Les nouveaux rites pour
l'ordination
des diacres, des prêtres et des évêques
Constitution apostolique « Pontificalis Romani » (*)
PAUL EVEQUE
SERVITEUR DES SERVITEURS DE DIEU, POUR PERPETUELLE MEMOIRE.
La révision
du Pontifical romain n'est pas seulement prescrite d'une
manière générale par le IIe Concile oecuménique du Vatican
(1); elle est régie en outre par les règles particulières
selon lesquelles le Concile a ordonné de modifier les rites
des ordinations, « soit quant aux cérémonies, soit quant
aux textes (2) ».
Mais parmi les rites des
ordinations, il faut considérer en premier lieu ceux par
lesquels, grâce au sacrement de l'Ordre, conféré en
différents degrés, se constitue la Hiérarchie sacrée: «
C'est ainsi que le ministère ecclésiastique, institué par
Dieu, est exercé dans la diversité des ordres par ceux que,
déjà depuis l'antiquité, on appelle évêques, prêtres,
diacres (3). »
Or, dans la révision des
rites des ordinations, outre les principes généraux qui
doivent régir la complète restauration de la liturgie,
selon les prescriptions du IIe Concile du Vatican, il faut
porter la plus grande attention à cette magnifique
doctrine, sur la nature et les effets du sacrement de
l'ordre, qui a été professée par le Concile dans la
Constitution sur l'Eglise; c'est justement cette doctrine
que la liturgie doit exprimer à sa manière, car « il faut
organiser les textes et les rites de telle façon qu'ils
expriment avec plus de clarté les réalités saintes qu'ils
signifient et que le peuple chrétien, autant qu'il est
possible, puisse facilement les saisir et y participer par
une célébration pleine, active et communautaire ». (4)
Les
évêques
En outre,
le Concile enseigne que « par la consécration épiscopale,
est conférée la plénitude du sacrement de l'Ordre, que la
coutume liturgique de l'Eglise et la voix des Saints Pères
appellent en effet le sacerdoce suprême, le sommet du
ministère sacré. La consécration épiscopale, en même temps
que la charge de sanctification, confère aussi les charges
d'enseigner et de gouverner, lesquelles cependant, de par
leur nature, ne peuvent s'exercer que dans la communion
hiérarchique avec le chef du collège et ses membres. En
effet, la Tradition, qui s'exprime surtout par les rites
liturgiques et par l'usage de l'Eglise, tant orientale
qu'occidentale, montre à l'évidence que, par l'imposition
des mains et les paroles consécratoires, la grâce de
l'Esprit-Saint est donnée, et le caractère sacré imprimé de
telle sorte que les évêques, d'une façon éminente et
visible, tiennent la place et jouent le rôle du Christ
lui-même, Maître, Pasteur et Pontife (5) ».
A ces paroles il faut ajouter
plusieurs points importants de doctrine sur la succession
apostolique des évêques, ainsi que sur leurs fonctions et
leurs devoirs, qui se trouvent inclus déjà dans le rite de
la consécration épiscopale, mais dont il semble souhaitable
d'améliorer et de préciser l'expression. Pour y parvenir de
façon correcte, on a jugé bon de recourir, parmi les
sources anciennes, à la prière consécratoire qu'on trouve
dans la Tradition
apostolique d'Hippolyte de Rome, écrit au début du troisième siècle, et
qui, pour une grande partie, est encore observée dans la
liturgie de l'ordination chez les Coptes et les Syriens
occidentaux. De la sorte, on rend témoignage, dans l'acte
même de l'ordination, à l'accord entre les traditions
orientale et occidentale sur la charge apostolique des
évêques.
Les
prêtres
En ce qui
concerne les prêtres, il faut rappeler surtout ceci, dans
les Actes du IIe Concile du Vatican: « Tout en n'ayant pas
la charge suprême du pontificat et tout en dépendant des
évêques dans l'exercice de leur pouvoir, les prêtres leur
sont cependant unis dans la dignité sacerdotale; et par la
vertu du sacrement de l'Ordre, à l'image du Christ prêtre
suprême et éternel (cf. Hébr., 5, 1-10; 7, 24 ; 9, 11-28),
ils sont consacrés pour prêcher l'Evangile et pour être les
pasteurs des fidèles et célébrer le culte divin en vrais
prêtres du Nouveau Testament (6). » Et on lit ailleurs: «
Par l'ordination et la mission reçue des évêques, les
prêtres sont mis au service du Christ Docteur, Prêtre et
Roi; ils participent à son ministère qui, de jour en jour,
construit ici-bas l'Eglise pour qu'elle soit Peuple de
Dieu, Corps du Christ, Temple du Saint-Esprit (7). » Dans
l'ordination au presbytérat, telle qu'elle était dans le
Pontifical romain, la mission et la grâce du prêtre comme
collaborateur de l'ordre épiscopal étaient décrites très
clairement. Toutefois, il a paru nécessaire de ramener à
une plus grande unité tout le rite qui, auparavant, était
distribué en plusieurs parties, et de mettre plus vivement
en lumière la partie centrale de l'ordination, c'est-à-dire
l'imposition des mains et la prière consécratoire.
Les
diacres
Pour ce qui
regarde les diacres, outre ce qu'on trouve dans notre
lettre apostolique Sacrum Diaconatus Ordinem
que nous avons
promulguée Motu
proprio le 18
juin 1967, on doit se rappeler surtout les paroles
suivantes: « Au degré inférieur de la hiérarchie se
trouvent les diacres auxquels on a imposé les mains « non
pas en vue du sacerdoce mais en vue du service ».
(Constitutions de
l'Eglise d'Egypte, III, 2.) La grâce sacramentelle, en effet,
leur donne la force nécessaire pour servir le Peuple de
Dieu dans la diaconie de la liturgie, en communion avec
l'évêque et son presbyterium (8). » Dans l'ordination
diaconale, il y avait peu de choses à changer, en tenant
compte soit des règles récemment établies au sujet du
diaconat comme degré propre et permanent de la hiérarchie,
soit d'un progrès dans la simplicité et la clarté des
rites.
Matière et
forme
D'autre
part, entre les autres documents du magistère suprême
relatifs aux ordres sacrés, nous estimons digne d'une
mention particulière la Constitution apostolique
Sacramentum
Ordinis promulguée par Notre Prédécesseur Pie
XII, le 30 novembre 1947, qui déclare: « Les ordres du
diaconat, du presbytérat et de l'épiscopat ont pour
matière, et pour matière unique, l'imposition des mains:
quant à la forme, également unique, ce sont les paroles
déterminant l'application de cette matière, paroles qui
signifient sans équivoque les effets du sacrement — à
savoir le pouvoir d'Ordre et la grâce du saint-Esprit
— et qui sont reçues et employées comme telles par
l'Eglise (9). » Après quoi, le document en question décide
quelle est l'imposition des mains et quelles sont les
paroles qui, dans la collation de chacun des ordres,
constituent la matière et la forme.
Dans la révision du rite, il
a fallu procéder à des additions, à des suppressions et à
des modifications, soit pour restituer les paroles
conformément aux textes anciens, soit pour rendre les
expressions plus claires, soit pour mieux exposer les
effets du sacrement. Aussi jugeons-nous nécessaire, pour
supprimer toute controverse et prévenir les inquiétudes de
conscience, de déclarer ce qui, dans le rite révisé, doit
être désigné comme appartenant à sa nature essentielle.
Donc, au sujet de la matière et de la forme dans la
collation de chacun des Ordres, nous décidons et statuons
ce qui suit.
Dans l'ordination des
diacres, la matière est cette imposition des mains par
l'évêque qui se fait en silence sur chacun des ordinands,
avant la prière consécratoire. La forme consiste dans les
paroles de cette prière consécratoire; parmi elles, voici
celles qui appartiennent à la nature essentielle, si bien
qu'elles sont exigées pour que l'action soit valide:
« Emitte in eos,
Domine, quaesumus, Spiritum Sanctum, quo in opus ministerii
fideliter exsequendi munere septiformis tuae gratiae
roborentur (10).
»
Dans l'ordination des
prêtres, la matière est aussi cette imposition des mains
par l'évêque qui se fait en silence avant la prière
consécratoire. La forme consiste dans les paroles de cette
prière consécratoire; parmi elles voici celles qui
appartiennent à la nature essentielle, si bien qu'elles
sont exigées pour que l'action soit valide: «
Da, quaesumus, omnipotens
Pater, his famulis tuis Presbyterii dignitatem; innova in
visceribus eorurn Spiritum sanctitatis; acceptum a te,
Deus, secundi meriti munus obtineant, censuramque morum
exemplo suae conversationis insinuent
(11). »
Enfin, dans l'ordination de
l'évêque, la matière est cette imposition des mains qui est
faite en silence sur la tête de l'Elu, avant la prière
consécratoire, par les évêques consacrants ou au moins par
le Consécrateur principal. La forme consiste dans les
paroles de cette prière consécratoire; parmi elles voici
celles qui appartiennent à la nature essentielle, si bien
qu'elles sont exigées pour que l'action soit valide:
« Et nunc effunde
super hunc Eleclum eam virtutem, quae a te est, Spiritum
prlncipalem, quem dedisti dilecto Filio Tuo Iesu Christo,
quem Ipse donavit sanctis Apostolis, qui constituerunt
Ecclesiam per singula loca, ut sanctuarium tuum, in gloriam
et laudem indeficientem nominis tui
(12). »
***
Ce rite,
donc, pour la collation des Ordres du diaconat, du
presbytérat et de l'épiscopat, révisé par le Conseil pour
la mise en oeuvre de la Constitution sur la liturgie, « en
faisant appel à des experts et en consultant des évêques
des diverses régions du globe (13) », Nous-même
l'approuvons de Notre autorité apostolique, afin que
dorénavant, à la place du rite (qui se trouve encore dans
le Pontifical romain, il soit employé pour conférer ces
Ordres.
Nous voulons que ces
décisions et prescriptions, dès maintenant et à l'avenir,
soient fermement établies et demeurent en vigueur,
nonobstant, pour autant que ce soit nécessaire, les
Constitutions et Ordinations apostoliques promulguées par
Nos prédécesseurs, et les autres prescriptions, même dignes
de mention et de dérogation.
Donne à Rome près de
Saint-Pierre, le 18 juin de l'année 1968, la cinquième de
Notre pontificat.
PAUL VI, PAPE.
(*) Traduction
du Centre national de pastorale liturgique. Le texte latin
de cette Constitution a été publié dans
l'Osservatore
Romano du 19 juin
1968. Les sous-titres sont de notre rédaction.
(1) Constitution sur la liturgie Sacrosanctum
Concilium, n° 25
(2) Ibid., n° 76
(3) Constitution dogmatique sur l'Eglise
Lumen
Gentium, n° 28.
(4) Constitution sur la liturgie, n° 21.
(5) Constitution dogmatique sur l'Eglise
Lumen
Gentium, n° 21.
(6) Ibid., n° 28.
(7) Décret sur la vie et le ministère des prêtres
Presbyterorum
Ordinis, n° 1.
(8) Constitution dogmatique sur l'Eglise
Lumen
Gentium, n° 29.
(9) A. A.
S., 40 (1948), p.
6.
(10) « Envoie sur eux, Seigneur, nous t'en prions, le
Saint-Esprit, pour qu'ils soient fortifiés par le don de ta
grâce surabondante dans le fidèle accomplissement de leur
ministère » (traduction non officielle).
(11) « Donne, Père tout-puissant, à tes serviteurs que
voici la dignité du presbytérat. Renouvelle dans leur coeur
l'Esprit de sainteté; qu'ils reçoivent de toi, Seigneur, la
charge de prêtres du second ordre et qu'ils inspirent, par
l'exemple de leur vie, la réforme des moeurs »
(id.).
(12) « Envoie maintenant sur cet élu la puissance qui vient
de toi, l'Esprit souverain que tu as donné à Jésus-Christ,
ton Fils bien-aimé, et que lui-même a donné à ses apôtres
qui ont fondé l'Eglise en tous lieux, comme ton sanctuaire,
pour qu'on te rende gloire et qu'on loue incessamment ton
nom » (ibid.).
(13) Const. sur la liturgie, n° 25.