Le nouveau rite de la
messe
Audience
générale du 26 novembre (1)
CHERS
FILS ET CHÈRES FILLES,
Nous voulons encore une fois
vous inviter à réfléchir sur cette nouveauté que constitue
le nouveau rite de la messe, qui sera utilisé dans la
célébration du saint sacrifice à partir de dimanche
prochain 30 novembre, premier dimanche de l'Avent. Nouveau
rite de la messe! C'est là un changement qui affecte une
vénérable tradition multiséculaire, et donc notre
patrimoine religieux héréditaire, lequel semblait devoir
demeurer intangible, immuable, nous faire redire les mêmes
prières que nos ancêtres et nos saints, nous apporter le
réconfort de la fidélité à notre passé spirituel, que nous
actualisions pour le transmettre ensuite aux générations
suivantes. Nous comprenons mieux, en cette circonstance, la
valeur de la tradition historique et de la communion des
saints. Ce changement porte sur le déroulement des
cérémonies de la messe. Nous constaterons, peut-être avec
un certain regret, qu'à l'autel les paroles et les gestes
ne sont plus identiques à ceux auxquels nous étions
tellement habitués que nous n'y faisions presque plus
attention. Ce changement concerne également les fidèles. Il
devrait intéresser chacun d'eux, les amener à sortir de
leurs petites dévotions personnelles ou de leur
assoupissement habituel.
Nous devons nous préparer à
ces multiples dérangements; ils sont inhérents à toutes les
nouveautés qui changent nos habitudes. Nous pouvons faire
remarquer que ce seront les personnes pieuses qui seront
les plus dérangées. Elles avaient leur façon respectable de
suivre la messe; elles se sentiront maintenant privées de
leurs pensées habituelles et obligées d'en suivre d'autres.
Les prêtres eux-mêmes en éprouveront peut-être quelque
difficulté.
Les motifs du
changement: obéissance au Concile et participation des
fidèles
Que faire
en cette occasion spéciale et historique?
Avant tout, nous préparer.
Cette nouveauté n'est pas peu de chose. Nous ne devons pas
nous laisser surprendre par l'aspect de ses formes
extérieures, qui peut-être nous déplaît. Si nous sommes
intelligents, si nous sommes des fidèles conscients, nous
devons bien nous informer des nouveautés en question. Grâce
à toutes les bonnes initiatives prises par l'Eglise et par
les éditeurs, cela n'est pas difficile. Comme nous le
disions la dernière fois (2), nous devrons bien voir les
motifs pour lesquels ce grave changement a été introduit:
l'obéissance au Concile, laquelle devient maintenant
obéissance aux évêques, qui interprètent et exécutent ses
prescriptions. Ce premier motif n'est pas simplement
canonique, en ce sens qu'il n'y aurait là qu'un précepte
extérieur; il est lié au charisme de l'action liturgique,
c'est-à-dire au pouvoir et à l'efficacité de la prière de
l'Eglise, laquelle trouve son expression la plus autorisée
dans l'évêque, et donc dans les prêtres qui le secondent
dans son ministère et, comme lui, agissent « au nom du
Christ » (cf. S. Ign. Ad Eph., 4). C'est la volonté du Christ, c'est
le souffle de l'Esprit-Saint qui appellent l'Eglise à cette
mutation. Nous devons y voir, pour le Corps mystique du
Christ, lequel est précisément l'Eglise, un instant
prophétique qui la secoue, la réveille, l'oblige à
renouveler l'art mystérieux de sa prière. Et ceci, dans une
intention qui, ainsi que nous l'avons dit, constitue le
second motif de la réforme: associer d'une façon plus
intime et efficace l'assemblée des fidèles aux rites
officiels de la messe, tant ceux de la Parole de Dieu que
ceux du sacrifice eucharistique. Les fidèles, en effet,
sont, eux aussi, revêtus du « sacerdoce royal », ce qui
veut dire qu'ils sont habilités à cet entretien surnaturel
avec Dieu.
Le latin est une langue
angélique
Et c'est
là, bien sûr, que l'on constatera la plus grande nouveauté:
celle de la langue. Ce n'est plus le latin, mais la langue
courante, qui sera la langue principale de la messe. Pour
quiconque connaît la beauté, la puissance du latin, son
aptitude à exprimer les choses sacrées, ce sera
certainement un grand sacrifice de le voir remplacé par la
langue courante. Nous perdons la langue des siècles
chrétiens, nous devenons comme des intrus et des profanes
dans le domaine littéraire de l'expression sacrée. Nous
perdrons ainsi en grande partie cette admirable et
incomparable richesse artistique et spirituelle qu'est le
chant grégorien. Nous avons, certes, raison d'en éprouver
du regret et presque du désarroi. Par quoi
remplacerons-nous cette langue angélique? Il s'agit là d'un
sacrifice très lourd. Et pourquoi? Que peut-il y avoir de
plus précieux que ces très hautes valeurs de notre Eglise?
Mais la participation
du peuple est plus précieuse
La réponse
semble banale et prosaïque, mais elle est bonne, parce que
humaine et apostolique. La compréhension de la prière est
plus précieuse que les vétustes vêtements de soie dont elle
s'est royalement parée. Plus précieuse est la participation
du peuple, de ce peuple d'aujourd'hui, qui veut qu'on lui
parle clairement, d'une façon intelligible qu'il puisse
traduire dans son langage profane. Si la noble langue
latine nous coupait des enfants, des jeunes, du monde du
travail et des affaires, s'il était un écran opaque au lieu
d'être un cristal transparent, ferions-nous un bon calcul,
nous autres pécheurs d'âmes, en lui conservant
l'exclusivité dans le langage de la prière et de la
religion? Saint Paul ne disait-il pas, dans sa première
épître aux Corinthiens: « Dans l'assemblée, j'aime mieux
dire cinq mots avec mon intelligence, pour instruire aussi
les autres, que dix mille en langue » (14, 19, etc.)? Et
saint Augustin ajoute, en guise de commentaire: « Pourvu
que tous soient instruits, que l'on n'ait pas crainte des
maîtres. » (Pl., 38, 228, serm., 37 cf. aussi Serm.,
299, p. 1371.)
Le latin ne disparaîtra
pas
Par
ailleurs, le nouveau rite de la messe demande « que les
fidèles sachent chanter ensemble, en latin, sur des
mélodies faciles, au moins quelques parties de l'ordinaire
de la messe, mais surtout la profession de foi et l'oraison
dominicale ». (N. 19). Mais, ne l'oublions pas, pour notre
gouverne et notre réconfort: le latin ne disparaîtra pas
pour autant de notre Eglise. Il demeurera la noble langue
des actes officiels du Siège apostolique; il restera
toujours comme un instrument d'enseignement pour les études
ecclésiastiques, comme la clef qui donne accès au
patrimoine de notre culture religieuse, historique et
humaniste et cela, si possible, avec une nouvelle
splendeur.
Meilleure expression du
sens spirituel de la messe
Et,
finalement, si on y regarde bien, on verra que la messe a
fondamentalement gardé sa ligne traditionnelle, non
seulement dans son sens théologique, mais aussi dans son
sens spirituel. Si le rite se déroule comme il se doit, ce
sens spirituel sera même plus richement exprimé, en raison
de la plus grande simplicité de la cérémonie, de la variété
et de l'abondance des textes de la Sainte Ecriture, de
l'action combinée des différents ministres, des silences
qui, ici et là, soulignent le caractère plus profond du
rite; et, en raison surtout de deux choses indispensables
qu'il requiert: la participation intime de chaque fidèle et
l'union des âmes dans la charité communautaire. Ce sont ces
deux choses qui doivent faire de la messe, plus que jamais,
un élément d'approfondissement spirituel, un foyer
tranquille mais exigeant, où l'on apprend à vivre ensemble
en chrétiens. Les liens qui nous unissent au Christ et à
nos frères s'y resserrent d'une façon plus vivante. Par
l'action du ministre de l'Eglise, le Christ victime et
prêtre renouvelle et offre son sacrifice rédempteur dans le
rite symbolique de la dernière Cène. Sous les apparences du
pain et du vin, il nous laisse son Corps et son Sang pour
nourrir notre âme et nous fondre dans l'unité de son amour
rédempteur et de sa vie immortelle.
Indications
pratiques
Mais, il
reste une difficulté pratique qui n'est pas sans
importance, étant donnée la valeur de la messe: comment
ferons-nous pour mettre en oeuvre ce nouveau rite, alors
que nous n'avons pas encore le missel complet et que tant
d'incertitudes entourent son application? C'est pourquoi,
pour terminer, nous vous lirons certaines indications
émanant de la S. congrégation du Culte divin, qui a
compétence en la matière:
« En ce qui concerne le
caractère obligatoire du rite:
1. Pour le texte latin:
les prêtres qui célèbrent en
latin, en privé, ou également en public dans les cas prévus
par la loi, peuvent, jusqu'au 28 novembre 1971, utiliser
soit le missel romain, soit le nouveau rite.
S'ils prennent le missel
romain, ils
peuvent utiliser les trois nouvelles anaphores, ou le canon
romain avec les modifications prévues dans le dernier texte
(omission de certains saints, des conclusions, etc.). Ils
peuvent dire dans la langue du peuple les lectures et la
prière des fidèles.
S'ils utilisent le nouveau
rite, ils doivent
suivre le texte officiel, avec les concessions ci-dessus
indiquées pour la langue du peuple.
2. Pour le texte en langue du
peuple. En
Italie, tous ceux qui célèbrent avec assistance doivent, à
partir du 30 novembre prochain, utiliser le rite de la
messe publié par la Conférence épiscopale italienne, ou par
une autre Conférence nationale.
Les dimanches et jours de
fête, les lectures seront prises:
— Soit dans le
lectionnaire publié par le Centre de pastorale liturgique;
— Soit dans le
lectionnaire publié par le et jours de fête utilisé jusqu'à
maintenant.
En semaine, on continuera à
utiliser le Iectionnaire férial publié il y a trois ans.
Pour ceux qui célèbrent en
privé, il n'y a aucun problème, parce
qu'ils doivent
célébrer en latin. Si, en vertu d'un indult particulier, ils
célèbrent en langue du peuple: pour les textes, ils doivent
suivre ce qui a été dit ci-dessus à propos de la messe avec
assistance; mais pour les rites, ils doivent suivre
l'Ordo
spécial publié par la
Conférence épiscopale italienne. »
En tout état de cause,
rappelons-nous que toujours « la messe est un mystère qui
doit être vécu dans une mort par amour. Sa réalité divine
dépasse toute parole humaine... Elle est l'action par
excellence, l'acte même de notre rédemption dans le
mémorial qui l'actualise ». (ZUNDEL.) Avec notre
bénédiction apostolique.
(1) Texte
italien dans l'Osservatore Romano
du 27 novembre 1969.
Traduction, titre et sous-titres de la DC.
(2) Cf. DC 1969, n° 1552, p. 1055
(NDLR).