Le cardinal Ottaviani
et le nouvel « Ordo Missae »
Dans
notre numéro du 1er mars 1970, p. 215. note 1, nous avons
publié la lettre par laquelle les cardinaux Ottaviani et
Bacci exposaient au Saint-Père leurs objections contre le
nouvel « Ordo Missae ». Par la suite est parvenue à notre
connaissance la lettre ci-après qui avait été adressée, le
17 février précédent, par le cardinal Ottaviani à Dom
Marie-Gérard Lafond, de l'abbaye de Saint-Wandrille, pour
le remercier de l'envoi de la « Note doctrinale sur le
nouvel Ordo Missae » publiée par la «
Militia Sanctae
Mariae, Ordre des
chevaliers de Notre-Dame » (1):
Rome, le 17 février 1970.
TRÈS
REVEREND PÈRE,
J'ai bien reçu votre lettre
du 28 janvier et la Note Doctrinale, datée du 29 janvier.
Je vous félicite pour votre travail qui est remarquable
pour son objectivité et la dignité de son expression. Ce
n'a pas été toujours, hélas! le cas dans cette polémique
dans laquelle on a vu des simples chrétiens, sincèrement
blessés des nouveautés, mêlés à ceux qui se servent du
trouble des âmes pour augmenter la confusion des esprits.
De ma part je regrette
seulement que l'on ait abusé de mon nom dans un sens que je
ne désirais pas, par la publication d'une lettre que
j'avais adressée au Saint-Père sans autoriser personne à la
publier.
Je me suis profondément
réjoui à la lecture des Discours du Saint-Père sur les
questions du Nouvel Ordo Missae, et surtout de ses précisions
doctrinales contenues dans les Discours aux Audiences
Publiques du 19 et du 26 novembre: après quoi, je crois,
personne ne peut plus sincèrement se scandaliser. Pour le
reste il faudra faire une oeuvre prudente et intelligente
de catéchèse afin d'enlever quelques perplexités légitimes
que le texte peut susciter. Dans ce sens je souhaite à
votre Note Doctrinale et à l'activité de la Militia Mariae
une large diffusion et succès.
Veuillez agréer, Très
Révérend Père, l'expression de mes hommages distingués,
accompagnés d'une bénédiction pour tous vos Collaborateurs
et les membres de la Militia.
A. card. OTTAVIANI.
(Texte
original.)
(1) Nous lisons dans cette « Note doctrinale », p. 11 et
12:
On connaît la supplique
adressée au Saint-père par les cardinaux Ottaviani et
Bacci, demandant que l'Ordo de saint Pie V puisse continuer
à être utilisé et affirmant, par référence à un « Bref
examen critique », que « le nouvel Ordo, si l'on considère
les éléments nouveaux, susceptibles d'appréciations fort
diverses, qui paraissent sous-entendus ou impliqués,
s'éloigne de façon impressionnante, dans l'ensemble comme
dans le détail, de la théologie catholique de la sainte
messe telle qu'elle a été formulée, à la XXe session du
Concile de Trente »...
Nous sommes en mesure
d'affirmer que le vénéré cardinal Ottaviani a vu tous les
textes et qu'il les a approuvés. Certaines formules ont
même été adoptées très précisément à sa requête, en
particulier les formules eschatologiques et celles qui
concernent la liturgie des défunts (anaphore 3).
Or, le « bref examen »
attaque précisément ces formules en recourant à un
raisonnement enfantin: si le retour du Christ est attendu
et désiré, c'est donc que le Christ n'est pas réellement
présent sous les espèces eucharistiques! Ne perdons pas
notre temps à réfuter cette sottise, et notons au passage
que les nombreuses allusions à la Parousie dans la liturgie
nouvelle comptent parmi les éléments les plus positifs du
nouvel Ordo. Cette grande vérité, plus ou moins oubliée par
les fidèles (« les dix vierges s'assoupirent et
s'endormirent »), retentit à nouveau comme un cri nu milieu
de notre nuit: « Ecce Sponsus venit, aptate lampades
vestras! »
D'autres critiques du « bref
examen » ne peuvent non plus avoir reçu l'approbation du
grand cardinal: celle par exemple où l'on affirme que la
formule de l'anaphore 2: « Ut nobis corpus et sanguis
fiant » est
suspecte d'hérésie car si le pain et le vin deviennent pour
nous corps et sang du Christ, c'est qu'ils ne le deviennent
pas objectivement! L'ennui est que le canon romain dit la
même chose (« pour nous » signifiant évidemment « pour
notre salut », « à notre profit »).
Nous en sommes donc réduits
aux hypothèses. Le cardinal n'a pu approuver le bref
examen; il est probable qu'on s'est gardé de le lui lire.
En acceptant de faire figurer
son nom au bas de la supplique, le cardinal Ottaviani a
approuvé au moins la requête de conserver l'Ordo de saint
Pie V et il s'est déclaré solidaire de tous ceux qui
souffrent des perpétuels changements de la liturgie ou des
Incroyables fantaisies individuelles ou collectives qui
éclosent un peu partout en marge des réformes officielles.
Son geste n'aura pas été vain. Grâce à lui, tous les
prêtres qui célèbrent en latin pourront, jusqu'au 30
novembre 1971, utiliser l'un ou l'autre Ordo. Grâce à lui
encore, les prêtres âgés ne seront pas obligés de
réapprendre à dire la messe. Grâce à lui enfin, la
définition du chapitre II pourra être révisée.