Conférence de presse de
M. l'abbé Jounel
Le
nouveau calendrier romain a été présenté à la salle de
presse du Saint-Siège le 9 mai par M. l'abbé Pierre Jounel,
professeur à l'institut supérieur de liturgie de l'Institut
catholique de Paris, rapporteur du groupe d'étude qui a
préparé la réforme du calendrier. Voici le texte de sa
conférence de presse (1):
Le calendrier romain, que
vient de promulguer le Pape Paul VI, en application de la
Constitution conciliaire sur la liturgie, est
essentiellement un calendrier
liturgique. Il ne
comporte donc pas l'adoption de l'un des projets visant à
une nouvelle systématisation des semaines et des mois au
cours de l'année. Une telle mesure ne relève pas de la
compétence de l'Eglise catholique, mais de celle des
organismes internationaux.
De plus, le nouveau
calendrier n'apporte aucune innovation en ce qui concerne
la stabilisation de la date de Pâques, qui permettrait à
tous les chrétiens de célébrer le même jour la résurrection
du Christ. Malgré le désir très vif du Pape Paul VI, du
Patriarche Athénagoras Ier et de la plupart des instances
supérieures des diverses Eglises chrétiennes, il ne semble
pas qu'on puisse arriver à un accord universel sur ce point
avant plusieurs années, spécialement avant le Concile
général de l'Eglise orthodoxe, qui a mis la question à son
ordre du jour.
La réforme de la liturgie
romaine concernant le calendrier porte essentiellement sur
l'organisation de l'année liturgique en général et, plus
spécialement, sur les fêtes des saints.
I. —
L'organisation de l'année liturgique
La révision
de l'année liturgique a été faite selon les principes
suivants:
— Assurer la prééminence de la
célébration du mystère du Christ sur les fêtes des
saints.
La célébration de la nuit
pascale est l'événement central de l'année chrétienne et
tout est mis en oeuvre pour en faciliter la célébration par
la communauté des croyants.
Le dimanche est le jour du
Seigneur, jour festif primordial qui réunit les chrétiens
autour de l'autel. Aussi seules les plus grandes solennités
des saints peuvent recevoir la préséance sur lui.
Même en semaine, les fêtes
des saints seront moins nombreuses que par le passé et
beaucoup d'entre elles deviennent facultatives. C'est
ainsi, par exemple, que le mois de mai, qui comporte
jusqu'à ce jour 22 fêtes de saints obligatoires, n'en aura
plus que cinq selon le nouveau calendrier. On ne saurait
mettre en plus vive lumière le caractère relatif du culte
des saints par rapport à celui du Christ.
— Adapter la
célébration du mystère liturgique à la situation concrète
de l'Eglise dans le monde actuel.
Minoritaire en de nombreuses
régions, l'Eglise ne saurait imposer la fériation de toutes
ses solennités à ses fidèles pris par leurs charges
professionnelles. Aussi, à l'exception de Noël, les
principales fêtes du Seigneur tombant en semaine
(Epiphanie, Ascension, Saint-Sacrement) pourront-elles être
reportées au dimanche dans les pays où elles ne sont plus
fériées.
Répandue dans les deux
hémisphères, l'Eglise ne peut plus lier son culte aux
rythmes saisonniers des pays méditerranéens. C'est ainsi
que Quatre-Temps et Rogations seront désormais organisés
par les conférences épiscopales.
II. — La révision
du calendrier des saints
La révision
de la liste des saints inscrits au calendrier général de
l'Eglise romaine découle des principes généraux qui
viennent d'être exposés.
On a d'abord soumis à
une investigation
historique approfondie la liste des saints fêtés antérieurement.
Certains saints peuvent être populaires, en raison des
légendes qui se sont créées autour de leurs noms, sans
qu'on puisse même garantir qu'ils aient existé, tels saint
Christophe, sainte Barbara, sainte Catherine d'Alexandrie.
Ils ont été supprimés du calendrier général: le peuple
chrétien ne peut être invité à une prière officielle que
dans la vérité.
On a veillé ensuite à ce que
le calendrier romain présente une synthèse de la sainteté
chrétienne à
travers les temps et à travers l'espace. On y trouvera donc
tous les types de sainteté vécue dans le peuple de Dieu: si
les évêques et les prêtres, les religieux et les
religieuses y sont largement majoritaires, les laïcs y sont
présents eux aussi, avec Justin, le philosophe; Monique, la
mère d'Augustin; le roi de France Louis IX; le chancelier
d'Angleterre, Thomas More, et la jeune paysanne italienne
Maria Goretti.
Les saints romains (25),
italiens (37), français (16) et espagnols (11) y témoignent
par leur nombre d'une tradition multiséculaire, qui est un
fait historique indiscutable, mais tous les continents y
ont leurs témoins: martyrs japonais (6 février) et
américano-canadiens (19 octobre), martyrs de l'Uganda (3
juin) et de l'Océanie (28 avril), saints latino-américains,
parmi lesquels le métis Martin de Porrès (3 novembre).
C'est un usage universel de
commémorer chaque année à leur jour anniversaire les grands
événements familiaux ou nationaux. Ainsi, les saints
étaient-ils primitivement commémorés à l'anniversaire de
leur mort, Mais, au cours des siècles, beaucoup
d'infractions ont été faites à cette règle et, souvent, on
a inscrit les nouvelles fêtes dans le calendrier à une date
arbitraire. La présente révision restitue, autant que
possible, la
mémoire de chaque saint à son
anniversaire. On
ne devra donc pas s'étonner des nombreux changements
apportés aux dates. C'est ainsi, par exemple, que saint
Vincent de Paul († 27 septembre 1660) passe du 19
juillet au 27 septembre, sainte Brigitte († 23
juillet 1373), du 8 octobre au 23
juillet.
Deux précisions pour
terminer:
1. Le nouveau calendrier
entrera en vigueur le 1er janvier 1970. Toutes les fêtes
supprimées disparaissent à cette date du calendrier général
et toutes les fêtes facultatives deviennent facultatives;
mais, en attendant que les nouveaux livres liturgiques
nécessaires pour célébrer la messe et l'office soient entre
les mains des prêtres et des fidèles, on continuera
provisoirement à célébrer à leur date ancienne les fêtes
qui ont été maintenues.
2. Dans le volume en langue
latine, qui sort aujourd'hui aux éditions de l'imprimerie
vaticane, sous le titre Calendarium Romanum
(180 p.), le texte officiel
du nouveau calendrier est suivi d'un commentaire qui
éclaire les options prises au sujet de chaque saint, dont
le nom est conservé ou supprimé au calendrier romain. On y
trouve, en particulier, un triple catalogue géographique,
chronologique et alphabétique des saints inscrits au
nouveau calendrier (pp. 150-158).
Rome,
9 mai 1969.
PIERRE JOUNEL.
(1) Texte
original.