Présentation du nouvel « Ordo Missae » (1)

     Par la Constitution apostolique « Missale Romanum » datée du 3 avril 1969, en la fête du jeudi saint, le Saint-Père a approuvé et ordonné la promulgation du nouveau missel, revu selon les directives du IIe Concile du Vatican.
     Le volume qui contient l'
Ordo Missae et les normes générales réunies en un seul document intitulé « Institutio generalis Missalis romani » vient de paraître, par décret de la S. congrégation des Rites, en date du 6 avril 1969. L'Ordo Missae et les normes générales entreront en vigueur le 30 novembre 1969, premier dimanche de l'Avent.


I

     L'Ordo Missae, dans sa nouvelle présentation, est l'aboutissement de la réforme de la messe, après les étapes intermédiaires marquées par les instructions de la S. congrégation des Rites des 26 septembre 1964 et 4 mai 1967.
     Les points retouchés sont les suivants:


1. Les rites initiaux

     Les prières au bas de l'autel dans la forme qu'elles ont aujourd'hui sont supprimées; la célébration s'ouvre avec le chant de l'introït, pendant que le célébrant se rend à l'autel et va au siège. Puis, au siège, le célébrant, en même temps que le peuple, fait le signe de la croix et salue l'assemblée. On peut utiliser quelques formules de salut dérivées des lettres de saint Paul (par exemple: « La charité de Dieu le Père, la grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ, la communion de l'Esprit-Saint soient avec vous tous. ») ou le traditionnel: « Le Seigneur soit avec vous. » Dans tous les cas le peuple répond: « Et avec votre esprit. » Suit l'acte pénitentiel, qui peut être accompli selon des formes diverses; le prêtre peut le faire
précéder d'une brève monition qui introduit les fidèles à la célébration qui commence. Le rite se poursuit par le
Kyrie et le Gloria.


2. Rites d'offertoire

     Cette partie de la célébration, à laquelle on n'avait jamais touché au cours des précédentes réformes, vient d'être réordonnée pour mieux répondre à sa vraie signification. Les formules qui accompagnent la déposition du pain et du vin sur l'autel sont changées pour ne pas anticiper la véritable offrande du sacrifice qui sera faite au Canon. On utilise des expressions bibliques traditionnelles de bénédiction, qui mettent en relief l'action créatrice de Dieu et la participation de l'homme dans l'offrande des éléments qui serviront au sacrifice: « Béni sois-tu, Seigneur, Dieu de l'univers; de ta générosité nous avons reçu le pain que nous te présentons, fruit de la terre et du travail humain, et qui deviendra pour nous le Pain de vie. »
     Une formule similaire, avec les variations nécessaires, accompagne la déposition du calice. Il en résulte qu'est abrégée la formule du mélange de l'eau et du vin et modifiée celle du
Lavabo.


3. Rite de la fraction et de la paix

     Les éléments qui accompagnent cette partie sont disposés selon un mode plus clair. Au Notre Père, qui ouvre les rites de la communion, suit l'embolisme (« Délivre-nous, Seigneur... ») abrégé et sans les noms des saints, qui se conclut par le souvenir du retour du Seigneur et l'acclamation du peuple: « ... Afin que désormais nous soyons libérés du péché et préservés de tout malheur: dans l'attente de la bienheureuse espérance et de la venue de notre Sauveur Jésus-Christ. A toi est le règne, à toi la puissance dans les siècles. »
     Le rite de la paix est ainsi ordonné: en premier lieu, le prêtre demande à Dieu le don de la paix pour l'Eglise et le monde par la prière: « Seigneur Jésus-Christ, qui as dit à tes apôtres: je vous laisse la paix, je vous donne ma paix... » Puis il adresse aux fidèles le souhait: « La paix du Seigneur soit toujours avec vous » et l'invitation: « Donnez-vous la paix. » Les fidèles peuvent échanger le salut de paix avec un geste opportun (qui est à fixer par les Conférences épiscopales).
     Vient ensuite la fraction du pain eucharistique, pour la communion, qui est accompagnée du chant de l'acclamation: « Agneau de Dieu... » Les rites de la communion restent inchangés.


4. Autres modifications mineures dans tout l'Ordo

     Nous en relevons deux qui touchent le Canon romain. Les paroles du Seigneur, dans la narration de la dernière Cène, sont uniformisées selon la leçon adoptée dans les nouvelles prières eucharistiques: « Ceci est mon Corps livré pour vous », pour la consécration du pain; « Ceci est la coupe de mon Sang, le Sang de l'Alliance nouvelle et éternelle qui sera versé pour vous et pour la multitude, en rémission des péchés. »
     A la première formule est ajoutée la phrase: « Livré en sacrifice pour vous », de la seconde sont retranchés les mots: « Mystère de la foi », qui sont dits par le célébrant comme introduction à l'acclamation du peuple: « Nous proclamons ta mort, Seigneur Jésus, nous célébrons ta résurrection, nous attendons ta venue dans la gloire. »
     En outre, les conclusions: « Par le Christ Notre-Seigneur » qui se trouvent au Canon sont mises entre parenthèses et peuvent être omises. Le même procédé est employé pour les noms des saints: dans le
Communicantes restent seulement obligatoires les noms de la Vierge, de saint Joseph et des apôtres Pierre, Paul et André; dans le Nobis quoque sont obligatoires les noms des saints bibliques, c'est-à-dire Jean, Etienne, Mathias et Barnabé. Ainsi le vénérable Canon romain acquiert une plus grande unité et facilité de récitation, selon le schéma des nouvelles prières eucharistiques.


II

     L'Institutio generalis du missel reprend les documents actuels qui introduisent au missel: les rubriques générales, le « Ritus servandus in celebratione missae », le « De defectibus in celebratione missae occurrentibus. » Le style, naturellement, est plus pastoral que juridique, de façon à guider le célébrant non seulement dans l'exécution exacte des rites, mais aussi dans la compréhension de leur esprit et de leur signification.
     Le document comprend huit chapitres. Le premier est une introduction à caractère doctrinal. Le deuxième passe en revue les divers éléments de la célébration, présentant chacun d'entre eux sur le plan de la doctrine et sur celui de la rubrique. Le troisième illustre les devoirs de tous ceux qui participent à la célébration: prêtre, ministres, peuple. Le quatrième expose les diverses formes de célébration: messe avec le peuple, messe privée, messe concélébrée; il contient aussi les normes pour la communion sous les deux espèces. Le cinquième offre un ample directoire sur l'ordonnance de l'église, comme lieu de la célébration. Le sixième passe en revue ce qui est nécessaire à l'action sacrée, c'est-à-dire le mobilier, les vases et les ornements sacrés. Le septième guide dans le choix du formulaire de la messe et de ses diverses parties: lectures, oraisons, chants, présentant aussi toute une série d'adaptations possibles et de pluralité, de formes. Le huitième résume en deux pages la législation, jusqu'ici très simple et assez complexe, des messes votives et de celles des défunts.
     Comme on le voit, il s'agit d'un document qui a une structure linéaire et claire, inspirée de principes pastoraux. Il se préoccupe plus d'illustrer et de guider que de présenter toute une série de normes prescrites.
     Après ces années d'inévitable fluidité, il faut souhaiter qu'avec l'
Institutio qui vient d'être publiée se retrouve une ligne de plus grande clarté et unité dans la célébration du culte, en particulier dans la célébration de l'Eucharistie, comme le souhaite le Saint-Père dans la Constitution apostolique: « Nous espérons que le nouveau missel sera accueilli comme un instrument qui démontre et renforce l'union de tous, et que, par lui, même dans la diversité des langues, une unique prière montera vers le Père céleste. »
     La publication du Lectionnaire et des parties du missel contenant les oraisons et les antiennes suivra dans peu de temps. On aura alors le cadre complet du nouveau livre liturgique et le matériel pour une action pastorale efficace et sûre, avec de nombreuses possibilités d'adaptation aux diverses situations du peuple de Dieu.


(1) Texte publié par la Salle de presse du Saint-Siège.