Modifications aux
oraisons solennelles du Vendredi saint
Dans
l'Osservatore
Romano du 19 mars
1965, le R. P. Bugnini, secrétaire du Conseil pour
l'application de la Constitution sur la liturgie et
sous-secrétaire de la congrégation des Rites pour la
liturgie, présente ainsi les modifications qui ont été
apportées à certaines des oraisons solennelles du Vendredi
saint.
Dans le climat oecuménique du
deuxième Concile du Vatican, on fait remarquer de divers
côtés que certaines expressions des Orationes sollemnes
du Vendredi saint sonnent
assez mal aux oreilles d'aujourd'hui. C'est pourquoi on a
demandé avec insistance s'il n'était pas possible au moins
d'atténuer certaines phrases.
Il est toujours dur de devoir
toucher à des textes vénérables qui pendant des siècles ont
alimenté la piété chrétienne avec tant d'efficacité, et ont
encore aujourd'hui le parfum spirituel des temps héroïques
de l'Eglise primitive. Et surtout, il n'est pas facile de
retoucher des chefs-d'oeuvre littéraires dont la forme et
l'expression peuvent difficilement être surpassées. On a
malgré tout considéré qu'il était nécessaire d'affronter ce
travail, afin que la prière de l'Eglise ne soit un motif de
malaise spirituel pour personne.
Les retouches se sont
limitées à ce qui était indispensable. Dans la première
oraison, « pour la
Sainte Eglise »,
on a supprimé la phrase subiciens ei principatus et
potestates qui,
sans exclure l'inspiration de saint Paul (Col. 2, 15) sur
les « puissances angéliques », pourrait prêter à équivoque
et faire penser à un rôle temporel de l'Eglise qui, s'il a
été vrai en d'autres temps, est anachronique aujourd'hui.
La septième oraison porte
désormais le titre: Pour l'unité des
chrétiens (et non
« de l'Eglise », car celle-ci a toujours été une). On n'y
parle plus d' « hérétiques » et de « schismatiques », mais
de « tous les fidèles qui croient dans le Christ ».
En voici le texte intégral: «
Prions pour tous les frères qui croient dans le Christ:
Seigneur notre Dieu, fais que, en suivant la vérité, ils
soient réunis et fidèles dans ton unique Eglise. O Dieu
tout-puissant et éternel, qui réunis et disperses, garde
les brebis de ton troupeau, afin que soient unis par le
lien de la charité et de l'intégrité dans la foi ceux qui
sont consacrés par un seul baptême. »
La huitième oraison est
désormais intitulée Pour les Juifs
(titre ancien: « Pour la
conversion des Juifs »). En voici le texte, qui est
entièrement refait: « Prions pour les Juifs. Seigneur notre
Dieu, daigne faire resplendir ton visage sur eux, afin
qu'eux aussi reconnaissent le Rédempteur de tous,
Jésus-Christ Notre-Seigneur. O Dieu tout-puissant et
éternel qui as fait tes promesses à Abraham et à sa
descendance, écoute avec bonté la prière de ton Eglise,
afin que celui qui fut autrefois ton peuple élu puisse
parvenir à la plénitude de la rédemption. »
La neuvième oraison est
désormais intitulée Pour ceux qui ne croient encore pas
au Christ, (titre
ancien: « Pour la conversion des infidèles »). En voici le
texte: « Prions pour ceux qui ne croient encore pas au
Christ, afin que, remplis de la lumière de l'Esprit-Saint,
ils puissent entrer eux aussi dans la voie du salut. O Dieu
tout-puissant et éternel, qui as donné toutes les nations à
ton Fils bien-aimé, unis à ton Eglise les familles de tous
les peuples, afin que, en cherchant la lumière de la
vérité, ils puissent parvenir à toi, unique et vrai Dieu. »
Les spécialistes ont pensé à
mettre en lumière les sources bibliques et liturgiques dont
découlent ou s'inspirent les nouveaux textes, lesquels ont
été ciselés par les groupes d'étude du Consilium. Disons aussi que bien souvent le
travail s'est effectué « avec crainte et tremblement »
lorsqu'il s'agissait de sacrifier des expressions et des
concepts si chers et auxquels on était familiarisé depuis
toujours. Comment par exemple ne pas regretter le
ad sanctam matrem
Ecclesiam catholicam atque apostolicam revocare
dignetur de la
septième oraison? Là encore, en faisant ces sacrifices
pénibles, l'Eglise a été guidée par l'amour des âmes et le
désir de tout faire pour faciliter à nos frère séparés le
chemin de l'union, en écartant toute pierre qui pourrait
constituer ne serait-ce que l'ombre d'un risque
d'achoppement ou de déplaisir; dans la confiance que la
prière commune hâtera le jour où toute « la famille de Dieu
», réunie « dans l'intégrité de la foi et sous le signe de
la charité » pourra chanter d'une seule voix
(una
voce) et d'un
seul coeur l'Alleluia pascal de la résurrection et de la vie.
A. Bugnini.
(1) Traduction
de la
DC d'après le
texte italien.
Cet article présente
également les modifications apportées le Jeudi saint à la
messe chrismale et à la bénédiction des saintes
huiles.