Exhortation apostolique
à tous les évêques en paix et communion avec le Siège apostolique, pour le Ve anniversaire de la clôture du Concile oecuménique Vatican II (*)



          FRÈRES TRÈS AIMÉS,
          SALUT ET BÉNÉDICTION APOSTOLIQUE.

     Voici cinq ans déjà, après d'intenses sessions de travail vécues dans la prière, l'étude, l'échange fraternel, les évêques du monde entier regagnaient leurs diocèses, décidés à « tout mettre en oeuvre pour que rien n'arrête ce grand fleuve de grâces célestes qui, aujourd'hui, « réjouit la Cité de Dieu (1) » et pour que ne vienne pas à diminuer cet élan vital que l'Eglise connaît maintenant (2) ».
     Rendant grâces pour l'oeuvre accomplie, chacun emportait du Concile, avec l'expérience vécue de la collégialité, les textes doctrinaux et pastoraux laborieusement mis au point, comme autant de richesses spirituelles à partager avec les prêtres, nos collaborateurs dans le sacerdoce, avec les religieux et religieuses, avec tous les membres du Peuple de Dieu, comme autant de guides sûrs pour l'annonce de la parole de Dieu à notre temps et pour le renouveau intérieur des communautés chrétiennes.
     Cette ferveur ne s'est pas ralentie. Chacun à la place où l'Esprit-Saint l'a établi pour régir l'Eglise de Dieu (3) et tous ensemble, de multiples manières, mais particulièrement dans les Conférences épiscopales et les Synodes d'évêques, les successeurs des apôtres se sont dépensés sans compter pour traduire dans la vie de l'Eglise l'enseignement et les directives conciliaires. Selon le voeu exprimé dans notre première encyclique
Ecclesiam suam (4), le Concile a approfondi la conscience que l'Eglise avait d'elle-même. Il a mis en plus vive lumière les exigences de sa mission apostolique dans le monde de ce temps. Il l'a aidée à s'engager dans le dialogue du salut avec un esprit authentiquement oecuménique et missionnaire.
     Mais notre propos n'est pas, aujourd'hui, de tenter un bilan des recherches, des initiatives, des réformes qui se sont multipliées depuis la fin du Concile. Attentif à discerner les signes des temps, nous voudrions, en esprit fraternel, nous interroger avec vous sur notre fidélité à l'engagement que nous avions pris au seuil du Concile, dans notre message à tous les hommes: « Nous nous appliquerons à présenter aux hommes de ce temps la vérité de Dieu dans son intégrité et dans sa pureté, de telle sorte qu'elle leur soit intelligible et qu'ils y adhèrent de bon coeur (5). »


I

     Cet engagement, la Constitution pastorale Gaudium et spes, véritable charte conciliaire de la présence de l'Eglise au monde, l'a précisé sans équivoque: « Partageant les angoisses de ce temps, l'Eglise du Christ n'abandonne pas pour autant une très ferme espérance. Ce qu'elle veut, c'est encore et encore, à temps et à contretemps, présenter à notre époque le message qui lui vient des apôtres (6). »


La pureté de la foi

     Certes, les pasteurs ont toujours eu ce devoir de transmettre la foi dans sa plénitude et d'une manière adaptée à leurs contemporains, c'est-à-dire en s'efforçant d'employer un langage qui leur soit facilement accessible, en répondant à leurs questions, en suscitant leur intérêt, en les aidant à découvrir, à travers de pauvres paroles humaines, tout le message du salut que nous a porté Jésus-Christ. C'est en effet le corps épiscopal qui, avec Pierre et sous son autorité, garantit la transmission authentique du dépôt révélé et qui a reçu pour cela, selon l'expression de saint Irénée, « un charisme certain de vérité (7) ». C'est la fidélité de son témoignage, enraciné dans la Tradition sacrée et la Sainte Ecriture, nourri de la vie ecclésiale de tout le Peuple de Dieu qui, par l'assistance indéfectible de l'Esprit-Saint, donne à l'Eglise d'enseigner sans défaillance la parole de Dieu et de l'expliciter progressivement.
     Cependant, la condition présente de la foi exige, de notre part à tous, un effort accru pour que cette parole, dans sa plénitude, parvienne à nos contemporains et pour que les oeuvres accomplies par Dieu leur soient présentées sans altération, avec toute l'intensité d'amour de la vérité qui sauve (8).
     A l'heure même, en effet, où la proclamation de la parole de Dieu dans la liturgie connaît, grâce au Concile, un admirable renouveau; où la fréquentation de la Bible se répand dans le peuple chrétien; où les progrès de la catéchèse, lorsqu'ils sont poursuivis selon les orientations conciliaires, permettent une évangélisation en profondeur; où la recherche biblique, patristique et théologique apporte souvent une précieuse contribution à l'expression vivante du donné révélé, voici que de nombreux fidèles sont troublés dans leur foi par une accumulation d'ambiguïtés, d'incertitudes et de doutes qui l'atteignent en ce qu'elle a d'essentiel: les dogmes trinitaire et christologique, le mystère de l'Eucharistie et de la présence réelle, l'Eglise comme institution de salut, le ministère sacerdotal au sein du peuple de Dieu, la valeur de la prière et des sacrements, les exigences morales concernant, par exemple, l'indissolubilité du mariage ou le respect de la vie. Il n'est pas jusqu'à l'autorité divine de l'Ecriture qui ne soit mise en question par une démythisation radicale.
     Tandis que le silence recouvre peu à peu certains mystères fondamentaux du christianisme, nous voyons se manifester une tendance à reconstruire, à partir des données psychologiques et sociologiques, un christianisme coupé de la Tradition ininterrompue qui le relie à la foi des apôtres, et à prôner une vie chrétienne privée d'éléments religieux.
     Nous voici donc appelés, nous tous qui avons reçu, avec l'imposition des mains, la responsabilité de garder pur et entier le dépôt de la foi et la mission d'annoncer l'Evangile sans relâche, à témoigner de notre commune obéissance au Seigneur. Pour le peuple dont nous avons la charge, c'est un droit imprescriptible et sacré de recevoir la parole de Dieu, toute la parole de Dieu dont l'Eglise n'a cessé d'acquérir une compréhension plus profonde. Pour nous, c'est un devoir grave et urgent de la lui annoncer inlassablement, afin qu'il croisse dans la foi et dans l'intelligence du message chrétien et témoigne, par toute sa vie, du salut en Jésus-Christ.
     Le Concile a voulu nous le rappeler avec force: « Parmi les fonctions principales des évêques, la première est la prédication de l'Evangile. Les évêques en effet sont les hérauts de la foi, qui amènent au Christ de nouveaux disciples, et les docteurs authentiques, c'est-à-dire revêtus de l'autorité du Christ, qui prêchent au peuple qui leur est confié la foi qu'il doit croire et qu'il doit faire passer dans ses moeurs, qui, sous la lumière de l'Esprit-Saint, éclairent cette foi, tirant du trésor de la Révélation des choses anciennes et nouvelles (9), la font fructifier et écartent avec vigilance les erreurs qui menacent leur troupeau (10). Les évêques, enseignant en communion avec le Pontife romain, doivent être vénérés par tous comme les témoins de la vérité divine et catholique; les fidèles doivent s'accorder avec le sentiment de leur évêque exprimé au nom du Christ sur la foi et les moeurs et y adhérer avec l'hommage religieux de l'esprit... (11). »
     Certes, la foi est toujours un assentiment donné à cause de l'autorité de Dieu lui-même. Mais le magistère des évêques est, pour le croyant, le signe et le canal qui lui permettent de recevoir et de reconnaître la parole de Dieu. Chaque évêque, dans son diocèse, est solidaire de tout le corps épiscopal auquel a été confiée, à la suite du Collège apostolique, la charge de veiller à la pureté de la foi et à l'unité de l'Eglise.


II

     Reconnaissons-le sans hésiter: dans les circonstances actuelles, l'accomplissement nécessaire et urgent de cette tâche primordiale rencontre plus de difficultés qu'il n'en a connues au cours des siècles passés.


Exprimer la foi sous une forme lui permettant d'atteindre l'esprit et le coeur des hommes

     En effet, si l'exercice du magistère épiscopal était relativement aisé lorsque l'Eglise vivait en étroite symbiose avec la société de son temps, inspirait sa culture et partageait ses modes d'expression, un effort sérieux nous est demandé aujourd'hui pour que la doctrine de foi garde la plénitude de son sens et de sa portée, tout en s'exprimant sous une forme qui lui permette d'atteindre l'esprit et le coeur de tous les hommes auxquels elle s'adresse. Nul mieux que notre prédécesseur Jean XXIII, dans son discours d'ouverture des assises conciliaires, n'a montré le devoir qui nous incombe à cet égard: « Il faut que, répondant au vif désir de tous ceux qui sont sincèrement attachés à tout ce qui est chrétien, catholique et apostolique, cette doctrine soit plus largement et hautement connue, que les âmes soient plus profondément imprégnées d'elle, transformées par elle. Il faut que cette doctrine certaine et immuable, qui doit être respectée fidèlement, soit approfondie et présentée de la façon qui répond aux exigences de notre époque. En effet, autre est le dépôt lui-même de la foi, c'est-à-dire les vérités contenues dans notre vénérable doctrine, et autre est la forme sous laquelle ces vérités sont énoncées, en leur conservant toutefois le même sens et la même portée. Il faudra attacher beaucoup d'importance à cette forme et travailler patiemment, s'il le faut, à son élaboration; et on devra recourir à une façon de présenter qui correspond mieux à un enseignement de caractère surtout pastoral (12). »


Eviter les choix arbitraires

     Dans la crise actuelle du langage et de la pensée, il appartient à chaque évêque en son diocèse, à chaque Synode, à chaque Conférence épiscopale, d'être attentifs à ce que cet effort nécessaire ne trahisse jamais la vérité et la continuité de la doctrine de foi. Il nous faut, notamment, veiller à ce qu'un choix arbitraire ne rétrécisse pas le dessein de Dieu à nos vues humaines et ne restreigne pas l'annonce de sa parole à ce que nos oreilles aiment à entendre, en excluant, selon des critères purement naturels, ce qui ne va pas au goût du jour: « Si quelqu'un — fût-ce nous-même, fût-ce un ange venu du ciel, — nous prévient l'apôtre Paul, vous annonçait un évangile différent de celui que nous vous avons annoncé, qu'il soit anathème (13)! »
     Ce n'est pas nous, en effet, qui jugeons la parole de Dieu: c'est elle qui nous juge et qui fait éclater nos conformismes mondains. « La défaillance des chrétiens, et même de ceux qui ont pour fonction de prêcher, ne sera jamais dans l'Eglise un motif pour édulcorer le caractère absolu de la parole. Le tranchant du glaive (14) ne pourra jamais s'y émousser. Elle ne pourra jamais parler autrement que le Christ de la sainteté, de la virginité, de la pauvreté et de l'obéissance (15). »


Les enquêtes sociologiques

     Rappelons-le en passant: si les enquêtes sociologiques nous sont utiles pour mieux découvrir la mentalité ambiante, les préoccupations et les besoins de ceux auxquels nous annonçons la parole de Dieu, comme aussi les résistances que lui oppose la raison moderne, avec le sentiment largement répandu qu'il n'existerait, hors de la science, aucune forme légitime de savoir, les conclusions de telles enquêtes ne sauraient constituer par elles-mêmes un critère déterminant de vérité.


Faire droit aux justes requêtes

     Mais nous ne devons pas ignorer pour autant les questions que rencontre aujourd'hui un croyant légitimement soucieux d'entrer plus avant dans l'intelligence de sa foi. Ces questions, il nous faut les entendre, non pour en suspecter le bien-fondé, ni pour en nier les exigences, mais pour faire droit à leurs justes requêtes, au plan qui est le nôtre: celui de la foi. Cela est vrai des grandes interrogations de l'homme moderne sur ses origines, le sens de la vie, sur le bonheur auquel il aspire comme sur le destin de la famille humaine. Mais cela n'est pas moins vrai des questions que posent aujourd'hui les savants, les historiens, les psychologues, les sociologues, et qui sont pour nous comme autant de provocations à mieux annoncer, dans sa transcendance incarnée, la Bonne Nouvelle du Christ Sauveur, une nouvelle qui ne contredit point aux découvertes de l'esprit humain, mais qui l'élève au plan des réalités divines jusqu'à le faire participer, d'une manière encore balbutiante et inchoative mais pourtant bien réelle, à ce mystère d'amour dont l'Apôtre nous dit qu'il « surpasse toute connaissance (16) ».


La tâche des théologiens et des exégètes

     A ceux qui assument, dans l'Eglise, la tache délicate d'approfondir l'insondable richesse de ce mystère, théologiens ou exégètes en particulier, nous témoignerons un encouragement et un soutien qui le aideront à poursuivre leur travail dans la fidélité au grand courant de la Tradition chrétienne (17). On l'a dit naguère très, justement: « La théologie, comme science de la foi, ne peut trouver sa norme que dans l'Eglise, communauté des croyants. Quand la théologie renie ses présupposés et comprend autrement sa norme, elle perd son fondement et son objet. La liberté religieuse affirmée par le Concile, qui s'appuie sur la liberté de conscience, vaut pour la décision personnelle vis-à-vis de la foi, mais elle n'a rien à faire pour la détermination du contenu et de la portée de la Révélation divine (18). » Pareillement, l'utilisation des sciences humaines dans les travaux de l'herméneutique est un mode d'investigation du donné révélé, mais celui-ci ne saurait se réduire à leurs analyses, car il les transcende par son origine comme par son contenu.
     Au lendemain d'un Concile qui fut préparé par les meilleures acquisitions du savoir biblique et théologique, un travail considérable reste à faire, notamment pour approfondir la théologie de l'Eglise et pour élaborer une anthropologie chrétienne à la mesure du développement des sciences humaines et des questions qu'elles posent à l'intelligence croyante. Qui de nous ne reconnaît, avec l'importance de ce travail, ses exigences propres et n'en comprend les tâtonnements inévitables? Mais en présence des ravages que cause aujourd'hui dans le peuple chrétien la divulgation d'hypothèses aventureuses ou d'opinions troublantes pour la foi, nous avons le devoir de rappeler avec le Concile que la vraie théologie « s'appuie sur la parole de Dieu écrite, inséparable de la sainte Tradition, comme sur un fondement permanent (19) ».


La responsabilité personnelle et inaliénable des évêques

     Ne nous laissons pas réduire au silence, frères très aimés, par la peur des critiques toujours possibles et parfois fondées. Si nécessaire que soit la fonction des théologiens, ce n'est pas aux savants que Dieu a confié la mission d'interpréter authentiquement la foi de l'Eglise: celle-ci est portée par la vie d'un peuple dont les évêques sont responsables devant Dieu. Il leur appartient de dire à ce peuple ce que Dieu lui demande de croire.
     Pour chacun d'entre nous, cela exige beaucoup de courage, car, si nous sommes aidés par l'exercice communautaire de cette responsabilité dans le cadre des Synodes d'évêques et des Conférences épiscopales, il ne s'agit pas moins là d'une responsabilité personnelle, absolument inaliénable, pour répondre aux besoins immédiats et quotidiens du peuple de Dieu. L'heure n'est pas de nous demander, comme certains voudraient nous l'insinuer, s'il est vraiment utile, opportun, nécessaire de parler, mais bien plutôt de prendre les moyens de nous faire entendre. Car c'est à nous, évêques, que s'adresse l'exhortation de Paul à Timothée: « Je t'en conjure devant Dieu et le Christ Jésus, qui doit juger les vivants et les morts, je t'adjure au nom de son avènement et de son royaume: prêche la parole, insiste à temps et à contretemps, corrige, menace, exhorte, mais toujours avec patience et sans cesser d'instruire. Car un temps viendra où les hommes ne supporteront plus la saine doctrine du salut; ayant aux oreilles la démangeaison d'entendre du neuf, ils se choisiront, au gré de leurs passions, une foule de maîtres. Ils détourneront l'oreille de la vérité et se jetteront sur les fables. Toi, sois prudent en toute occasion, patient dans la souffrance, fais l'oeuvre d'un prédicateur de l'Evangile et consacre-toi à ton ministère (20). »


III

     Que chacun de nous s'interroge donc, frères très aimés, sur la manière dont il remplit ce devoir sacré: il exige de nous une fréquentation assidue de la parole révélée et une attention constante à la vie des hommes.


C'est du témoignage des saints que le monde a besoin

     Comment pourrions-nous, en effet, annoncer avec fruit la parole de Dieu, si elle ne nous était devenue familière parce que quotidiennement méditée et priée? Et comment pourrait-elle être reçue si elle n'était portée par une vie de foi profonde, de charité effective, d'obéissance totale, de prière fervente et d'humble pénitence? Après avoir insisté, comme nous le devions, sur l'enseignement de la doctrine de foi, il nous faut ajouter : ce qui est souvent le plus nécessaire, ce n'est pas tant un surcroît de parole qu'une parole consonante à une vie plus évangélique. Oui, c'est du témoignage des saints que le monde a besoin, car « en eux, nous rappelle le Concile, c'est Dieu lui-même qui nous parle: il nous donne un signe de son royaume et nous y attire puissamment (21) ».


Attention constante à la vie des hommes

     Soyons attentifs aux questions qui s'expriment à travers la vie des hommes, en particulier des jeunes: « Si un fils demande du pain, nous dit Jésus, quel est parmi vous le père qui lui donnerait un caillou (22)? » Accueillons volontiers les interpellations qui viennent troubler notre quiétude. Soyons patients devant les hésitations de ceux qui cherchent comme à tâtons la lumière. Sachons cheminer fraternellement avec tous ceux qui, privés de cette lumière dont nous-même bénéficions, tendent pourtant, à travers les brouillards du doute, à rejoindre la maison paternelle. Mais, si nous communions à leur détresse, que ce soit pour chercher à la guérir. Si nous leur présentons le Christ Jésus, que ce soit le Fils de Dieu fait homme pour nous sauver et nous faire partager sa vie, et non une figure tout humaine, pour merveilleuse et attirante qu'elle soit (23).


Les discernements indispensables

     Dans cette fidélité à Dieu et aux hommes à qui il nous envoie, nous saurons alors opérer, avec prudence et délicatesse certes, mais avec clairvoyance et fermeté, les discernements indispensables. C'est là, sans nul doute, une des tâches les plus difficiles, comme aussi les plus nécessaires aujourd'hui, pour l'épiscopat. En effet, dans le heurt des idées qui s'entrechoquent, la plus grande générosité risque de s'accompagner des affirmations les plus contestables: du milieu même de nous, comme au temps de saint Paul, « se lèvent des hommes qui tiennent des discours pervers dans le but d'entraîner des disciples à leur suite (24) », et ceux qui parlent ainsi sont parfois persuadés de le faire au nom de Dieu, s'illusionnant eux-mêmes sur l'esprit qui les anime. Sommes-nous assez attentifs, pour ce discernement de la parole de foi, aux fruits qu'elle suscite? Pourrait-elle venir de Dieu, une parole qui ferait perdre aux chrétiens le sens du renoncement évangélique ou qui proclamerait la justice en oubliant d'annoncer la douceur, la miséricorde et la pureté, une parole qui dresserait les frères contre les frères? Jésus nous en avertit: « C'est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez (25). »
     Que notre exigence soit la même pour les collaborateurs qui portent avec nous la charge d'annoncer la parole de Dieu. Que leur témoignage soit toujours celui de l'Evangile, et leur parole celle du Verbe qui suscite la foi — et avec elle, l'amour de nos frères, entraînant tous les disciples du Christ à pénétrer de son esprit, la mentalité, les moeurs et la vie de la cité terrestre (26). C'est ainsi, selon l'admirable parole de saint Augustin, que, « même par le ministère d'hommes timides, Dieu parle en toute liberté (27) ».

***

     Telles sont, frères très aimés, quelques-unes des pensées que nous suggère l'anniversaire du Concile, cet « instrument providentiel du véritable renouveau de l'Eglise (28) ». En nous interrogeant avec vous en toute simplicité fraternelle sur notre fidélité à cette mission primordiale de l'annonce de la parole de Dieu, nous avons eu conscience de répondre à un impérieux devoir. Peut-être se trouvera-t-il quelqu'un pour s'en étonner, voire le contester?
     Dans la sérénité de notre âme, nous vous prenons à témoin de cette nécessité qui nous presse, d'être fidèle à notre charge de pasteur, et de ce désir qui nous anime de prendre avec vous les moyens qui seraient à la fois les plus adaptés à notre temps et les plus conformes à l'enseignement du Concile, pour mieux en assurer la fécondité. Nous confiant avec vous à la douce maternité de la Vierge Marie, nous appelons de grand coeur sur vos personnes, comme sur votre ministère pastoral, l'abondance des grâces de « Celui qui peut tout faire, et bien au-delà de nos demandes et de nos pensées, en vertu de la puissance qui agit en nous: à lui la gloire dans l'Eglise et le Christ Jésus.
Amen (29) ».
     Avec notre affectueuse Bénédiction apostolique.
     Donné à Rome, près Saint-Pierre, en la fête de l'Immaculée Conception de la Bienheureuse Vierge Marie, le 8 décembre 1970, huitième année de notre pontificat.

     PAULUS PP. VI


(*) Texte français publié par la Polyglotte vaticane. Les sous-titres sont de notre rédaction.
     Le texte latin de l'exhortation apostolique, qui commence par les mots
« Quinque jam anni », a été publié dans I'Osservatore Romano du 6 janvier 1971.

(1) Ps 46, 5.

(2) Exhortation apostolique
Postrema sessio, 4 novembre 1965, dans AAS 57, 1965, p. 867.

(5) Cf. Ac 20, 28.

(4)
AAS 56, 1964, p. 609-659.

(5) 20 octobre 1962,
AAS 54, 1962, p. 822.

(6) N° 82, § 4.

(7)
Adv. Haer. IV, 26, 2; PG 7, 1053.

(8) Cf. 2 Th 2, 10.

(9) Ct. Mt 13, 52.

(10) Cf. 2 Tm 4, 1-4.

(11)
Lumen gentium, 25.

(12)
AAS 54, 1962, p. 792.

(13) Ga 1, 8.

(14) He 4, 12; Ap 1, 16 et 2, 16.

(15) HANS URS VON BALTHASAR, Das Ganze in Fragment, Einsiedein, Benziger, 1963, p. 296; trad. sous le titre:
De l'intégration, aspects d'une théologie de l'histoire, Paris, Desclée, 1970, p. 279.

(16) Ep 3, 19.

(17) Cf.
Relatio Commissionis in Synodo Episcoporum constitutae, Rome, octobre 1967, p. 10-11.

(18) « Déclaration des évêques allemands », Fulda, 27 décembre 1968, dans
Herder Korrespondenz, Fribourg en Brisgau, janvier 1969, p. 75; trad. dans la Documentation Catholique, t. 66, Paris 1969, p. 233.

(19) Constitution dogmatique
Dei Verbum, 24.

(20) 2 Tm 4, 15.

(21)
Lumen gentium, 50.

(22) Lc 11, 11.

(23) Cf. 2 Jn 79.

(24) Ac 20, 30.

(25) Mt 7, 15-20.

(26) Cf.
Apost. Actuosit., 7, 13, 24.

(27)
Enar. in Psalmos, 103; Sermo 1, 19; PL 37,1351.

(28) Cf.
Postrema sessio, dans AAS 57, 1965, p. 865.

(29) Ep 3, 20-21.