Constitution
apostolique « Missale Romanum »
promulguant le Missel romain restauré sur l'ordre du IIe
Concile oecuménique du Vatican (*)
PAUL EVEQUE,
SERVITEUR DES SERVITEURS DE DIEU.
EN PERPÉTUELLE MÉMOIRE DE CET ACTE.
Le Missel
romain, promulgué en 1570 par Notre prédécesseur saint Pie
V, sur l'ordre du Concile de Trente (1), a été reçu par
tous comme l'un des fruits nombreux et admirables que ce
saint Concile a répandus dans l'Eglise du Christ tout
entière. Durant quatre siècles, en effet, non seulement il
a fourni aux prêtres du rite latin la norme de la
célébration du sacrifice eucharistique, mais encore les
saints prédicateurs de l'Evangile l'ont répandu dans
presque tout l'univers. De plus, d'innombrables saints ont
abondamment nourri leur piété envers Dieu par ses lectures
des Saintes Ecritures ou par ses prières, dont l'ordonnance
générale remontait pour l'essentiel à saint Grégoire le
Grand.
Mais depuis longtemps déjà a
grandi et s'est répandu dans le peuple chrétien le
renouveau liturgique qui, selon le mot de Pie XII, Notre
prédécesseur de vénérée mémoire, doit être regardé comme un
signe des dispositions providentielles de Dieu sur
le temps
présent, un
passage salutaire du Saint-Esprit dans son Eglise (2); ce
renouveau a montré clairement aussi que les formules du
Missel romain devaient être révisées et enrichies. Le
commencement de cette rénovation a été l'oeuvre de Notre
prédécesseur, ce même Pie XII, dans l'instauration de la
vigile pascale et de l'Ordo de la Semaine sainte (3), qui
constitua la première étape de cette adaptation du Missel
romain aux besoins de notre époque.
Le récent IIe Concile
oecuménique du Vatican, en promulguant la
Constitution Sacrosanctum
Concilium, a
établi les bases de la révision générale du Missel romain:
en déclarant « que les textes et les rites doivent être
organisés de telle façon, qu'ils expriment avec plus de
clarté les réalités saintes qu'ils signifient (4) »; en
ordonnant que « l'Ordo de la messe soit révisé, de telle
sorte que se manifestent plus clairement le rôle propre
ainsi que la connexion mutuelle de chacune de ses parties,
et que soit facilitée la participation pieuse et active des
fidèles (5) »; en prescrivant « qu'on ouvre plus largement
les trésors bibliques, pour présenter aux fidèles avec plus
de richesse la table de la Parole de Dieu (6) »; en
ordonnant, enfin, que « soit composé un nouveau rite de la
concélébration, qui devra être inséré dans le Pontifical et
dans le Missel romain (7) ».
Il ne faudrait pas croire,
cependant, que cette révision du Missel romain a été
improvisée: les progrès que la science liturgique a
effectués dans les quatre derniers siècles lui ont, sans
aucun doute, ouvert la voie. Si, après le Concile de
Trente, l'étude « des vieux manuscrits de la Bibliothèque
vaticane et d'autres rassemblés de partout » comme dit la
Constitution Quo
Primum de Notre
prédécesseur saint Pie V, a beaucoup servi à la révision du
Missel romain, depuis lors les sources liturgiques les plus
anciennes ont été découvertes et publiées, tandis que les
formules liturgiques de l'Eglise orientale étaient mieux
connues; aussi, nombreux sont-ils, ceux qui ont souhaité
que ces richesses à la fois doctrinales et spirituelles ne
demeurent pas dans les ténèbres des bibliothèques mais, au
contraire, soient mises en lumière pour éclairer et nourrir
les esprits et les âmes des chrétiens.
Présentons maintenant, dans
ses grandes lignes, la nouvelle composition du Missel
romain. Tout d'abord, dans une Institution
générale, qui
sert de préface, on expose les règles nouvelles de la
célébration du Sacrifice eucharistique, tant en ce qui
concerne les rites et les fonctions de chacun des
participants qu'en ce qui traite du mobilier et des lieux
sacrés.
La prière
eucharistique
L'innovation
majeure porte sur ce qu'on appelle la prière eucharistique.
Si le rite romain a toujours admis que la première partie
de cette prière, la préface, conserve diverses formulations
au cours des siècles, la seconde partie, au contraire,
appelée « la règle de l'action sacrée », le
Canon
Actionis, a reçu
une forme invariable entre le IVe et le Ve siècle; par
contre, les liturgies orientales admettaient cette même
variété dans les anaphores elles-mêmes. Tout en
enrichissant la prière eucharistique d'un grand nombre de
préfaces, puisées à l'antique tradition de l'Eglise romaine
ou nouvellement composées — ce qui mettra en lumière
les différents aspects du mystère du salut et procurera de
plus riches motifs d'action de grâce, — Nous avons
décidé d'ajouter trois nouveaux canons à cette prière.
Toutefois, pour des raisons d'ordre pastoral, et afin de
faciliter la concélébration, Nous avons voulu que les
paroles du Seigneur soient identiques dans chaque
formulaire du canon. Ainsi, en chaque prière eucharistique,
on dira les paroles suivantes:
Sur le pain: ACCIPITE ET
MANDUCATE EX HOC OMNES: HOC EST ENIM CORPUS MEUM, QUOD PRO
VOBIS TRADETUR.
Sur le calice: ACCIPITE ET
BIBITE EX EO OMNES: HIC EST ENIM CALIX SANGUINIS MEl NOVI
ET AETERNI TESTAMENTI, QUI PRO VOBIS ET PRO MULTIS
EFFUNDETUR IN REMISSIONEM PECCATORUM. HOC FACITE IN MEAM
COMMEMORATIONEM.
L'expression MYSTERIUM FIDEI,
tirée du contexte des paroles du Christ Seigneur, et dite
par le prêtre, sert d'introduction à l'acclamation des
fidèles.
L'Ordinaire de la
messe
En ce qui
concerne l'Ordo de la messe, « tout en gardant fidèlement
la substance des rites, on les a simplifiés (8) ». On a
aussi fait disparaître « ceux qui, au cours des âges, ont
été redoublés ou ajoutés sans grande utilité (9) », surtout
dans les rites d'offrande du pain et du vin, et dans ceux
de la fraction du pain et de la communion.
On a aussi « rétabli, selon
l'ancienne norme des saints Pères, certaines choses qui
avaient disparu sous les atteintes du temps (10) », par
exemple l'homélie (11), la prière universelle ou prière des
fidèles (12), le rite pénitentiel ou acte de réconciliation
avec Dieu et avec les frères au début de la messe, toutes
choses qu'on a justement remises en valeur.
Les
lectures
Selon la
prescription du IIe Concile du Vatican, qui commandait «
dans un nombre d'années déterminé de lire au peuple la
partie la plus importante des Saintes Ecritures (13) »,
tout l'ensemble des lectures du dimanche est réparti sur un
cycle de trois ans. De plus, les dimanches et les fêtes,
les lectures de l'Epître et de l'Evangile sont précédées
d'une lecture d'Ancien Testament ou, au temps pascal, des
Actes des Apôtres. De cette façon, on met plus clairement
en lumière le dynamisme du mystère du salut, à partir même
du texte de la révélation divine. Ainsi, les fidèles
pourront-ils se nourrir très abondamment aux jours de fête
des textes les plus importants des Saintes Ecritures et,
les jours non festifs, ils auront accès aux autres parties
des Livres saints.
Tout cela est sagement
ordonné, de telle manière que se développe de plus en plus
chez les fidèles « la faim de la Parole de Dieu (14) » qui,
sous la conduite de l'Esprit-Saint, achemine le peuple de
la Nouvelle Alliance vers l'unité parfaite de l'Eglise.
Nous avons vivement confiance que, de la sorte, prêtres et
fidèles prépareront plus saintement leur coeur à la Cène du
Seigneur et aussi, méditant plus profondément les Saintes
Ecritures, se nourriront de jour en jour davantage des
paroles du Seigneur. Il s'ensuivra que, selon les souhaits
du Ile Concile du Vatican, les Saintes Lettres seront pour
tous à la fois une source perpétuelle de vie spirituelle,
un instrument de première valeur pour transmettre la
doctrine chrétienne et, enfin, la moelle de toute la
théologie.
Autres
modifications
Dans cette
révision du Missel romain, en plus des trois changements
signalés plus haut, à savoir la prière eucharistique,
l'Ordo de la messe et l'Ordo des lectures, d'autres parties
aussi ont été revues et considérablement modifiées: le
Temporal, le Sanctoral, le Commun des Saints, les messes
rituelles et les messes votives. En tout cela, un soin
particulier a été apporté aux oraisons: leur nombre a été
augmenté, pour que de nouveaux textes répondent mieux aux
besoins nouveaux, mais aussi leur texte a été rétabli sur
la foi des sources les plus anciennes. Pour chaque férie
des temps liturgiques principaux, Avent, Noël, Carême et
temps pascal, une oraison propre a été prévue.
Si le texte du Graduel
romain, au moins en ce qui regarde le chant, n'est pas
changé, cependant, pour une participation plus facile, on a
restauré le psaume responsorial, dont saint Augustin et
saint Léon le Grand font souvent mention, et on a adapté
pour les messes lues les antiennes d'introït et de
communion.
Pour terminer, Nous voulons
donner force de loi à tout ce que Nous avons exposé plus
haut sur le nouveau Missel romain. En promulguant l'édition
officielle du Missel romain, Notre prédécesseur saint Pie V
présentait celui-ci comme un instrument de l'unité
liturgique et un témoin de la pureté du culte dans
l'Eglise. Tout en laissant la place dans le nouveau Missel,
selon l'ordre du IIe Concile du Vatican « à des différences
légitimes et à des adaptations (15) », Nous espérons
cependant que ce Missel sera reçu par les fidèles comme un
signe et un instrument de l'unité mutuelle de tous: de la
sorte, dans la grande diversité des langues, une même et
unique prière montera vers le Père des cieux, par notre
grand-prêtre, Jésus-Christ, dans l'Esprit, comme « un
encens d'agréable odeur ».
Nous ordonnons que les
prescriptions de cette Constitution entrent en vigueur le
30 novembre prochain de cette année, premier dimanche de
l'Avent.
Nous voulons que ce que Nous
avons établi et prescrit soit tenu pour ferme et efficace,
maintenant et à l'avenir, nonobstant, si c'est nécessaire,
les Constitutions et Ordonnances apostoliques données par
nos Prédécesseurs et toutes les autres prescriptions mêmes
dignes de mention spéciale et pouvant déroger à la loi.
Donnée à Rome, près de
Saint-Pierre, le Jeudi saint « in Cena Domini
», 3 avril 1969, sixième
année de Notre Pontificat.
PAUL VI, PAPE.
(*) Traduction
diffusée par la Salle de presse du Saint-Siège. Les
sous-titres et les références à la DC sont de notre rédaction.
(1) Cf. Constitution apostolique Quo primum, du 13 Juillet 1570.
(2) Cf. Pie XII, allocution aux participants du Ier Congrès
international de pastorale liturgique d'Assise, 22
septembre 1956: AAS 48 (1956), p. 712. (DC 1956, n° 1236, col. 1286.)
(3) Cf. S. congrégation des Rites, décret
Dominicae
Resurrectionis, 9
février 1951: AAS 43 (1951), p. 128 et s.
(DC
1951, n° 1091, col. 331);
décret Maxima
Redemptionis nostrae mysteria, 16 novembre 1955: AAS 47 (1955), p. 838 et s.
(DC
1955, n° 1214, col. 1537.)
(4) Cf. IIe Concile oecuménique du Vatican, Constitution
sur la liturgie, Sacrosanctum
Concilium, n°
21: AAS 56 (1963), p. 106. (DC 1963, n° 1414, col. 1641.)
(5) Cf. ibid., n° 50, p. 114.
(6) Cf. ibid., n° 51, p. 114.
(7) Cf. ibid., n° 57, p. 115.
(8) Cf. ibid., n° 50, p. 114.
(9) ibid.
(10) ibid.
(11) Cf. ibid., n° 52, p. 114.
(12) Cf. ibid., n° 53, p. 114.
(13) Cf. ibid., n° 51, p. 114.
(14) Cf. Amos, 8, 11.
(15) Cf. IIe Concile oecuménique du Vatican,
Constitution Sacrosanctum
Concilium, n°
38-40: AAS 56 (1964), p. 110.