Les initiatives
liturgiques arbitraires
Conférence
de presse du P. Bugnini
Le
numéro de février 1967 des Notitiae (organe du « Consilium » de liturgie)
publie la déclaration de la Congrégation des Rites et du «
Consilium » de liturgie sur les initiatives arbitraires
(1), en la faisant suivre du texte ci-après de la
conférence de presse par laquelle le P. Annibale Bugnini,
C. M., sous-secrétaire de la Congrégation des Rites et
secrétaire du « Consilium » de liturgie, a présenté cette
Déclaration à la presse le 4 janvier 1967
(2):
L'arrière-plan de la
Déclaration
1. D'abord, trois remarques fondamentales:
La liturgie
est en période de transition
a) La
première, c'est que la liturgie est en pleine période de
transition. Le Concile a approuvé une Constitution
liturgique qui, pour être réalisée pleinement, demande du
temps, de la réflexion, de l'étude. Une reforme du culte
catholique ne peut se faire en un jour, ni en un mois, ni
en un an. Il ne s'agit pas seulement de retouches à une
oeuvre d'art de grand prix, mais parfois il faut donner des
structures nouvelles à des rites entiers. Il s'agit bien
d'une restauration fondamentale, je dirais presque d'une
refonte et, pour certains points, d'une véritable nouvelle
création.
Pourquoi ce travail
fondamental?
Parce que l'image de la
liturgie donnée par le Concile est complètement différente
de ce qu'elle était avant, c'est-à-dire surtout rubriciste,
formaliste, centralisatrice. Maintenant, la liturgie
s'exprime vigoureusement dans ses aspects dogmatique,
biblique, pastoral; elle cherche à se rendre intelligible
dans la parole, dans le symbole, dans le geste, dans le
signe; elle s'efforce de s'adapter à la mentalité, au
génie, aux aspirations et aux exigences de chaque peuple
pour pénétrer dans l'intimité de lui-même et y apporter le
Christ. Sur le plan juridique, son sort est en bonne partie
entre les mains des Conférences épiscopales, parfois des
évêques, sinon même des prêtres célébrants. Si la liturgie
restaurée — que certains appellent dépréciativement
liturgie « nouvelle » — n'atteignait pas ce but, le
travail de restauration échouerait. Nous ne travaillons pas
pour les musées, mais nous voulons une liturgie vivante
pour les hommes vivants de notre temps.
Une liturgie qui soit à la fois
fidèle à la tradition et adaptée à notre
temps
b) Seconde
considération: j'ai parlé de restauration et de nouvelle
création. Il est clair que les deux choses doivent
s'harmoniser d'une façon heureuse pour que le résultat
puisse encore être considéré comme la liturgie que l'Eglise
a créée au cours des siècles dans la plus pure tradition
et, en même temps, une liturgie adaptée à notre temps.
Le premier élément est
fondamental et indispensable pour le second: nous
construisons sur des bases de granit et non sur du sable
mouvant, parce que dans l'acte du culte, c'est sa foi et en
quelque sorte elle-même que l'Eglise a exprimée.
Mais quelles sont les parties
vraiment authentiques formant le coeur solide et
indestructible de cet arbre majestueux qui exprime la foi
permanente de l'Eglise et en même temps est capable de
donner des rameaux nouveaux pour alimenter la foi
aujourd'hui?
Ici résident l'art, le
secret, le travail délicat et grave des 250 experts qui
travaillent au « Consilium ».
L'impatience qui veut brûler les
étapes
c) Encore
une observation. Ce n'est pas un travail facile que de
restaurer la liturgie; de plus, en un certain sens, le
temps travaille contre nous. Tout le monde a en main la
Constitution sur la liturgie: le mouvement liturgique, qui
depuis plus d'un demi-siècle travaille inlassablement, a
créé dans le clergé et chez de nombreux fidèles un intérêt
et même une certaine culture liturgique. C'est sans aucun
doute un mérite. Trois années se sont écoulées, au cours
desquelles on n'a vu que quelques intéressantes, mais trop
rares applications de cette Constitution.
D'où la tentation dans
certaines régions et dans certains milieux de brûler les
étapes et de voler de ses propres ailes.
D'autres éléments, positifs
ou négatifs, communs aujourd'hui à tous les milieux du
monde moderne, y compris le monde ecclésiastique,
encouragent à dépasser d'apparentes barrières et un
immobilisme trop facilement déploré.
Les « repas
eucharistiques »
2. Tel est
l'arrière-fond de la Déclaration publiée ci-dessus. Quelle est sa portée
dans la lettre et dans l'esprit?
Et d'abord, pourquoi
une Déclaration à laquelle les deux organismes chargés de
la liturgie dans la Curie romaine donnent une si grande
solennité? Parce que les phénomènes et les faits divulgués
d'une façon spectaculaire dans certaines publications
existent un peu partout en germes (3) qui pourraient mûrir
et se développer. La Déclaration est donc un peu un feu rouge, tant pour
le clergé que pour les fidèles, pour indiquer aux bonnes
intentions et aux initiatives trop hardies que la voie
n'est pas libre.
Ceci dit, je dois encore
ajouter que dans tout ce qui a été publié il y a une
certaine confusion qui a besoin d'éclaircissements. On
parle de « repas » eucharistiques célébrés dans des maisons
privées. Nous sommes évidemment devant un cas limite.
1° Parce que, pour la
célébration eucharistique et en général pour les actes du
culte, Dieu a voulu et l'Eglise a réservé à Dieu un espace,
un lieu, un autel consacrés par un rite solennel, pour
accueillir la communauté chrétienne, temple vivant de Dieu,
pour offrir à Dieu un sacrifice de louange. Dans des cas
tout à fait exceptionnels et dans des circonstances
spéciales, on peut dire la messe dans des maisons privées,
des usines en plein air, etc., mais ces cas ne peuvent être
cités en exemple (4).
2° Une chose est
l'eucharistie dans laquelle le Christ est présent sous les
espèces du pain et dit vin, autre chose est un repas
familial, un banquet ou, comme disaient les anciens,
une agape. Jamais l'eucharistie n'a été un repas
ordinaire. Le Christ l'a instituée au cours du repas
pascal. Dans les premiers temps de l'Eglise, on a parfois
associé la célébration eucharistique et l'agape. On s'est
alors rendu compte des inconvénients de cette association
et on a senti le besoin de distinguer l'agape de la
célébration eucharistique. Au IIIe siècle, les deux choses
ne se trouvaient unies en aucune partie du monde chrétien.
Et l'Eglise a conservé cette discipline jusqu'à maintenant.
Vouloir revenir à une forme de culte abandonnée depuis
seize siècles serait un anachronisme qui ne trouve aucune
justification doctrinale ou pastorale.
Et il est une
troisième
considération qui n'est
peut-être pas sans valeur. La célébration eucharistique
dans des maisons privées minimiserait et viderait de son
sens la conception de l'Eglise comme réunion du peuple
saint de Dieu dans toute sa variété, sa multiplicité et son
unité. Réduire l'acte du culte, essentiellement
communautaire, à des groupes minuscules, affaiblirait le
sens universel de la foi et de la charité envers « tous les
hommes ».
Rites et ornements
insolites
3.
La Déclaration parle de « messes avec des rites, des
ornements et des formulaires insolites et arbitraires ».
Nul n'ignore que le
cérémonial liturgique est minutieusement fixé dans des lois
— des rubriques — que seule l'Eglise a le droit
de déterminer, et, le cas échéant, de changer. C'est là le
cadre splendide dans lequel l'Eglise a enchâssé le joyau
reçu du Christ, le cadre qui en même temps garde et révèle
la valeur et le mystère de ce joyau. Rabaisser au niveau
humain tout ce qui touche le sacré, c'est-à-dire qui touche
au mystère, ne rapproche pas de Dieu, mais peut-être en
éloigne. C'est pourquoi l'Eglise ne veut pas que le sacré
soit confondu avec le profane, le surnaturel avec le
terrestre.
La musique
sacrée
4. Un mot
également du chant qui est exécuté dans ces célébrations et
qui est défini comme « profane et mondain ». Je crois que
le premier adjectif se réfère à la nature, le second au
mode d'exécution.
On pourrait dire beaucoup de
choses sur ce sujet qui intéresse tant l'opinion publique,
mais je serai bref.
Saint Pie X, qui le premier
s'est occupé du chant comme élément pastoral, exclut dans
son célèbre Motu
proprio « Tra le sollecitudini » (1903) les chants « lascifs » et les
instruments « bruyants et légers ». Il faut convenir qu'il
s'agit de deux éléments difficiles à préciser. Pour les
paroles, on les reconnaît facilement à leur style si on
cède aux bizarreries et à la mode des temps.
Mais pour la mélodie? Chaque
époque a ses goûts, ses préférences et ses expressions. La
musique elle aussi, comme l'art en général, porte la marque
de son temps et révèle son époque.
Et pour les instruments?
Saint Pie X a donné cette indication: sont exclus du lieu
sacré les instruments « bruyants et légers ». Il est clair
qu'il avait présente à l'esprit la culture occidentale de
l'Eglise latine. Ce critère est-il encore valable
aujourd'hui? En partie seulement. C'est pourquoi la
Constitution sur la liturgie, à l'article 120, ajoute après
avoir recommandé les instruments traditionnels: « Quant aux
autres instruments, selon le jugement et le consentement de
l'autorité territoriale compétente (c'est-à-dire de la
Conférence épiscopale), il est permis de les admettre dans
le culte divin selon qu'ils sont ou peuvent devenir adaptés
à un usage sacré, qu'ils s'accordent à la dignité du temple
et qu'ils favorisent véritablement l'édification des
fidèles. »
C'est sur cette base que l'on
doit juger les nouvelles formes musicales. La
Déclaration
affirme que, du moins dans
certains cas, ces trois conditions ne sont pas respectées:
elles sont profanes, indignes du lieu sacré; elles
sont mondaines, c'est-à-dire que leur mode d'exécution
exige ou du moins semble exiger des mouvements, des gestes,
des attitudes indignes d'une action sacrée.
Ferme-t-on ainsi la porte à
tout éventuel développement de la musique à percussion
moderne (5) dans les actions sacrées? On ne peut pas le
déduire du texte de la Déclaration. Mais il n'est pas difficile de voir
qu'un gros travail de sacralisation serait nécessaire avant
qu'elle puisse légitimement franchir le seuil du
sanctuaire.
Les expériences
liturgiques
5.
La Déclaration parle du motif de l'aggiornamento
pastoral.
C'est le motif qui révèle, et
d'une certaine façon justifie, l'intention droite de tous
ceux qui se sont lancés dans des initiatives liturgiques
personnelles et arbitraires. On a voulu par là favoriser la
pratique chrétienne, remédier à une désaffection, un
éloignement progressifs — parfois assez accentués
— de la pratique religieuse. Mais là comme ailleurs,
la fin (6) ne justifie pas les moyens. Et les moyens
choisis ont été vraiment peu éclairés. Il est superflu de
répéter que la liturgie est hiérarchique, c'est-à-dire que
la réglementation de la liturgie ne peut être l'affaire de
tout un chacun, elle appartient â l'Eglise. Toute tentative
individualiste « est contraire au sens ecclésial de la
liturgie et nuit à l'unité de l'Eglise ». Outre qu'elle
étonne, elle trouble et désoriente les fidèles.
On parie parfois
d'expériences dans un sens complètement erroné et contraire
à celui indique par le Concile.
On raisonne ainsi: les
individus et les groupes privés font les expériences
liturgiques, parmi lesquelles la hiérarchie choisira
ensuite celles qui correspondent le mieux aux exigences du
peuple.
Tout le monde voit quel
danger de désordre, d'anarchie et de réactions contraires
se trouve en germe dans ce principe. La Constitution parle
deux fois des expériences, au n. 40 et au n. 44. Au n. 40,
il s'agit d'expériences préliminaires à l'adaptation de
certains rites que l'autorité ecclésiastique territoriale
compétente (la Conférence épiscopale) permettra et dirigera
« auprès de quelques groupes préparés à cela et pour un
temps déterminé », après avoir obtenu l'autorisation du
Siège apostolique. Au n. 44, il s'agit d'expériences
promues par l'autorité ecclésiastique territoriale (la
Conférence épiscopale), en vue d'adaptations à soumettre
au Saint-Siège, c'est-à-dire
les adaptations dont parle l'art. 40. Selon la
Constitution, toute « expérience » liturgique est du
domaine de la hiérarchie Conférences épiscopales,
Saint-Siège. Toute autre expérience qui ne suit pas cette
voie est illégale.
Tout arbitraire porte
atteinte à la Constitution, à la liturgie, au sens de
l'Eglise.
Le rôle des conférences
épiscopales
6. Je tiens enfin à relever
l'invitation de veiller au mouvement liturgique et de le
promouvoir qui est adressé aux Ordinaires.
Deux obligations, par
conséquent.
La Constitution, en effet, a
créé une nouvelle situation juridique entre le centre et la
périphérie, entre, d'une part, le Saint-Siège et les
organismes de gouvernement et, d'autre part, les évêques.
Ceux-ci ne sont plus, comme avant le Concile, de simples
exécutants fidèles des dispositions données par le
Saint-Siège, mais ils doivent promouvoir l'action
liturgique dans le sens voulu par la Constitution, prendre
des initiatives dans le cadre de leur compétence, organiser
des Commissions liturgiques diocésaines, régionales,
nationales, internationales, préparer les traductions des
textes liturgiques, étudier et proposer les adaptations et
les expériences, etc. Ils ont un domaine immense de travail
et une grande responsabilité.
Ils doivent en profiter.
Parfois, les organismes de direction font preuve d'un
immobilisme ou d'une lenteur qui, par contrecoup,
engendrent des initiatives personnelles arbitraires
menaçant le vrai mouvement liturgique et nuisibles pour
tous.
Par amour de la vérité, je
dois ajouter que, pour autant que je sache, les Conférences
épiscopales et les Commissions liturgiques nationales,
auxquelles en dernière analyse s'adresse l'invitation,
prennent graduellement conscience de leurs devoirs et des
immenses possibilités qui leur sont données. Dans la très
grande majorité des cas, les Commissions travaillent
sérieusement à la préparation des textes et à la catéchèse
adaptée du peuple.
On avance avec peine, mais
aussi avec beaucoup d'espérance, et surtout avec beaucoup
d'amour, pour que la liturgie redevienne, comme l'avait
voulu saint Pie X, la première et indispensable source du
véritable esprit chrétien.
LES COMMENTAIRES DE LA
PRESSE
Les
Notitiae font suivre la conférence du P.
Bugnini des remarques ci-après sur l'accueil fait par la
presse à la déclaration de la Congrégation des Rites et du
« Consilium »:
La Déclaration a été en général accueillie avec
satisfaction. Mais elle a été aussi l'occasion de poser
quelques questions au sujet de la situation actuelle de la
réforme liturgique. J'en relève particulièrement deux:
1. Pourquoi Rome ne s'adresse-t-elle
pas aussi à ceux qui refusent d'appliquer la réforme
liturgique?
L'objection
est légitime, mais seulement en partie. Il est vrai qu'il y
a des retardataires, qu'en certains endroits on en est
resté au passé, que parfois il y a une certaine passivité
devant les problèmes posés par le renouveau liturgique,
sinon même en certains cas une opposition latente ou
ouverte qui empêche d'aller de l'avant.
Mais surtout, on ne petit pas
dire Rome tout
court. Celui, par
exemple, qui suit l'activité du Pape, ne serait-ce que
chaque mois, sur notre très modeste bulletin, aura pu
remarquer avec quelle insistance, dans ses allocutions, le
Saint-Père saisit toutes les occasions pour stimuler,
inviter, exhorter à mettre en oeuvre le renouveau
liturgique, avec générosité et intelligence, à participer à
la liturgie.
Tous connaissent les lettres
envoyées par le président du Consilium aux présidents des Conférences et
Commissions liturgiques nationales qui invitent
délicatement, mais ouvertement et constamment à appliquer
la Constitution liturgique dans les limites de sa
compétence.
Pour ce qui est des
situations locales, n'y a-t-il pas lieu de rappeler que la
réforme liturgique demande du temps et de la patience, de
la réflexion et de la compréhension? Il ne sert plus à rien
d'imposer: il faut agir par la persuasion. Et cela vaut
aussi bien pour les fidèles que pour le clergé. Et on ne
procède que graduellement, sans quoi on ne construit pas, mais on
finit par détruire.
2. Pourquoi la réforme liturgique
est-elle si lente?
Cette
question ne semble pas non plus dénoter beaucoup de
réflexion. Si on tient compte du travail et des proportions
de la réforme, on doit reconnaître que les apparences
trompent. Les réalisations visibles accomplies jusqu'à présent sont assez
maigres, mais le travail d'ensemble a posé toutes les
prémisses pour une conclusion unitaire et globale, à une
échéance qui n'est pas éloignée. Du reste, le programme
tracé il y a trois ans, lorsque fut créé le
Consilium
(29 février 1964), se
poursuit en respectant parfaitement les délais fixés,
malgré les imprévus inévitables en semblable tâche.
Dans cette question du rythme
de progression de la réforme, sont également en cause,
naturellement, les organismes liturgiques de la périphérie,
les Commissions liturgiques nationales, régionales,
diocésaines, les Conférences épiscopales elles-mêmes et les
évêques pour ce qui est de leur compétence. Tout ce que
l'on peut connaître à partir d'un observatoire comme
le Consilium conduit à reconnaître honnêtement que
presque partout s'effectue un travail merveilleux et
intelligent. On ne doit pas oublier que les divers
organismes sont encore en train de se constituer, de
s'organiser, d'étoffer leurs structures, leurs programmes,
leur personnel et leurs initiatives.
Un journaliste a recueilli
toute une série d'exemples qui montrent la négligence, la
méconnaissance des postulats du renouveau liturgique en
certains endroits. Je pense que sous tous les méridiens et
toutes les latitudes on pourrait recueillir de semblables
exemples de conservatisme, mais je ne dirai pas que ce
conservatisme donne vraiment le ton ou reflète réellement
le degré du renouveau liturgique dans un pays. Il est
toujours dangereux de généraliser, et cela vaut aussi bien
pour la marche trop accélérée des avant-gardes que pour les
éventuels retards des arrière-gardes.
***
L'année 1966 a vu le Lectionnaire férial
se répandre d'une façon
rapide et fructueuse. C'est un élément positif, consolant.
D'autres faits manifestent
plutôt une attitude de réserve et d'attente. Les
très
prochaines réalisations montreront que le dynamisme
intérieur de la réforme conserve toute sa vigueur, son sens
de l'équilibre et de la réalité, l'ampleur de ses vues.
(1) Cf.
D. C.
1967, n° 1487, col. 239.
(2) Traduction (d'après le texte italien) et sous-titres de
la D.
C.
(3) Certains ont prétendu que la Déclaration visait tel ou tel pays. En aucune façon:
il s'agit de phénomènes assez généraux, même si les
reportages et les photographies des journaux se limitent à
un espace géographique restreint. C'est pourquoi le
conférencier a voulu éviter de citer des cas précis, comme
l'ont bien fait remarquer certains organes de la presse et
précisément des moins suspects.
Mais dire que la
Déclaration
est « ridicule » et taxer
Rome d' « insécurité », c'est faire preuve de
superficialité, d'irresponsabilité ou de mauvais esprit.
(4) Il ne s'agit nullement ici du cas où, par manque
d'église, parce que la communauté catholique est peu
nombreuse, en raison de l'éloignement ou pour répondre aux
besoins d'une chrétienté naissante, avec l'autorisation de
l'Ordinaire du lieu, on célèbre la messe dans un local
convenable, mis à la disposition par quelque famille, chez
laquelle se réunissent les fidèles du lieu pour participer
au sacrifice, spécialement en semaine. Toujours avec
l'autorisation de l'Ordinaire du lieu et sous son contrôle,
il peut également en être ainsi dans les quartiers
populaires des grandes villes, ou dans des milieux
déchristianisés où les exigences d'une pastorale
spécialisée, organisée et méthodique, requièrent au début
cette forme de célébration.
Dans ces cas, la Conférence
épiscopale ou chaque évêque juge s'il est opportun ou non
d'accorder l'autorisation et prennent les dispositions
voulues pour que tout se passe dans l'ordre. Mais il s'agit
seulement de situations transitoires qui ne doivent en
aucune manière compromettre le service normal de l'église
en semaine, encore bien moins affaiblir ou compromettre le
sens de l'assemblée du peuple de Dieu le jour du Seigneur.
(5) C'est bien de celle-ci qu'entend parler la
Déclaration
et non pas de la musique
moderne composée dans divers pays, spécialement après le 7
mars 1965, pour le texte liturgique en langue du peuple
(messes entières ou mélodies de forme psalmodique avec
refrain, strophes, etc.), comme l'ont dit certains dans un
esprit préconçu. Cette musique, comme celle de tout
compositeur destinée à accompagner le texte latin, peut
être l'objet de critique, elle peut plaire ou déplaire,
mais elle n'est visée ni dans la lettre ni dans l'esprit du
document qui n'entend nullement la réprouver. Elle
représente en effet un effort pour créer un répertoire
adapté à la liturgie en langue du peuple. Le temps fera
justice de tout ce qui ne convient pas, soit par pauvreté
d'inspiration, soit par défaut technique, comme du reste il
a fait justice de tant de compositions accompagnant un
texte latin, tombées dans l'oubli.
(6) La fin « oecuménique » ne peut non plus être
suffisante, comme semble l'affirmer un journaliste, avec
trop d'enthousiasme. Parce que cette délicate question est
elle aussi guidée et réglementée par l'Eglise avec des
normes sages, sûres, très prudentes, destinées à réaliser
une union éclairée, convaincue et durable, et non pas pour
l'union à tout prix. Là aussi les initiatives d'illuminés
ne servent à rien.