Non pas « une nouvelle
messe » mais une « nouvelle époque »
Audience
générale du 19 novembre (1)
CHERS
FILS ET CHÈRES FILLES,
Nous voulons attirer votre
attention sur un prochain événement concernant l'Eglise
catholique latine: l'introduction dans la liturgie du
nouveau rite de la messe, qui sera obligatoire dans les
diocèses d'Italie à partir du premier dimanche de l'Avent,
30 novembre. La messe sera célébrée d'une façon quelque peu
différente de celle à laquelle nous étions habitués jusqu'à
maintenant, et qui remonte à saint Pie V, il y a quatre
siècles.
Ce changement a quelque chose
de surprenant, d'extraordinaire, la messe étant considérée
comme l'expression traditionnelle et intangible de notre
culte religieux, de l'authenticité de notre foi. Et alors,
on se demande: Comment est-ce possible? En quoi consiste ce
changement? Quelles en seront les conséquences pour ceux
qui assistent à la sainte messe? Les réponses à ces
questions et à d'autres semblables que l'on se pose devant
une nouveauté si surprenante vous seront données
abondamment dans toutes les églises, dans toutes les
publications religieuses, dans toutes les écoles où l'on
enseigne la doctrine chrétienne. Nous vous exhortons à y
faire attention; et ce sera pour vous l'occasion de
préciser et d'approfondir quelque peu l'extraordinaire et
mystérieuse notion de la messe.
Mais, pour le moment, nous
voudrions, dans ce bref et élémentaire discours, écarter
les difficultés qui, au premier abord, se posent
spontanément pour vous devant ce changement. A cet effet,
nous répondrons aux trois questions que chacun se pose.
L'unanimité de la
prière dans l'Eglise
Comment un
tel changement est-il possible? Réponse: de par la volonté
expresse du récent Concile, qui a dit: « Le rituel de la
messe sera révisé de telle sorte que soient manifestés plus
clairement le rôle propre, ainsi que la connexion mutuelle
de chacune de ses parties, et que soit facilitée la
participation pieuse et active des fidèles. Aussi, en
gardant fidèlement la substance des rites, on les
simplifiera; on omettra ce qui, au cours des âges, a été
redoublé ou a été ajouté sans grande utilité; on rétablira,
selon l'ancienne norme des Saints Pères, certaines choses
qui ont disparu sous les atteintes du temps, dans la mesure
où cela apparaîtra opportun ou nécessaire. »
(Sacr.
Concilium, n.
50.)
Cette réforme imminente
répond donc à un mandat officiel de l'Eglise; elle est un
acte d'obéissance; elle montre que l'Eglise est cohérente
avec elle-même; c'est un pas en avant dans la ligne de sa
tradition authentique; c'est une preuve de fidélité et de
vitalité qui requiert de nous tous une prompte adhésion. Ce
n'est pas décision arbitraire; ce n'est pas une expérience
temporaire ou facultative; ce n'est pas une improvisation
due à un quelconque dilettante. C'est une loi élaborée par
d'éminents liturgistes après de longues discussions et de
longues études. Nous ferons bien de l'accueillir avec un
joyeux intérêt et de l'appliquer ponctuellement et
unanimement. Cette réforme met fin aux incertitudes, aux
discussions, aux initiatives arbitraires et abusives. De
nouveau, elle requiert de nous cette uniformité de rites et
de sentiments qui est propre à l'Eglise catholique,
héritière et continuatrice de la première communauté
chrétienne, laquelle ne faisait « qu'un coeur et qu'une âme
». (Actes, 4, 32.) L'unanimité de la prière dans l'Eglise
est l'un des signes et l'une des forces de son unité et de
sa catholicité. Le prochain changement ne doit ni rompre ni
troubler cette unanimité. Il doit, au contraire, la
confirmer, l'affirmer avec un esprit nouveau et jeune.
Rien n'est changé à la
substance de la messe, mais une plus grande efficacité est
donnée au message liturgique
Autre
question: en quoi consiste ce changement? Vous verrez qu'il
y a, à propos des rites, beaucoup de prescriptions
nouvelles qui exigeront, surtout au début, une certaine
attention, un certain effort. La piété personnelle et
l'esprit communautaire rendront facile et agréable
l'observance de ces nouvelles prescriptions. Mais, qu'il
soit bien entendu que rien n'est changé dans la substance
de notre messe traditionnelle. Certains pourront peut-être
se laisser impressionner par telle ou telle cérémonie
particulière, par telle ou telle rubrique annexe, comme si
elles constituaient ou cachaient une altération ou une
minimisation de vérités définitives ou dûment sanctionnées
de la foi catholique; comme si elles compromettaient
l'équation lex
orandi - lex credendi (loi de la prière - loi de la foi).
Mais il n'en est absolument
rien. Avant tout parce que le rite et la rubrique
correspondante ne sont pas, en eux-mêmes, une définition
dogmatique. Ils peuvent avoir des qualifications
théologiques de valeur diverse selon le contexte liturgique
auquel ils se rapportent; ce sont des gestes et des paroles
appliqués à une action religieuse vécue, vivant d'un
mystère inexprimable de présence divine, et qui n'est pas
toujours réalisée sous une forme univoque. Seule la
critique théologique peut analyser cette action et
l'exprimer en des formules doctrinales logiquement
satisfaisantes.
Ensuite, parce qu'avec le
nouveau rite, la messe est et demeure celle de toujours,
d'une façon peut-être encore plus évidente en certains de
ses aspects. L'unité entre la Cène du Seigneur et le
sacrifice de la croix, le renouvellement représentatif de
l'un et de l'autre dans la messe, sont inviolablement
affirmés et célébrés dans le nouveau rite comme dans le
précédent. La messe est et demeure le mémorial de la
dernière Cène du Christ au cours de laquelle le Seigneur,
changeant le pain et le vin en son corps et en son sang,
institua le sacrifice du Nouveau Testament et voulut que,
par la vertu de son sacerdoce conférée aux apôtres, ce
sacrifice fût renouvelé dans son identité, en étant
seulement offert d'une façon différente, c'est-à-dire d'une
façon sacramentelle, non sanglante, en perpétuelle mémoire
de lui, jusqu'à son retour à la fin des temps (cf. DE LA
TAILLE, Mysterium
fidei, Elucid.
IX).
Si le nouveau rite vous
permet de voir plus clairement le rapport entre la liturgie
de la parole et la liturgie eucharistique proprement dite,
celle-ci étant comme la réponse et la réalisation de
celle-là (cf. Bouyer); si vous remarquez combien la
célébration du sacrifice eucharistique appelle l'assistance
de l'assemblée des fidèles qui, à la messe, sont et se
sentent pleinement « Eglise »; si, enfin, vous voyez mis en
valeur d'autres propriétés merveilleuses de notre messe,
n'allez pas croire que tout cela tende à en altérer la pure
et traditionnelle essence. Sachez plutôt apprécier comment
l'Eglise, par le moyen de ce nouveau et vaste langage,
désire assurer une efficacité plus grande à son message
liturgique et veut, d'une façon plus directe et plus
pastorale, le mettre à la portée de chacun de ses enfants
et du peuple de Dieu tout entier.
Une meilleure
participation des fidèles
Nous
répondons ainsi à la troisième question que nous nous
étions posée: quelles seront les conséquences de cette
innovation? Les conséquences prévues ou, mieux encore,
souhaitées, sont: une participation plus intelligente, plus
pratique, plus appréciée, plus sanctifiante des fidèles au
mystère liturgique, c'est-à-dire à l'écoute de la Parole de
Dieu — qui résonne d'une façon toujours vivante tout
au long des siècles et dans l'histoire de chacune de nos
âmes — et à la réalité mystique du sacrifice
sacramentel et propitiatoire du Christ.
Ne parlons donc pas de «
nouvelle messe », mais de « nouvelle époque » de la vie de
l'Eglise. Avec Notre Bénédiction apostolique.
(1) Texte
italien dans l'OR du 20 novembre 1969. Traduction et
sous-titres de la
DC.
Le même
numéro de l'Osservatore Romano (p. 2) contient un compte rendu par le P.
BUGNINI, secrétaire de la Congrégation pour le culte divin,
de la XIIe session plénière de la Commission spéciale pour
la réforme liturgique (qui a succédé au Consilium.
Cf. DC
1969,
p. 532) Nous y
lisons:
Les Pères ont pris en
considération quelques difficultés qui sont apparues
récemment au sujet de certains points de
l'Institutio
generalis (présentation générale) du Missel romain.
Ils ont rappelé que cette présentation générale n'est pas
un texte dogmatique, mais purement et simplement un exposé
des normes qui régissent la célébration eucharistique; elle
veut donner non pas une définition de la messe, mais
seulement une description des rites. Qu'est la messe du
point de vue théologique? On peut le déduire de divers
paragraphes de la présentation et, comme chacun le sait,
des traités de théologie et des documents pontificaux de
caractère doctrinal.
De toutes façons, dans la
publication définitive du Missel romain, il sera toujours
possible de retoucher certaines expressions de la
présentation générale afin de rendre le texte plus clair et
plus compréhensible.
(On lira plus loin
(p. 1093) les déclarations du cardinal Garrone
au sujet du nouvel « Ordo Missae ».)