Chants en latin à la messe


     Dans une lettre pastorale sur « la liturgie de la messe du dimanche », Mgr RIGAUD, évêque de Pamiers, président du Comité épiscopal (français) de musique sacrée, expose ces trois raisons pour lesquelles, à côté du français, certaines parties de la messe, notamment les chants, sont maintenues en latin:

     [...] Une raison de
prudence: changer totalement la langue liturgique pose un certain nombre de problèmes que, généralement, le public ignore: problème des traductions exactes, longues et difficiles à établir, problème des mélodies pour les chants, problème surtout d'une mutation brusque dans les habitudes des fidèles qui risquent d'être déconcertés et découragés. L'Eglise est prudente. Elle désire en toutes choses une raisonnable évolution, mais non pas la révolution!
     Une raison d'
unité. Si le Concile dit: « On veillera à ce que les fidèles puissent aussi chanter en langue latine », c'est que dans l'Eglise il n'y a pas que les français. Il y a tous nos frères des autres nations. On voyage beaucoup, de nos jours. Vous-mêmes, mes frères, vous allez de temps en temps à Lourdes ou en d'autres pèlerinages. Il faut qu'en 1980, comme en 1965, vous puissiez chanter ensemble en latin! Non que le latin soit, à lui seul, « la langue de l'Unité de l'Eglise », nos frères orientaux protestent lorsqu'ils l'entendent dire. Mais le latin est tout de même, et pour longtemps, la « langue d'une certaine unité » de nos communautés chrétiennes.
     Une
raison d'art sacré. Il s'agit du chant grégorien.
     Ce chant est l'aboutissement d'un long travail de création au cours des siècles. Il avait presque sombré dans l'oubli ou la caricature au siècle dernier. Grâce aux moines de Solesmes, grâce à saint Pie X, notre XXe siècle a vu sa restauration. L'art grégorien a porté à un tel point de perfection le chant liturgique que ce serait, dans l'ordre de la culture chrétienne, une véritable catastrophe s'il disparaissait. Tous les musiciens de quelque valeur en France, en Europe et dans le monde ne pardonneraient pas à l'Eglise cette faute. Or, le chant grégorien est lié au latin. Sur ce point, d'ailleurs, le Concile est formel, et les Ordonnances de l'épiscopat français ne le sont pas moins, si l'on veut bien les lire jusqu'au bout.
     Il y aura donc, pour nos messes dominicales, un
équilibre à trouver. D'une part, faire une plus large place au français, d'autre part, garder une bonne place au latin.
     Chants français, chants latins. Prenons-en notre parti. Nos liturgies dominicales seront désormais
bilingues. Comme les liturgies de l'Orient.
     
Un usage plus large du français vous permettra de mieux pénétrer le sens de ce que vous proclamez ou chantez. Le maintien partiel du latin assurera le lien avec le monde catholique et garantira souvent la qualité du chant! [...]
     
L'idéal de la messe dominicale, c'est la messe chantée [...].
     Votre évêque connaît les problèmes posés par la messe chantée: constitution d'une schola, choix des chants, répétitions, office plus long (guère plus, si l'on sait s'y prendre). Mais le résultat en vaut la peine. La messe dominicale devient vraiment « l'assemblée d'un peuple en fête », heureux de chanter les louanges de Dieu.
     Votre évêque sait aussi que la messe chantée n'est plus possible partout. Il connaît les conditions qui sont celles de beaucoup de vos prêtres le dimanche matin, le nombre de leurs messes et, parfois, le petit nombre de participants.
     Mais si nos efforts de « regroupements paroissiaux » portent leurs fruits, la messe chantée deviendra vite la règle au lieu d'être l'exception, [...] (
Bulletin diocésain de Pamiers, 18 février 1965.)