Les initiatives liturgiques arbitraires

Déclaration de la S. C. des Rites et du « Consilium » de liturgie (1)


     Depuis quelque temps, certains quotidiens et illustrés offrent à leurs lecteurs des nouvelles et des reproductions photographiques sur des cérémonies liturgiques, surtout sur des célébrations eucharistiques étrangères au culte catholique et presque invraisemblables, telles que « Cènes eucharistiques familières » célébrées dans des maisons privées, suivies de repas, messes avec des rites, des vêtements et des formulaires insolites et arbitraires et parfois accompagnées de musique d'un caractère tout à fait profane et mondain, non digne d'une action sacrée. Toutes ces manifestations cultuelles, dues à des initiatives privées, tendent fatalement à désacraliser la liturgie qui est l'expression la plus pure du culte rendu à Dieu par l'Eglise,
     Il est absolument hors de propos d'alléguer le motif de l'
aggiornamento pastoral, lequel, il est bon de le répéter, s'effectue dans l'ordre et non dans l'arbitraire. Tout cela n'est conforme ni à la lettre ni à l'esprit de la Constitution liturgique qu'a votée le deuxième Concile du Vatican; est contraire au sens ecclésial de la liturgie et nuit à l'unité et à la dignité du peuple de Dieu.
      « La variété des langues — a dit le Pape Paul VI le 13 octobre dernier, — la nouveauté des rites que le mouvement de renouveau introduit dans la liturgie ne doivent rien admettre qui ne soit dûment reconnu par l'autorité responsable des évêques et de ce Siège apostolique, rien qui ne soit digne du culte divin, rien qui soit manifestement profane et inapte à exprimer l'intériorité et le caractère sacré de la prière, rien qui soit si singulier et insolite qu'au lieu de favoriser la dévotion de la communauté en prière, cela l'étonne et la trouble, empêche l'expression de son raisonnable et légitime esprit religieux traditionnel. » (2)
     Tandis que l'on déplore les faits rappelés ci-dessus et la publicité qui leur est donnée, nous adressons une pressante invitation aux Ordinaires, aussi bien locaux que religieux: qu'ils aient soin de veiller à la juste application de la Constitution liturgique, de rappeler à l'ordre avec bonté et fermeté les promoteurs, même bien intentionnés, de telles manifestations et, le cas échéant, de réprimer les abus, d'empêcher toute initiative qui ne soit pas autorisée et guidée par la hiérarchie, de promouvoir avec empressement le vrai renouveau liturgique voulu par le Concile, afin que l'oeuvre grandiose de ce renouveau puisse se réaliser sans déviation et porter les fruits de vie chrétienne que l'Eglise en attend.
     Nous rappelons en outre qu'il n'est pas permis de célébrer la messe dans les maisons privées, sauf dans les cas prévus et bien définis par la législation liturgique.

     Rome, le 29 décembre 1966.

     GIACOMO, card. LERCARO,
     archevêque de Bologne,
     président du « Consilium »
     pour l'application de la
     Constitution sur la liturgie.


     ARCADIO M., card. LARRAONA,
     préfet de la S. C. des Rites.

     FERDINANDO ANTONELLI,
     archevêque titulaire d'Idicra,
     secrétaire de la S. C. des Rites.



(1) Texte français envoyé aux évêques et aux agences de presse. Le texte italien a été publié dans l'Osservatore Romano du 5 Janvier 1967.
     
Présentant ce document dans Eglise de Reims (14 janvier 1967), Mgr MARTY, archevêque de Reims et vice-président du Conseil permanent de l'épiscopat français, écrit:
     Les prêtres liront avec attention le communiqué donne par la Congrégation des Rites et le Consilium liturgique. Je suis très heureux de ce communiqué qui nous sort des incertitudes et de certaines constatations pénibles.
     Certains reportages photographiques ou autres peuvent jeter le trouble dans l'esprit et le coeur de ceux qui, par manque de formation ou d'information, sont vulnérables dans leur foi et leur vie chrétienne. Certaines images les ont légitimement choqués.
     Nous devons veiller nous-mêmes à maintenir et à développer le plus religieux respect à l'égard de la Sainte Eucharistie. Qu'il s'agisse de la messe ou de la Sainte Réserve dans les tabernacles, la présence réelle de Jésus-Christ demande des attitudes de foi. La messe est un sacrifice rituel. Nous ne sommes pas maîtres des rites qui sont fixés par l'Eglise.
     La doctrine catholique sur la Sainte Eucharistie est claire et nette. Efforçons-nous de développer notre foi sans la laisser s'affadir. Apportons un enseignement ferme et serein, et une attitude éducative solide et constante.

F. M.

(2) D. C. 1966, n° 1481, col. 1828. (N. D. L. R.)



Note du « Consilium » de liturgie


     Sous le titre « Expériences liturgiques », les Notitiae, organe officiel du Consilium pour l'application de la Constitution sur la liturgie, publient en français l'article suivant, sans signature, en tête du numéro de décembre 1966 (publié à Rome en fin décembre):

     Chargé de préparer la réforme des livres liturgiques, le « Consilium » travaille d'arrache-pied depuis près de trois ans, avec la collaboration dévouée et compétente de 200 experts. Munis de l'approbation provisoire du « Consilium » et avec le consentement du Souverain Pontife, quelques rites restaurés font actuellement l'objet « d'expériences » en divers pays, sous le contrôle immédiat de l'évêque du lieu: ainsi pour le baptême des adultes et les funérailles des adultes. On sait aussi que, depuis un an, des lectionnaires fériaux ont été autorisés « ad experimentum », en attendant la refonte complète du lectionnaire romain. Les rituels de la concélébration et de la communion sous les deux espèces, avant d'être promulgués le 7 mars 1965, avaient été soumis, plusieurs mois durant, à une féconde expérimentation. Ainsi procède sagement la réforme liturgique, en éprouvant, dans le concret de la vie, les travaux des experts. Mais, est-il besoin de le rappeler, cette expérimentation se fait
dans l'ordre, sur des projets longuement préparés, soigneusement critiqués, puis dûment approuvés pour un usage limité et contrôlé, avec comptes rendus périodiques à l'autorité supérieure.
     Toutes différentes sont ces « expériences » qui prolifèrent ici ou là sous l'initiative privée ou dans le sillage d'organismes. On en prend connaissance au hasard d'un voyage, au cours de conversations avec prêtres ou laïcs ou encore en lisant les revues. Et l'on reste abasourdi, effaré,...
     Le 30 juin 1969, S. Em. le cardinal G. Lercaro, président du « Consilium », demandait aux présidents des Conférences épiscopales que « disparaissent ces initiatives personnelles, prématurées, nuisibles, que Dieu ne bénit pas et qui ne peuvent par conséquent porter des fruits durables » (cf.
Notitiae, 1 [1965] 259) (1). Vingt mois après cet appel, la situation n'a guère changé: ici des formulaires nouveaux, créés de toutes pièces, pour la messe et même pour le canon, circulent sous le manteau ou en plein vent et servent aux offices; là on ignore complètement les limites fixées par le droit actuel pour l'usage de la langue vivante; ailleurs, les gestes liturgiques ne relèvent plus que du jugement individuel du célébrant ou de la communauté rassemblée.
     Et l'on commence maintenant à vouloir légitimer cette situation: là où la liturgie est vivante, dit-on, elle est naturellement créatrice. Cette force créatrice ne peut être le monopole exclusif des organismes d'autorité: elle agit aussi dans tout le peuple chrétien célébrant une liturgie qui est ainsi remise en état de re-naissance, où se manifeste tout son dynamisme. Bien sûr, ajoute-t-on, il faut éviter la licence qui conduit à l'anarchie. C'est dire qu'on devra user du discernement des esprits pour distinguer les vrais charismes et les nouveautés malséantes...
     La part de vérité qui se trouve dans cette manière de voir ne peut détruire l'aspect fondamental du culte chrétien, qui est d'être hiérarchique, tout autant que communautaire. Les documents officiels ne cessent de le rappeler, et il serait inconvenant de vouloir opposer, dans ce domaine, la Constitution
De sacra Liturgia avec d'autres documents conciliaires (Const. De Ecclesia, décret Christus Dominus, Const. Gaudium et Spes).
     La Constitution conciliaire sur la liturgie parle à deux reprises des « adaptations s (n° 40) et des « recherches et expériences nécessaires » (n° 44). On y répète a chaque fois que tout cela doit être fait dans l'ordre, sous le contrôle immédiat de la hiérarchie, et avec l'autorisation explicite du Saint-Siège: «
de consensu Apostolicae Sedis », « ab Apostolica Sede facilitas tribuatur ». Comme le rappelle S. Em. le cardinal Lercaro, dans la lettre précitée, ces expériences « sont prévues comme quelque chose de limité à des milieux préparés et choisis, et cela pour un temps bien défini et sous la vigilance de l'autorité ecclésiastique... Il n'est permis à personne de faire des « expériences » sans autorisation explicite » (loc. cit., 260). Autant le « Consilium » souhaite recevoir les suggestions constructives, d'où qu'elles viennent, « pour que la réforme soit l'oeuvre de toute la sainte Eglise » (ibidem, 259), autant il réprouve, en les déplorant, les initiatives de personnes ou de groupes menées de façon arbitraire, et qui troublent profondément la marche de la restauration liturgique. L'oeuvre entreprise est à ce prix de patience et d'obéissance.


(1) Cf. D. C. 1965, n° 1455, col. 1582. (N. D. L. R.)



Lettre du cardinal Lefebvre et de Mgr Vignancour


     Sous le titre « Après le Concile de Vatican II », le cardinal LEFEBVRE, archevêque de Bourges, président de la Conférence épiscopale française, et son coadjuteur, Mgr VIGNANCOUR, publient l'article suivant dans la Vie catholique du Berry (24 décembre 1966), à l'intention de leurs diocésains:

     Dans la ligne authentique de la doctrine traditionnelle, le Concile Vatican II, par souci du bien des fidèles, a pris des décisions nouvelles et fécondes.
     Il en est résulté un certain nombre de changements qui ont provoqué une surexcitation des esprits. Des fidèles, particulièrement attaches au passé et préoccupés de certitudes, se montrent déconcertés. Ils sont plus ou moins réfractaires à toute évolution, même parfaitement légitimes. Les autres, plus sensibles aux transformations rapides du monde et plus soucieux d'adapter l'action apostolique de l'Eglise aux mentalités d'aujourd'hui, font parfois bon marché de ce qui s'est fait jusqu'ici et s'engagent assez facilement dans des voies imprudentes.


Se mieux comprendre pour s'enrichir d'une plénitude accrue de vérité

     Ces deux familles d'esprit durcissent souvent leurs positions. Il arrive qu'elles s'adressent réciproquement des protestations indignées, des reproches sanglants, des anathèmes passionnés. Tout cela peut blesser mais n'arrive guère à convaincre. Ainsi que l'enseigne saint Augustin, notre Dieu est, tout à la fois, vérité et charité infinie. Pour l'atteindre en plénitude dans sa vérité et en éclairer son frère, il n'est d'autre chemin que celui d'une inlassable charité.
     Combien seraient mieux inspirés les uns et les autres, s'ils se souvenaient du profond enseignement de saint Thomas d'Aquin, selon lequel personne ne peut professer une erreur absolue. Toute erreur contient sa part de vérité. Ils seraient alors moins appliqués à faire triompher leur propre point de vue et plus désireux de découvrir, dans la position qu'ils contredisent, la part de vérité qu'elle ne peut manquer de contenir. Cette humilité rend hommage à la vérité. Elle favorise la sagacité de l'esprit et développe la clairvoyance. C'est ainsi qu'on arrive à se mieux comprendre pour s'enrichir l'un l'autre d'une plénitude accrue de vérité.


A propos d'un reportage photographique sur des liturgies d'avant-garde

     Malheureusement, il arrive trop facilement que des publications contribuent à durcir leurs lecteurs dans leurs positions sans nuances. Pour mieux répondre aux désirs de leur clientèle, elles signalent un certain nombre de faits isolés et souvent peu nombreux. Réunis en faisceau, ils prennent forme de faute très répandue. Ainsi, les lecteurs auront ce qu'ils attendent. Ils seront confirmés dans des convictions basées, le plus souvent, à l'origine, sur bon nombre de préjugés. Le plus clair résultat de la méthode est d'ancrer de plus en plus les uns dans leur refus de changement et d'inciter les autres à un redoublement d'imprudences. Ne prenons qu'un exemple: il touche à la liturgie de la messe et manifeste, dans la violation flagrante des règles les plus strictes, un manque de respect déplorable pour le Christ présent dans son eucharistie. Il s'agit, sans aucun doute, de faits absolument exceptionnels et, en ce qui concerne la photographie la plus choquante, non pas de catholiques authentiques, mais plutôt d'une secte qui réunit, dans une même célébration, des chrétiens de diverses confessions.
     Mais quelle sera la réaction toute spontanée des lecteurs? Les uns diront: « Voilà où l'on veut nous mener » et protesteront avec véhémence. Les autres, parmi les plus avides de nouveautés, penseront qu'ils retardent et seront tentés d'entrer à leur tour dans la même voie. Les uns et les autres, de plus en plus confirmés dans leurs attitudes respectives, seront de moins en moins attentifs aux règles très précises établies, en accord avec le Saint-Siège, par la hiérarchie de leur pays.
     C'est pourquoi nous profitons de cette occasion pour adresser nos recommandations à nos diocésains. Nous leur demandons d'être plus à l'écoute de l'Eglise que de leurs propres impressions. Qu'ils évitent de se diviser en s'opposant les uns aux autres sur des positions trop rigides. Qu'ils sachent s'en tenir, avec confiance, aux directives de leurs évêques qui, en union de coeur et de pensée avec le Pape, s'appliquent à procurer, autant qu'il est en eux, le bien de tous ceux dont ils portent, devant Dieu, la responsabilité.
     Au surplus, nous nous réjouissons de ce que la recommandation, si utile qu'elle puisse être, soit, chez nous, beaucoup moins nécessaire qu'en d'autres régions. La sagesse berrichonne sait préserver de nombre d'excès.
     Pour ce qui regarde la liturgie, peut-être est-il des exceptions rarissimes dont nous espérons, si elles existent, qu'elles ne tarderont pas à s'effacer. Nous savons, et nous rendons grâce au Seigneur, que nos prêtres, dans leur ensemble, sont fidèles à suivre les règles du Concilium romain et les directives qui leur sont données par notre Commission diocésaine de liturgie. Nous les en félicitons et les en remercions vivement. Ils prouvent par là que leur souci pastoral de nourrir leur peuple de la parole de Dieu et de l'eucharistie, tout en l'ouvrant au sens de la communauté par une prière plus animée de charité et plus fervente, ne leur fait pas oublier, pour autant, la nécessité de garder l'unité. Cette unité n'est-elle pas le signe d'une communauté plus grande: celle de tout un pays et de toute l'Eglise? A l'heure où les déplacements se multiplient, les assemblées se modifient sans cesse, l'oublier serait une faute dont bon nombre de chrétiens pourraient avoir à souffrir.
     A tous nos diocésains, prêtres, religieux, religieuses et fidèles, nous faisons confiance pour que, loin de tout esprit partisan, dociles aux directives de l'Eglise, ils sachent toujours se traiter avec respect et charité. C'est en suivant cette route qu'ils s'achemineront le plus sûrement vers la vérité divine qui libère les âmes et leur fait trouver le salut.
     A la veille de la fête de Noël et au seuil d'une année nouvelle, à tous, nous offrons nos souhaits affectueux. Que Notre-Seigneur et Notre-Dame bénissent ceux que la Providence a confiés a notre garde et leur accorde de vivre, dans la paix, une année comblée de grâces et de bonheur.

     † Joseph, cardinal LEFEBVRE,
     
archevêque de Bourges.

     † Paul VIGNANCOUR,
     
archevêque-coadjuteur.


(Les sous-titres sont de notre rédaction.)



Réflexions sur un reportage


     Sous ce titre, Mgr MENAGER écrit dans Eglise de Meaux (25 décembre 1966-1er janvier 1967) à propos de ce même reportage sur la Hollande paru dans le numéro de Noël de Paris-Match:

     1. Nous n'avons pas à juger un journaliste qui fait son métier en rapportant des faits. Nous souffrons toutefois du trouble qui peut résulter d'un tel reportage dans l'esprit ou le coeur de ceux qui ne sont pas assez informés spirituellement et qui sont en conséquence très vulnérables dans leur foi et leur vie chrétienne: ils seront légitimement choqués de certaines images. Leur foi peut en être offusquée et perturbée. Ne scandalisez pas ces petits qui croient en moi (cf. 1, Cor., 8, 9).
     2. Cependant, il faut
avant tout se mettre devant les faits cités, vérifier leur objectivité, mesurer leur caractère exceptionnel ou leur multiplicité. Cela évitera de juger globalement nos frères de manière injuste. Il ne faut pas regarder la paille dans l'oeil de notre frère en oubliant « la poutre » qui est dans le nôtre, dit l'Evangile. Il y a eu chez nous aussi dans le passé des recherches imprudentes et excessives. Ne pourrait-on même en signaler ici ou là dans le présent qui, sans aller jusqu'à ces extrêmes, ne peuvent cependant être acceptées. Quand on commence à s'autoriser soi-même à sortir des règles liturgiques, la pente est glissante. Soyons donc fidèles loyalement à ce que nous demande l'Eglise du Concile.
     3.
Les évêques de chaque pays ont la lourde charge d'apprécier, en liaison étroite et filiale avec le Saint-Père, la manière la plus opportune de réagir, compte tenu des circonstances. Ce n'est pas à nous de juger ce qu'il convient de faire dans un autre pays pour éviter tels ou tels excès. Il faut plutôt prier pour ces évêques, pour leurs prêtres et leurs fidèles en proie à cette situation difficile. Que le Saint-Esprit les guide dans les décisions à prendre.
     4.
Il faut distinguer en tout cela ce qui est inopportun parce que non respectueux de la présence réelle du Christ dans la Sainte Eucharistie, de ce qui serait un refus de la foi catholique en cette présence réelle du Seigneur. L'inopportunité, l'extravagance peuvent être criantes (avec le danger qu'elles comportent pour une foi authentique, simple et profonde) sans que l'essentiel de la foi soit touché. Par exemple, les manières de communier dans l'antiquité chrétienne étaient différentes de celles d'aujourd'hui. Si on ne les a pas conservées, c'est peut-être précisément pour assurer un plus grand respect.
     C'est dans cette perspective que nous devons veiller nous-mêmes à
maintenir et à développer le plus religieux respect à l'égard de la Sainte Eucharistie. Il faut éviter toute précipitation ou irrespect dans le transfert du Saint Sacrement, il faut adorer et honorer le Seigneur dans le tabernacle (orner l'autel du Saint Sacrement, veiller aux signes extérieurs d'une adoration intérieure imprégnée d'amour, etc.). Il faut y habituer les petits clercs et les fidèles, spécialement les adultes qui de plus en plus servent à l'autel et participent plus activement à la célébration liturgique.
     Il faut donner le sens religieux de cette présence tout
en la reliant étroitement à la vie réelle et humaine du chrétien dans son existence quotidienne.
     En faisant cela, nous insisterons cependant toujours sur la
célébration eucharistique proprement dite, c'est-à-dire sur le saint sacrifice de la messe et sur la communion, car c'est là le sommet de la sainte liturgie, c'est le sens profond du mystère eucharistique: « Prenez et mangez... Ceci est mon Corps livré pour vous ».
     5. Le danger qui nous guette tous, c'est de
minimiser un aspect pour développer et mettre en valeur un aspect trop oublié. Or, la doctrine catholique est un tout: il faut la saisir tout entière. C'est aux évêques de veiller attentivement à cette fidélité doctrinale, avec le concours de leurs prêtres. Ils s'efforcent loyalement de le faire de manière positive et continue. Essayons tous ensemble, évêques, prêtres et fidèles, de mieux comprendre la merveille de la Sainte Eucharistie, de développer notre foi sans la laisser s'affadir. Des chocs psychologiques, comme celui de ce reportage, doivent être utilisés pour un enseignement serein et une attitude éducative ferme et constante.

     † J. MENAGER,
     
évêque de Meaux.



Lettre de Mgr Boillon


     Mgr Boillon, évêque de Verdun, écrit dans Eglise de Verdun, 2 décembre 1966:

     Les adaptations liturgiques se font progressivement. Il faut en reconnaître loyalement les fruits: la participation des fidèles a fait un progrès considérable. Il est évident que si nous poursuivons dans cette voie, la mentalité du peuple chrétien se transformera.
     Je voudrais pourtant attirer l'attention sur quelques remarques.
     D'abord la liturgie doit avoir un caractère « sacré ». Cela exige que tout soit beau et digne. Dignité des choses: ornements, vases sacrés, costumes des enfants de choeur et ornements du prêtre doivent être soignés. Un autel fait de quelques planches sur des tréteaux n'est pas digne. Un prêtre équipé d'une aube fripée, d'une chasuble malpropre ou mal ajustée, de chaussures négligées, n'exprime pas le culte d'adoration.
     Il faut aussi soigner gestes et attitudes. «
Assueta vitescunt », disaient les anciens: « l'habitude finit par tout dégrader ». Le geste liturgique n'est pas un geste de la vie courante: il exige retenue et noblesse. Une génuflexion n'est pas un mouvement gymnique, c'est un geste d'adoration. Un déplacement dans le choeur n'est pas une promenade, moins encore une course contre la montre. L'Evangile n'est pas « un bouquin » qu'on manipule, c'est le Livre, le Livre de la parole de Dieu qu'on porte en procession, qu'on ouvre avec un respect religieux, et que l'on encense.
     Ces exigences du geste sacré sont encore plus impératives quand le prêtre célèbre face au peuple. Il risque alors de « profaner » les gestes liturgiques. Il faut veiller en particulier aux gestes de l'offertoire et de la purification du calice. Certes, il ne s'agit pas de lenteurs excessives, moins encore d'affectation théâtrale. Ce n'est pas parce que les fidèles nous regardent que nous devons agir ainsi, mais parce que nous sommes en face de Dieu, parce que nous agissons alors, comme le dit le texte conciliaire, «
in persona Christi » aux noms et place du Christ. Même s'il n'y a personne dans l'église, nos gestes doivent toujours exprimer notre respect de Dieu.
     Chants et prières doivent également être soignés. Les prières liturgiques ne se débitent pas: elles, se prient. Pour ce qui est des chants, il vaut mieux un répertoire moins riche et bien chanté que des programmes trop variés mais péniblement exécutés. Il faut proportionner les chants aux moyens dont on dispose et veiller à ce que la foule puisse participer aisément.
     Ces remarques sont d'autant plus importantes qu'à notre époque semble diminuer le sens de Dieu, le sens de l'adoration.
     Je dois ajouter quelques réflexions sur les exigences de la liturgie elle-même. A l'autel nous ne sommes pas nos maîtres, nous sommes « hommes d'Eglise ». C'est l'Eglise qui prie et agit par nous. C'est donc en conformité avec les directives liturgiques de l'Eglise que nous devons accomplir les rites.
     Sans doute les Meusiens sont des sages et on ne rencontre pas chez nous ces excentricités anarchiques dont
la Croix de Paris parlait récemment, a propos d'une enquête sur un pays étranger (1). Néanmoins, Je pense opportun de rappeler certaines règles dont j'ai parfois constaté la violation.
     Les prières au bas de l'autel doivent être dites chaque fois que la messe n'est pas précédée d'un autre acte liturgique. Il est évident que la procession d'entrée n'est pas un autre acte liturgique: c'est le début de la messe elle-même.
     Pour l'évangile, le «
Munda cor » ne doit pas être escamoté. On se rend processionnellement au pupitre, autant que possible avec chandeliers et encensoir. En principe, le lieu d'où on lit l'évangile doit être surélevé. Qu'il me soit permis à ce propos de signaler que souvent les lectures sont trop rapides. Je me souviens d'une messe où moi-même je ne parvenais pas à suivre le texte de saint Paul, tant la lecture était précipitée. Je me demande ce qu'y comprenaient les fidèles!
     Les prières de l'offertoire, celles du canon à partir du «
Te igitur » jusqu'au Notre Père, et les trois oraisons qui précèdent la communion doivent êtres dites en latin: il n'y a pas d'exception à cette règle. Rien n'a été changé en ce qui concerne les signes de la croix.
     Si les antiennes du propre sont remplacées par des chants qui ne sont pas exactement le texte liturgique, le prêtre doit faire la lecture de ces textes, au moins à voix basse. Qu'on y veille, en particulier pour le
Graduel et l'Alleluia. Quant aux chants du commun, il faut qu'ils soient exactement conformes au texte officiel. Je sais bien que les mélodies proposées pour le texte en français ne sont pas toujours des chefs-d'oeuvre! C'est peut-être une raison de plus de ne pas négliger le chant en latin.
     Je rappelle à ce propos que le texte conciliaire et le décret d'application insistent pour que les fidèles connaissent le chant du commun en latin. Chez nous ils le connaissent encore: prenons garde qu'ils ne l'oublient assez rapidement. Il semble opportun en conséquence que de temps en temps, par exemple un dimanche par mois, les chants fin commun soient en latin. J'en dirai autant de certains chants traditionnels qu'on n'a pas le droit de laisser tomber dans l'oubli comme I' «
Ave Maris Stella », Ie « Magnificat », le « Salve Regina », le « Tantum ergo », etc. Rien n'est plus sot que le sectarisme dans tous les domaines: à l'égard du latin on rencontre du sectarisme de part et d'autre: ne soyons donc pas des « sots ».
     Enfin, pour toute innovation légitime, il faut commencer par l'expliquer aux fidèles et leur demander leur avis, si elle est facultative. On évitera deux écueils: d'une part de les choquer par des nouveautés qu'ils ne comprennent pas, d'autre part d'innover sans préparation et dans une improvisation que condamne le respect dû au Seigneur.
     J'écris tout cela bien simplement. Ce n'est pas pour faire des reproches, car je souligne la bonne volonté et le bon sens avec lesquels ces nouveautés sont introduites. Ce n'est pas non plus pour faire acte: d'autoritarisme. C'est pour rendre service à tous, et pour que nous soyons fidèles « scrupuleusement » à notre mission exigeante de ministres du sacerdoce adorable de Jésus-Christ et de son Corps mystique, ordonnés dans ce dessein par la sainte Eglise. (2)


(1) Cf. l'enquête du P. Gallay sur la Hollande dans la Croix du 24 au 29 novembre 1966. (N. D. L. R.)

(2) Cette lettre a été reproduite dans l'
Osservatore Romano du 4 janvier 1967 (N. D. L. R.)