Déclaration de la Congrégation du Culte divin au sujet de la Présentation générale du Missel romain (1)


     Dans leur numéro de novembre-décembre 1969 (p. 417), les Notitiae, organe de la S. congrégation du Culte divin, publient le texte ci-après en le faisant précéder de cette introduction: « Cette déclaration a été ajoutée lorsque, au mois de novembre 1969, il fut nécessaire de réimprimer le volume de l'Ordo missae. Elle a pour objet de clarifier la nature de la Présentation générale et d'écarter les doutes et les inquiétudes qui pourraient subsister au sujet de points de doctrine figurant dans ladite Présentation. Cependant, un examen attentif et approfondi de cette Présentation fait apparaître bien clairement que les doutes et les observations critiques exprimés avec véhémence au sujet de la doctrine contenue dans la Présentation sont dénués de tout fondement. »

     La Présentation générale du Missel romain, qui servira d'introduction au Missel romain réformé en vertu du décret du IIe Concile du Vatican et qui, actuellement, précède l'
Ordo missae, a été rédigée par le Consilium pour l'application de la Constitution sur la liturgie, avec le concours d'éminents experts en matière de théologie et de pastorale. Après un examen approfondi, elle fut approuvée par les cardinaux et les évêques de ce même Consilium, choisis par le Souverain Pontife « dans diverses régions du monde ». (Cf. Const. sur la liturgie, art. 25.)
     Cette Présentation reprend et applique fidèlement les principes doctrinaux et les normes pratiques qui, au sujet du culte du mystère eucharistique, sont contenus dans la Constitution conciliaire
Sacrosanctum Concilium (4 décembre 1963), dans l'encyclique Mysterium Fidei (3 septembre 1965) de S. S. Paul VI, et dans l'instruction Eucharisticum Mysterium (25 mai 1967) de la S. congrégation des Rites.
     Cependant, cette Présentation ne doit pas être considérée comme un document doctrinal ou dogmatique, mais comme une instruction pastorale et rituelle décrivant la célébration et ses parties, compte tenu des principes doctrinaux donnés dans les documents ci-dessus énumérés. Les rites, en effet, découlent de la doctrine et manifestent celle-ci.
     Aussi, la Présentation se propose-t-elle d'indiquer les lignes directrices de l'instruction catéchétique qui doit être donnée aux fidèles, et de donner les principales normes pour la célébration eucharistique à l'intention de ceux qui participent à cette célébration selon leurs divers ordres et degrés.
     C'est pourquoi, lorsque sera publiée l'édition type du Missel romain, où la Présentation générale figurera en tête, à titre d'introduction, à la place des indications concernant les rubriques et les rites qui figuraient jusqu'à maintenant dans le Missel romain, si l'on peut trouver des expressions plus claires permettant une meilleure compréhension pastorale et catéchétique, ainsi qu'une plus grande perfection des rubriques, le Siège apostolique veillera à ce qu'il en soit ainsi.
     Donné à la Cité du Vatican, le 18 novembre 1969, en la fête de la Dédicace des basiliques des apôtres saint Pierre et saint Paul.

     BENNO card. GUT,
     
préfet.

     H. BUGNINI,
     
secrétaire.


(1) Traduction (d'après le texte latin) et titre de la DC.
     Dans ses allocutions des audiences générales des 19 et 26 novembre 1969 (
DC 1969, p. 1035 et 1102), Paul VI avait répondu aux critiques qui avaient été faites de la Présentation générale du Missel romain (publiée aux Editions du Centurion).

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     Une brochure de 29 pages, rédigée en italien sous le titre « Breve esame critico del Novus Ordo Missae » avait été adressée à Paul VI, accompagnée d'une lettre du cardinal OTTAVIANI, contresignée par le cardinal BACCI, dont voici la traduction (d'après le texte italien), telle qu'elle a été publiée dans Itinéraires, décembre 1969. p. 22 et s.

          TRÈS SAINT-PÈRE,
     Après avoir examiné et fait examiner le nouvel
Ordo Missae préparé par les experts du Consilium ad exsequendam Constitutionem de sacra liturgia, après avoir longuement réfléchi et prié, nous sentons le devoir, devant Dieu et devant Votre Sainteté, d'exprimer les considérations suivantes:
     1. Comme le prouve suffisamment l'examen critique ci-joint, si bref soit-il, oeuvre d'un groupe choisi de théologiens, de liturgistes et de pasteurs d'âmes, le nouvel
Ordo Missae, si l'on considère les éléments nouveaux, susceptibles d'appréciations fort diverses, qui y paraissent sous-entendus ou impliqués, s'éloigne de façon impressionnante, dans l'ensemble comme dans le détail, de la théologie catholique de la sainte messe, telle qu'elle a été formulée à la XXe session du Concile de Trente, lequel, en fixant définitivement les « canons » du rite, éleva une barrière infranchissable contre toute hérésie qui pourrait porter atteinte à l'intégrité du mystère.
     2. Les raisons pastorales avancées pour justifier une si grave rupture, même si elles avaient le droit de subsister en face de raisons doctrinales, ne semblent pas suffisantes. Tant de nouveautés apparaissent dans le nouvel
Ordo Missae, et en revanche tant de choses éternelles s'y trouvent reléguées à une place mineure ou à une autre place — si même elles y trouvent encore une place, — que pourrait se trouver renforcé et changé en certitude le doute, qui malheureusement s'insinue dans de nombreux milieux, selon lequel des vérités, toujours crues par le peuple chrétien, pourraient changer ou être passées sous silence sans qu'il y ait infidélité au dépôt sacré de la doctrine auquel la foi catholique est liée pour l'éternité. Les récentes réformes ont suffisamment démontré que de nouveaux changements dans la liturgie ne pourront pas se faire sans conduire au désarroi le plus total des fidèles qui déjà manifestent qu'ils leur sont insupportables et diminuent incontestablement leur foi. Dans la meilleure part du clergé, cela se marque par une crise de conscience torturante dont nous avons des témoignages innombrables et quotidiens.
     3. Nous sommes assurés que ces considérations, directement inspirées de ce que nous entendons par la voix vibrante des pasteurs et du troupeau, devront trouver un écho dans le coeur paternel de Votre Sainteté, toujours si profondément soucieux des besoins spirituels des fils de l'Eglise. Toujours les sujets, pour le bien desquels est faite la loi, ont eu le droit et plus que le droit, le devoir, si la loi se révèle tout au contraire nocive, de demander au législateur, avec une confiance filiale, son abrogation.
     C'est pourquoi nous supplions instamment Votre Sainteté de ne pas vouloir que — dans un moment où la pureté de la fol et l'unité de l'Eglise souffrent de si cruelles lacérations et des périls toujours plus grands, qui trouvent chaque jour un écho affligé dans les paroles du Père commun — nous soit enlevée la possibilité de continuer à recourir à l'intègre et fécond Missel romain de saint Pie V, si hautement loué par Votre Sainteté et si profondément vénéré et aimé du monde catholique tout entier.
     (
Nous rappelons l'interview du cardinal Garrone, publiée dans notre numéro du 7 décembre 1969, p. 1093, sur ce même sujet — NDLR.)