Après la promulgation
du « De Oecumenismo »
Déclarations
de S. Em. le cardinal Bea
Au
lendemain de la promulgation par S. S. Paul VI du décret
conciliaire sur l'oecuménisme (1), S. Em. le cardinal Bea,
président du Secrétariat pour l'Union des chrétiens, a
accordé à un représentant du service de presse protestant
allemand une interview dont voici la traduction
(2):
Le
dialogue
Q.
— Un représentant du Conseil oecuménique des Eglises
a déclaré récemment à Rome que l'acceptation du décret sur
l'oecuménisme représente « le début du dialogue sur le
dialogue ». Cela signifie que les Eglises séparées
devraient maintenant s'entendre sur la façon dont doit être
mené leur dialogue officiel. Est-ce également votre avis,
et quelles propositions pouvez-vous faire pour ce nouveau
stade oecuménique?
R. — En substance, je suis d'accord
sur cette façon de voir. Il importe cependant de préciser
qu'il ne s'agit pas d'un commencement absolu. Dans
plusieurs pays, en effet, il y a déjà eu et il existe
encore un dialogue, conduit de façon diverse selon les
circonstances propres à chaque, cas.
Je me garderai bien de faire
des propositions concrètes en vue du dialogue, tout au
moins dans le cadre de cet entretien. La raison en est
simple: les situations sont si diverses dans les différents
pays, comme le sont les attitudes respectives des hommes
d'Eglise et des communautés religieuses. Même à l'intérieur
d'une seule et même Eglise, on rencontre des opinions
divergentes sur ce point. Il n'est donc guère possible de
faire des propositions de portée générale. Une attitude
plus réaliste demande que l'on sonde tout d'abord le
terrain par de fréquentes prises de contact entre les
divers responsables. Dans le cadre de ces prises de
contact, on établira des propositions communes. Cette voie
peut paraître plus longue, mais elle constitue la meilleure
preuve de la confiance mutuelle et réciproque dans le
Christ, dans la mesure où l'on ne se contentera pas de
compromis, tels qu'ils sont en usage dans le domaine
politique, mais où ces propositions seront prudentes et
bien réfléchies. Il sera d'autant plus facile de les
élaborer que le décret sur l'oecuménisme adopté par le
Concile expose dans ses grandes lignes notre conception de
l'activité oecuménique et du dialogue. Il faut toutefois
remarquer que tout le monde se rend actuellement très bien
compte que les conversations théologiques ne constituent
pas le seul et unique moyen de favoriser l'union. En dehors
d'elles, il y a toute une série d'autres moyens par
lesquels l'esprit oecuménique se manifeste. Que l'on pense
seulement à la prière, au respect et à la charité mutuels,
à une vie authentiquement chrétienne, à la collaboration et
à la coopération dans de nombreuses questions pratiques.
Tous ces moyens ont leur importance et constituent en outre
une préparation éloignée précieuse, voire indispensable, en
vue de créer l'atmosphère nécessaire au dialogue,
atmosphère de confiance réciproque, de compréhension et
d'amour.
Le rôle des
observateurs non-catholiques dans l'élaboration du
schéma
Q.
— Les non-catholiques se demandent quelle réalité
surnaturelle se trouve à la base du vote par le Concile du
schéma sur l'oecuménisme. Etant donné que ce texte contient
de nombreuses formulations qui auraient été absolument
impensables il y a seulement dix ans, surtout ici, à Rome,
je me pose cette question: les choses ont-elles tellement
changé au cours de ces dernières années ou bien le Concile
a-t-il, avec ce texte, anticipé une réalité
future?
R. — A la base du décret sur
l'oecuménisme, il y a une réalité spirituelle et
surnaturelle qui a été suscitée par la préparation du
Concile et par le déroulement des travaux conciliaires. On
ne se rend pas toujours suffisamment compte de l'événement
considérable qui a été déclenché par le Concile dans
l'Eglise. Une double rencontre s'est déroulée au Concile:
la rencontre de tous les évêques catholiques du monde
entier et la rencontre de ces évêques avec les
représentants de très nombreuses Eglises non catholiques.
On ne peut guère surestimer les fruits de cette deuxième
rencontre, dont on n'a pas assez souligné l'importance et
les effets considérables. Cette réalité, un pionnier
français de l'oecuménisme, le pasteur Marc Boegner, l'a
soulignée de façon impressionnante, lors d'une conférence
qu'il a faite à Rome. J'ai moi-même pu déclarer que les
observateurs délégués non catholiques avaient joué un rôle
décisif dans l'établissement du texte du décret sur
l'oecuménisme. Certes, ce ne sont pas eux qui ont préparé
ce décret, ils n'ont pas participé directement aux débats
conciliaires et aux votes, mais leur présence au Concile,
leur participation par la prière, l'étude, les contacts les
plus divers, leurs propositions, ont fait vivre
profondément le problème oecuménique aux Pères conciliaires
qui ont pris conscience de ce problème dans toute son
étendue. Ils se sont mieux rendu compte de l'unité qui
existe entre nous dans le Christ, mais aussi de tout ce qui
nous sépare, et, par conséquent, des difficultés de
l'activité oecuménique. On pourrait peut-être faire des
considérations analogues quant aux répercussions du Concile
sur les chrétiens non catholiques et leurs Eglises. Cela
suffira d'avoir simplement indiqué ces expériences. Le
décret sur l'oecuménisme est lui-même une concrétisation
écrite de toutes ces expériences qui, à mon avis, sont
beaucoup plus importantes et seront beaucoup plus
fructueuses que le décret lui-même. Mais celui-ci —
est-il nécessaire de le dire? — était absolument
indispensable.
De ce que je viens de vous
dire, il découle que, au cours de ces dernières années, des
évolutions profondes se sont produites dans l'Eglise,
évolutions dont nous ne voyons toute la portée que peu à
peu. Dans ce sens, l'expérience conciliaire de tous les
chrétiens ensemble peut être comparée au grain de sénevé de
l'Evangile, qui croit lentement avant de parvenir son plein
développement.
Mais avez-vous remarqué que
le décret sur l'oecuménisme est aussi une anticipation? Il
serait peut-être mieux de dire qu'il se propose de prévoir.
Pourquoi pas? Tout législateur avisé doit prévoir les
développements ultérieurs et s'en préoccuper. Pourquoi n'en
irait-il pas de même du corps législatif de l'Eglise? Il
est d'autant plus facile de prévoir en ce domaine que
l'ensemble de l'activité conciliaire se réalise sous
l'action toute-puissante et divine de l'Esprit du Christ
qui est le planificateur exclusif des destins de son Eglise
et qui est Celui qui exerce l'action principale au Concile.
C'est sous le souffle de cet Esprit que se sont produites
les évolutions considérables que j'ai indiquées tout à
l'heure. C'est sous sa conduite que le Concile a tenté de
prévoir les développements ultérieurs et de donner les
directives selon lesquelles ce développement devrait se
dérouler.
Le sens des
condamnations portées par l'Eglise
Q.
— Il y a dans le décret sur l'oecuménisme, et
également dans d'autres textes du Concile, des choses qui
sont en contradiction avec les condamnations prononcées au
Concile de Trente ou dans diverses encycliques
pontificales. Peut-on s'attendre à ce que ces condamnations
soient retirées, et comment cela pourrait-il se
faire?
R. — Pour que cette question ait un
sens précis, je poserai moi-même la question suivante:
L'Eglise évangélique d'Allemagne est très active, depuis
des dizaines d'années, au sein du Mouvement oecuménique, et
elle a donné la preuve de son attitude oecuménique.
A-t-elle déjà songé, dans le cadre de cette activité, à
faire disparaître de ses confessions de foi les
condamnations qui y sont contenues et les phrases qui
qualifient le Pape d' « Antéchrist » ? Comme vous le savez,
lors de la consécration de chaque pasteur, on renouvelle
l'obligation pour lui de s'en tenir aux confessions de foi,
avec toutes leurs condamnations et l'antique terme
damnamus.
Si maintenant je réponds à la
question elle-même, je dois dire que je ne crois pas qu'on
puisse parler d'une véritable contradiction entre les
condamnations du Concile de Trente et la langue dans
laquelle s'exprime le texte sur l'oecuménisme. Dans son
allocution d'ouverture du Concile, Jean XXIII disait: «
Toujours l'Eglise s'est opposée à ces erreurs, souvent même
elle les a condamnées avec une extrême sévérité.
Aujourd'hui, cependant, l'Eglise du Christ préfère user du
remède de la miséricorde plutôt que des condamnations. Non
qu'il ne règne des doctrines fausses, des opinions, des
notions dangereuses dont il faut se prémunir et qu'il faut
dissiper. Mais l'Eglise pense subvenir aux besoins de
l'heure présente en montrant la valeur de son enseignement
plutôt qu'en proférant des condamnations (3). »
Le Pape donc ne déclare pas
que l'antique attitude de l'Eglise était injustifiée en son
temps, mais il dit qu'aujourd'hui l'Eglise estime que
d'autres méthodes sont plus efficaces. Ce que l'Eglise
entend toujours rechercher avant tout, c'est la fidélité au
Christ, fidélité absolue à lui-même et à la foi qu'il lui a
confiée. Ce trésor, elle l'estime à une telle valeur
qu'elle payera le prix qu'il faudra, qu'elle fera tous les
efforts et tous les sacrifices exigés pour lui demeurer
fidèle. A notre époque principalement, le scandale de la
division des chrétiens devrait nous faire comprendre cette
attitude de l'Eglise et la nécessité absolue qu'il y avait
d'adopter cette attitude. A l'époque, les anathèmes avaient
pour but de préserver la pureté et l'unité de la foi, et
ils étaient conformes à la mentalité de ce temps. Leur sens
était premièrement d'exposer clairement la doctrine de
l'Eglise et d'indiquer nettement que cette doctrine
obligeait en conscience, afin d'éviter que les membres de
l'Eglise ne l'abandonnent. Donc, pour ce qui est des
affirmations de la foi et de la condamnation des erreurs
contraires à cette foi, il n'y a aucun doute que les
condamnations du Concile de Trente doivent continuer de
subsister. J'ai moi-même souvent insisté, dans mes
conférences — et ces déclarations ont été accueillies
avec gratitude par de nombreux chrétiens non catholiques
très ouverts à l'esprit oecuménique, — qu'il ne
fallait aucunement espérer que le deuxième Concile du
Vatican contredirait ou affadirait les déclarations
dogmatiques du Concile de Trente, de telle façon qu'on se
bornerait à exiger des catholiques seulement la
reconnaissance de quelques dogmes essentiels. Un dogme, en
effet, c'est une vérité qui fait partie essentielle du
trésor de la foi chrétienne confiée à l'Eglise. Et même les
condamnations qui ont pour but de préserver les faibles
— selon l'expression paulinienne (cf. Rom., 14, 1),
c'est-à-dire ceux qui sont moins instruits — des
dangers qui menacent leur foi, ne peuvent pas être récusées
par principe, si l'on ne veut pas récuser ce que saint Paul
et le Seigneur lui-même ont pratiqué. Le Christ
Notre-Seigneur n'a-t-il pas usé de termes très sévères à
l'égard de ceux qui sont cause de scandale pour les petits
et les exposent ainsi à la damnation éternelle (cf. Matth.,
18, 6; Luc, 17, 2) et saint Paul n'a-t-il pas livré à Satan
Hyménée et Alexandre (cf. 1 Tim., 1, 20), même si les
exégètes ne sont pas d'accord sur l'interprétation de
l'expression « livrer à Satan »?
Tel est et tel est seulement
le sens des condamnations prononcées par l'Eglise. Elles ne
signifient nullement que l'Eglise prononce un jugement
quant au sort éternel d'un homme, encore du vivant de
celui-ci. Elles ne signifient pas que l'Eglise condamne une
âme à la damnation. Bien au contraire, elles ont pour but,
comme le dit saint Paul, « que l'esprit (de celui qui a été
livré à Satan) soit sauvé au jour du Seigneur Jésus ». (1
Cor., 5, 5.) Il en est de même de l'Eglise: elle entend,
d'une part, préserver les faibles du scandale, et, d'autre
part, obtenir la conversion du coupable. Et, tout en ne
retirant pas à notre époque les condamnations proférées
alors, l'Eglise n'entend aucunement porter un jugement
quelconque sur les chrétiens non catholiques qui croient
l'une ou l'autre des erreurs ainsi condamnées. Elle sait
très bien — et elle exprime cette conviction dans le
texte sur l'oecuménisme — que ces chrétiens sont nés
dans leur religion, qu'ils ont été éduqués dans cette
confession et qu'ils tiennent à leur foi pour manifester
leur fidélité au Christ. Quel que soit le jugement prononcé
par l'Eglise à l'encontre d'un enseignement qui contredit
la foi qu'elle enseigne, ce jugement ne concerne aucunement
la personne qui professe un tel enseignement, c'est
pourquoi le texte sur l'oecuménisme reconnaît la bonne foi
de telles personnes et, par conséquent, le respect et la
charité qui leur sont dus.
Le sens qu'il faut accorder
aux condamnations prononcées par l'Eglise s'éclaircit à la
lumière de l'Ecriture sainte et de la déclaration
solennelle de Jean XXIII. Cela aidera à comprendre que ces
déclarations, tant dans un sens que dans un autre —
c'est-à-dire aussi bien quand elles sont sévères que quand
elles sont miséricordieuses, — correspondent à I
'Ecriture sainte et, par conséquent, à l'authentique
sagesse pédagogique de l'Eglise.
La liberté religieuse
— Les mariages mixtes
Q.
— On a souvent dit que l'avenir des relations
interconfessionnelles dépend essentiellement de la façon
dont seront résolus les problèmes de la liberté religieuse,
du prosélytisme et des mariages mixtes. Qu'a déjà fait le
Concile et que pourrait-il faire encore pour écarter ces
obstacles au dialogue?
R. — En ce qui concerne la liberté
religieuse, le texte qui en traite à fait l'objet d'une
adoption de principe de la part d'une très grande majorité
de l'ères conciliaires: une telle adoption permet des
modifications de détails, mais non pas des changements
substantiels. Il ne faut cependant pas oublier que le
prosélytisme agressif de certaines sectes d'Amérique latine
est la cause de vives préoccupations pour les évêques de
ces régions qui craignent pour la foi des fidèles dont ils
ont la responsabilité. Une telle attitude n'a guère
contribué à permettre d'estimer à sa juste valeur la
déclaration sur la liberté religieuse. Le texte de cette
déclaration est connu dans ses grandes lignes, et
d'éminentes personnalités ecclésiastiques non catholiques
l'ont vivement approuvé, comme cela a été relaté à
l'époque.
En ce qui concerne les
mariages mixtes, il importe de souligner que la situation
est fort différente suivant les pays et les continents. Il
faut donc se garder de vouloir juger l'ensemble de la
question en se basant sur la situation particulière d'un
seul pays. Pour cette raison, le Concile ne peut pas
admettre une solution uniforme. Mais, dans sa rédaction
actuelle, le texte insiste sur les aspects oecuméniques du
problème et donne des directives générales pour une
application juste des prescriptions, pour autant que
celles-ci subsisteront. C'est tout ce que le Concile peut
faire s'il veut tenir compte de la diversité des situations
et prendre en considération les besoins de toute l'Eglise
et du monde entier. Mais il ne faut jamais perdre de vue ce
qu'est le mariage dans une perspective chrétienne. En
effet, toutes les mesures prises le seront dans la
perspective de la doctrine chrétienne du mariage, de la
nature de celui-ci et des exigences que cette nature
impose.
Quelle sera désormais
la tâche du Secrétariat pour l'unité?
Q.
— Quel sera, désormais, le travail du Secrétariat
pour l'Union des chrétiens, dont vous êtes le président? Se
limitera-t-il aux questions découlant du Concile? Fera-t-on
appel à sa collaboration dans la période postconciliaire
pour tirer les conséquences juridiques et pratiques des
décisions conciliaires, unifier leur interprétation et leur
application? Quelle importance attachez-vous à ce travail
postconciliaire?
R. — Après le Concile, comme avant et
pendant, le Secrétariat s'occupera des tâches qui lui sont
propres. Il ne sera pas de sa compétence de tirer toutes
les conséquences pratiques et juridiques de toutes les
décisions conciliaires. L'une de ses premières tâches,
comme il a déjà été annoncé, sera d'élaborer un «
Directoire » oecuménique qui contiendra des détails
d'application des prescriptions générales concernant
l'oecuménisme catholique, sans toutefois vouloir tout
uniformiser et centraliser, cela conduira à établir des
contacts avec les diverses initiatives et entreprises
oecuméniques au plan catholique, afin que celles-ci se
connaissent mutuellement, qu'elles échangent leurs idées et
leurs expériences. Parallèlement, les contacts établis
avant et pendant le Concile, avec des Eglises et des
Fédérations non catholiques, seront maintenus, voire
élargis, ne serait-ce que pour élaborer des plans en vue
d'une collaboration future, d'étudier la possibilité de
dialogues théologiques, d'organiser et de favoriser
ceux-ci.
En ce qui concerne l'activité
postconciliaire, il est clair que le Secrétariat pour
l'Unité aura autant à dire dans l'élaboration des
dispositions d'exécution des décrets conciliaires qu'il a
eu à se prononcer dans l'élaboration de ces décrets
eux-mêmes, tant dans la préparation du Concile que pendant
le déroulement des travaux conciliaires, dans la mesure où
ces textes traitaient de questions touchant le problème de
l'oecuménisme.
Ce qui est plus important,
c'est que le Secrétariat ne sera plus seul pour défendre
les points de vue de l'oecuménisme, Le vote sur le décret a
clairement prouvé que la préoccupation oecuménique était
devenue générale dans toute l'Eglise. Ce qui est plus
important que le décret, c'est l'esprit qui anime les
évêques qui seront à l'oeuvre dans les divers organismes
postconciliaires, et cet esprit donne la garantie que les
préoccupations oecuméniques seront prises en considération
dans les travaux postconciliaires.
Les divergences
dogmatiques
Q.
— Dans l'état actuel des travaux conciliaires,
voyez-vous de nouvelles possibilités de dialogue avec les
chrétiens séparés sur les questions dogmatiques qui nous
divisent? Dans cette perspective, quel jugement portez-vous
sur l'interprétation donnée par le Concile au sujet de «
l'Ecriture et la Tradition », Marie et le titre contesté de
médiatrice, l'autorité dans l'Eglise, c'est-à-dire la
primauté?
R. — Il y a dès maintenant de grandes
possibilités de conversations théologiques entre chrétiens
de confessions différentes, possibilités qui ont été
suscitées par le Concile. Dans les exposés que j'ai eu
l'occasion de faire avant le Concile, j'ai fréquemment
déclaré qu'il fallait non seulement repenser le problème
des divergences dogmatiques, mais aussi chercher de
nouvelles formules qui correspondent à la mentalité de
l'interlocuteur auquel on s'adresse, afin que l'on se fasse
mieux comprendre de lui. Ces formules sont à rechercher
dans une étude approfondie de l'Ecriture sainte,
principalement par l'étude de la théologie biblique et de
la plus antique Tradition. Cela a déjà été le cas, dans une
très large mesure, au Concile. En outre, nous, catholiques,
nous avons été à même, pendant le Concile, de nous informer
plus intensément et plus exactement sur les conceptions
actuelles des chrétiens non catholiques, par les contacts
entretenus avec les observateurs délégués. Réciproquement,
les Eglises chrétiennes non catholiques ont pu se
renseigner à la source même sur l'Eglise catholique et sa
doctrine, du fait de la présence de leurs observateurs
délégués au Concile. Ces diverses réalités constituent des
préalables pleins de promesses pour un dialogue fructueux.
Les différents thèmes de
divergences dogmatiques ne peuvent guère faire, pour
l'instant, l'objet d'une prise de position publique. Ce
sont ces points, justement, qui doivent faire l'objet de
conversations entre théologiens. Nous devons avoir le
courage de les aborder fraternellement et dans la confiance
mutuelle et réciproque, conformément à l'esprit qui a
animé, l'année dernière, la Conférence de « Foi et
Constitution », à Montréal, c'est-à-dire dans un amour
inébranlable de la vérité et dans l'obéissance et la
fidélité à la foi.
Reconnaître le temps de
la visite du Seigneur
J'aimerais
terminer cet entretien en exprimant ma gratitude an service
de presse protestant d'Allemagne qui m'a offert ainsi une
occasion précieuse de m'adresser à de nombreux chrétiens
évangéliques. Une constatation encore: on a souvent
souligné, même dans des milieux non catholiques, que le
Concile constituait une grande grâce faite par
Notre-Seigneur Jésus-Christ à son Eglise, et, par
conséquent, à tous ceux qui sont unis à lui par la foi et
le baptême, une grâce est « une visite » du Seigneur, et
celui-ci nous dit de ne pas méconnaître le temps de sa
visite (cf. Luc, 19, 44). cette visite chargée de grâces
constitue pour nous tous une responsabilité accrue envers
Notre-Seigneur Jésus-Christ, envers l'Eglise et envers
toute l'humanité.
(1) Texte
dans DC 1964, n° 1964, col. 1615.
(2) Nous utilisons la traduction française publiée
par Kipa-Concile (26 novembre 1964), en la complétant
conformément au texte allemand publié le même jour par
l'édition allemande de la même agence. Les sous-titres sont
de notre rédaction.
(3) Cf. DC 1962, n° 1383. (NDLR)