La bulle « Humanae
salutis » convoquant le Concile
Dans
la matinée du jour de Noël, le Saint-Père a signé, dans la
salle Clémentine, la Bulle d'indiction du IIe Concile
oecuménique du Vatican. Le texte, écrit sur parchemin, a
été remis par S. Em. le cardinal Copello, chancelier de la
sainte Eglise romaine, à Mgr Tinello, régent de la
chancellerie apostolique, lequel l'a présenté à genoux au
Saint-Père pour qu'il y appose sa signature avec la plume
d'or qui lui a été offerte récemment par
l'Osservatore
Romano. Sa
Sainteté a ensuite chargé S. Exc. Mgr Felici, secrétaire
général de la Commission centrale préconciliaire, de faire
la lecture de la Bulle sous le portique de la basilique
Saint-Pierre. La même lecture a ensuite été faite par Mgr
Capoferri, maître des cérémonies, devant les trois autres
basiliques patriarcales: Saint-Jean-de-Latran,
Sainte-Marie-Majeure et Saint-Paul hors les murs. Voici le
texte de ce document historique
(1):
CONSTITUTION APOSTOLIQUE DE S. S. JEAN
XXIII, PAPE PAR LA DIVINE PROVIDENCE, CONVOQUANT LE IIe
CONCILE OECUMENIQUE DU VATICAN
JEAN, ÉVÊQUE,
SERVITEUR DES SERVITEURS DE DIEU, POUR LA PERPÉTUELLE
MÉMOIRE DE LA CHOSE
INTRODUCTION
Jésus-Christ,
Rédempteur du genre humain, avant de monter au ciel, a
donné aux apôtres qu'il avait choisis le commandement de
porter la lumière de l'Evangile à toutes les nations, leur
donnant en même temps cette réconfortante promesse, pour
garantir et affermir la mission qu'il leur avait confiée: «
Et moi je suis avec vous pour toujours jusqu'à la fin du
monde. » (Matth., XXVIII, 20.) Cette consolante présence
du Christ n'a jamais cessé d'être vivante et opérante dans
la sainte Eglise, mais particulièrement dans les périodes
les plus graves de l'humanité. C'est alors que l'Epouse du
Christ se montre dans toute sa splendeur d'éducatrice de la
vérité et de ministre du salut, et qu'elle manifeste aux
regards de tous la puissance de la charité, de la prière,
de la souffrance et des difficultés, acceptées par amour de
Dieu. Ces moyens surnaturels sont invincibles, car ce sont
les mêmes dont s'est servi notre divin Fondateur, qui a dit
à l'heure solennelle de sa vie: « Gardez courage, j'ai
vaincu le monde. » (Jean, XVI, 33.)
DOULOUREUSES CONSTATATIONS
L'Eglise,
aujourd'hui, assiste à une grave crise de la société
humaine qui va vers d'importants changements. Tandis que
l'humanité est au tournant d'une ère nouvelle, de vastes
tâches attendent l'Eglise, comme ce fut le cas à chaque
époque difficile. Ce qui lui est demandé maintenant, c'est
d'infuser les énergies éternelles, vivifiantes et divines
de l'Evangile dans les veines du monde moderne; ce monde
qui est fier de ses dernières conquêtes techniques et
scientifiques, mais qui subit les conséquences d'un ordre
temporel que certains ont voulu réorganiser en faisant
abstraction de Dieu. C'est pourquoi Nous constatons que les
hommes d'aujourd'hui ne font pas autant de progrès dans le
domaine spirituel que dans le domaine matériel. D'où un
affaiblissement de l'aspiration aux valeurs qui ne
périssent pas et, par contre, une attirance chez la plupart
vers les plaisirs faciles de ce monde que le progrès met si
aisément à la portée de tous. D'où aussi cette chose
nouvelle et déconcertante qu'est la constitution
d'organisations athées militantes qui envahissent de
nombreux pays.
MOTIFS DE CONFIANCE
Ces
douloureuses constatations nous rappellent le devoir de la
vigilance et font prendre conscience à chacun de ses
responsabilités. Nous savons que la vue de ces maux plonge
certains dans un tel découragement, qu'ils ne voient que
ténèbres enveloppant complètement notre monde. Pour Nous,
Nous aimons faire toute confiance au Sauveur du genre
humain qui n'abandonne pas les hommes qu'il a rachetés.
Nous conformant aux paroles de Notre-Seigneur, qui nous
exhorte à reconnaître les « signes... des temps »
(Matth., XVI, 14), Nous distinguons au milieu
de ces ténèbres épaisses de nombreux indices qui Nous
semblent annoncer des temps meilleurs pour l'Eglise et le
genre humain. Certes, les guerres meurtrières qui
aujourd'hui se succèdent sans interruption, les déplorables
maux spirituels causés çà et là par de nombreuses
idéologies, les amères expériences faites par les hommes
depuis trop longtemps, tout cela a valeur d'avertissement.
Le progrès technique lui-même, qui a permis à l'homme de
fabriquer des armes redoutables pour sa propre destruction,
crée beaucoup d'anxiétés et de dangers; mais cela pousse
les hommes à s'interroger, à reconnaître plus facilement
leurs propres limites, aspirer à la paix, à apprécier la
valeur des biens spirituels; et cela accélère le processus
dans lequel on peut dire que la société est déjà engagée,
bien que d'une façon encore incertaine, ce processus qui
conduit de plus en plus tous les individus, les classes
sociales et les nations elles-mêmes à s'unir amicalement, à
s'aider, à se compléter et à se perfectionner mutuellement.
Cela facilite grandement l'action apostolique de l'Eglise,
car beaucoup de gens, qui peut-être jusque-là n'avaient pas
prêté attention à sa haute mission, aujourd'hui, mûris par
l'expérience, sont plus disposés à recevoir ses
avertissements.
VITALITÉ ACTUELLE DE L'EGLISE
L'Eglise,
pour sa part, n'est pas restée inerte devant l'évolution
des peuples, les progrès techniques et scientifiques, les
révolutions sociales, mais elle les a suivis très
attentivement; elle s'est opposée de toutes ses forces aux
idéologies qui rapportent tout à la matière ou qui
cherchent à saper les fondements de la foi catholique; et
enfin, elle a puisé dans son sein des énergies immenses
pour l'apostolat, pour la prière, pour son action dans tous
les domaines de l'activité humaine, grâce avant tout à un
clergé toujours davantage à la hauteur de sa tâche par sa
doctrine et ses vertus, grâce ensuite aux laïcs auxquels
ont été confiées des tâches plus concrètes dans l'Eglise,
ayant spécialement le devoir, qui incombe à chacun,
d'apporter leur aide à la hiérarchie ecclésiastique. A cela
s'ajoutent les immenses souffrances qu'endurent aujourd'hui
de nombreuses communautés chrétiennes. De très nombreux et
admirables pasteurs, prêtres et laïcs y endurent des
persécutions de toutes sortes parce qu'ils sont restés
indéfectiblement fidèles à leur foi catholique, et ils
donnent des exemples de courage chrétien comparables à ceux
inscrits en lettres d'or dans les annales de l'Eglise. De
sorte que si l'aspect de la société humaine apparaît comme
profondément changé, l'Eglise catholique elle aussi nous
apparaît comme transformée et renouvelée; elle connaît une
unité interne plus ferme, une plus grande vigueur
intellectuelle, un plus grand rayonnement de sainteté. Elle
apparaît ainsi actuellement comme parfaitement prête à
mener les saints combats de la foi.
LE IIe CONCILE OECUMÉNIQUE DU VATICAN
Devant ce
double spectacle, d'une part un monde souffrant d'une
grande indigence spirituelle, d'autre part l'Eglise du
Christ resplendissante de vitalité, dès le début de Notre
pontificat — auquel la providence de Dieu a bien
voulu Nous élever malgré Notre indignité, — Nous
avons pensé que c'était un grave devoir de Notre charge
d'appeler tous Nos fils à unir leurs efforts pour que
l'Eglise se montre de plus en plus apte à résoudre les
problèmes des hommes de notre époque. C'est pourquoi,
obéissant à une voix venue de Notre coeur comme une
inspiration surnaturelle, Nous avons pensé que les temps
étaient mûrs pour donner à l'Eglise catholique et à toute
la famille humaine un nouveau Concile oecuménique venant
s'inscrire à la suite des vingt grands Conciles qui, tout
au long des siècles, nous ont valu tant de progrès
chrétien, tant d'accroissement de grâce dans les coeurs des
fidèles. La joie avec laquelle les catholiques du monde
entier ont accueilli son annonce; les prières incessantes
de toute l'Eglise à cette intention; l'ardeur manifestée
dans le travail de préparation du Concile et qui confirme
abondamment Notre espérance; et enfin le vif intérêt, ou du
moins l'attention respectueuse manifestée à l'égard du
Concile par les chrétiens séparés de l'Eglise catholique
romaine ou même par des non-chrétiens, tout cela montre
d'une façon éloquente que la grande importance et la
gravité de cet événement n'échappent à personne.
La perpétuelle jeunesse de
l'Eglise.
Le prochain
Concile oecuménique aura donc lieu à un moment où l'Eglise
ressent plus vivement le désir de donner une nouvelle
vigueur à sa foi et de jouir du magnifique spectacle de son
unité, et où, en même temps, elle se sent obligée d'une
façon plus urgente non seulement de donner plus
d'efficacité à ses saines énergies et de promouvoir la
sanctification de ses fils, mais aussi d'accroître la
diffusion de la vérité chrétienne et le développement de
ses autres institutions. Cela mettra en évidence la vie et
la perpétuelle jeunesse de notre mère l'Eglise, qui est
toujours présente aux événements humains et qui, au fur et
à mesure que passent les siècles, renouvelle sa beauté,
brille d'une nouvelle splendeur et remporte de nouvelles
victoires, tout en restant toujours la même et en se
conformant à cette splendide image qu'a voulu lui donner
Jésus-Christ, son divin Epoux, qui l'aime et la protège.
L'unité visible de
l'Eglise.
A un moment
où, dans diverses parties du monde, nous voyons les efforts
accrus et courageux de beaucoup pour réaliser cette unité
visible de tous les chrétiens qui réponde dignement au
désir du divin Sauveur, il convient pleinement que le
prochain Concile fasse plus de clarté sur la doctrine et
soit un exemple de charité fraternelle, de sorte que les
chrétiens séparés du Siège apostolique aspirent plus
vivement à l'unité (2) et que le chemin qui y conduit soit
aplani pour eux.
La paix.
Quant à la
famille humaine enfin, que les menaces de guerres
épouvantables remplissent continuellement d'incertitude,
d'anxiété et de trouble, le prochain Concile oecuménique
fera naître et encouragera chez tous les hommes de bonne
volonté des pensées et des résolutions de paix. Mais la
véritable paix peut et doit surtout venir des biens
spirituels et surnaturels, ainsi que de l'intelligence et
de la conscience des hommes, guidées et éclairées par Dieu,
Créateur et Rédempteur du genre humain.
PROGRAMME DE TRAVAIL DU CONCILE
Ces fruits,
que Nous espérons si vivement du Concile oecuménique et
dont Nous avons volontiers et souvent parlé, supposent une
grande somme de discussions, d'études et de travaux au
stade préparatoire. C'est pourquoi sont proposées des
questions d'ordre doctrinal ou d'ordre pratique, afin que
les institutions et les préceptes chrétiens correspondent
parfaitement aux multiples réalités de la vie et servent le
Corps mystique du Christ, ainsi que sa mission
surnaturelle. Ces questions concernent la sainte Ecriture,
la tradition, les sacrements et les prières de l'Eglise, la
discipline ecclésiastique, les oeuvres de charité et
d'assistance, l'apostolat des laïcs, les missions.
L'influence du Concile sur l'ordre
temporel.
Mais
l'ordre surnaturel doit faire sentir toute son efficacité
sur l'ordre temporel qui, malheureusement, est souvent le
seul qui intéresse et préoccupe les hommes. Dans le domaine
temporel aussi l'Eglise s'est montrée « Mère et Educatrice
», selon l'expression utilisée par Notre Prédécesseur
d'heureuse mémoire Innocent III, à l'occasion du IVe
Concile du Latran. Bien que l'Eglise ne poursuive pas de
fins directement terrestres, elle ne peut cependant pas se
désintéresser des questions d'ordre temporel qu'elle
rencontre sur son chemin ni des travaux que celles-ci
comportent. Elle sait combien profitent aux âmes
immortelles les moyens susceptibles de rendre plus humaine
la vie de chacun des hommes qui doivent être sauvés. Elle
sait qu'en apportant aux hommes la lumière du Christ, elle
les aide à bien se connaître eux-mêmes, car elle leur fait
prendre conscience de ce qu'ils sont, de leur grande
dignité, de la fin qu'ils doivent poursuivre. C'est ainsi
qu'actuellement l'Eglise est présente, de droit ou de fait,
dans les organismes internationaux; qu'elle a élaboré une
doctrine sociale sur la famille, l'école, le travail, la
société civile et toutes les autres questions connexes, par
laquelle elle a atteint un si haut prestige que sa voix
grave fait autorité parmi tous les hommes de valeur, qui
l'accueillent comme l'interprète et la protectrice de
l'ordre moral, la garante des droits et des devoirs des
individus et des Etats.
C'est pourquoi Nous avons
confiance que les questions qui seront discutées au Concile
oecuménique auront une telle efficacité que, non seulement
elles infuseront dans les coeurs des énergies ferventes et
la lumière de la sagesse chrétienne, mais qu'elles
pénétreront toute la masse des activités humaines,
LA CONVOCATION DU CONCILE
La première
annonce du Concile que Nous avons faite le 25 janvier 1959
fut comme une petite semence que Nous avons déposée d'une
main et d'un coeur tremblants. Soutenu par l'aide de Dieu,
Nous avons alors abordé le complexe et grave travail de
préparation. Presque trois années se sont écoulées depuis,
pendant lesquelles Nous avons vu la petite semence devenir,
par la grâce divine, un grand arbre. En regardant le long
et difficile chemin parcouru, Nous rendons grâces à Dieu,
qui Nous a prodigué son aide, pour que tout se déroule
comme il faut et dans la concorde.
Avant de décider des sujets
qui seraient étudiés au Concile, Nous avons voulu avant
tout entendre l'avis sage et prudent des cardinaux, des
évêques du monde entier, des dicastères de la Curie
romaine, des supérieurs généraux des ordres religieux et
des congrégations, ainsi que des universités catholiques et
des facultés ecclésiastiques. Ces consultations d'une
extrême importance ont occupé une année; elles ont fait
ressortir clairement quelles étaient les questions qui
devaient principalement être étudiées.
Nous avons ensuite créé les
divers organismes de la préparation du Concile, auxquels
Nous avons confié la tâche difficile de proposer les
schémas des décrets doctrinaux et disciplinaires, parmi
lesquels Nous choisirons ceux qui seront soumis à
l'Assemblée générale du Concile.
Nous avons enfin la joie de
vous communiquer que cet intense travail d'étude, auquel
des cardinaux, des évêques, de prélats, des théologiens,
des canonistes, des savants et des spécialistes du monde
entier ont conjointement apporté leur précieux concours,
touche maintenant à sa fin.
Alors, confiant dans l'aide
du divin Rédempteur, principe et fin de toutes choses, de
sa Mère, la bienheureuse Vierge Marie, et de saint Joseph,
à la protection duquel Nous avons dès le début confié ce
grave événement, Nous estimons que le temps est venu de
convoquer le IIe Concile oecuménique du Vatican.
C'est pourquoi, après avoir
entendu l'avis des cardinaux de la sainte Eglise romaine,
par l'autorité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, des saints
apôtres Pierre et Paul et de la Nôtre, Nous annonçons,
décrétons et convoquons pour l'année prochaine 1962 le IIe
Concile oecuménique et universel du Vatican, qui sera
célébré solennellement dans la basilique patriarcale du
Vatican aux jours que Dieu, dans sa providence, Nous
permettra de fixer.
Nous voulons donc et Nous
ordonnons que viennent du monde entier au Concile
oecuménique convoqué par Nous Nos chers fils les cardinaux
de la sainte Eglise romaine, Nos vénérables frères les
patriarches, les primats, les archevêques et les évêques,
résidentiels ou titulaires, ainsi que tous les
ecclésiastiques qui de droit doivent assister au Concile.
INVITATION À LA PRIÈRE
Nous
demandons enfin à tous les fidèles et à tout le peuple
chrétien de porter toute leur attention au Concile et de
vouloir bien prier intensément le Dieu tout-puissant pour
qu'il daigne accompagner cette entreprise si importante,
désormais imminente et qu'il l'affermisse de sa force pour
qu'elle devienne un juste sujet d'honneur. Que ces prières
communes jaillissent continuellement de la foi, comme une
source d'eau vive; qu'elles soient accompagnées de
sacrifices corporels volontaires pour qu'elles soient plus
agréables à Dieu et souverainement efficaces; qu'elles
s'enrichissent aussi d'un généreux effort de vie chrétienne
qui montrera que tous sont disposés à appliquer les
décisions et les décrets qui seront pris par le Concile.
Cet appel Nous l'adressons à
Nos très chers fils de l'un et l'autre clergé, répartis
dans le monde entier, et à toutes les catégories de
fidèles, mais particulièrement aux enfants, dont
l'innocence et les prières ont tant de poids auprès de
Dieu, comme chacun le sait, ainsi qu'aux malades et à ceux
qui souffrent, car Nous avons la certitude que leurs
souffrances, leur vie semblable à une hostie se
transforment par la croix du Christ en bonne prière, en
salut, en source de vie plus sainte pour l'Eglise
universelle.
La prière des frères
séparés.
Enfin, Nous
invitons vivement à la prière tous les chrétiens qui sont
séparés de l'Eglise catholique, car les fruits du Concile
déborderont aussi sur eux. Nous n'ignorons pas, en effet,
que beaucoup de ces fils aspirent à l'unité et à la paix
selon la doctrine du Christ et la prière qu'il a adressée à
son Père; Nous savons également que non seulement l'annonce
du Concile a été accueillie par eux avec une grande joie,
mais aussi que beaucoup d'entre eux ont promis leurs
prières pour son heureux succès et ont bon espoir que leurs
communautés pourront envoyer des représentants pour suivre
de près les travaux du Concile. Tout cela est pour Nous un
motif de beaucoup de consolation et d'espérance; et pour
que des contacts de ce genre soient rendus plus faciles et
plus libres, Nous avons il y a quelque temps créé un
Secrétariat spécial.
Puisse-t-il en être de la
famille chrétienne d'aujourd'hui comme des apôtres à
Jérusalem après l'ascension du Christ, lorsque toute
l'Eglise nouvelle née n'était qu'une seule âme autour de
Pierre, pasteur des agneaux et des brebis, et priait avec
lui et pour lui. Et daigne l'adorable Esprit de Dieu
exaucer les voeux ardents de tous et accepter cette prière
qui monte vers lui chaque jour de toutes les parties du
monde:
« Renouvelez en notre époque,
comme pour une nouvelle Pentecôte, vos merveilles et
accordez à la sainte Eglise que dans une prière unanime,
instante et persévérante avec Marie, la Mère de Jésus, sous
la conduite de saint Pierre, s'étende le royaume du divin
Sauveur, royaume de vérité, de justice et de paix. Ainsi
soit-il. » (A. A.
S., 1959, vol.
Il, p. 932.) (3)
Clause de
style.
Nous
voulons que cette Constitution soit applicable maintenant
et toujours, de sorte que ses décisions soient
religieusement observées par ceux qu'elle concerne et
soient donc en vigueur. Aucune prescription contraire,
quelle qu'elle soit, ne pourra s'opposer à l'efficacité de
cette Constitution, toutes les prescriptions de cette sorte
étant abrogées par ladite Constitution. C'est pourquoi si
quelqu'un, quelle que soit son autorité, sciemment ou non,
agit contre Notre décision, Nous ordonnons que ses actes
soient nuls et non avenus. Il n'est permis à personne de
retrancher ou d'altérer quoi que ce soit des exemplaires de
Notre décision ou de cette Constitution; les exemplaires et
extraits, imprimés ou écrits à la main, portant le sceau
d'une personnalité constituée dans la dignité
ecclésiastique et signés par un notaire ecclésiastique,
seront revêtus de la même autorité que les présentes. Si
quelqu'un méprise ou rejette en quelque façon Nos décisions
en général, qu'il sache qu'il encourt les peine fixées par
le droit pour ceux qui n'obéissent pas aux ordres des
Souverains Pontifes.
Donné à Rome, auprès de
Saint-Pierre, en la fête de Noël, le 25 décembre de l'année
1961, de Notre Pontificat la quatrième.
MOI, JEAN, ÉVÊQUE DE L'EGLISE
CATHOLIQUE.
(1) Traduction
de la D.
C., d'après le
texte latin publié par l'Osservatore Romano des 26-27 décembre 1961. Les sous-titres
en italique sont de notre rédaction.
L'Osservatore Romano du 15 décembre précédent avait, dans
un article intitulé « Notes historiques sur l'indiction des
Conciles », rappelé ce qu'est une
Bulle:
[...] qu'est-ce qu'une bulle pontificale? Le mot
latin Bulla n'indiquerait à proprement parler que le
seul sceau de plomb qu'on appose aux documents importants;
par extension, le terme Bulla a fini par signifier, au lieu de cette
partie accessoire, le document lui-même.
Le nom de Bulle ainsi entendu
remonte au XIIIe siècle et n'a jamais eu de reconnaissance
officielle. Les documents que nous indiquons par ce mot
sont les Apostolicae sub plumbo
litterae (Lettres
apostoliques sous plomb), distinctes des Brefs qui
réclament un sceau de cire, et des Motu proprio, des chirographes, etc., qui ne portent
aucun sceau. Quoi qu'il en soit, ce terme reste assez
générique; il comprend des documents de contenu divers,
mais pourtant sous une forme extérieure presque invariable
en ce sens qu'on y retrouve quelques parties qu'on peut
considérer comme essentielles, telles que le
Protocole, le texte, l'eschatocole, appelé aussi très improprement
protocole
final. C'est
cette forme qui distingue ces documents de tous les autres
documents pontificaux ou de la curie romaine, même s'ils
sont semblables en apparence.
La Bulle porte enfin non pas
au sommet du document, mais à la première ligne, le nom du
Pontife régnant suivi immédiatement de son titre:
Episcopus, Servus
servorum Dei,
régulièrement en usage depuis saint Grégoire le Grand. Pour
la date, les années sont comptées à partir du couronnement
du Pape; le sceau de plomb porte d'un côté le nom du
Pontife qui adresse la Bulle et de l'autre les figures de
saint Pierre et de saint Paul.
Le texte de la Bulle,
disions-nous, peut être de contenu dogmatique, ou
disciplinaire, ou varié. Il est des Bulles restées fameuses
dans l'histoire de l'Eglise, entre autres, la Bulle
dogmatique de Boniface VIII, Unam sanctam, qui remonte à 1302; Ineffabilis
Deus, par
laquelle Pie lX définit le dogme de l'Immaculée
Conception; Munificentissimus
Deus, de Pie XII,
pour la définition du dogme de l'Assomption, en 1950.
Les Bulles jusqu'au Xe siècle
étaient écrites sur papyrus, puis elles commencèrent à être
écrites sur parchemin, comme on le fait encore. La langue
employée a toujours été le latin et elles sont préparées
par la Chancellerie apostolique avec une écriture
particulière qu'on appelle « bollatique ».
Il en sera ainsi pour la
prochaine Bulle qui, commençant par les mots
Iohannes Episcopus,
Servus servorum Dei, proclamera au monde la date où
s'ouvrira le IIe Concile oecuménique du Vatican. Ce sera un
document historique d'une importance semblable à celle des
Bulles — pour ne citer que les deux derniers Conciles
— Initio
Nostri, par
laquelle Paul III convoquait le Concile de Trente en 1545,
et Aeterni
Patris, par
laquelle Pie IX, le 29 juin 1868, convoquait le premier
Concile du Vatican pour le 8 décembre de l'année suivante.
[...]
(2) La traduction italienne de ce document, publiée dans le
même numéro de l'Osservatore
Romano, et dont
se sont inspirés tes textes parus dans la presse, parle
du desiderio
dell'auspicato ritorno all'unita (le désir du retour souhaité à l'unité).
Le mot « retour » n'est pas dans le texte latin
(ad eamdem
unitatem acrius accendantur). (N. D. L. R.)
(3) D.
C., n° 1323 du 6
mars 1960, col. 296. (N. D. L. R.)