L'incident de la chapelle de la Sainte-Enfance à Nancy


     L'évêché de Nancy a publié le 11 mai le communiqué suivant à propos des incidents qui avaient été créés la veille, le dimanche 10 mai, par quelques personnes refusant le nouvel « Ordo Missae »:

     L'opinion étant informée de l'incident qui s'est produit dimanche dernier à la chapelle de la Sainte-Enfance, l'évêché de Nancy se trouve amené à indiquer sommairement de quoi il s'agit.
     Tous les adultes ont connu la messe telle qu'elle était célébrée, en latin, depuis plusieurs siècles, exactement depuis le Pape saint Pie V (1566-1572).
     On sait également que le Concile Vatican II a examiné, parmi beaucoup d'autres, le problème de la liturgie de la messe pour notre temps.
     Le Pape Paul VI a créé dans ce but le Consilium de liturgie. L'aménagement liturgique s'est mis en place progressivement, et les nouvelles normes, le nouvel « Ordo Missae » a été publié par le Saint-Siège, laissant aux Conférences épiscopales nationales le soin de fixer la date de mise en vigueur, la date ultime pour l'Eglise universelle étant le 30 novembre 1971. La Conférence épiscopale d'Italie choisit le 30 novembre 1969, la Conférence épiscopale de France le 1er janvier 1970.
     Très bien accueillie dans l'ensemble, cette mise à jour liturgique soulevait de-ci de-là, des oppositions, parfois au plan doctrinal, le plus souvent chez des chrétiens habitués au latin, au chant grégorien (ce qui est parfaitement compréhensible et licite) et aux formes extérieures traditionnelles de la messe.
     Un groupe s'est ainsi constitué peu à peu à Nancy, autour d'un prêtre obstiné à célébrer la messe selon l'ancien rite.
     La décision d'interdire cette messe devait être prise dès le 1er janvier. Mgr Breton, vicaire général pour Nancy, demande et obtint un délai pour prendre contact avec les intéressés et s'efforcer d'obtenir un accord sur une messe qui serait célébrée en latin dans une église de Nancy accessible à tous, selon le nouveau schéma liturgique.
     Cette proposition s'est heurtée à un refus catégorique formulé à nouveau à Mgr l'Evêque lui-même, refus d'autant plus incompréhensible que le Canon I de la nouvelle messe (toute la partie centrale) nous vient du IVe siècle et qu'il est celui de la messe de saint Pie V.
     La dernière messe selon le rite ancien devant être celle du dimanche 10 mai, le vicaire général, ayant pris longuement contact avec les organisateurs, proposa une rencontre dans une salle après cette messe. Cette éventualité fut écartée. Il fut alors convenu avec eux qu'il prendrait la parole au cours de la messe, non pour couper les ponts, mais au contraire pour garder le contact.
     A peine avait-il prononcé quelques mots, d'ailleurs très fraternels et compréhensifs, qu'élevaient successivement la voix un jeune et deux adultes selon un scénario préparé à l'avance.
     Il ne restait au vicaire général qu'à se retirer, après avoir dit sa certitude que 95 % de l'assistance désapprouvait une telle manifestation, en un tel lieu, après tant de rencontres cordiales, en contradiction totale avec les entretiens préparatoires. La preuve en est dans les lettres reçues depuis l'évêché: « Je déplore formellement que ce matin quelques assistants qui ne représentent d'ailleurs qu'eux-mêmes... » « Je ne trouve pas de termes assez vifs pour exprimer ma consternation, etc. »
     Par décision de Mgr l'Evêque, cette messe ne sera plus célébrée. Les personnes qui souhaiteraient absolument une messe latine selon l'Ordo actuel sont priées de le faire savoir à l'évêché.
     L'évêché de Nancy est allé dans cette affaire jusqu'à la limite du possible, sans trouver malheureusement l'écho qu'il espérait. Par ailleurs, s'autoriser d'abus regrettables en sens différents ne constitue en aucune manière une justification, il faut rechercher au contraire une unité constructive. L'évêque de Nancy espère que chacun saura faire effort pour le comprendre.
     L'incident, qui doit rester dans ses limites, est considéré comme clos.

     
(Notre Eglise, bulletin diocésain de Nancy et Toul, 31 mai 1970, p. 231.)