre de langue allemande d'Ernst
ELL sur la morale sexuelle qui nous paraît particulièrement
contraire à l'enseignement moral de l'Eglise. Certes,
l'Eglise doit se renouveler profondément dans ses
institutions et ses communautés (2), mais cette
transformation exige la patience de l'espérance, la fermeté
de la foi et le dynamisme de la charité. Des recherches
sont nécessaires aujourd'hui en théologie, mais elles
doivent se faire en communion avec le magistère dans un
authentique esprit de coresponsabilité. Des recherches sont
nécessaires aujourd'hui en liturgie, en catéchèse, en
pastorale, mais il est indispensable que ces recherches et
ces expérimentations se fassent en lien avec les organismes
compétents. A ne pas respecter cette concertation, à ne pas
agir dans cet esprit de communion ecclésiale, on provoque
les réactions extrêmes que nous avons désapprouvées plus
haut.
***
Le travail
de mise en application, chez nous, de deuxième Concile du
Vatican requiert la bonne volonté et le courage de chacun.
Il serait regrettable d'épuiser nos forces dans de vaines
querelles alors que nous devrions pouvoir mettre toutes nos
énergies au service de l'annonce de Jésus-Christ et de son
évangile de justice et de paix au monde d'aujourd'hui.
Que le Seigneur nous donne à
tous — et nous le demandons avec vous par
l'intercession de la Vierge Marie — de nous
renouveler profondément dans la fidélité à la foi et aux
exigences de la communion fraternelle et ecclésiale.
† Pierre MAMIE,
† Gabriel BULLET.
(*) Dans une
lettre publiée dans la Croix du 12 décembre 1972, Mgr Marcel
LEFEBVRE écrivait au sujet du séminaire d'Ecône (Suisse)
qu'il a fondé:
[...] La rentrée de 1972 nous
a amené trente-cinq nouveaux séminaristes, venus de tous
pays: Angleterre, Belgique, Allemagne, Suisse, Italie,
France, Etats-Unis. Avec nos trente anciens, dont six
continuent leurs études à Fribourg, c'est donc un effectif
général de soixante-cinq séminaristes que nous avons en
commençant l'année, et ce pour trois années d'études en
service actuellement: 75% de Français, 25% de
non-Français...
Le séminaire ne dépendant
d'aucune Conférence épiscopale en général n'a pas besoin de
la reconnaissance des évêques de France, en particulier. Il
est le séminaire de la Fraternité Saint-Pie-X, et donc
indépendant.
Ainsi a pris naissance une
nouvelle famille de consacrés à Dieu et dévoués à la
sanctification sacerdotale dans tous les diocèses où ils
seront appelés: soit en prenant des ministères paroissiaux,
soit en prenant en charge des grands séminaires, soit en
s'occupant de maisons de retraites, surtout destinées aux
prêtres.
Les jeunes qui viennent nous
rejoindre sont pleinement conscients du besoin de vérité et
de foi qu'éprouvent beaucoup de jeunes de leur génération.
***
Mis
en cause dans cet article, le cardinal JOURNET a adressé
à la Croix
la rectification
suivante:
Je suis surpris de lire
dans la
Croix du 12
décembre que le séminaire d'Ecône, en Valais, doit sa
formation aux « encouragements du cardinal Charles Journet
».
Je n'ai appris que fort tard
son existence.
Et comment aurais-je pu en
conscience approuver le refus opposé pratiquement par Mgr
Marcel Lefebvre à la « Constitution apostolique Missale
Romanum » promulguée le 3 avril 1969 par S. S. Paul VI?
(La
Croix, 20
décembre 1972.)
***
Nous
rappelons le vote émis par les EVEQUES FRANÇAIS à Lourdes,
en octobre 1972, par 98 voix sur 109
votants.
... Nous nous engageons à
n'appeler que des jeunes ou des adultes se préparant au
sacerdoce dans des centres de formation presbytérale
choisis en accord avec nous. (DC 1972, n° 1620, p1025. —
NDLR.)
(1) Cf.
Semaine
catholique, 19
février 1970, n° 7, p. 81; Semaine
catholique, 13
décembre 1970, n° 48, p. 609; Documentation
Catholique, 3
janvier 1971, n° 1577, p. 32 à 34.
(2) « L'Eglise, au cours de son pèlerinage, est appelée par
le Christ à cette réforme permanente dont elle a
perpétuellement besoin en tant qu'institution humaine et
terrestre. » Décret sur l'oecuménisme, n. 6.